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Full text of "Essais de sciences mandites"

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Essais  de  sciences  mandites 

Stanislas  de  Guaita 


PO 


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ESSAIS  DE  SCIENCES  MARLMTES 


| 


SERPENT  DE  L 


SECONDE  SEPTAIN  » 


(Livre  II) 


LA.  CLEF  DE  LA  MAGi-^OIRE 


«Ot'V 


KAGK  OR>É  DE  !SOMBKECSES  GRAVURES) 


PAU 


Stanislas  DE  GUAITA 


PARIS 

.ii  \  mi  kl.  s:;prn:nî 

5,  HUE  DE  SAVOIE,  î> 
1897 


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LE  SERPENT  DE  LA  GENÈSE 


SECONDE  SEPTAIXE 

IA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


v 


I 


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«  Mcditatus  sum  graviter  die  ac  nocte  super  liiscc 
(juin  videram,  legeram.  audierain,  didiceram.... 

«  Audivi  omnes,  spernebani  nulhiin...  Non  cniin 
scientia  niali,  sed  usus  damnai...  » 

(IL  K1IVNRATH,  ex  Amphilhratro 
Sapicntiœ  retenue,  pag.  146-147.  passiui;. 


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ESSAIS  DE  SCIENCES  MAUDITES 


iiSEUPENT  DE  LA  GENÈSE 


SKCOXDR  SRPTAIXK 


(Livre  II) 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


(OUVRAGK  ORNÉ  DE  NOMBREUSES  GRAVURES) 


PAII 


Stanislas  DE  GUAITA 


PAKIS 

CA\.\  Ml  KL.   K  DIT  Kl.' H 

5,   RUE  DE  SAVOIE,  5 

1807 


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AVANT  - PROPOS 


i 


otre  seconde  Septaine  a  pour  objet  d'éclaircir 
et  d'interpréter  scientifiquement  F  ensemble 
des  faits  et  des  légendes  produits  au  cours 
de  la  première. 

/-a  Clef  de  la  Magie  Noire  doit  ouvrir  aux  curieux 
l'ultime  sanctuaire  de  ce  Temple  de  Salan  dont  ils  ont, 
en  notre  compagnie,  parcouru  les  parvis  encombrés  d'un 
bric-à-brac  de  fétiches  sans  nom,  pêle-mêle  avec  d'étranges 
simulacres  : 

As,  nununos,  lapides,  cadaver,  simulacra,  nihiKpie...  (1). 

Ils  reverront  au  grand  jour  ce  pandémonium  qu'ils 
ont  fouillé  naguère  à  tâtons,  ou  munis  seulement  d'une 
lanterne  sourde,  jusqu'en  ses  cryptes  hantées  d'halluci- 
nantes ténèbres. 

Voir,  c'est  bien  ;  comprendre  vaut  mieux.  —  Close  la 
fantasmagorie  du  Sabbat,  place  à  qui  veut  connaître  le 
démon  tel  qu'il  est. 

(1)  Tryphon,  moine  et  poète  du  \W  xiêc/e,  cité  par  Victor  Hugo,  les 
Misérables  lu, 


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8  LA  CLEF  DR  LA  MAGIE  NOIRE 

L'heure  a  sonné  de  l'épiphanie  satanique.  Le  taber- 
nacle s'ouvre,  et  voici  que,  révélant  le  suprême  arcane  de 
son  inconscience  meurtrière,  l'Idole  va  s'éclairer  du  feu 
cosmique  et  omnilaient  qui  est  sa  substance  propre  et  sa 
vie. 

Ce  présent  volume  commente  et  corrige  le  précédent  ; 
//  en  redresse  les  images,  renversées  ou  falsifiées  par 
l'artifice  du  Maître  des  enchantements  ;  il  remet  en  leur 
place  les  horizons  intervertis,  substitue  un  jour  probe  au 
fallacieux  éclat  des  torches  infernales,  si  prompt  à  dé- 
praver les  formes,  à  faire  mentir  les  couleurs.  Il  rétablit 
en  un  mot  la  perspective  normale,  au  lieu  de  celle  sabba- 
tique (toute  factice  et  clémente  aux  prestiges)  dont 
s'épeuraient  les  yeux  ensorcelés,  sur  la  lande  du  bouc. 

Le  parallélisme  interprétatif  des  sept  chapitres,  d'un 
tome  à  l'autre,  nous  a  paru  une  méthode  servile,  à 
quoi  nous  n'imaginons  pas  qu'il  soit  urgent  de  s'astreindre. 
Ce  serait  renoncer  au  système  autrement  fécond  des  cor- 
respondances larotiques.  Il  s'agit  moins,  comme  on 
pense,  de  reprendre  un  à  un,  pour  en  démonter  le  méca- 
nisme, les  phénomènes  mentionnés  au  Livre  précédent, 
que  d'établir  une  théorie  générale  des  forces  occultes, 
décisivement  synthétique,  et  dont  l'intelligence  permette 
à  nos  Lecteurs  de  découvrir  par  eux-mêmes  —  et,  le  cas 
échéant,  d'inférer  à  priori  —  le  comment  et  le  pourquoi, 
non  pas  seulement  des  faits  que  nous  avons  choisis  pour 
exemples,  mais  indistinctement  de  tous  ceux,  similaires, 
qui,  chaque  jour,  défient  la  sagacité  de  l'observateur. 
Mous  tenterons,  du  reste,  pour  quelques-uns  des  cas  si- 


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AVA.NT-lMtOl'OS 


gnalés  au  ioim  /,  ce  qu'il  serait  oiseux  d'entreprendre 
pour  tous  :  l'adaptation  des  principes  aux  faits.  Bien 
plus,  nous  ne  balancerons  pas,  en  vue  de  rompre  la  mo- 
notonie des  spéculations  abstraites,  à  étayer  nos  théories 
d'un  contrôle  nouveau,  moyennant  de  nouveaux  exemples, 
proposés  cà  et  là. 

La  Sorcellerie  ou  Magie  \oirc,  qu'ailleurs  nous  défi- 
nissons *  la  mise  en  œuvre,  pour  le  Mal,  des  forces 
occultes  de  la  Mature,  »  diffère  de  la  haute  et  divine 
Magif  en  trois  points  essentiels:  elle  s'en  distingue 
d'abord  par  la  diversité  d'intention,  puis  par  le  degré  de 
science  ou  d'ignorance  des  moyens  employés,  enfui  par  le 
contraste  des  résultats  obtenus. 

Mais,  —  nous  l'avons  noté  dans  un  autre  livre  et  n'y 
saurions  trop  revenir,  —  Mage  et  Sorcier  plient  aux 
buts  les  plus  discords,  aux  œuvres  les  plus  disparates, 
un  même  agent  qui  leur  est  commun  à  tous  deux  — 
TAstral. 

Cest  dire  que  notre  deuxième  Septaine  (Clef  de  la 
Magie  Noire)  se  réduira  presque  à  une  étude  du  plan 
astral  (  I)  :  champ  de  bataille  hyperphysique  où  se  heur- 
Itut,  en  un  cliquetis  d'éclairs,  la  lumineuse  fîamberge  de 
Saint  Michel- Archange  et  la  fourche  fulgurante  de  Satan- 
Panthée.  Formidable  duel!  D'une  part,  le  champion  fati- 
dique d'ilylê,  l'aveugle  Instinct,  monstre  collectif  réac- 
tionné par  les  dévorantes  passions  individuelles  ;  d'autre 
pm-t,  la  sainte  guerrière  tfArlié,  l'Intelligence  sereine, 


(1)  Particulièrement  dans  $es  raftporfs  arec  h  plan  matériel. 


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10 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


sciemment  ralliée  au  plan  providentiel  :  c'est  l'Ange  et  le 
Démon  légendaires,  s  escrimant  à  armes  égales  dans  la 
région  du  feu  cosmique! 

Voilà  l% Astral  —  fourche  ignée  aux  griffes  de  Satan, 
glaive  de  flamme  aux  mains  du  Kéronb.  Sous  pourrions 
ajouter,  dans  l'esprit  d'une  savante  école  de  gnose  :  voilà 
V Astral  —  agent  pantomorphe  et  convertible;  tantôt 
Satan  lui-même,  lorsqu'il  subit  les  forces  collectives  du 
Mal;  tantôt,  quand  il  est  mu  par  les  puissances  provi- 
dentielles, lumière  de  gloire  des  élus  et  corps  mgstique  du 
Saint-Esprit, 

Vue  étude  consciencieuse  de  F  Astral  doit  embrasser 
ces  deux  aspects  contradictoires  ;  d'où  il  résulte  que  la 
Clef  <le  la  Magie  Noire  ne  donne  pas  seulement  accès 
dans  r édifice  des  sciences  réprouvées,  mais  peut  ouvrir 
aussi  le  temple  —  sinon  le  sanctuaire  —  de  la  haute  et 
divine  Magie. 

Pourquoi  le  temple  et  non  le  sanctuaire?  —  C'est 
qu'abstraction  faite  du  plan  astral,  que  nous  savons 
commun  par  essence  aux  adverses  milices  du  Ciel  et  de 
l'Enfer,  le  mage  est  actif  sur  d'autres  plans  encore, 
parfaitement  inconnus  des  fauteurs  de  sortilège.  De  pa- 
reilles altitudes  ne  se  révèlent  accessibles  qu'à  l'essor  de 
l'aigle  ou  de  la  colombe  mystiques;  mais,  hiboux  ou 
vautours  de  l'Arcanc,  jamais  les  immondes  cohortes  n'en 
souilleront  l'éther  immaculé  (  I). 


(I)  C'est  le  vulgaire  sorcier  qu'ici  nous  désignons,  et  les  forces  mises 
m  truri'e  parlai.  Le  premier  toaie  da  Serpent  <lol;i  (ionèse  a  fait  anses 
voir  m  quels  misérables  bas- fonds  d'abrutissement  et  d'esclavage  morai 
se  confinent  les  artisans  de  la  (Joetie. 


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AVANT-PROPOS  I  l 


i»  félonne  donc  point,  Ami  Lecteur,  de  rencontrer, 
presque  à  tous  feuillets  du  présent  tome,  des  théories  qui 
intéressent  également  les  hiérophantes  de  la  lumière  et 
ds  la  nuit.  Sur  toute  chose,  garde-toi  de  croire  tous  les 
principes  étemels  de  la  Kabbale  et  de  la  sainte  Magic 
condensés  en  ce  tome  IL  II  ne  renferme  qu'en  mode 
indirect  leurs  moins  sublimes  enseignements  :  nous  n'ou- 
trepasserons guère  à  cette  fois  la  zone  temporelle,  quen 
notre  troisième  Septaine  il  nous  faudra  délibérément 
franchir,  pour  élucider,  dans  la  mesure  permise  à  nos 
efforts,  le  terrible  Problème  du  Mal. 

Mors  même,  tout  sera  loin  dêlre  exposé,  i  n  autre 
ouvrage  affrontera  ultérieurement,  s  il  plaît  à  Dieu,  les 
suprêmes  révélations  de  la  science  traditionnelle  des 
mages  ;  du  moins  ce  qui  peut  en  être  livré  par  notre 
humble  intermédiaire  paraîtra  en  temps  et  lieu.  Persuade- 
toi  d'ailleurs  que  le  dernier  mot  de  ces  arcanes  ne  sera 
jamais  dit,  ni  par  nous,  ni  par  aucun  autre. 

En  veux-tu  savoir  la  raison  profonde  ?  —  Cesl  que, 
même  en  supposant  qu'un  adepte  intégralement  initié 
consentît,  par  impossible,  à  dépouiller  ^  Vlsis  céleste  de 


Toutefois,  n'ayons  garde  d" oublier  que  Satan  se  métamorphose  rotnm* 
il  contient,  pour  venir  infester  le  plan  intellectuel  même.  Mat*  nui-  <*- 
niveau,  il  prend  nom  /  Erreur  (tome  /,  page  lii).  et  sous  cette  forme 
métaphysique,  il  n'a  plus  rien  a  roir  arec  la  sorcHlerie  proprement  dite. 

Si  donc  nous  arons  parlé  (tome  /,  chapitre  Vil)  des  magirirnn  noir* 
de  l'Art  et  de  la  Pensée,  c  est  dans  une  acception  ésotecique plus  large, 
et  nos  lecteurs  déjà  inities  n'ont  pu  se  méprendre  sur  C esprit  gui  non» 
dicta  naguère  cet  aphorisme  :  —  i  //  n'est  jutint  de  mrxle  ou  tr  /nr* 
r activité  de  l'homme,  que  le  Satanisme  ne  sait  susceptible  d'enrahir  et 
//" imprégner;  comme  il  n'en  est  pas  que  l'inspiration  dirine  ne  puisse 
erertuer  et  ennoblir  »  (Tome  l,]*age  .-,18». 


12 


LA  CLEF  DE  LA  MACHE  .NOME 


son  dernier  voile,  la  main  du  profanateur,  soudainement 
paralysée,  serait  impuissante  au  sacrilège.  Les  expres- 
sions feraient  banqueroute  à  sa  pensée;  bien  plus,  dans 
V hypothèse  même  où  il  en  trouverait  d'adéquates,  il 
s'expliquerait  en  une  langue  à  toi  inconnue.  Trêve  de 
métaphores.  Ecoute  ce  que  présage  Vun  des  maîtres  de 
l'ésotérisme,  à  l'égard  d'un  tel  adepte  : 

«  Plus  it  s'élèvera  (dit-il)  dans  ta  sphère  intelligible,  plus 
il  s'approchera  de  l'htre  insondable  dont  la  contemplation 
doit  faire  son  bonheur,  moins  il  pourra  en  communiquer  aux 
autres  la  connaissance  ;  car  la  vérité,  lui  parvenant  sous 
des  formes  intelligibles,  de  plus  en  plus  universalisées,  ne 
pourra  nullement  se  renfermer  dans  les  formes  rationnelles 
ou  sensibles  qu'il  voudra  lui  donner.  C'est  ici  que  beaucoup 
de  contemplateurs  mystiques  se  sont  égarés  Comme  ils 
n'avaient  point  assez  approfondi  la  triple  modification  de 
leur  être,  et  qu'ils  ne  connaissaient  pas  lacomposition  intime 
du  qnatetmaire  humain,  ils  ignoraient  la  manière  dont  se 
fait  la  transformation  des  idées,  tant  dans  la  progression 
ascendante  que  dans  la  progression  descendante  ;  en  sorte 
que,  confondant  sans  cesse  l'entendonent  et  l'intelligence, 
et  ne  faisant  point  de  différence  entre  les  produits  de  leur 
volonté,  suivant  qu'elle  agissait  dans  Vune  ou  Vautre  de  ces 
modifications,  ils  montraient  souvent  le  contraire  de  ce  qu'ils 
voulaient  montrer  ;  et  que,  de  voyants  qu'ils  auraient  été 
peut-être,  ils  devenaient  des  visionnaires  (\).  n 

Ces  lignes  de  Fabre  d'Olivet  sembleront  péremptoires 
à  quiconque  possède  bien  sa  théorie  de  l'homme  tri-un. 
Comme  exemple  à  l'appui  de  la  démonstration  ci-dessus 
transcrite,  le  théosophe  invoque  les  égarements  notables 
du  plus  génial  voyant  des  temps  modernes,  ce  vertigineux 


(I  i  Vois  dor.'s  do  Pylhajroro.  /».  :t:»9  3<i0. 


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AVA.NT-I'UOIHIS  lo 

hicob  Bœhmeque  Suint-Martin,  l'un  des  premiers  mai  très 
de  Fabre  d'Olivet,  n'hésite  point  à  proclamer  «  ///  plus 
grande  lumière  qui  ait  paru  sur  la  terre,  depuis  Celui 
qui  est  la  Lumière  même  (1).  »  C'est  qu'en  effet  il  n'a 
reculé  devant  aucun  arcane,  cet  artisan  sans  lettres 
»  dont  le  regard  audacieux  {dit  d'Olivet)a  pénétré  jusque 
dans  le  sanctuaire  divin  (2)  ».  Son  content  d'avoir 
plongé  à  l'abîme  de  W'odh  sans  en  être  anéanti,  et  vu  la 
face  fulgurante  de  lod-hévê  sans  en  mourir,  le  grand 
mystique,  ivre  du  feu-principe,  a  tenté  le  Seigneur!  Jacob 
Hœhmea  voulu  tout  dire,  tout  révéler  à  nu,  —  tout,  jus- 
qu'aux racines  anté-éternelles  de  la  Sature  et  de  Dieu 

même  Alors,  sa  plume  a  été  frappée  d'impuissance  et 

m  langue  de  bégaiement. 

Sous  ne  saurions  disconvenir,  au  reste,  que  Ha'hrne  n'a 
pas  payé  trop  cher  sa  témérité.  Du  moins  nous  semble-t- 
il  ainsi,  quand  nous  comparons  ce  Voyant  à  tant  de  pau- 
vres visionnaires  frappé*  d'aveuglement,  de  folie  ou  de 
mort,  pour  être  descendus  en  un  gaufre  bien  méprisable 
au  regard  du  divin  abîme;  pour  avoir  consumé  leurs  pru- 
nelles au  flamboiement  de  F  Enfer;  —  enfin,  (s'il  faut  tout 
dire),  pour  avoir  épuisé  leur  substance  à  évoquer  un  être 
?w  ne  se  manifeste  point  qu'on  ne  le  crée  de  son  désir, 
qu'on  ne  le  pétrisse  de  sa  chair  et  de  son  sang,  qu'on  ne 
l'anime  et  ne  l'abreuve  de  sa  propre  vie  :  puisque  Satan 
n'existe  pas,  au  sens  où  se  l'imaginent  les  agnostiques  de 


l|  Lellres  à  Kircliberger  de  Liebistorf,  page  9  «I»'  la  (.'orrespondann' 
ladite  de  Saint-Martin,  publiée  par  MM.  Srliauer  et  ChuqiK  l  (ParK 
grand  in-8'). 
(2)  Vers  dorés,  p.  360. 


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14 


l  orthodoxie  étroite,  incurablement  férus  du  manichéisme 
officiel. 

Cet  art  suicide  autant  que  meurtrier  —  Fauto-vampi- 
risme  évocateur  du  Néant  fait  diable  —  rentre  dans  les 
mystères  que  ce  présent  volume  entreprendra  de  résoudre. 

II 

Mais  avant  d'éclaircir  les  œuvres  coutumières  du  Mage 
noir y  en  précisant  à  quelles  armes,  à  quels  auxiliaires , 
à  quelle  tactique  son  vouloir  opiniâtre  sait  demander  la 
victoire  dans  l'iniquité,  il  importe  de  déblayer  le  champ 
des  folles  hypothèses  et  des  préjugés  populaires,  afin  de 
ne  plus  laisser  prise  aux  malentendus. 

Vue  distinction  peut  y  suffire,  mais  cette  distinction 
s  impose,  et  mal  en  a  pris  aux  magistes  qui  ont  cru  pou- 
voir  biaiser  en  face  de  la  difficulté,  trouvant  sans  doute 
moins  compromettant  de  broder  dans  les  teintes  neutres 
leur  canevas  théosophique,  sans  avoir  à  débrouiller  de 
prime  abord  un  si  délicat  et  si  voyant  écheveau.  D'autres 
ont  estimé  plus  commode  de  trancher  ce  nœud  gordien 
par  une  affirmation  ou  une  négation  gratuites  :mais,  sui- 
vant qu'ils  ont  décidé  dans  un  sens  ou  dans  l'autre,  ils 
ont  vainement  alarmé  la  conscience  des  simples,  ou  émis 
au  gré  des  savants  une  allégation  sans  portée. 

Cet  insidieux  point  d'interrogation  qui  se  dresse  au 
seuil  des  sciences  naturelles  et  même  mathématiques, 
comme  au  seuil  de  la  philosophie  et  de  l'histoire,  le  voici 
nettement  posé  : 

LE  SVRNAWIŒL  EXISTE-T-1LY 


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A  VA  M- PROPOS 


ir; 


Sous  réserve  de  la  distinction  qui  va  suivre,  notre  réponse 
sera  catégorique  :  —  non,  le  Surnaturel  n'existe  point. 

Quon  nous  puisse  objecter  comme  indéniables,  et  même 
expérimentalement  vérifiés,  des  faits  auxquels  le  lan- 
gage courant  accole  Vépithète  de  surnaturels,  c'est  ce  qui 
ne  saurait  soulever  le  moindre  doute. 

Le  tout  est  de  s  entendre  sur  les  mots.  Or  celui-ci 
prête  à  confusion,  et,  qui  pis  est,  contribue  au  discrédit 
des  doctrines  théologiques,  en  favorisant,  sous  leur  ga- 
rantie, une  des  opinions  les  plus  choquantes  pour  la  rai- 
son et  injurieuses  au  sois  commun  lui-même,  qui  se  soient 
répandues  par  le  monde  à  la  joie  des  fanatiques  et  des 
sots  :  la  croyance  à  l'arbitraire  divin,  gouvernant  l'uni- 
vers en  dépit  et  souvent  à  V encontre  des  lois  naturelles. 

Lorsqu'un  vocable  comporte  ou  semble  comporter  plu- 
sieurs sois  disparates,  ne  convient-il  pas  de  fixer  sa  pré- 
férence sur  celui  qui  se  réclame  de  l'étymologie  radicale, 
sans  préjudice  des  significations  figurées  qui  en  dérivent, 
par  une  sorte  non  plus  de  filiation  légitime,  mais  d'affi- 
liation rationnelle,  réglée  d'après  les  lois  invariables  de 
l'Analogie?  (Principe  générateur  de  toute  comparaison 
comme  de  toute  synthèse,  l'Analogie  engendre  en  effet  des 
séries  successives  de  significations  dérivées,  qui  sont,  aux 
sens  purement  radicaux,  ce  que  sont  les  fils  d'adoption 
aux  enfants  nés  dans  le  mariage). 

Revenons  au  mot  surnaturel,  qu'on  entend  communé- 
ment au  propre,  et  non  pas  au  figuré.  Pressons- le;  d'où 
dérive-l-il?  —  Sans  conteste,  du  mot  nature  (1). 


(1  ;  La  racine  de  Nature  est  natus.  En  sorte  que,  si  t  on  routait  user 


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10  LA  f.LKK  l)K  LA  MAtilK  .NOUiK 

Qu'est-ce  donc  que  lu  Suture?  —  Vue  définition  nette 
est  moins  aisée  à  fournir,  qu'il  ne  peut  paraître  de  prime 
abord. 

Est-il  au  vocabulaire  des  penseurs  un  mot  dont  on  ait 
fuit  un  pire  abus,  nous  en  doutons  fort.  (Unique  fois 
qu'un  plumitif,  s  égarant  aux  dédales  de  l'ontologie  (sort 
commun  à  quiconque  prétend  à  bràle-pourpoini  disserter 
du  principe  des  êtres,  ou  de  leur  origine,  ou  de  leur  es- 
sence), chaque  fois  qu'un  plumitif  s  est  trouvé  dans  rem- 
barras, c'est  immanquablement  au  mot  nature  qu'il  a  fait 
appel,  pour  couvrir  la  déroute  de  ses  idées,  et,  sous  un 
semblant  de  profondeur,  déguiser  le  vague  ou  l'insuffi- 
sance de  sa  conception.  Sature!  voilà  qui  répond  à  tout  ; 
à  la  faveur  de  ce  substantif,  on  n'est  jamais  en  passe  de 
rester  court.  Aussi  a-t-il  perdu  toute  signification  caté- 
gorique, tout  caractère  décisif,  toute  valeur  précise;  telles 
ces  pièces  de  monnaie  qui  ont  trop  circulé  :  l'effigie  n'en 
est  plus  distincte,  à  peine  l'ébauche  subsisle-t-elle  d'un 
profil  incertain. 

Grâce  aux  phraseurs  d:  la  philosophie,  Nature  est  une 
locution  qui  dit  tout  et  ne  dit  rien,  bans  l'ombre  d'ac- 
ception qui  lui  reste,  on  la  qualifierait  volontiers  Ce  qui 
existe»  comme  Dieu  Celui  <jin  est. 


d'un  raisonnement  nueluue  peu  suspect  de  para'lo.ce,  on  pourrait  déjà 
scandaliser  les  partisans  du  surnaturel,  en  déduisant  de  cette  étf/mo- 
logie  la  conséquence  une  voici  : 

La  religion  chrétienne  elle-même  est  naturelle,  puisi/ue  le  Christ  est 
l'incarnation  du  divin  Fi/s,  si:  du  Père  de  toute  éternité  :  «  et  e.r 
pâtre  nafum,  ante  omnia  strcula...  beum  de  Dca.  .  »  Voila  donc  un  Dieu 
naturel?  —  Mais  nous  ne  comptons  pas  pousser  plus  avant  cette  argutie. 

Dieu  seul  est  <uriialtnv|,  car  if  h  axiale  point,  il  csl. 


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AVANT-PROPOS 


Or  donc ,  admettant  pour  l'instant  cette  vulgaire  défini- 
tion, nous  pourrions  déjà  dire  qu'il  est  aussi  absurde  d'affir» 
mer  V existence  dune  chose  ou  d'un  phénomène  au-dessus 
dô  la  nature,  qu  'il  serait  chimérique  de  concevoir  un  être 
ou  une  Puissance  au-dessus  de  Dieu.  Si  naturel  veut  dire 
qui  existe,  surnaturel  signifie  donc  qui  est  au-dessus  de 
l'existence,  ce  qui  revient  à  dire  qui  n'existe  pas.  —  Lon 
sortira  difficilement  de  là.  Le  vocable  surnaturel,  appli- 
qué à  des  phénomènes  de  la  nature,  nous  semble  aussi 
bouffon  que  serait,  attribué  à  des  essences  spirituelles,  le 
vocable  hyperdivin. 

Pour  rendre  le  mot  Nature  à  son  sens  véritable  et  lui 
restituer  toute  sa  portée,  il  ne  faut  rien  moins  qu'enta- 
mer la  révélation  de  quelques-uns  des  plus  hauts  mystères 
de  la  Science.  C'est  ce  que  nous  tenterons  au  tome  Itl 
(  Problème  du  Mal),  en  recherchant  ce  qu'est  la  Sature 
dans  son  principe,  dans  son  essence,  dans  sa  substance, 
dans  ses  opérations;  comment  il  faut  la  concevoir  en 
son  intégrité,  avant  la  chute  adamique;  ce  qu'enfin  elle 
est  devenue  dans  la  matérialisation  universelle,  produit 
de  cette  catastrophe  et  de  la  sous-multiplication  de  l'A- 
dam céleste,  à  travers  l'espace  et  le  temps.  Toutes  ces 
questions  s'enchaînent  de  la  sorte  la  plus  rigoureuse,  et 
semblent  appartenir  exclusivement  aux  matières  de  notre 
troisième  Septaine. 

Le  programme  de  cette  deuxième  Septaine  (Clef  de  la 
Magie  noire)  n'appelle  en  effet  aucun  de  ces  développe- 
ments. Les  mystères  dettlZ  (Kadôm)  —  ou  des  principes 
originels,  —  ceux  d'IZZ^y  (Oùlam)  —  ou  des  destinées 
finales  —  n'intéressent  notre  thèse  actuelle  que  d'une 

2 


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18  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01UE 

i 

manière  assez-  indirecte.  Nous  prenons  l'homme  terrestre, 
au  point  dévolution  où  la  vague  de  la  vie  l'a  porte'  sur 
notre  planète  ;  et  nous  recherchons  jusqu'où  sa  malice  peut 
induire  en  complicité  la  Nature  élémentaire,  dont  les  lois 
fatales  sont  indifférentes  à  servir  la  perversité,  comme  à 
seconder  le  bon  vouloir,  des  êtres  habiles  à  mettre  en 
œuvre  cesdites  lois,  vers  un  but  d'égoïsme  à  satisfaire 
ou  de  bien  général  à  accomplir. 

Au  contraire,  notre  troisième  Septaine  (Le  Problème  du 
Mal)  comporte  un  tout  autre  cadre.  Voyez  comme  s'élar- 
git le  domaine  qu'il  doit  embrasser  :  l'horizon  mystique 
recule  au  levant,  dune  part,  jusqu'à  l'engendremenl  de 
l'Éternelle  Nature  (I),  à  la  promulgation  du  Décret  fon- 
damental antérieur  à  la  chute  adamique;  —  au  couchant, 
d'autre  part,  il  se  prolonge  jusqu'à  la  consommation  des 
siècles  et  la  réintégration  des  sous-multiples  dans  l'Unité; 
jusqu'à  l'apothéose  d'Adam  au  giron  du  Verbe  éternel! 

Quelques  développements  que  requière  V élucidation  de 
ces  arcanes,  étrangers  d'ailleurs  à  l'objet  du  présent  tome, 
il  va  bien  falloir  en  toucher  un  mot  dès  cette  heure  ;  car 
il  nous  serait  impossible  de  répondre,  même  sommaire- 
ment, à  cette  question —  qu'est-ce  au  juste  que  la  Nature  Y 
—  sans  préciser,  en  quelques  traits  fermes  et  brefs,  l'his- 
toire de  la  chute,  conçue  îion  plus  dans  les  termes  d'une 
fable  cosmogonique,  mais  dins  l'esprit  de  la  Synthèse 
ésotérique  et  traditionnelle. 

En  dehors  même  de  la  question  du  naturel  et  du  sur- 
naturel  que  notre  silence  en  ces  mitières  laisserait  pen- 


(1  )  (Uœhme). 


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4 


AVANT-PIIOPOS  10 


chinteycet  empiétement  forcé  sur  le  programme  du  Livre 
III  présente  encore  l'avantage  de  jeter  un  clair  sur  /'ori- 
gine tk  l'astral,  qui,  sans  cela,  fût  demeurée  fort  obs- 
cure. Du  même  coup,  la  digression  qu'on  va  lire  nous 
permettra  de  mettre  en  lumière  une  divergence  fonda- 
mentale  entre  les  écoles  théosophiques  d'Orient  et  d'Oc- 
cident, —  divergence  dont  il  semble  d'autant  plus  ur- 
gent de  bien  fixer  les  termes,  quelle  a  été  moins  sentie 
jusqu'à  ce  jour.  L'a-t-on  seulement  signalée  avant  nous? 
Espérons  en  tout  cas  que  le  Public  saura  apprécier  V im- 
portance d'une  distinction  qui  nous  paraît  essentielle. 

En  effet,  si  nous  interrogeons  les  différentes  sources 
de  renseignement  occulte,  nous  voici  en  présence  de  deux 
courants  très  distincts,  de  traditions  pour  ainsi  dire 
contradictoires  (1). 

Le  premier  courant  (qui  est  celui  de  l'ésolérisme  mo- 
saïque, interprété  par  Fabre  d'Olivet,  et,  en  général, 
celui  de  la  doctrine  secrète  en  occident:  soit  qu'on  s'en 
tienne  à  la  tradition  kabbalistique  pure,  ou  qu'on  suive 
celle  des  mystiques,  depuis  Alexandrie  jusqu'à  nos  jours, 
en  passant  par  la  Gnose,  les  Templiers,  les  Rose  y  Croix, 
Paracelse,  Fludd  et  Crollius,  puis  l'École  des  voyants  : 
Itœlime,  Gichlel,  Leade,  Martinès,  Duloit-Mambrini, 
Saint-Martin  et  Molitor,  etc.),  —  le  premier  courant 
nous  amène  tout  droit  à  la  conception  d'un  absolu  de  Vie 


(\)  Contradictoires,  quant  au  point  de  départ  de  leur  Cosmogonie, 
roulons-nous  dire  ;  nullement  quant  à  l'enseignement  des  grandes  lois 
de  la  Sature  actuelle.  Sur  re  point,  il  y  a  le  plus  murent  parfait 
accord  entre  les  deu.r  Ecoles. 


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20 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


éternelle  et  de  Nature-essence,  dont  la  Sature  sensible  et 
contingente,  dont  V Univers  matériel  et  concret  ne  se- 
raient qu'un  produit  en  mode  de  déviation  éventuelle,  un 
accident  passager. 

Conçue  antérieurement  à  la  déchéance,  l'Éternelle 
Nature,  épouse  féconde  de  Dieu  (quelle  manifeste  en 
mettant  au  jour  son  Logos),  constituerait  cette  sphère 
de  l'Unité  divine  (le  Plérôme  de  Valentin)  où  se  meu- 
vent harmonieusement  tous  les  êtres  iutra-émanés, 
dont  la  synthèse  est  Adam  Kadmon  (1),  alias  le  Verbe. 
Le  Verbe  —  engendré  de  l'indissoluble  union  de  l'Es- 
prit pur  et  de  Y  Ame  vivante  universelle,  ou,  si  l'on 
préfère,  du  Dieu  mâle  et  de  la  Nature  féminine  ;  —  le 
Verbe,  idéal  Macrocosme,  qu'à  ce  point  de  vue  nous  ap- 
pellerions encore  Adam-.-Elohim  (2),;>ar  opposition  à  l'un 


(2)  ÔmSn  D7N.  Mais  le  nom  véritable  dit  Verbe  éternel  eut 
Ihôah  /Elohim  D\"iSn  .TVP  H'o//.  la  note  que  nous  avons  publiée 
dans  un  autre  ouvrage  :  Au  Seuil  du  Mystère,  pages  112-114). 

Cette  inexplicable  identité  de  l' Homme  conçu  dans  son  essence  uni- 
verselle, et  de  Dieu  même  en  tant  (pie.  manifesté  par  son  Verbe.  — 
constitue  le  Grand  Ârcane  kabbalistique. 

•  Ce  qu'est  Adam  dans  son  essence  universelle,  ne  peut  pas  être  ex- 
primé sans  une  instruction  préalable,  attendu  que  In  civilisation  euro- 
péenne n'étant  pas,  à  beaucoup  près,  aussi  avancée  que  l'avait  été  celle 
d'Asie  et  d'Afrique  avant  Moïse,  elle  n'a  pas  encore  acquis  les  mêmes 
pensées  universel/ex,  et  manque  par  conséquent  de  termes  pour  les 
exprimer,  a)...  Ce  qu'est  Adam  dans  son  essence  particulière,  peut 
être  exprimé  ;  quoique  cette  idée,  particularisée  dans  la  pensée  de 
Moïse,  se  présente  encore  pour  nous  sous  une  forme  universelle.  Adam 
est  ce  que  j'ai  appelé  le  Hëgne  nominal,  re  qu'on  appelait  impropre- 
ment le  genre  humain  ;  c'est  l'Homme  conçu  abstractivement  :  c'est-à- 
dire  la  nrisse  générale  de  tous  les  hommes  qui  composent,  ont  compose, 
ou  composeront  l'humanité  ;  qui  jouissent,  ont  joui  ou  jouiront  de  la 


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AVANT-PROPOS 


21 


de  ses  membres  qu'on  pourrait  nommer  AdanwEloha  (1). 

Dans  ce  dernier,  il  faudrait  voir  Fauteur  à  la  fois  et  la 
victime  de  V accident  dont  nous  parlions  tout  à  V heure. 

Cet  accident,  d'où  proviendrait-il  ?  —  De  V imprudence 
d'Adam,  considéré  (au  sens  le  plus  restreint),  comme  un 
,£loha  consubstantiel  au  Verbe  —  Adam  sElohim  — 
dont  il  serait  en  quelque  manière  à  son  origine  un  organe 
vivant. 

Au  lieu  de  vivre  heureux  dans  la  substance  maternelle 
de  la  divine  Nature  et  dans  l'Unité  du  Verbe,  —  Adam, 
incité  par  Nahàsh  (l'Êgoïsme),  veut  connaître 

et  saisir  la  Nature  en  elle-même  (dans  son  essence  radi- 
cale antérieure  au  divin  baiser  générateur  de  VÈtre, 
dans  ce  que  Bœhme  appelle  sa  racine  ténébreuse  :  en  un 
mot,  dans  sa  matrice  avant  la  fécondation).  S'emparer  de 
celte  essence  occulte,  antécédente  à  Félémenlisation  lumi- 
neuse; de  ce  pivot  de  la  vie  possible  qui  voudrait  être, 
mais  qui  nest  point:  telle  est  l'ambition  confuse  d'Adam- 
JEloha.  Il  plonge  éperdâment  en  ce  barathre,  y  cherche 
lumière,  vie  autonome  et  toute-puissance  ;  mais  il  n'y 
trouve  que  ténèbres  angoisseuses  (2),  appétentes  et  ton- 


ne humaine  ;  et  cette  masse  ainsi  conçue  comme  un  seul  être  vit  d'une 
rie  propre,  universelle,  qui  se  particularise  et  se  réfléchit  dans  les 
individus  des  dewr  sexes.  Considéré  sous  ce  dernier  rapport ,  Adam  est 
mule  et  femelle,  h).  »  (Caïn,  pages  29-30). 

Dans  cette  citation  très  remarquable  de  Fabre  d'Ofivet,  il  est 
d 'abord  question  du  Verbe,  Ihôah  .Elohim,  ou  Adam  Kadmôn,  ou 
Adam  .-Elohlm  a):  —  puis  d'un  membre  du  Verbe,  d'Adam-Ève, 
ou  </\A<lam  .Elolia  b). 

(2)  -jrn  llosheck  de  Moïse,   enveloppant  DinnThôm;  —  et  en 


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22 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIKK 


jours  déçues,  tourment  stérile,  effort  aveugle....  Il  s'en- 
gloutit dans  un  néant  avide  d'être,  qui  pompe  sa  vie  et 
dont  il  va  devenir  la  larve  incessamment  dévorée  (\). 

Mais  la  Providence,  intelligence  supérieure  de  la  Na- 
ture, a  prévu  cette  lugubre  possibilité  :  elle  darde  un 
rayon  créateur  dans  l'abîme  —  c'est  le  Fiat  de  Varacelse 
et  de  Bœhme  (2)  —  et  le  remède,  préparé  en  puissance 
de  toute  éternité,  va  passer  en  acte  pour  le  salut  d'Adam. 

Les  Ténèbres  du  limbe  anU^éternel  (ce  fonds  primitif 
où  vient  sélémentiser,  en  s'g  réfléchissant,  la  Lumière 


correspondance  avec  lesotériMne  hellénique  :  la  Grande  Nuit  d'Or- 
phée, nuit-  mère,  matrice  de  Prothyrëe,  (la  Grande  Déesse),  avant 
(/ne,  fécondée  du  Grand  Etre,  celle-ci  n'engendre  Primigènc,  le  Logos 
universel ,  d'où  émaneront  fous  les  dieti.r  par  couples  (Cf.  Hymnes  or- 
phiques). 

(I  )  .Votons  ici  deux  mystères  des  plus  profonds  : 

a.  —  Jamais  la  Racine  ténébreuse  ne  se  serait  produite  au  dehors, 
puisqu'elle  est  néant  par  elle-même,  si  Adam  ne  l'avait  manifestée,  en 
lui  communiquant  son  être  et  en  lui  prêtant  sa  substance.  Il  l'a  ainsi 
réalisée  en  s'y  abîmant,  d'où  le  Mal,  produit  de  cette  ex  tériorisation  ; 
—  le  mal,  qui  n'était  point  destiné  à  paraître  dans  ta  Mature. 

h.  —  Ceci  nom  explique  cette  opinion,  singulière  en  apparence,  de 
Fahre  d'Olivet  commentant  Moïse  :  a  La  vie  d'Adam,  qui  s'avançait 
d'un  cours  majestueux  etdou.r  dans  l'Eternité,  s'arrêta  tout  a  coup,  et 
prit  un  mouvement  rétrograde.  Elle  rentra  donc  dans  la  nuit  d'où  elle 
était  sortie,  et  ce  fut  l'Espace;  elle  recula  dans  l'Éternité,  et  ce  fut  le 
Temps...  »  (Y.  Gain.  Ilemarques,  page  202). 

(2)  C'est  par  suite  d'une  confusion  assec  grave,  que  ces  grands  hom- 
mes ont  pu  professer  cette  opinion.  Le  Fiat  lux,  c'est  l'éfémentisatian 
lumineuse,  ta  révélation  de  la  .\a turc-essence,  de  la  noire  Déesse 
devenue  l'Epouse  divine,  au  premier  regard  de  l'Époux'.  Le  Fiat  est 
donc  antérieur  à  ta  chute.  Ce  qui  a  égare  Paracelsc  et  litehme  dans 
leur  interprétation  de  ee  verset  mosaïque  (Gênés»»,  /.  H),  c'est  l'hypo- 
thèse /l'une  chute  antérieure  a  celle  d'Adam  (fa  Chute  angélique). 
Car ,  qu'il  y  ait  eu,  ou  non,  deux  catastrophes  successives,  il  est  certain 
que  Moïse  n'en  a  connu  ou  admis  qu'une,  celle  d' Adam-Eve,  d'où 
découle  toute  manifestation  sensible  et  tout  ordre  temporel. 


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■ 

AVANT-PROPOS  23 


invisible  de  l'Esprit  pur),  ces  Ténèbres  sont  tissues  de 
trois  Forces  potentielles,  concaténées  en  pile  pkysiogé- 
nique  :  une  force  compressée  (mère  de  la  densité),  une 
force  expansive  (mère  de  la  rarité),  enfin  une  force  rota-» 
toire,  produit  de  la  lutte  des  deux  premières  (et  mère  du 
feu-principe).  Ce  triple  dynamisme,  base  occulte  de  toute 
vie  créature-Ile,  s  empare  d'Adam-Éve:  la  force  expan- 
sée, dilatant  la  substance  d'Adam,  donne  San  Abel, 
l'Espace  éthéré,  centrifuge;  la  force  compressée  a  donné 
Kaïn,  le  Temps  diviseur,  centripète.  Car,  devenu 
mnable,  Adam  commit  le  Temps  ;  devenu  corporel,  il  va 
connaître  F  Espace. 

La*  Temps  compacte  en  nébuleuses  la  substance  éthérée 
de  V Espace;  Gain  accable  Abel:  d'où  le  monde  matériel, 
qui  s'organise  sur  la  base  de  la  troisième  propriété  de 
r Abîme  (la  force  rotaloire),  laquelle  engendre  TW  Seth, 
la  répartition  sidérale  de  la  substance  adamique  dans 
l'Espace,  au  moyen  du  Temps. 

Le  Fiat  de  Bœlwie  (1),  ou  le  rayon  dardé  par  la  Pro- 
vidence a  allumé  la  Lumière  astrale  dans  l'abîme  :  les 
systèmes  solaires  s'organisent  ...  Désormais  Adam  se 
disséminera  par  sous-multiplication,  au  moyen  du  Temps, 
dans  tous  les  mondes  qui  roulent  à  travers  l'Étendue  : 
jusqu'au  jour  de  sa  totale  épuration  et  du  retour  à 
Unité,  par  intégration  de  l'Espace  divisible,  et  rupture 
du  moule  du  Temps  diviseur. 

Telle  est  la  substance  de  cet  enseignement  (2),  soit 


ii  )  Voir  la  note  précédente. 

[i\  Les  différente*  écoles  que  nom  avons  rangées  sous  la  rubrique 


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24  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


qiïon  veuille,  avec  Bœhme  et  toute  r école  mystique,  ima- 
giner deux  chutes  successives:  celle  de  Lucifer-.Elohay 
englouti  le  premier  aux  ténèbres  abyssales  de  la  Nature- 
essence  (avant  C  illumination},  et  s1  enveloppant  —  pour 
séduire  Adam-Eve  —  dans  trilJ  Nahàsli,  la  3e  propriété 
de  V Abîme  ;  dans  cette  Rotation  angoisseuse  (produit  des 
deux  forces  compressive  et  expansive),  qui  est  ta  base 
latente  de  la  double  vie  psychique  et  volitive  de  tous  les 
êtres  créés;  —  soit  qu'on  suppose,  avec  Moïse  interprète 
par  Fabre  d' Olive  l,  que  Nahàsh,  force  impersonnelle,  a 
suffi  pour  déterminer  la  chute  d'Adam-kve. 

Il  importe  d'ailleurs  assez-  peu  qu  antérieurement  à  la 
chute  d'Adam,  un  autre  .Eloha,  —  un  Adam  avant  la 


générale  de  Doctrine  Secrele  en  Occident,  ont  chacune,  ou  peu  s'en  fout, 
son  langage  propre  ;  et  si  te  fond  essentiel  reste  identique,  /es  symbo- 
les et  les  vocabulaires  varient  à  l'infini. 

Dans  notre  exposé,  nous  adoptons  le  langage  de  l'Ecole  que  nous 
croyons  la  plus  savante,  celte  qui  va  de  Moïse  à  Fabre  d'Olivet,  en 
passant  par  la  Kabbale  et  par  Dœhme. 

Encore  y  a-til,  au  long  de  cette  chaîne  de  transmission  ésoterique. 
diverses  opinions  à  sèlecter  et  plusieurs  dialectes  à  unifier. 

Ces  dénominations  r/'orienlale  et  ^/'occidentale,  par  rapjtort  à  la  tra- 
dition occulte,  ne  présentent  rien  d'absolu;  elfes  nous  sont  dictées  par 
les  circonstances...  Plusieurs  écoles  asiatiques  et  même  hindoues  peu- 
vent enseigner  une  doctrine  d'accord  avec  la  nôtre,  comme  il  se  peut 
voir  en  Europe  des  èsotèriciens  partisans  de  l'éternité  de  llnirers 
physique. 

Mais  nous  avons  tenu  à  nous  distinguer  de  certains  occultistes, 
d  ailleurs  instruits,  à  tendance  matérialiste  et  même  athée,  qui  se 
donnent  pour  les  disciples  et  les  seuls  représentants  de  la  Sagesse 
orientale.  La  Société  théosophique,  fondre  par  eu.r  à  Madras,  a  ra/ti- 
dément  propagé  ses  branches  en  Europe  et  en  Amérique.  C'est  ce  qui 
a  décidé  un  grand  nombre  de  Kabbalistes,  d  llermétistes,  de  Cuos- 
tiques,  de  flose-Croi.r,  de  Martinistes  et  de  Mystiques  européens,  dont 
les  doctrines  concordent  sur  tant  de  points  essentiels,  à  lever  l'éten- 
dard spiritual  iste  delà  Tradition  occidentale. 


Goosl 


AVANT-PROPOS 


25 


lettre,  nomme'  Lucifer  —  ait,  ou  non,  rompu  le  pre- 
mier l'équilibre  céleste.  Car,  en  admettant,  avec  l'École 
mystique,  I hypothèse  des  deux  chutes  successives  de 
Lucifer  et  d'Adam,  le  premier  entraînant  Vautre  :  il  n'en 
reste  pas  moins  certain  que  Lucifer,  tout  au  moins,  a 
succombé  par  lui-même,  et  sans  que  nul  Esprit  malin 
provoquât  sa  défaillance.  Donc  l'intervention  d'un  tenta- 
teur conscient  ne  s'impose  aucunement  pour  expliquer  la 
chute.  Qu'un  tel  être  s  en  soit  ou  non  mêlé,  c'est  là  une 
controverse  d'un  intérêt  secondaire,  et  qui  ne  doit  pas 
diviser  des  théosophes  d'accord  touchant  le  reste. 

Si  laconique  que  soit  notre  exposé,  nous  en  avons  assez- 
dit  pour  caractériser  le  premier  courant,  celui  de  l'Occul- 
tisme occidental. 

L'autre  courant  (qui  est  celui  de  l'Ésolérisme  bouddhi- 
que, et,  nous  semble-t-il,  de  toutes  les  Écoles  ioniennes) 
nous  conduit  à  envisager  l'Univers  matériel  comme  une 
manifestation  éternellement  renouvelée  de  l'Univers  ar- 
chétype; —  la  Chute,  comme  une  figure  simplement  allé- 
gorique de  la  descente  de  l'Esprit  dans  la  matière  ;  et  la 
liédemption,  comme  un  emblème  simplement  mystique  du 
mouvement  évolutif  inverse,  qui  sublime  les  formes  pro- 
gressives de  l'Être  vers  une  spirilualisation  en  quelque 
sorte  mécanique.  Si  bien  que  l'Esprit,  s'irradiant  sans 
cesse  pour  descendre  dans  la  matière;  et  la  matière, 
élaborée  sans  trêve  en  vue  de  la  délivrance  de  l'Esprit 
captif,  qui  tend  à  remonter  pour  descendre  encore,  re- 
monter, redescendre  et  ainsi  de  suite  indéfiniment  : 
l'Objectif  concret  ne  peut  plus  être  conçu  comme  un  dé- 


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2<> 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


bordement  glacé,  mais  tarissable,  du  Subjectif  potentiel  ; 
car  la  Sature  vivante  (balancée  en  un  perpétuel  va-et- 
vient  du  pôle  différenciation  au  pôle  intégration,  et  vice- 
versâ)  se  réduit  à  un  pur  dynamisme  :  —  où  le  Bien  et 
le  Mal,  étant  nécessités,  ne  sont  plus  imputables  à  la 
conscience  de  l'être  moral  ;  —  où  Parabrahm,  avec  la 
même  indifférence,  envoie  ses  émanations  peupler  V enfer 
de  la  matière  différenciée,  et  réengloutit  au  non-être 
abyssal  de  sa  douteuse  essence  les  sous-multiples  rendus 
à  sa  dévorante  unité  :  ces  êtres  qui  ont  en  vain  langui, 
souffert,  désespéré;  puis  lutté, et  conquis  d'assaut  Féqui- 
roque  bonheur  de  Mrvânâ,  pour  le  perdre  encore  (I) 
après  un  repos  illusoire,  et  s'offrir  derechef  à  la  calami- 
tensc  étreinte  de  l'indestructible  Maïa,  ogresse  d'un 
étemel  cauchemar,  qui  crée  et  dévore  les  apparences 
formelles  sans  pouvoir  s  en  rassasier  jamais,  et  qui  peuple 
intarissablement  les  royaumes  de  la  vie  dolente  et  de  la 
mort,  sans  jamais  parvenir  tout  à  fait  elle-même  ni  à 
vivre,  ni  à  mourir. 

Il  nous  répugne,  en  Occident,  de  faire  de  F  univers  une 
machine,  de  F  homme  un  esclave  à  la  torture,  et  d'un 
Dieu  inconscient  Fauteur  du  Mal  éternel!  Conséquences 


il)  On  nous  objectera  que  les  entités  qui  ont  atteint  .Virvànà  ne 
quitteront  plus  leur  Ciel  d'oisive  béatitude,  pour  redescendre  dan* 
Carène  de  la  vie  cosmique. 

.\ous  répliquerons  que  r'est  un  pur  sophisme.  Si,  en  effet,  ces  enti- 
tés, pleinement  reintégrées  en  l't'nile  divine,  se  fondent  en  elle  à  tout 
jamais,  tout  au  moins  participent-elles  a  la  sous-multiplication  inces- 
sante que  subit  et  subira  ladite  t'nité.sansqu'il  soit  possible  d'entrevoir 
la  quérison  de  cette  incontinence  morbide,  non  plus  chronique,  mais 
éternelle. 


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AVANT- PROPOS  27 


extrêmes,  qu  'il  n'est  que  trop  facile  de  tirer  des  prémisses 
de  la  Synthèse  hindoue  (I)  :  car  enfin,  V univers  physique 
supposant  V existence  du  Mal,  éterniser  l'un,  c'est  éterni- 
ser Vautre. 

Sur  ce  point-là,  les  sectes  exotériques  du  Christia- 
nisme semblent  elles-mêmes  présenter  une  solution  moins 
dommageable  à  l'homme  et  moins  révoltante  pour  sa  mi- 
son.  En  effet ,  si  elles  professent,  à  V égard  des  pervers, 
le  dogme  absurde  des  peines  étemelles,  du  moins  pro- 
mettent-elles justice  aux  justes,  en  enseignant  la  «  fin 
du  monde  »,  c'est-à-dire,  à  tout  prendre,  le  caractère 
accidentel  et  transitoire  de  ce  monde  physique,  où  le 
Mal  sévit  indistinctement  sur  les  bons  comme  sur  les  mé- 
chants (2). 

Le  parallèle  que  nous  avons  esquissé  entre  les  deux 
ésotérisme*  d'Occident  et  d'Orient  suffit  à  en  faire  sen- 
tir le  fort  et  le  faible  ;  et  il  paraît  presque  superflu  (ra- 
jouter que  nos  ouvrages  se  réclament  expressément  du 
premier  de  ces  deux  courants  occultes. 

Que  si  nous  remontons  à  l'origine  de  la  digression  qu'on 


{\)  Voir  la  noto.  page  Si. 

it)Knce  moment,  nous  raisonnons  dans  /'esprit  très  étroit  de  ce 
même  exotérisme.  oui  n'admet  pas  ta  grande  loi  de  justice distribulire 
présidant  aux  incarnations  ;  —  toi  que  les  hindous  connaissent  en  re- 
vanche parfaitement  et  qu'ifs  enseignent  sous  le  nom  de  Karma.  Seu- 
lement ils  ont  te  tort  d'en  e.ragérer  la  portée  et  d'en  universaliser  la 
norme  inflexible .  Rien  n'est  plus  dangereuse  que  cette  extension  d'uni' 
doctrine  correcte  en  elle-même.  .Xous  prendrons  soin  de  préciser  ail- 
leurs tes  justes  limites  où  il  convient  de  la  restreindre. 


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28 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


vient  de  lire,  il  nous  sera  plus  facile  de  donner  un  sens 
au  mot  nature. 

Sous  comprendrons  mieux  quon  peut  envisager  la  iV«- 
lure  sous  deux  aspects  : 

1°  La  Nature  éternelle  et  céleste,  qui  est  Hulen  supé- 
rieur, le  royaume  de  l'Unité.  Les  notions  du  Temps  et  de 
l'Espace  y  disparaissent  dans  le  double  concept  de  Y Éter- 
nel et  dei  Infini.  Les  âmes  qui  g  sont  réintégrées  cessent 
d'être  sujettes  aux  alternatives  de  la  mort  et  des  renais- 
sances ;  car  leur  substance,  tout  à  fait  spiritualisée,  n  offre 
plus  de  prise  aux  vagues  rétrogrades  du  torrent  des  gé- 
nérations..* 

2°  La  Nature  temporelle  et  cosmique  (I),  ou  de  dé- 
chéance, triple  comme  Y  Univers  don  t  elle  est  la  loi.  Elle 
se  subdivise  :  —  1°  en  Nature  providentielle  ou  natu- 
ranle, qui  est  commune  au  Ciel  et  à  la  Terre;  cest  par 
elle  que  la  Nature  temporelle  se  relie  à  Y  Éternelle  nature, 
que  V  Univers  aboutit  à  YEden  et  le  Temps  à  Y  Éternité'; 
2°  en  Nature  nominale,  ou  psychique  et  volitive,  inter- 
médiaire (2);  —  3°  en  Nature  fatidique  ou  naturée. 

Ceux  qui  voudraient  quelques  développements  sur  cette 
hiérarchie  trinitaire,  en  trouveront  d'admirables  dam 
/'Histoire  philosophique  de  Fabre  d'Olivel,  qui  les  a  ex- 
cellemment distinguées  et  magistralement  décrites.  Quant 
à  nous,  il  convient  de  nous  en  tenir  là.  Sous  n'avons 


(1)  La  Nature  temporelle  est  d'ailleurs  contenue  dans  l'Eternelle 
Sature.  L'immense  l'uirers  est  comme  une  tache  sur  la  blancheur  de 
l'incommensurable  Eden . 

[i)  Ainsi  l'homme  dét  ient  le  centre  et  le  moyen-terme  de  l' Univers 
qui  est  le  produit  de  sa  chute. 


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voulu,  pour  l'instant,  que  prévenir  un  enchaînement  de 
malentendus  qui  s'annonçaient  à  perte  de  vue,  et  souli- 
gner, —  en  précisant  les  différentes  significations  attri- 
buables  au  mot  Nature,  —  ce  qu'offre  de  ridicule  et  de 
chimérique  celui  de  Surnaturel. 

Quant  à  nier  les  essences  spirituelles ,  et  même  la  pos- 
sibilité de  rapports  entre  les  êtres  de  cet  ordre  et  les  âmes 
descendues  dans  la  déchéance  de  la  chair;  quant  à  con- 
tester la  claire-vue,  la  bilocation,  les  apports,  la  commu- 
nication de  pensée,  /'envoûtement  à  distance  et  tant 
iC autres  phénomènes  psycho-fluidiques  et  mystérieux  à 
des  titres  divers,  —  nous  n'y  pensons  pas.  S'il  nous  pre- 
nait fantaisie  d'y  contredire  au  mépris  de  toute  évidence, 
nous  n'écririons  pas  de  gros  livres  à  dessein  de  les  ex- 
pliquer. Ce  sont  là  des  faits,  que  nous  appellerons -pro- 
diges, miracles  même,  si  l'on  y  tient. 

Il  nous  suffit  d'avoir  protesté  contre  l'interprétation 
irrationnelle  et  agnostique  des  exégètes  qui  veulent  voir, 
dans  tout  phénomène  de  ce  genre,  une  infraction  aux 
lois  de  nature,  une  interruption  arbitraire  dans  l'inces- 
sante filiation  des  causes  et  des  effets  ; —  en  un  mot,  la 
volonté  actuelle  de  Dieu  ou  de  ses  anges,  se  substituant 
aux  causes  naturelles,  pour  produire  sur  la  matière  {ex- 
ceptionnellement soustraite  aux  lois  qui  la  régissent)  une 
action  immédiate,  directe. 

Voilà  l'hypothèse  absurde  par  excellence,  et  qui  fait 
pendant  (si  f  ose  dire)  dans  l'ordre  des  idées,  au  mot  non 
moins  absurde,  examiné  plus  haut. 

Lu  Providence  influe  sans  doute  sur  le  monde  physique, 


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- 


30  LA  CLEF  DE  LA  MAC.IE  NOIRE 

en  suivant  lacJiaîne  d'or  des  intermédiaires  naturels,  tour 
à  tour  déterminés  et  déterminants.  Mais  d'abord,  c'est  une 
grave  erreur  que  d'assimiler  à  Dieu  la  Providence,  laquelle 
n'est  autre,  en  dernière  analyse,  que  /'Intelligence  de  la 
Nature  :  nous  espérons  le  rendre  évident  par  la  suite.  Au 
surplus,  cette  faculté  supérieure  du  vivant  Macrocosme,  la 
Providence,  agit  en  mode  physiologique,  (ni  plus  ni  moins 
que  la  faculté  correspondante  chez-  un  homme  de  chair  et 
d'os  :  chez  un  écrivain,  par  exemple,  saisissant  la  plume 
à  l'instigation  de  son  intelligence,  qui,  d'accord  avec  sa 
volonté,  va  lui  dicter  quelque  note).  Jamais  la  Providence 
ne  bouleverse,  ou  même  n'entrave  dans  leur  mécanisme 
les  grandes  lois  primordialement  établies,  comme  des  té- 
moins à  jamais  incorruptibles  de  l'Éternelle  Sagesse. 

Que  si  Dieu  pouvait  troubler  V harmonie  de  ces  immua- 
bles lois,  il  en  ferait  de  faux  témoins,  et,  s'infligeant  à 
lui-même  un  démenti  solennel,  il  sèmerait  la  confusion, 
non  pas  seulement  dans  l'Univers  sensible,  mais  encore  cl 
surtout  dans  les  mondes  moral  et  intelligible.  L'inacces- 
sible sphère  des  principes  en  serait  elle-même  ébranlée. 

Ce  qui  ne  se  peut.  —  l'n  figuier  qui  soudain  produirait 
des  noix  ne  serait  plus  un  figuier  :  de  même  un  principe, 
coércible  au  point  d'engendrer,  sous  la  pression  tfnne 
Puissance  quelconque,  des  résultats  contraires  à  ceux 
qu'il  fournissait  dans  sa  libre  expansion,  ne  serait  plus 
un  principe.  —  Sous  irons  plus  loin.  L'ensemble  des  lois 
universelles  (issues  des  mutuelles  relations  des  Principes, 
tendant  à  se  manifester  en  potentialités,  puis  en  actes), 
l'ensemble  des  luis  est  comme  un  prodigieux  engrenage, 
rigoureusement  un  dans  sa  raison  d'être  ;  un  mécanisme 


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* 


I 


AVANT-PROPOS  31 


où  chaque  pièee  commande  toutes  les  autres,  et  reçoit  en 
retour,  par  une  sorte  d'action  collective  et  réciproque,  les  . 
vertus  de  V Unité-principe.  Cette  réversibilité  des  plus  di- 
verse* fonctions  s'observe  dans  tout  système  cohésif  et  ré- 
ductible à  une  rigoureuse  synthèse. 

Sous  Pavons  dit  :  l'idée  d'un  Principe  susceptible  d'al-  * 
tération  dans  son  entité  ou  de  variation  dans  ses  consé- 
quences est  une  idée  radicalement  fausse,  en  ce  quelle 
implique,  dans  les  termes  même  où  elle  se  formule,  une 
évidente  contradiction  (1).  Mais  en  admettant  pour  un  peu 
cette  instabilité  possible,  telle  est  la  vertu  solidaire  des 
premiers  principes,  que  la  moindre  altération  de  l'un 
d'eux  aurait  son  contre-coup  dans  l'univers  intelligible 
tout  entier  :  de  là,  le  Chaos,  se  propageant  au  long 
de  la  chaîne  de  causalité,  romprait  d'emblée  l'équilibre 
du  Ciel  et  de  la  Terre;  ce  serait  la  fin  du  monde,  telle 
que,  vers  Pan  mil,  les  populations  terrifiées  se  la  figuraient 
imminente. 

La  cause  occulte  en  gît  dans  la  nature  de  Dieu  lui- 
même,  qiii  étant  l' Absolu-conscient  —  Wronski  dirait 
F  Absolu-raison  —  ne  se  conçoit  susceptible  ni  d'une  er- 
reur, ni  d'une  hésitation,  ni  d'une  variation  quelconque 
dans  ses  volontés.  Les  lois  préfixes  sont  l'œuvre  de  sa  Sa- 
gesse; la  Providence  en  règle  l'emploi.  Si  Dieu  violait 
une  des  lois  qu'il  a  fondées  dans  le  principe  (Be-rœshith 
r*\TtfT2),  il  se  nierait  lui-même  :  car  il  manifesterait 
la  mutation  de  l'immuable,  l'imprévoyance  de  ïomni- 


(1)  Tout  principe  e*t  simple,  radicalement  un  ;  or  un  changement 
d'état  tuppote  le  binaire. 


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scient,  les  hésitations  de  la  suprême  Pensée,  les  tergi- 
versations du  Verbe  absolu. 


III 

Xul  ne  s'est  mépris  sans  doute  sur  la  valeur  des  quel- 
ques axiomes  énoncés  dans  la  section  II  de  cet  avant- 
propos;  leur  portée  est  incalculable  ;  elle  embrasse  et  do- 
mine tout  cet  ouvrage. 

Il  convenait  de  les  inscrire  en  tête  de  notre  deuxième 
Septaine,  au  point  précis  où  s'ouvre  renseignement  dog- 
matique de  Haute  Doctrine,  après  l'exposé  pur  et  simple 
des  faits  qui  intéressent  notre  sujet  (  première  Septaine  : 
le  Temple  de  Satan). 

Bien  plus,  {au  risque  d'anticiper  formellement  sur  les 
matières  du  présent  tome),  il  semble  utile  de  courir,  d'ores 
et  déjà,  au-devant  des  objections  probables. 

A  ces  deux  axiomes  :  —  Le  Surnaturel  n'est  point;  — 
l'Etre  absolu  n'est  susceptible  ni  d'hésitations  ni  de  re- 
mords, —  on  opposera  le  récit  du  Déluge,  d'une  part, 
tel  que  le  donnent  les  traductions  officielles  de  la  Bible  ; 
et  de  l'autre,  ce  fameux  verset  de  la  Vulgate,  où  chacun 
peut  lire  que  le  Seigneur  se  repentit  d'avoir  créé  l'homme 
ici-bas.  Or  Moïse  étant,  pour  les  fidèles,  l'infaillible 
porte-parole  de  F  Esprit-Saint,  et  pour  les  adeptes  de 
l' Ésotérisme  occidental  une  de  leurs  plus  imposantes 
autorités,  de  telles  objections  paraissent  asses  graves 
pour  requérir  de  noire  part  une  réponse  immédiate. 

Puissions-nous,  sans  être  taxé  de  suffisance,  affirmer 


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AVANT-PROPOS 


33 


ici  que  rien  n'est  plus  facile  au  monde  que  de  réduire  à 
néant  ces  spécieuses  difficultés.  Prions  le  Lecteur  dlêlre 
arbitre. 

V  Le  Déluge.  —  Que  noire  planète  ait  été  ravagée  à 
plusieurs  reprises  par  des  déluges  formidables,  encore 
que  partiels,  c'est  ce  que  F  Occultisme  ne  cojiteste  pas 
plus  que  la  science  universitaire.  Sachant  même  ce 
qu'ignore  celle-ci,  les  causes  géologiques  (1)  et  méta- 
physiques (2)  de  pareils  cataclysmes,  il  a  pu  formuler 
l'inflexible  loi  de  leur  retour  périodique,  déterminable 
à  date  fixe.  —  Quant  à  travestir,  comme  la  Vulgate,  le 
déluge  universel  en  événement  historique  du  cycle  pré- 
sent, c'est  une  autre  affaire.  Le  fait  est  très  contestable 
et  généralement  contesté.  Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  point 
de  controverse,  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de  débattre  ici,  il  de- 
meure constant  que  Moïse  admet  en  principe  la  possibi- 
lité d'un  déluge  universel  (3).  C'est  assez  pour  qu'il  soit 


[{)  Voy.  nommément  Delormel,  La  Grande  Période,  Paris,  1789,  m-8. 

(2)  Voy.  Fabred'Olivet,  Langue  hébr.  restit.,  (t.  Il,  p.  474-237);  Hist. 
philos.,  (t.  Il,  p.  188-194). 

(3;  Ce  qu'il  importe  de  n'oublier  jamais,  c'est  l'erreur  grossière  de 
ceux  qui  veulent  voir  dans  la  Genèse,  suivant  l'opinion  malheureuse- 
ment accréditée,  les  Annales  du  peuple  juif  à  l'époque  patriarcale.  Le 
Sepher  de  Moïse  est,  non  pas  le  récit  d'une  série  de  faits  historiques, 
accomplis  dans  le  passé,  mais  le  Livre  transcendantal  des  principes 
cosmogoniques  et  androgoniques  :  principes  dont  les  adaptations  se  sont 
profluites.  se  produisent  ou  se  produiront  dans  le  temps  et  l'espace. 

Xous  jugeons  utile  de  transcrire  à  cette  heure  quelques  lignes  de 
f  Histoire  philosophique  du  genre  humain,  où  Fabre  d'Olivet,  par  une 
double  définition  des  plut  précises,  prévient  toute  éventualité  de  con- 
fusion et  jusqu'à  la  possibilité  d'un  malentendu. 

«...//  est  deux  espèces  de  déluges,  qu'on  ne  doit  pas  confondre  en- 
semble :  le  Déluge  universel  ;  celui  dont  parle  Moïse  sous  le  nom  de 

3 


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34 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


permis  de  raisonner  sur  le  fait  réputé  possible,  comme 
sur  un  fait  accompli.  Ainsi  allons-nous  faire. 

Le  Déluge,  comme  tous  les  cataclysmes  généraux  ou 
partiels,  est  un  effet  rigoureusement  logique  des  causes 
naturelles  ;  il  ne  se  réalise  en  acte  qu'en  suivant  la  filière 
hiérarchique  des  causes  mues  et  motrices. 

Le  Verbe  de  Dieu,  pour  s'accomplir,  peut  providentiel- 
lement (1)  influer  sur  les  lois  secondaires ,  sans  les  altérer 
dans  leur  essence. 

Soit  donnée  une  roue  entée  sur  un  axe  mobile  ;  cette 
roue  tourne  à  dextre.  Si  nous  la  faisons  tourner  à  sé- 
neslrey  nous  aurons  modifié  le  sens  de  sa  rotation,  sans 
altérer  sa  nature  intime,  qui  est  de  tourner.  Sa  fonction 
n'est  nullement  corrompue,  pour  inversée  qu'elle  soit  (2). 


Maboul;  relui  que  les  Brahmes  connaissent  sous  le  nom  de  Dina-pra 
layam,  est  une  crise  de  la  Sature  qui  met  un  terme  à  son  action  ;  c'est 
une  reprise  en  dissolution  absolue  des  êtres  créés...  Moïse  en  parle 
comme  d'une  funeste  possibilité...  La  description  de  ce  déluge,  la  con- 
naissance de  ses  causes  et  de  ses  effets,  appartiennent  à  la  cosmogonie. .. 
Les  déluges  de  ta  seconde  espèce  sont  eewc  qui  n'occasionnent  qu'une 
interruption  dans  la  marche  générale  des  choses,  par  des  inondations 
partielles,  plus  ou  moins  considérables.  Parmi  ces  cataclysmes,  on  peut 
considérer  celui  qui  détruisit  l'Atlantide  comme  un  des  plus  terribles, 
puisqu'il  submergea  un  hémisphère  tout  entier  et  fit  passer  sur  l'au- 
tre un  torrent  dèrastateur  qui  le  ravagea.*»  (Hist.  philos.,  tome//, 
p.  i 01  -192,  passim). 

(1)  Voir  ce  que  nous  disons  {page  30)  sur  le  râle  physiologique  de 
la  Providence,  celte  intelligence  de  la  Sature. 

(2)  Mous  ne  nous  dissimulons  point  l'imperfection  ni  même  le  ridi- 
cule de  rapprochements  pareils  :  du  particulier  à  l'unirersel,  connue 
du  nombre  à  l'unité,  toute  comparaison  est  inévitablement,  ou  défec- 
tueuse, ou  du  moins  mesquine;  et  jtourtant  1rs  analogies  du  sensible 
sont  seules  aptes  à  rendre  à  notre  raison  un  compte  indirect  des  véri- 
tés intelligibles.  Résignons-nous  donc  à  l'insuffisance  du  rapproche- 
ment, et  le  reprenons. 


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AVANT-PROPOS 


En  fabriquant  cette  roue  muable  dans  les  deux  sens, 
nous  nous  étions  réservé  a" en  intervertir  à  notre  caprice 
la  rotation,  de  droite  à  gauche,  ou  de  gauche  à  droite.  — 
Ainsi  {pour  user  d'un  langage  exotérique  jusqu'à  la  tri- 
vialité), Dieu  s'était  réservé  de  dilater  à  son  gré,  ou  de 
condenser  les  eaux.  —  Comment? 

Sous  touchons  à  l'un  des  arcanes  de  l'initiation  mo- 
saïque, et  ceux-là  seuls  en  auront  l'intelligence  pleine  et 
entière,  qui  savent  ce  qu'il  faut  entendre  par  le  fameux 
Roùach  /Elohim  D'nSfc*  HT) ,  qui ,  dans  le  Principe 
JV&%tf"Q,  se  mouvait  en  puissance  de  fécondité 
PSrrra  sur  la  face  des  doubles-eaux  D>ï2n  >JS  S?. 

Par  son  essence,  ce  Roûach  iElohim  se  rattache  au 
Roùach  Hakkadôsch ttfVipn  mi,  l'Esprit  Saint,  dont  il 
est  la  manifestation  première,  édénale.  En  substance  et 
dans  l'univers,  il  constitue  ce  mystérieux  agent  que  les 
hindous  nomment  Akasa  (le  fluide  pur),  lorsqu'une  force 
intelligente  le  dirige;  mais  qui,  abandonné  à  la  fatalité 
de  son  mouvement  propre,  devient  le  cyclone  de  Nahàsh 
CTW,  ou  du  serpent  de  la  Genèse  —  en  un  mot,  la  Lu- 
mière astrale.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  il  a  été  appelé 
l'âme  du  monde,  comme  on  le  verra  plus  avant.  Il  est  le 
suprême  fadeur  de  l'équilibre  élémentaire,  .Emesh^ON, 
et  le  glaive  du  jugement  ou  de  l'équilibre  moral,  Hocq 
pn  (l).  Comme  principe  de  la  manifestation  sensible, 
Moïse  le  fait  couler  à  la  région  tfEden  sous  le  nom  de 
l'hishôn  ]*WS,  le  fleuve  producteur  de  la  création  ob- 
jective ou  physique  (2);  comme  expansion  de  la  Faculté 

(1>  Voy.  le  Scpher  letzirah.  traduit  par  Papus  (Chap.  II  et  III). 
(2)  Gibôn,  Hiddekel  et  Phrath.  les  trois  autres  fleures  symboliques 


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36 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


plastique  génératrice,  et  spécialement  comme  Puissance 
universelle  d'individualisation  vitale,  ce  théocrate  le 
désigne  sous  V emblème  de  la  colombe  de  Noé,  Iônah 
H3V  (1).  Voilà  ce  que  nous  pouvons  dire. 

Mais  le  détail  de  ces  spécifications  nous  entraînerait 
trop  loin.  Le  problème  du  déluge  doit  seul  nous  occuper, 
à  celle  heure.  Tenons-nous-en,  quant  au  reste,  à  des  gé- 
néralités. 

Tous  les  termes  ci-dessus^  énoncés,  et  d'autres  encore 
qui  seront  ultérieurement  définis,  expriment  la  filiation 
occulte  émanée  de  Rouâch  Hakkadôsch,  V Esprit  Saint; 
soit  une  hiérarchie  de  Principes  et  de  Puissances,  hiérar- 
chie qui  pour  nous,  sous-multiples  déchus  d'Adam,  vient 
aboutir  dans  le  monde  astral,  ou  des  fluides  hyperphysi- 
ques.  Déjà,  Au  Seuil  du  Mystère,  nous  avons  éclairci, 
d'après  la  tradition  constante  des  Maîtres  de  la  Sagesse, 
la  triple  nature  de  V universel  fluide,  selon  qu'il  est  con- 
sidéré dans  son  mouvement  d'expansion,  Aôd  "lltf,  dans 
son  mouvement  de  restriction,  Aôb  ou  dans  le  cycle 
intégral  de  son  double  mouvement,  ascendant  et  descen- 
dant, Aôr  T,S  (2).  —  Si  nous  observons  à  celle  heure 
que  les  eaux  ont  toujours  passé,  dans  les  sanctuaires  de 
V ancien  monde,  pour  l'hiéroglyphe  matériel  du  principe 
passif  et  restrictif  (3),  nous  ne  serons  pas  surpris  a"ap- 


du  paradis  terrestre,  expriment  également  diverses  modifications  de 
V Agent  astral. 

(1)  Voi/.  Langue  hébr.  rest.  (t.  II,  p.  230). 

(2)  La  plupart  des  occultistes  écrivent  Aoûr  "Vtf.  —  Avec  Fabre 
d'Olicet.  nous  trouvons  jdus  précis  de  distinguer  le  feu  (Aoùr)  de  la 
lumière  (Aôr). 

(3)  Le  feu,  par  contre,  était  V  emblème  du  principe  d'activité  expansive. 


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AVANT-PROPOS 


37 


prendre  que  ces  eaux,  dans  leur  état  normal,  sont 
comprimées,  condensées  et  comme  enchaînées  (1)  par 
une  force  victorieusement  compressée,  astringente  et 
liante  (2).  Ce  nœud  statique  venant  à  se  dissoudre,  il 
i ensuit  que  les  eaux  obéissent,  dans  la  mesure  de  leur 
prodigieuse  élasticité,  à  l'agent  universel  de  fécondité  et 
d expansion  qui  dynamise  et  distend  toutes  choses,  selon 
la  multiplication  quateme  propre  au  monde  élémentaire. 
—  Ce  dernier  agent,  très  voisin  cTIônah,  était  bien  connu 
des  anciens  Sages:  ils  lui  avaient  assigné  pour  emblème 
la  pierre  cubique,  qui  devient,  au  quatrième  feuillet  du 
Tarot,  le  trône  où  siégera  F  Empereur  mystérieux,  le 
Rhawôn  de  Thoth  et  le  Moloch  *]So  des  Phéniciens 
(substantif  qui,  par  une  simple  mutation  des  voyelles 
latentes,  donne  en  hébreu  le  mot  Melech,  qui  veut  dire 
Roi). 

Au  retrait  de  C agent  compressif qui  neutralisait  la  force 
d'expansion,  Veau  se  dilate  donc  avec  une  extrême  vio- 
lence :  c'est  ce  que  Fabre  d'Olivet  traduit  par  la  grande 
intumescence  bmarrntf  (3)  ;  c'est  ce  que  Moïse  lui- 


(1  j  Se  rappeler  la  chaîne  symbolique  que  Xerxès  (dit  la  légende  tra- 
ditionnelle) fit  jeter  dans  l'archipel  indien,  pour  enchaîner  la  tem- 
pête.... Voir  le  Crocodile,  poème  épiquo-tuagique,  par  un  amateur  de 
ehos«s  cachées  (Claude  de  Saint- Martin).  Paris,  an  VIII  de  la  Répu- 
blique, i  vol.  1/1-8  [p.  13-14). 

12)  Hereb  rtf. 

(3)  L'adepte  Saint-Martin  a  écrit  d'étonnantes  pages  sur  le  déluge, 
qu'il  traite  en  fait  accompli.  Il  n'a  garde  de  soutenir  qu'une  pluie 
tomba,  assez  abondante  pour  inonder  toute  la  terre  :  version  ridicule 
et  contre  laque/te  s'insurgent  à  l'envi  le  simple  bon  sens  et  le  texte 
«Urne  du  Sepher. 

•  ...  Le  mot  hébreu  arubboth,  quoique  signifiant  cataractes, 


38 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NO! FIE 


même  veut  faire  entendre  plus  au  clair,  quand  il  dit  :  Et 
furent  ouvertes  toutes  les  sources  de  l'Abîme  poten- 
tiel (1), 

:  binn  wja"1^  Wpaa 

Ainsi  le  Déluge  s'opère  par  un  phénomène  d% ordre  na- 
turel, —  le  retrait  une  force  constrictive  du  Cosmos,  et 
cause  permanente  de  i affaissement  des  eaux.  Entravée  à 
point  nommé  dans  sa  fonction  condensatrice,  cette  Force 
abandonne  les  masses  liquides  à  la  merci  d'une  force 
opposée,  indéfiniment  multiplicatrice  et  dilatante. 

Ce  retrait  décisif,  qui  en  reste  le  provocateur  immé- 
diat ?  —  Là  encore,  Dieu  n'opère  que  par  les  principes 
préétablis;  la  liberté  humaine  est  F  un  de  ces  principes. 
Ainsi  que  Fabre  d'Olivet  le  laisse  entendre  à  merveille, 
ce  n'est  pas  le  Verbe  de  la  divine  Volonté  qui  sponta- 
nément délie  les  sources  de  l'Abîme  :  Jod^hévê  cède  à 
V effort  de  l'Adam  terrestre  qui  se  débattait  contre  Lui; 
il  le  laisse  choir  du  poids  de  son  lourd  destin  ;  voilà  tout. 
L'hominalité  luttait  à  outrance  pour  se  rendre  indépen- 
dante de  son  Principe  céleste;  le  Créateur  cède  à  regret; 
il  s'éloigne,  alors  qu'on  voulait  s'éloigner  de  sa  face;  il 

selon  la  lettre,  n'est  il  pas  un  dérive  du  verbe  221  rahab  ou  H2! 
raba,  qui  veut  dire,  il  a  été  multiplié  f  Alors  le  texte  présente  l'idée 
naturelle  d'une  action  plus  étendue  dans  l'Agent  qui  produit  l'eau,  et 
nullement  celle  du  simple  écoulement  d'une  eau  auparavant  exis- 
tante... »  (Saint-Martin,  Tableau  naturel,  Edimbourg  (Lyon),  1782, 
2  vol.  iVi-8,  p.  32  du  second  tome). 

Dans  ce  même  ouvrage,  Saint' Martin  expose  encore  comme  quoi  le 
déluge  est  la  conséquence  naturelle  et  fatale  de  la  corruption  adami- 
que,  et  non  point  une  punition  divine,  au  sens  coutumier  du  mot.  Il 
laisse  également  entendre  pourquoi  le  cataclysme,  évoqué  par  la  dépra- 
vation des  hommes,  a  choisi  l'eau  comme  instrument  dévastateur. 

(I)  Langue  hébr.  rest.,  tome  II,  pt  202  et  333. 


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AVANT-PROPOS 


39 


a/franchit  qui  tentait  de  s'affranchir.  Toute  négative,  la 
condamnation  qu'il  prononce  se  réduit  à  un  acquiesce- 
ment tacite. 

L'homme,  abandonné  au  tourbillon  de  sa  corruption 
croissante,  a  fait,  sayis  le  savoir,  un  pacte  avec  la  Mort  : 
il  appartient,  dès  lors,  à  la  fatalité  du  suicide.  Il  appelle 
le  cataclysme;  il  révoque  en  une  langue  à  soi-même  in- 
connue... Malheureux,  il  ignore  que  le  Cataclysme  va 
venir.  —  Fabre  d' Olive  t  est  formel  sur  ce  point  :  «  la 
véritable  pensée  de  Moïse  est  que  l'Être  des  Êtres  ne  dé- 
truit la  terre  qu'en  l'abandonnant  à  la  dégradation,  à  la 
corruption  qui  est  son  propre  ouvrage  :  pensée  déjà  ren- 
fermée dans  le  renoncement  dont  il  est  question  au  ver- 
set 6.  »  (Chap.  VI)  (t). 

r  C'est  ce  Renoncement  que  nous  avons  précisément 
choisi,  comme  deuxième  exemple  des  objections  qui  pour- 
raient nous  être  faites. 

Ici,  nous  aurons  recours  encore  à  Fabre  d'Olivct,  dont 
les  explications  doctrinales,  souvent  bien  sommaires,  ont 
pour  elles  d 'être  toujours  d'une  netteté  et  d'une  correction 
parfaites.  Les  fioles  qui  criblent  sa  traduction  du  texte 
hébreu  de  Moïse  répugnent  aux  commentaires  proprement 
dits  ;  elles  portent  de  préférence  sur  l'analyse  grammati- 
cale et  hiéroglyphique,  —  recherches  qu'un  vocabulaire 
radical,  placé  à  la  suite  de  son  admirable  grammaire,  per- 
met de  pousser  assez  loin...  Penseur  et  savant  dont  l'éru- 
dition prodigieuse  ne  le  cède  qu'à  une  inodes  lie  et  une 
conscience  d'un  autre  âge,  Fabre  d'Olivet  a  su  pénétrer 


(i)  Lang.  hébr.  rest.,  tome  II,  p.  190. 


40 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


fort  avant  dans  la  crypte  des  sanctuaires  écroulés  (1), 
jusqu'au  tabernacle  des  plus  mystérieux  arcanes.  Maintes 
fois  V occasion  nous  sera  fournie  de  recourir  à  ses  lumières; 
aussi  avons-nous  eu  à  cœur  de  le  saluer  ici,  comme  une 
autorité  de  premier  ordre. 

Fermons  cette  parenthèse,  pour  retourner  à  notre  con- 
troverse. 

La  première  objection  supposée  aurait  eu  pour  but  d'in- 
valider nos  principes,  en  opposant  à  notre  dénégation 
formelle  un  exemple  évident  des  grandes  lois  naturelles 
violées.  Le  Déluge,  en  effet,  tel  qu'assez  communément  on 
se  le  représente,  constituerait  un  cas  d'impossibilité  phy- 
sique ;  mais  nous  croyons  avoir  montré,  d'une  sorte  assez 
concluante,  que,  dans  la  production  de  ce  phénomène  ex- 
ceptionnel, rien  n'autorise  à  voir  une  action  directe  de  la 
Volonté  divine  sur  l'univers  sensible,  mais  un  effet  né- 
cessaire des  causes  naturelles,  agissant,  il  est  vrai,  sous 
l'impulsion  de  la  Providence,  sans  que  les  lois  premières 
en  souffrent  nulle  atteinte. 

C'est  à  la  conception  d'un  Dieu  invariable  dans  ses 
desseins,  exempt  de  toutes  passions,  incapable  de  tout 
remords,  que  s'attaquerait  la  seconde  objection  élue  pour 
exemple.  Ici,  comme  tout  à  l'heure,  les  apparences  mili- 
tent contre  nous  :  et  le  texte  sacré,  tel  que  le  traduit  Saint 
Jérôme,  légitimerait  sans  conteste  l'idée  d'un  Dieu  gros- 
sièrement anthropomorphe.  Mais  il  faut  voir  quels  îiiots 


(i)  Pour  plus  de  détails  sur  l'œuvre  de  Fabre  d'Olivet,  consulter  le 
beau  travail  de  Papus  :  Fabre  d'Olivet  et  Saint- Yves  d'Alveydre  (Paris, 
1888,  plaquette  grand  1/1-8.).  Voir  aussi  la  troisième  édition  de  notre 
livre:  Au  seuil  du  Mystère  (Paris,  1890,  in-8),  p.  69-72. 


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AVÀKT-PROPOS 


41 


hébraïques  le  fougueux  Père  de  V Église  rend  par  :  «  pœ- 
nituit  Eum  quod  hominem  fecissel  in  terra  :  //  (Iod-hévê) 
se  repentit  d'avoir  créé  V homme  sur  la  terre.  » 

Nette  est  cette  traduction,  mais  le  texte  authentique 
de  Moïse  ne  l'est  pas  moins,  et  malheureusement  il  ne  dit 
rien  de  tout  cela  : 

c'est-à-dire,  mot  à  mot([),  selon  le  savant  d'Olivct:  — 
«  Et  il  renonça  entièrement  (Use  reposa  du  soin)  IIIOAH, 
à  cause  de  quoi  il  avait  créé  l'ipséité  d'Adam  (l'homme 
universel)  en  la  terre.  »  Ou9  en  bon  français  (2)  :  *  Et 
Ihôah  renonça  entièrement  au  soin  conservateur  qu'il 
donnait  à  l'existence  de  ce  même  Adam,  sur  la  terre.  » 

L'analyse  radicale  du  mot  Innachem  UUT  prouve  en 
effet  qu'il  ne  peut  signifier  se  repentir  qu'en  un  sens 
absolument  détourné,  pour  ne  pas  dire  bâtard,  —  contre 
lequel  protestent  à  l'envi  le  contexte  de  Moïse  et  l'opinion 
très  philosophique  et  très  haute  des  initiés  de  Mitzratm 
et  d'Israël,  touchant  F Étre-des-êtres  :  «  le  verbe  rt!J, 
généralisé  par  le  signe  collectif  D,  signifie  proprement 
renoncer  entièrement,  cesser  tout  à  fait,  se  désister,  dé- 
poser un  soin,  abandonner  une  action,  un  sentiment... 
Dieu  ne  se  repent  pas,  comme  le  dit  Saint  Jérôme  ;  mais 
il  renonce,  il  délaisse  ;  tout  au  plus,  il  s'irrite  (3).  » 

Si  Fabre  d'Olivet  eut  poursuivi  la  restitution  raisonnée 

(1)  Lang.  hébr.  rest.,  /.  //,  p.  183. 

(2)  Lang.  hébr.  restit..  /.  //,  p.  330. 

(3)  Lang.  hébr.  restit.,  /.  //,  p.  185-180. 

Dans  la  construction  de  cette  dernière  phrase,  Fabre  d'Olicet  a,  se- 
lon nous,  te  tort  de  laisser  prise  à  un  malentendu.  Sa  pensée  —  c'est 


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42 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


de  la  Genèse  au  delà  du  dixième  chapitre,  on  se  demande 
de  quelle  encre  il  aurait  bafoué  les  interprètes  à  coup  sûr 
plus  mystificateurs  que  naïfs ,  qui,  lors  de  V incendie  des 
cinq  villes  immondes  (1),  métamorphosent  à  la  lettre  la 
femme  de  Lot  en  une  statue  de  sel  !  Il  faut  être  bien 
généreux,  vraiment,  pour  prêter  à  Moïse  ces  géniales 
trouvailles;  mais  alors  qu'on  jouit  d'une  aussi  féconde 
imagination,  se  dérober  de  la  sorte  à  la  gloire  de  ses 
découvertes,  voilà  pécher  par  excès  de  modestie. 
Cest  d'un  saisisseme7it  d'épouvante,  mortel  ou  non  (2), 


du  moins  notre  conviction  —  n'est  pas  que  l'Être  des  êtres  soit  sujet  à 
s'irriter;  mais  bien  que  te  verbe  DTV52  pourrait  à  la  rigueur,  dans  tel 
autre  cas,  revêtir  cette  extrême  signification.  La  suite  de  la  note  le 
prouve  bien;  d'Olivet  poursuit  en  ces  termes  :  «  Ce  dernier  sens  (s'ir- 
riter) qui  est  le  plus  fort  qu'on  puisse  donner  au  verbe  OTVÛ,  a  été 
généralement  suivi  par  les  écrivains  hébreux  postérieurs  à  Moyse. 
Etc..  » 

(1)  Là,  comme  partout  dans  la  Genèse,  l'intérêt  se  concentre  sur 
l'intelligence  des  significations  comparative  ou  symbolique,  et  superla- 
tive ou  hiéroglyphique.  Le  sens  direct  ou  positif  du  récit  a  trait  à 
l'embrasement  et  à  l'effondrement  d'une  vallée  entière,  qui  recouvrait 
de  véritables  lacs  de  naphte  et  de  matières  bitumineuses.  Le  feu  du 
Ciel  (la  foudre),  communiquant  l'incendie  à  ces  formidables  réservoirs 
de  liquides  inflammables  ou  explosifs,  toute  la  rallée  s'effondra  dans 
de  souterraines  anfractuositès;  le  gouffre  enfin  fui  noyé  par  une  voie 
d'eau  que  Ve.rploxion  avait  ouverte,  et  le  lac  asphaltite  ou  mer  morte 
recouvrit  de  son  morne  niveau  les  ruines  de  Sodnme  et  de  Gomorrhe. 

La  signification  littérale  semble,  on  le  voit,  d'assez  mince  coiisè- 
quence,  —  Ce  n'est  pas  toutefois  une  raison  suffisante  pour  autoriser 
le  traducteur  à  enluminer  sa  version  d'un  merveilleux  aussi  grotesque. 

(2)  Saisissement  mortel  sans  doute,  puisqu'on  désert  tes  filles  de  Lot 
eurent  peu  après  fantaisie  d'enivrer  le  vieillard,  puis  de  dormir  à 
tour  de  rôle  avec  lui,  afin  de  «  susciter  de  la  semence  de  leur  père  •  ; 
petite  escapade  que  ces  demoiselles  ne  se  fussent  pas  vraisemblablement 
permise,  sous  l'œil  vigilant  de  Madame  leur  mère.  —  Dieu  t  la  belle 
chose  qu'un  livre  dicté  par  l  Esprit-Saint,  lorsque  les  hommes  s* avisent 
de  l'interpréter  suivant  la  lettre!... 


AVANT-PROPOS 


43 


—  qu'il  s'agit  dans  ce  verset  (Genèse,  xix,  26)  : 

:  rhz      Mm  mmo  insw  oarn 

gu*  te*  Bibles  vulgaires  rendent  toutes  à  peu  près  comme 
suit  :  «  La  femme  de  Lot  regarda  derrière  elle,  et  elle 
fut  changée  en  une  statue  de  sel.  (Traduction  Le  Maistre 
de  Sacy).  » 

Par  une  métaphore  aussi  hardie  qu'expressive,  nous 
disons  volontiers:  pétrifié  de  stupeur  ou  glacé  de  crainte. 
Même  il  nous  advient  d'écrire,  sans  spécifier  davantage  : 
il  ne  bougeait  plus...  un  vrai  marbre  !  ou  encore  :  il  resta 
pétrifié  sur  place  ;  ou  même,  à  la  rigueur  :  cette  pétri- 
fiante nouvelle  en  fit  une  statue.  Coutumières  en  fran- 
çais jusqu'à  la  banalité,  de  pareilles  figures  sont-elles 
jamais  prises  au  pied  de  la  lettre?,..  Cependant,  il  ne 
faut  désespérer  de  rien  :  quand  notre  idiome  sera  passé 
à  rétat  de  langue  morte,  les  traducteurs  à  venir  de  nos 
livres  d'aujourd'hui,  s'ils  ont  un  faible  pour  les  récits 
meweilleux,  pourront  s'offrir  à  des  milliers  d'exemplai- 
res la  réédition  du  miracle  de  la  statue  de  sel  ;  à  de  légè- 
res variantes  près,  du  moins  :  car  ce  sera  de  statues  de 
pierre,  de  marbre  ou  de  glace  que  parleront  nos  vieux 
textes  français,  dociles  à  l'art  évocaleurde  celte  docte  et 
infaillible  exégèse. 

Ce  rapprochement  s'impose  à  tel  point,  que,  voulu  ou 
non,  Caveuglemenl  des  interprètes  de  Moïse  reste  incom- 
préhensible. . . . 

Au  demeurant,  pourquoi  ne  pas  semer  l  absurde  à  plei- 
nes mains  ?  Le  doigt  de  Dieu  n'est-il  pas  là  pour  légitimer 
limpossible,  au  gré  des  simples,  et  l'expliquer  définitive^ 


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4'é 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


ment y  en  le  proclamant  à  jamais  inexplicable?  Ce  verset 
demeure  fermé  à  ton  entendement,  cher  commentateur  de 
la  Bible.  Qu'à  si  peu  ne  tienne!  Vite  un  petit  miracle,  et 
tout  deviendra  clair.  Et  béni  soit-il,  n'est-ce  pas,  ce  Deus 
ex  machina  qui  descend  du  Ciel  à  point  nommé,  pour  la 
pleine  satisfaction  des  esprits  les  plus  difficiles  à  satis- 
faire ! 

Le  Miracle  !  au  détour  de  toutes  les  pages  de  glose  re- 
ligieuse, nous  le  retrouvons,  invariablement  revêtu  de  cette 
signification  hybride  et  agnostique,  si  révoltante  pour  le 
bon  sens,  et  si  contraire  à  Vidée  que  les  adeptes  d'Egypte 
et  de  Chaldée  s'étaient  faite  des  phénomènes  mystérieux, 
théurgiques  ou  magiques. 

Qu'était-ce  qu'un  prodige  (1),  aux  yeux  de  ces  sages 
du  monde  antique  ?  —  Un  effet  naturel,  dont  la  cause 
nous  échappe  ;  un  phénomène  imprévu,  qui  ne  viole  en 
apparence  une  loi  bien  vérifiée,  que  pour  obéir  à  une  autre 
loi  moins  connue,  d'un  ordre  supérieur  et  plus  général. 

IV 

Les  sciences  naturelles  nous  fournissent  de  ces  exem- 
ples à  foison. 


(1)  Nous  employons  indifféremment  ici  deux  vocables  qu'une  nuance 
distingue  :  Prodige  et  Miracle. 

Le  Prodige  est  laïque  :  Cagliostro  faisait  des  prodiges. 

Le  Miracle  affecte  un  caractère  religieux  et  plus  grave:  Jésus-Christ 
faisait  des  miracles. 

Quant  au  mot  Prestige,  il  s'applique  de  préférence  aux  tours  de 
passe-passe,  aux  trompe  l'œil  de  pure  adresse  manuelle.  Cependant 
Prestige  s'emploie  aussi  comme  synonyme  de  Prodige,  mais  toujours  en 
mauvaise  part. 


AVANT- PROPOS  45 


Lecteur  ami,  pour  peu  que  tu  sois  chimiste  à  tes  heu- 
I  res  de  loisir,  tu  n'ignores  pas  le  principe  qui  trouve  au 
laboratoire  une  si  fréquente  application;  nous  voulons 
parler  de  la  loi  de  double  décomposition  des  sels  :  lorsque 
r acide  de  Vun  peut  former  avec  la  base  de  Vautre  une 
combinaison  insoluble  ou  très  peu  soluble,  il  se  produit,  à 
Yinstant  même  du  contact  (1),  un  échange  réciproque. 

Soient  mélangées  deux  solutions  filtrées,  Y  une  d'acé- 
tate  de  plomb,  Vautre  de  chromate  de  potasse.  L'échange 
est  immédiat  :  abandonnant  la  potasse,  l'acide  chromi- 
que  se  combine  avec  l'oxyde  de  plomb,  pour  former  un 
chromate  insoluble,  qui  se  précipite  instantanément,  sous 
Y  aspect  d'une  poudre  jaune.  —  D'autre  part,  V  acide  acé- 
tique, saturant  la  potasse,  engendre  un  sel  hygroscopi- 
que,  et  qui  reste  en  dissolution  dans  la  liqueur.  Soit,  se- 
lon le  système  des  équivalents  (2)  : 

PbO,C'H303  +  KO,Cr(P  =  PbO.CrO»  +  K0,C'H3O\ 
Jusqu'ici,  nulle  difficulté.  —  Mêlons  celte  fois  une  so- 
lution  cYiodure  de  potassium  à  une  autre  de  cyanure  de 
mercure  :  Yiode,  formant  avec  le  mercure  un  protoiodure 
presque  insoluble,  il  s'ensuit  qu'aux  termes  de  la  loi  ci- 
dessus  énoncée,  Y  échange  se  devrait  faire  aussitôt.  —  // 
nen  est  rien:  au  lieu  du  précipité  rouge  éclatant  que  nous 


(i)  //  s'agit,  bien  entendu,  de  deux  sels  en  dissolution  dans  l'eau  ; 
*       car  ce  n'est  qu'à  la  faveur  d'un  véhicule  liquide,  ou  d'une  trituration 
fort  intime,  que  deujc  sels  susceptibles  de  double  décomposition  peu- 
rent  *e  pénétrer  moléculairement,  en  sorte  que  l'échange  soit  complet 
et  non  partiel. 

(if  La  notation  atomique  ne  nous  étant  pas  familière,  nous  avons 
recours  à  celle  des  équivalents.  Nous  réduisons  d'ailleurs  les  formules 
a  leur  plus  simple  expression. 


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46 


I.A  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


attendions,  une  cristallisation  spontanée,  incolore,  se 
forme  sous  nos  yeux  dans  toute  la  masse  du  liquide,  et 
dépose  lentement  au  fond  du  vase  ses  paillettes  nacrées  et 
légères. 

Une  loi  supérieure  est  intervenue  :  celle  de  la  formation 
des  sels  doubles  ;  loi  d'une  application  moins  fréquente, 
et  dont  l'examen,  d'ailleurs  hors  de  propos,  nous  entraî- 
nerait trop  avant  dans  des  digressions  abstraites. 

Bref,  l'échange  ne  se  fait  pas  ;  les  deux  sels  se  combi- 
nent pour  n'en  plus  former  qu'un  seul  :  le  cyanhydrar- 
gyrale  d'iodurc  de  potassium  : 

Kl  +-  HgC*Az  =  KI,IlgC*Az. 

])ans  ce  sel  double,  le  cyanure  de  mercure  joue  le  rôle 
d'acide  complexe  et  l'iodure  de  potassium  celui  de  base 
composée.  Et  il  faut  une  goutte  d'un  acide  quelconque  — 
l'acide  azotique,  par  exemple  —  pour  rompre  la  cohésion 
chimique  du  sel  double,  et  refouler  (si  l'on  peut  dire)  les 
deux  sels  primitivemen  t  mélangés,  dans  la  sphère  d'action 
de  la  loi  du  double  échange  : 

Kï,HgC2Az  +  Az05,HO  =  KO,AzO*  -f  Hgl  +  HC*Az. 

Subitement  oxydé,  le  potassium  de  l'iodure  s'unit  à 
l'acide  azotique,  avec  lequel  il  a  le  plus  d'affinité  :  l'iode, 
libre  dès  lors,  attaque  le  mercure,  pour  former  avec  lui 
l'iodure  écarlate  qui  se  précipite  au  fond  de  l'éprouvette. 
Enfin  l'odeur  d'amandes  amères  qui  se  développe  est  due 
à  la  production  de  l'acide  prussique,  engendré  par  l'union 
du  cyanogène  avec  l'hydrogène  contenu  dins  l'eau  d'hy- 
dratation de  l'acide  azotique,  laquelle  eau  a  déjà  cédé  son 
oxygène  au  potassium  naissant,  dont  cet  acide  s'est 
emparé. 


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AVAXT-PROPOS  47 

»  

|  Cet  exemple  est  significatif  :  pour  qui  ne  connaîtrait 
pas  la  formation  des  sels  complexes,  V expérience  ci-des- 
sus paraîtrait  une  stupéfiante  anomalie,  une  violation 
vraiment  inexplicable  de  la  loi  de  double  décomposition 
des  sels. 

Les  prodiges  sont  tels  :  phénomènes  d'exception,  qui 
refusent  de  se  ranger  sous  l'empire  d'une  loi  donnée, 
bien  connue  des  savants  ;  pour  le  motif  assez  simple  qu'ils 
relèventcVune  loi  supérieure,  ignorée  ou  méconnue  desdits 
savants. 

!  €  Pas  de  loi  sans  exception...  *  Qui  ne  connaît  ce  pro- 
verbe, paradoxal  en  théorie,  très  juste  en  pratique  ?  Lin- 
tuitioti  populaire  ne  se  trompe  guère  au  fond  :  elle  for- 
mule  parfois  ses  oracles  en  termes  gauches  et  même 
inexacts  ;  mais  cette  phraséologie  sentencieuse  et  poncive 
habille  une  pensée  souvent  profonde,  et  presque  toujours 
juste. 

Toute  importante  découverte  fait  rentrer  dans  l'ordre 
des  phénomènes  rationnels  quelque  fait  miraculeux  au 
sentiment  des  naïfs,  et  que  la  science  officielle  niait  obsti- 
nément jusqu'alors,  faute  de  pouvoir  l'expliquer. 

Il  n  est  pas  de  science  occulte,  dit  excellemment 
M.  de  Saint-Yves  ;  il  n'y  a  que  des  sciences  occultées. 

Un  autre  exemple,  qui  relève  à  titre  égal  de  la  chimie, 
de  la  physique  et  de  l'histoire  naturelle, paraîtra  plus  frap- 
pant encore  :  il  s'agit  d  un  phénomène  dont  la  science  des 
universités  serait  fort  inhabile  à  justifier  la  production. 

Cest  un  fait  tangible,  patent,  et  que  chacun  peut  véri- 
fier sans  peine.  Mais,  pour  en  donner  la  raison,  pour  en 

» 


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48 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


démontrer  le  mécanisme,  il  faut,  de  toute  nécessité,  recou- 
rir aux  lumières  traditionnelles  des  Maîtres  de  la  sa- 
gesse  ésotérique... 

Nous  allons  surprendre  et  saisir  sur  le  vif  la  force  de 
création  (1)  :  nous  verrons  la  matière  se  produire  de  tou- 
tes pièces  sous  nos  yeux,  au  grand  jour  de  l'examen 
scientifique;  et  cela,  dans  des  conditions  de  contrôle  ex- 
périmenlal  à  confondre  tout  contradicteur  par  l  évidence, 
et  à  paralyser  toute  velléité  a"  o  ergotage  »,  sur  les  lèvres 
du  plus  fougueux  défenseur  de  l'apophtegme  fameux  : 
«  rien  ne  se  perd,  rien  ne  se  crée  (2).  » 

—  Parlez-vous  sérieusement?  Ce  serait  à  n'en  pas  croire 
ses  yeux... 

—  Libre  à  vous. 

—  D'ailleurs,  c'est  impossible! 

—  Notre  réponse  pourrait  être  celle  de  William  Crookes, 
le  grand  chimiste,  de  qui  l'on  contestait,  à  priori  et  sous 
le  même  prétexte,  les  décisives  et  mémorables  expériences  : 


(1)  Un  bon  prêtre,  à  qui  nous  faisions  cette  démonstration,  s'écria 
dans  tes  transports  d'une  naïve  allégresse  :  —  Voila,  qui  s'appelle 
prendre  le  Non  Dieu  la  main  dans  le  sac  !  L'exclamation  nous  parait 
belle  en  sa  trivialité  et  digne  d'être  transcrite. 

(2)  «  Hicn  ne  se  perd,  rien  ne  se  crée  »...  Cet  apophtegme  n'est  faux, 
d'ailleurs  qu'appliqué  exclusivement  à  la  matière  sensible.  «  Ex  nihilo 
nihil  »,  disaient  les  anciens  sages,  et  ils  avaient  raison  :  le  néant  n'en- 
gendre pas.  —  C'est-à-dire,  que  tout  être  sort  d'un  principe  réel,  posi- 
tif et  non  abstrait.  Créer,  c'est  tirer  d'un  princijte  occulte,  comme  nous 
l'e.rpliquons  plus  bas  ;  mais  ce  n'est  pas  faire  de  rien.  Ex  nihilo  nihil. 

La  substance  cosmique  absolue  engendre  éternellement  la  matière 
transitoire.  Celle-ci  se  livre  à  d'innombrables  métamorphoses,  jusqu'au 
jour  ou  elle  rentre  dans  son  substratum  essentiel  :  la  matière  physique 
(différenciée)  redevient  substance  hvpcrphysique  (homogène). 

En  ce  sens,  —  qui  n est  point  celui  de  la  science  moderne,  —  l'axiome 
conteste  se  soutient. 


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AVANT-PROPOS  49 


«  Je  ne  soutiens  pas  que  ce  soilpossible  ;  j'affirme  que  cela 
est.  •  A  peu  de  frais  vous  pouvez  vous  en  convaincre. 

Vn  kilogramme  de  soufre  en  fleur,  lavé  avec  soin; 
quelques  litres  d'eau  distillée;  quelques  grammes  de  se- 
mences de  cresson  vous  en  fourniront  l'irrésistible  preuve  : 
ce*  objets  peu  cabalistiques  vous  pourront  servir,  au  besoin, 
d'arguments  péremptoires,  pour  réduire  au  silence  les 
plus  obstinés  positivistes  de  notre  monde  occidental.  Son- 
gez-y bien  cependant,  un  tel  honneur  n'est  pas  sans  péril  : 
si  loyalement  que  vous  expérimentiez,  ils  vous  traiteront 
d'escamoteur.... 

Etendez  votre  fleur  de  soufre  (i)  en  une  couche  égale 
de  moyenne  épaisseur;  semez-y  vos  graines  et  les  arrosez 
exclusivement  d'eau  distillée  :  les  semences  ne  tarderont 
guère  à  germer,  les  tiges  à  grandir,  et  bientôt  vous  pour- 
rez faire  votre  première  cueillette  de  cresson.  Quand  un 
certain  nombre  de  récoltes  successives  vous  aura  fourni 
tiges  et  feuilles  en  abondance,  incinérez  toute  celte  sub- 
stance végétale  :  vous  obtiendrez  facilement  ainsi  une 
quantité  de  sels  fixes  dépassant  de  beaucoup  le  poids  des 
graines  semées.  Quelle  ne  sera  pas  votre  surprise,  en  sou- 
mettant à  l'analyse  chimique  cette  cendre  végétale,  d'y 
trouver  en  proportions  normales  de  la  potasse,  de  l'alu- 
mine, de  la  chaux,  des  oxydes  de  fer  et  de  manganèse, 
combinés  pour  une  part  aux  acides  carbonique,  sulfurique 
et  phosphorique,  —  à  Vélal  libre  pour  l'autre  part!  Ainsi, 
pour  passer  sous  silence  les  corps  volatils  ou  décompo- 

(\)  L'espérience.  réussirait  aussi  bien,  si  l'on  remplaçait  le  soufre 
par  de  l'o.rt/de  de  plomb,  de  la  si/ire  pure,  ou  par  toute  autre  substance 
poreuse,  inerte  et  insoluble  dans  l'eau. 

4 


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50 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


sables  évaporés  au  cours  de  la  calcination,  vous  y  cons- 
taterez la  présence  d'un  assez  grand  nombre  de  corps 
réputés  simples,  métaux  et  métalloïdes,  —  les  mêmes  exac- 
tement qui  se  retrouvent  dans  la  cendre  du  cresson  nor- 
mal (i),  poussé  en  pleine  terre  et  en  pleine  eau,  et  dont 
les  racines  adhèrent  au  lit  même  d'une  source  ou  d'une 
rivière. 

La  présence  de  V oxygène  et  du  carbone  s  explique  assez- 
par  elle-même  :  gorgées  d'eau  distillée,  les  racines  se  sont 
assimilé  l'oxygène  ;  les  feuilles  ont  aspiré  V acide  carbo- 
nique de  l'air  et  retenu  le  carbone.  Quoi  de  plus  simple  ? 
—  Mais  le  silicium?  Le  soufre  n'en  contient  pas  plus  que 
Veau  distillée.  Serait-ce  l'atmosphère  qui  aurait  servi  de 
véhicule  à  ce  métalloïde?  Cest  bien  improbable  :  abstrac- 
tion faite  des  poussières  qui  ne  sont  point  assimilables,  et 
des  eaux  de  pluie  dont  la  composition  chimique  assez- 
connue  exclut  la  présence  du  silicium.  Pair  ne  peut  guère 
servir  de  véhicule  qu'à  des  gaz,  et  je  ne  sache  point  que 
le  silicium  forme,  si  ce  n'est  avec  le  fluor,  des  combinai- 
sons gazeuses  :  le  fluorure  de  silicium  est  un  gaz.  Mais, 
outre  que  lu  nature  n'est  pas  fort  riche  en  foyers  de  réac- 
tion propres  à  lui  donner  naissance,  il  est  très  corrosif, 
désorganisateur  des  tissus  végétaux,  et  toute  plante  aspi- 
rerait la  mort  avec  ses  effluves.  —  L'on  ne  justifierait 
pas  avec  un  meilleur  succès  la  présence,  dans  Vair,  des 
composés  volatils  du  soufre  et  du  phosphore  ;  toutefois,  il 

(  \  )  Les  garants  Schrader,  dreef  et  liraronnot  ont  vérifié  le  fait  et  le 
confirment.  L'expérience  nest  donc  pas  de  notre  invention  ;  nous 
nous  bornons  à  la  commenter .  (Voir  le  livre  très  remarquable  de  Chau- 
bard  :  L'Univers  expliqué  par  la  Révélation.  —  Paris,  1831,  in -S, 
page  301). 


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AVANT-PROPOS 


51 


n'y  a  point  là    d'impossibilité  matérielle,  à  priori. 

Mais  ce  qui  semble  une  hypothèse  bien  ingrate  et  dure 
à  admettre  en  ce  qui  concerne  ces  trois  métalloïdes  :  soufre, 
phosphore,  silicium,  devient,  en  l'état actuel  delà  chimie, 
une  supposition  gratuitement  absurde,  pour  expliquer  la 
présence,  dans  les  cendres  du  cresson,  d'autres  corps  dits 
simples,  tels  que  le  fer,  le  manganèse,  le  calcium  et  l'alu- 
minium ;  car  ils  n'entrent  dans  aucune  combinaison 
gazeuse  ou  volatile  à  la  température  ordinaire. 

—  !)  accord,  mais  les  graines  en  contenaient. 

—  Je  le  veux  bien,  et  j'attendais  l'objection  N'avons- 
nous  pas  dit  que  le  poids  des  cendres,  obtenues  en  calci- 
nant les  liges  et  les  feuilles,  dépassait  de  beaucoup  celui 
des  graines  semées  dans  la  fleur  de  soufre?  D'ailleurs, 
c'est  cinq  grammes  de  graines  de  cresson  que  vous  aviez 
semé,  n'est-ce  pas?  Eh  bien,  calcinez  cinq  grammes  des 
mêmes  graines  et  soumettez  la  cendre  aux  analyses  qua- 
litative et  quantitative  :  si  vous  y  découvrez  des  traces  des 
mêmes  corps  simples,  sera-ce  en  poids  égal  à  celui  des 
éléments  que  nous  offrent  les  résidus  abondamment  pro- 
duits par  l'incinération  des  tiges  et  feuilles,  récoltées  à  di- 
verses reprises  sur  les  mêmes  pieds?  —  Son,  té  est-ce 
point  ?... 

Alors  nom  voici  claquemurés  dans  ce  dilemme  :  ou  ces 
métalloïdes  et  ces  métaux  se  sont  formés  inexplicable- 
ment de  toutes  pièces,  —  tranchons  le  mot  :  ont  été 
créés  sous  vos  yeux,  —  ce  que  votre  science  déclare 
impossible  à  priori  ;  ou  bien  vous  en  èles  réduits  à  l'aveu 
du  phénomène  taxé  par  vous  de  suprême  absurdité  dans 
le  magistère  des  alchimistes  :  la  multiplication  substan- 


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52 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


tielle  des  corps  soumis  aux  lois  de  la  densité  (I). 

Nous  serions  fâché  quon  se  méprît  sur  nos  sentiments 
personnels  :  il  en  est  dont  V imputation  nous  serait  dou- 
loureusement sensible. 

Nul  ne  professe  plus  que  nous  pour  la  science  moderne 
une  admiration  sincère  et  à  certains  égards  enthousiaste  : 
et  si  ses  méthodes  d'induction  nous  semblent  insuffisantes 
parfois,  si  ses  divulgations  sans  réticences  témoignent  à 
nos  yeux  d'une  téméraire  légèreté,  confinant  au  crime  (2), 
la  science  nen  est  pas  moins  pour  nous  une  des  plus  véné- 
rables déesses  du  monde  intelligible. 

Exploratrice  intrépide  et  sagace,  dans  la  sphère  positive 
dont  elle  s  est  tracé  les  limites  à  elle-même,  là  nul  obsta- 
cle na  pu  rémouvoir,  nulle  puissance  n'a  été  capable 
d'entraver  son  essor.  Deux  infinis  s  ouvraient  devant  elle: 
ni  les  scintillantes  profondeurs  de  V empire  des  étoiles, 
ni  Vimpénétrable  et  troublant  mystère  dont  s" enveloppent 
les  univers  d'atomes  organiques  gravitant  dans  une  goutte 
d'eau,  n'ont  intimidé  son  zèle;  étoile  par  étoile,  atome  par 
atonie,  elle  a  entrepris  cette  double  conquête.  Chaque  jour, 


(1)  Pour  ta  multiplication  de  la  pierre  philosophait,  voir  Huymond 
Lui  le,  Flomet  et  les  autres  alchimistes. 

Henri  Khunrath  est  aussi  clair  que  formel  sur  ce  point,  dans  son 
Ampliithôùtrc  do  la  Sagesse  ôlornollu  [paye  500). 

(2)  S'agit  il  de  théories  métaphysiques,  nous  admettons  toutes  les 
franchises  :  d'autant  plus  qu'il  est  facile  de  ne  rien  céler  au.r  amis  de 
la  Sagesse,  tout  en  demeurant  impénétrable  au.r  profanes...  Mais  des 
lors  qu'il  est  question  de  livrer  a  tout  venant  la  préparation,  souvent 
si  simple,  de  produits  formidables  (nitroglycérine,  acide  ryanhydri- 
que,  induré  d'acofe,  p/omatnes.  cultures  microbiologiques,  etc.).  la 
fameuse  »  probité  scientifique  *  n'est  plus  a  notre  gré  qu'une  dange- 
reuse bavarde,  et  rien  davantage. 


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AVANT-PROPOS  53 

elle  s'enorgueillit  (Tune  victoire  nouvelle;  infatigable,  elle 
refoule  dans  les  deux  sens  la  frontière  de  V Inconnu. 

Mais  répétons-le;  pour  tout  ce  qui  ne  rentre  pas  dans 
sun  domaine  strictement  positif,  elle  se  déclare  incompé- 
tente. Les  faits  seuls  l'intéressent  :  elle  les  accumule  sans 
discernement,  parfois  sans  distinction  ;  fidèle  à  sa  mé- 
thffde  analytique,  elle  encombre  des  gerbes  mêlées  de  sa 
moisson  les  greniers  de  la  mémoire  humaine.  Mais  jamais 
elle  n  atteint  à  la  vraie  synthèse  ;  car  on  n'y  peut  remonter 
qu'en  pénétrant  au  delà  du  sensible,  en  allant  plus  ban 
que  les  faits. 

Cet  archange  du  monde  contemporain  n'a  pas  d'ailes. 
Colosse  invincible,  comme  Antée,  quand  ses  pieds  touchent 
à  la  terre,  adieu  sa  force  prodigieuse  et  sa  pénétrante 
intelligence,  et  son  initiative  sagace,  pour  peu  quelle  s'é- 
lève à  quelques  pieds  du  sol.  Sur  ce  champ  de  bataille 
élhéré,  V adversaire  la  sait  vaincue  d'avance  :  en  vain  se 
débat-elle,  défaillante,  presque  inanimée,  dans  une  lutte 
inégale,  faute  d'avoir  pu  retremper  son  énergie  au  sein 
maternel  de  Démêler.  —  Sœur  d' Antée,  enfant  de  la  Terre 
comme  lui,  la  Science  moderne  attend  son  rédempteur,  le 
second  père  de  qui  elle  doit  naître  à  nouveau,  enfant  du  Ciel. 

En  matière  d'investigations  positives,  elle  n'a  point  son 
égale  :  autant  la  dire  infaillible.  Mais  on  la  voit  soudain 
frappée  d'impuissance,  lorsqu'un  problème  d'ordre  pure- 
ment intelligible  se  pose  devant  elle  ;  parfois  même, 
comme  nous  venons  de  le  voir,  acculée  à  l'un  de  ces  pro- 
blèmes mixtes  (tels  que  la  genèse  de  la  matière,  dans  cer- 
tains cas  anormaux  de  croissance  organique,  chez  rani- 
mai ou  chez  la  plante),  elle  se  tait  ou  balbutie. 


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54 


LA  CI.KF  DE  LA  MAi'.IR  NOIRE 


Mais  où  trouver  une  justification  plausible  de  noire 
phénomène  de  prodigieuse  végétation,  puisque  l'Académie 
des  Sciences  nous  laisse  en  vain  frapper  à  sa  porte  ? 

Peut-être  serons-nous  plus  heureux  en  abordant,  au 
seuil  de  leur  humble  retraite,  ce  rabbin  décrié  qu'on  dit 
versé  dans  la  sorcellerie,  ou  ce  vieux  chanoine  sauvage 
et  sédentaire  qui  passe  communément  pour  un  maniaque 
renforcé  (I).  Un  même  souci  cloître  l'Israélite  et  le  Chré- 
tien dans  une  solitude  laborieuse;  une  même  réprobation 
les  enveloppe  dans  un  injurieux  abandon.  L'on  tremble 
devant  l'un,  et  Vautre  fait  pitié.  Les  bonnes  gens  les  évi- 
tent tous  deux  ;  mais  l'un  et  Vautre  s'en  consolent  :  à 
vivre  en  un  monde  meilleur,  ils  ont  perdu  la  souvenance 
des  amertumes  de  celui-ci.  Persécutés  de  leurs  pairs  connue 
de  leurs  supérieurs  hiérarchiques,  ils  ont  tu  jusqu'au  cri 
de  la  conscience  opprimée,  désappris  jusqu'à  la  protesta- 
tion du  dédain  

Que  nous  interrogions  le  sémite  ou  le  chrétien,  la  doc- 
trine s  affirmera  la  même,  en  un  langage  presque  identi- 

{{)  En  crayonnant  ces  deur  types  d'adeptes,  comme  assec  communs 
et  significatifs  an  Panthéon  (les  sciences  occultes,  —  nous  disculpe- 
rons-nous ici  de  toute  prétention  à  pour I rat r*  telle  ou  telle  individua- 
lité contemporaine?  Ce  soin  nous  avait  semblé  superflu,  lorsquen  1888, 
le  Lotus  publia  ces  pages  pour  la  première  fois. 

Aussi  ne  fûmes-nous  pas  médiocrement  surpris  alors,  de  recevoir  coup 
sur  coup  tant  dp  lettres  et  même  de  visites  quasi-suppliantes...  Signa- 
tures et  visages  inconnus,  des  amateurs  de  chimériques  ressemblances 
s'évertuaient,  en  dépit  de  nos  plus  énergiques  protestations,  a  nous  ar- 
racher le  nom  et  l'adresse  imaginaires  du  rieu.r  chanoine  et  du  mysté- 
rieux rabbin!  fJe  fut  peiti"  perdue,  comme  bien  on  pense,  et  ce,  pour  le 
meilleur  de  tous  les  motifs.  La  présente  note  suffira  t-elle  enfin  (nous 
en  doutons  fort)  à  désabuser  les  excellents  badauds  qui  naguère,  incri- 
minant notre  prétendue  discrétion,  nous  assiégeaient  dans  nos  derniers 
retranchements  ? 


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AVANT- PROPOS 


55 


que.  Et  ce  sera  Vflsolérisme  vivant  de  l'antique  tradition 
judéo-chrétienne  qui  par  leur  bouche  nous  répondra  :  — 
«  Oui,  la  croissance  du  végétal,  dans  les  conditions  dlso- 
lement  que  vous  dites,  est  un  fait  mystérieux  pour  la 
science  positiviste,  une  idéalité  inexplicable  à  jamais  pour 
les  philosophes  qui  soutiennent  l'éternité  de  la  matière  : 
car  nous  sommes  en  présence  d'un  transfert  de  puissance 
en  acte  ;  en  un  mot,  il  y  a  eu  création. 

Chanoine  ou  rabbin,  ainsi  répondrait  le  vieux  Kabba- 
liste,  qui  ne  manquerait  pas  d'invoquer,  à  l'appui  de  sa 
thèse,  la  Doctrine  secrète  transmise  jusqu'à  nos  jours 
d'adepte  en  adepte,  et  par  voie  strictement  orale.  Or,  ce 
qu'il  exposerait  de  vive  voix,  en  termes  généraux  et  peut- 
être  sous  la  garantie  du  secret  juré,  le  Lecteur  va  le  trou- 
ver ici  même,  sans  réticence  et  par  écrit. 

Mous  avons  parlé  de  création.  N'ayons  garde  d'attribuer 
à  ce  mot  le  sens  irrationnel  si  cher  aux  théologiens  d'un 
autre  âge.  Avec  les  initiés  de  l'ancien  monde  et  les  phi- 
losophes du  nouveau,  répétons  encore  :  Ex  niliilo  nihil,  le 
néant  n'engendre  pas. 

Moïse,  au  premier  verset  de  sa  Cosmogonie,  ex- 
prime hiéroglyphiquement  le  vrai  sens  du  mot  créer  : 
«  C*rftS  5*"D  rWîTQ  —  in  principio  creavit  Deus 
deorum...  »  Le  mot  502(1)  (Barà,  creavit),  ouvert  à  l'aide 


(!)  Ce  mot  NU  est  au  prétérit.  Généralisé  et  porté  a  /'infinitif,  il 
détient 

Entre  le  1  et  l  u,  a  trouvé  place  le  signe  convertible  à  son  pôle  de 
lumière,  le  Vaf*\  pointé  en  haut.  Ce  qui  nous  donne  la  même  significa- 
tion, mais  universalisée,  mais  soustraite  a  tout  régime  temporel,  ac- 
quise a  l'éternelle  abstraction. 


56 


LA  CLEF  DE  LA  MAf.IE  NOIRE 


des  clefs  de  Salomon,  manifeste  le  sens  ésotérique  suivant  : 
«  Paternité  (2)  duniiouvenient-actif-producteur  p)  »  de 
l'existence  potentielle-à-la-milliiîmc-puissance  (tf);  »  c'est- 
à-dire  :  «  Production  du  mouvement  extériorisateur  qui 
fait  passer  du  principe  absolu  à  V essence  radicale,  sus- 
ceptible à  son  tour  de  multiplication  divisionnelle,  dans 
la  genèse  des  individus.  » 

Tous  les  cires  se  créent  donc  par  série  d'extériorisations 
successives. 

t.  L'irradiation  féconde  du  Verbe  les  détermine  en 
Principes,  et  c'est  la  première  étape. 

2.  Du  Principe,  ils  passent  à  /'Essence  ou  Puissance 
d'être  générique,  spécifiée  et  spécifiante  :  seconde  étape. 

S.  (?est  à  ce  degré  de  réalisation,  c'est  parvenu  à  ce 
moyen  terme  (1)  entre  la  prineipialion  et  l'existence,  que 
Vétre  s  individualise  en  centres  d'activité  potentielle  ; 
c'est  la  Puissance  d  être  germinale  :  troisième  étape. 

Pour  compléter  ces  données  occultes  si  délicates  à  saisir, 
il  nous  reste  à  préciser  le  rôle  maternel  de  la  Vie,  dans 
cette  filiation  d'êtres  virtuels.  Reprenons. 

Ainsi,  dans  l'expansion  du  Verbe  créateur,  la  Vie  (qui 
lui  est  indissolublement  associée)  ne  se  conçoit  ^/'uni- 
verselle, et,  si  l'on  ose  dire,  sans  destination  particulière. 


(I)  X oublions  pas  qu'ici-bas  nous  sommes  dans  la  foi  de  déchéance . 
Sous  ret  angle  trompeur,  la  grande  illusion  matérielle  nous  semble 
réalité,  tandis  que  nous  ne  parvenons  a  la  réalité  essentielle  que  par  un 
effort  de  i intelligence.  C'est  un  renversement  des  choses....  Les  essences 
n'apparaissent  un  moyen  terme  qu'à  notre  point  de  vue  terrestre  ;  elles 
ne  sont  puissances  d'être  (ou  plutôt  d'e.rister)  qu'a  ce  même  point  de 
vue.  Dans  l'ordre  primitif,  antérieur  à  la  chute,  les  essences  sont  réa- 
lités, et  les  choses  physiques  seraient  illusion. 


i 

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AYANT-PROPOS 


Mais,  à  celte  fin  d'animer  et  d'évertuer  les  Principes  des 
êtres,  la  Vie  s'impose  une  première  partieularisation.  Elle 
épouse  ces  Principes  ou  Types  radicaux,  et  de  leur  union, 
sont  engendrées  les  Essences. 

Puis,  pour  vivifier  à  leur  tour  les  êtres  déterminés  en 
Essences  (ou  Puissances  collectives  spécifiées)  la  Vie  subit 
une  deuxième  partieularisation. 

Enfin  les  Puissances  collectives  de  la  vie  spécifiée  (ou 
Essences),  se  sous-multipliunt  en  d'innombrables  (fermes 
individuels,  génèrent  ces  centres  d'activité  potentielle  dont 
nous  avons  parlé  :  troisième  partieularisation. 

En  chacun  de  ces  centres,  se  manifeste  alors  un  Moi 
plus  ou  moins  défini,  plus  ou  moins  instinctif;  perfectible, 
suivant  son  espèce,  mais  non  encore  conscient  :  ce  Moi, 
c'est  l'affirmation  individuelle  de  chaque  germe,  son  âme 
«le  vie  particulière  (Y). 

Il  va  sans  dire  (pie  ces  doctrines  n'impliquent  rien  con- 
tre la  théorie  traditionnelle  de  l  Évolution.  Indiquer  les 
sttid  s  de  l'Involution  créatrice,  ce  n'est  pas  enseigner  que 
tout  être  qui  s'incarne  vient  immédiatement  de  les  par- 
courir. Sous  ne  pensons  pas,  avec  les  théologiens  primai- 
res du  Christianisme,  que,  dans  le  règne  hominal,  par 


(!)  Il  est  e.rpèdient  de  noter  ici,  pour  l'édification  des  étudiants  déjà 
avancés,  que.  dans  /Vlat  r<li'nal.  toute  cette  genèse  s'opérait  intus  cl  in 
Ira  :  en  sorte  que  chaque  sous-multiple  naissait  à  la  rie  individuelle 
au  sein  maternel  d  Adamah  (l'élément  homogène  avec  la  substance 
d'Adam),  sans  renoncera  la  vie  collective  ni  rompre  le  cadre  mys- 
tique de  la  grande  f'nité.  —  Depuis  la  chute,  celte  genèse  s'effectue 
•  vira  forisqm-,  hors  du  giron  uni/aire. 


58 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


exemple,  «  Dieu  crée  les  âmes  à  l'instant  même  de  la 
conception  charnelle.  » 

En  rappelant  ici  qu'il  est  une  échelle  de  la  vie  descen- 
dante, comme  il  en  est  une  de  la  vie  progressive,  et  qu'un 
ordre  hiérarchique  répartit  sur  les  échelons  de  cette  der- 
nière les  moules  des  différentes  espèces,  il  convient  encore 
d'ajouter  que  ces  échelons  sont  gravis,  ces  moules  occupés 
tour  à  tour  par  les  monades  individuelles  en  ascension, 
suivant  les  lois  de  V universelle  métempsycose. 

Les  races  elles-mêmes  s'élaborent  et  évoluent,  comme 
les  monades  individuelles  qui  en  sont  les  exemplaires.  Ce 
sont  deux  modes  de  rédemption  bien  distincts  (i).  Il  en  est 
même  un  troisième,  qui  tient  de  F  un  et  de  Vautre;  c'est 
ce  que  nous  verrons  en  détail  au  Livre  III  :  le  Problème 
du  Mal. 

Quand  l 'intelligence  lucide  aborde  ces  profondeurs,  il 
lui  semble  voir  la  vision  d'Ezéchiel.  L'engrenage  univer- 
sel des  vies  est  bien  symbolisé  par  cet  ensemble  formida- 
ble de  roues  constellées,  qui  tournent  les  unes  dans  les 
autres:  infinie  complication  de  détails  concourant  à  l'u- 
nité simple  et  grandiose  du  total  Cosmos. 

Sous  n'avions  pas  a/faire  ci-dessus  au  problème  de  l'Évo- 
lution, inséparable  de  l'énigme  des  existences  successives. 

Notre  commentaire  du  mot  création  nous  limitait  à  un 
autre  point  de  vue  :  nous  tâchions  à  esquisser  le  méca- 


{\  )  On  caractériserait  assez  bien  ces  deu.r  modes  par  une  locution 
triviale  :  les  individus  peuvent  avancer  sur  le  chemin  de  la  vie  pro- 
gressive, soit  en  marchant  pour  leur  propre  compte,  soit  en  se  laissant 
traîner  par  la  masse  de  leurs  semblables. 


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AVANT-PROPOS 


nisme  général  de  flnvolution,  qui  fonctionne  sur  le  plan 
astral y  ou  hyper physique. 

Là  est  la  genèse  animique  et  biologique  (I),  /«genèse 
d'ordre  intelligible.  Est-il  besoin  dénoter  que  la  genèse 
d'ordre  sensible  en  est  distincte,  et  affecte  sur  le  plan 
physique  une  direction  tout  inverse  ?  —  Le  germe  est  le 
point  de  rencontre  des  dzux  lignes  (verlicale-active  et  ho- 
rizontale-passive) ;  c'est  le  nœud  d  union  de  la  matière  et 
de  la  vie,  du  monde  sensible  et  du  monde  hyperphysique  ; 
cesl  la  cellule  organique  où  sf  emprisonne  F  âme  vitale: 
c'est,  en  un  mot,  la  molécule  inerte  qui  tressaille  et  s'a- 
nime, microscopique  sanctuaire,  tabernacle  d'amour  où 
se  célèbre  et  s'accomplit,  des  milliards  de  fois  par  seconde, 
U  mariage  vivificaleur  de  la  Terre  et  du  Ciel. 

Si  nous  examinons  le  germe  (2)  dans  les  phénomènes 
de  sa  production  et  de  sa  croissance,  il  est  clair  que  nous 
le  supposons  placé  dans  des  conditions  de  développement 
possible,  et  même  favorable  :  car  l'âme  vitale  où  dort  l'es- 
prit latent  s'incorpore  au  milieu  le  mieux  disposé  pour 
la  recevoir  :  et  si,  primordialemenl,  lorsqu'il  n'existait 
point  encore  de  matière  organisée,  des  âmes  de  vie  ont  du 
nécessairement  féconder  la  matière  inerte,  pour  créer  la 
cellule,  il  n'en  saurait  plus  être  ainsi  de  nos  jours,  où  ces 
énergies  virtuelles  infléchissent  de  préférence  leur  mouve- 
ment germinal  vers  des  cellules  organiques,  élaborées  ad 
hoc,  cellules  appartenant  à  un  être  de  race  identique  à  la 


(1)  Toujours  sous  le  bénéfice  de  la  restriction  formulée  plus  haut 
(p.  â«  et  57.  en  note). 

(2)  Végétal  ou  animal. 


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I 


60  LA  r.LKK  DK  LA  MAfllK  NOIRK 


leur(\).  —  (y est  la  loi  de  filiation,  chez  les  animaux: comme 
ch ex  les  piaules  :  nous  en  négligeons  à  dessein  ie.r po- 
sition raisonnéc,  qui  nous  détournerait  du  sujet  principal* 
pour  nous  entraîner  hors  du  cadre  de  cet  Avant-propos. 

Or  d<nu\  étant  données  ces  conditions  de  formation  pos- 
sible, —  dans  un  végétal,  par  exemple,  —  dès  que  Vàme 
a  individualisé  la  molécule  quelle  anime  et  féconde,  elle 
obéit  à  son  instinct  de  conservation,  en  groupant  autour 
de  la  cellule  centrale  d'autres  cellules,  dont  l'agrégation 
forme  une  sorte  de  chrysalide  protectrice  :  eu  cet  état,  le 
germe  cuirassé  constitue  la  graim»,  qui  tend  à  se  détacher 
de  la  plante  mère.  —  Vient  le  jour  où,  mure  pour  une 
existence  individuelle,  celle  graine  voit  se  rompre  le  der- 
nier lien  qui,  la  rattachant  à  la  tige  maternelle,  lu  faisait 
participer  encore,  dans  une  mesure  moindre  de  jour  en 
jour,  à  la  vie  collective  de  la  plante, 

(Sous  passons,  en  tout  ceci,  les  détails  techniques  et 
topiques  ;  nous  omettons  la  description  des  phases  décrois- 
sance, —  variables  d'espèce  à  espèce,  — pour  n  esquisser 
que  le  schéma  essentiel  de  la  formation  germinale.  La 
première  botanique  venue  suppléera  copieusement  ti  ce  que 
ces  pages,  trop  délibérément  synthétiques,  peuvent  pré- 
senter d'insuffisant  pour  les  esprits  méticuleux',  ou  même 
d'irritant  pour  les  amateurs  d'une  analyse  ponctuelle  et 
suivie.  —  Le  Lecteur  est  prié  de  ne  point  perdre  de  vue 
qu'il  ne  s  agit  de  rien,  pour  le  présent,  sinon  de  quel- 
ques données  très  générales  de  biolorfie  occulte,  acei- 


(!)  S'oubliait*  fias  </ue  ces  âmes  de  vie,  étant  spécialisées,  appar- 
tiennent nécessairement  a  une  race  particulière. 


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AVANT-PROPOS  (il 


dentellement  tangentes  à  V objet  de  ces  prolégomènes). 

En  somme,  que  penser  de  cette  force  inconnue,  qui, 
après  avoir  élu  domicile  dans  une  cellule  organique,  attire, 
groupe  et  s'assimile  les  atomes  avoisinants,  pour  s  en 
faire  un  corps  de  défense?  Car, —  chose  bien  digne  de 
notre  attention!  —  ce  n est  pas  tant  la  plante  fécondée  qui 
concentre  sa  vitalité  sur  un  point,  afin  de  former  la  se- 
mence conservatrice  de  sa  race  (\)  :  ces!  le  germe  (mi- 
mique de  la  future  graine  {énergie  potentielle  déposée,  il 
est  vrai,  dans  un  terrain  organique  approprié  pour  la  re- 
cevoir) (2),  c'est  ce  germe,  —  aimant  mystérieux  et  invi- 
sible, —  qui  centralise  à  son  profit  les  éléments  dont  il  a 
besoin ,  qui  les  distingue,  les  sélecte,  sc  ies  approprie,  pour 
se  constituer  lui-même  en  semence  parfaite. 

Pareillement,  chez  ranimai,  cest  V œuf  fécondé  qui  at- 
tire à  soi,  et  non  pas  tant  la  mère  qui  fait  affluer  vers 
Vwuffô)  les  matériaux  requis  pour  la  formation  de  son 
corps  de  défense. 


\  !  )  Sans  doute,  il  y  a  réciprocité  harmonique  dans  les  fonctions,  mer- 
reil/eusement  concordantes,  de  l'être  qui  veut  perpétuer  sa  race  et  du 
germe  fjui  reut  éclore  ;  mais  le  travail  actif,  et  pour  ainsi  dire  savant 
(srlectian, assimilation,  répartition  des  mater  iau.r,  etc.),  est  /' œuvre  de 
ce  dernier. 

(2)  Ou,  pour  préciser,  flans  l'ovaire  «lotit  le  pollen  a  fïron<l«v  les  ovn- 
li'i.  —  <Y est  donc  en  chaque  ovuh' qu'il  faut  voir  (après  la  fécondation). 
I*  microscopique  sanctuaire  dont  nous  avons  parlé',  le  nwud  d'union 
de  la  matière  et  de  la  vie:  le  point  d'intersection  des  deu.r  lignes  (ver- 
ticale-active  et  horiconta/e-passive).  symboliques  des  deu.r  genèses  com- 
plémentaires :  /'intellectuelle  et  la  sensible. 

<;>)  Mous  entendons  ici  par  œuf  fécond»"'  la  volonté  obtuse  et  ins- 
tinctive qui  réside  en  lui  ;  comme  nous  avons  entendu  par  «jenne  ta 
force  efficiente  analogue,  l'étincelle  de  vie  spécifiée  qui  anime  le  germe. 

■ 

Tout  cela  se  conçoit  aisément.  Soudeu  r  sur  toute  chose  d'être  intel- 
ligible au  grand  nombre,  nous  éludons  le  plus  possible  la  terminologie 


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G2 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


//  en  est  de  même  encore  des  kystes,  cancers  et  autres 
excroissances  de  nature  analogue  :  c'est  d'eux-mêmes  qu'ils 
se  forment,  dans  les  milieux  idoines  à  subir  leurs  ravages  ; 
leur  développement  matériel  est  actif,  nullement  passif. 

Germes  végétaux  ou  animaux  :  la  graine,  le  fœtus  et  le 
polype  en  voie  de  formation  se  façonnent  eux-mêmes,  se- 
ton  le  vouloir  instinctif  inné  en  eux,  puissance  efficiente  et 
qui  tend  à  se  réaliser  en  acte,  —  sauf  à  emprunter  autour 
d'elle  tous  les  matériaux  indispensables  à  celte  réalisation. 

L'âme  de  vie  collective,  universellement  distribuée  aux 
êtres  des  trois  règnes  naturels  (I),  est  nommée  par  Moïse 

coutumière  a«.c  naturalistes.  Il  serait  très  facile  a  ceux-ci  de  nous  sus- 
citer mainte  querelle  fie  mots;  d'autant  que  la  précision  de  notre  voca- 
bulaire se  doit  ressentir  beaucoup  d'un  pareil  effort  de  vulgarisation. 

(1)  Les  minéraux  ont  également  une  vitalité,  et  même  une  dme  la- 
tente :  la  cristallisation  est  un  phénomène  aussi  fatalement  instinctif 
que  la  croissance  des  végéfau.r.  Nous  n'avons  gardé  le  silence  sur  la  vie 
minérale,  qu'en  raison  de  l'étendue  déjà  excessive  de  cet  Avant-propos. 
La  biologie  minérale  eût  nécessité  des  commentaires  hermétiques  très 
développés  ;  nous  avons  dû  nous  abstenir  à  l'égard  de  cet  important 
problème,  que  nous  aurons  sans  doute  l'occasion  de  poser  ailleurs. 

t'n  seul  mot  à  ce  sujet.  Nous  disons  que  tes  Energies  virtuelles,  au- 
tour de  qui  se  groupent  les  matériau.!'  nécessaires  â  la  formation  des 
corps,  existent  également  chez  les  êtres  des  trois  Règnes.  Notons  néan- 
moins que,  dans  les  règnes  minéral  et  végétal,  ces  énergies  ne  sont  pas 
libres,  ni  vraiment  volontaires  ;  mais  soumises  à  la  toute  puissance  du 
Destin  :  tandis  que,  dans  le  règne  animal,  le  reflet  de  la  volonté  propre 
se  manifeste  déjà  (quoique  bien  faiblement!)  dans  un  sens  qui  n'est 
point  toujours  celui  du  Destin.  —  Enfin  le  règne  hominul (qui  vaudrait 
d'être  classé  quatrième,  à  part  des  trois  autres),  n'est  plus  que  partielle- 
ment soumis  à  fa  Puissance  fatidique.  Les  Énergies  virtuelles  du  genre 
humain  sont  libres  dans  une  notable  proportion  ;  elles  jouissent  d'une 
volonté  propre,  et  qui.  bien  qu'actuellement  inconsciente,  apparaît  tim- 
brée d'une  originalité  qui  distinguera  telle  personnalité  de  telle  autre. 
Les  âmes  humaines  se  constituent  une  enveloppe  physique  à  leur  image 
individuelle  ;  le  Destin  ne  les  lie  qu'en  les  assujettissant  aux  formes  gé- 
nérales de  la  race...  La  Providence  elfe  même  peut  avoir  une  influence 
sur  le  développement  du  fivtus  humain,  et  cela  est  un  grand  mystère. 


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AVANT-PROPOS 


63 


nnn  Nephesh-ha-haïah  (l)  en  tant  qu'on  la  consi- 
(1ère  dans  son  essence  homogène;  et  lônah,  en  tant 
que  faculté  génératrice,  expansive,  plastique;  ou  souffle 
biogéniqne  de  Sature ,  apte  à  se  spécifier  d'abord  en  essences 
génériques,  puis  à  s'individualiser  en  d'innombrables 
sous-multiples,  pour  former  ces  potentialités  d'assimila- 
tion et  d'auto-création  corporelle,  qui  sont  l étincelle  vi- 
vante et  le  vouloir  instinctif  de  toutes  les  créatures  en  voie 
de  se  développer  organiquement  sur  le  plan  physique. 

Mais  sur  quel  modèle,  sur  quel  patron,  cette  étincelle 
vitale  et  vivifiante  façonnera-t-elle  un  corps  qui  lui  soit 
approprié?  Ceci,  (comme  nous  l'avons  vu)  dépend  de  l'éta- 
lon spirituel,  savoir  du  Principe,  qui,  modalisant  la  Vie 
universelle,  l'a  déterminée  en  telle  ou  telle  Essence  par- 
ticulière, ou  Puissance  d'être  spécifiée. 

Ces  Principes  sont  les  formes  pures,  les  archétypes 
immortels  et  préfixes  de  chaque  espèce.  Ce  sont  eux  — 
nous  ny  saurions  trop  insister  —  qui  particularisent  et 
façonnent  la  Force  universelle  de  tarification,  lônah.  De 
r union  première  du  Principe  radical  et  d'\àm\\,  naît  donc 
l'incorruptible  essence  de  chaque  espèce.  Enfin  cette  Es- 
sence, ou  puissance  d'être  collective,  engendre  la  multipli- 
cité des  individus  virtuels  instinctifs,  auxquels  il  sera 


(\)  Les  Kabbalistes  donnent  aussi  ce  nom  de  CEI  Nophrsh  au  corps 
astral ',  par  opposition  à  7]M  Roûach,  l'âme,  et  à  n^2CJ  Neshamah,  l'esprit 
ou  V intelligence.  Mais  cet  hiéroy ranime  Nephcsh,  que  Moïse  a  forme 
par  la  contraction  de  trois  racines  :  n2_rl2  exprime  dans  le  Sèpher 
la  synthèse  de  ces  trois  facultés,  instinctice,  animirjue  et  mentale  :  « 
exprime  la  partie  naturante  de  l'àme,  H£  la  partie  naturée,  la  par- 
tie naturelle.  »  (Yoy.  Fabre  d'Olicet,  Lang.  Iiébr.  rcstit.,  /.  //,  p.  îii). 


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04 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


donné  (V  élire  et  d'agréger  à  soi,  sur  le  canevas  de  le  in- 
forme astrale,  tous  les  éléments  dont  ils  ont  besoin  pour 
se  réaliser  objectivement  ici-bas. 

A  ces  types  radicaux,  à  ces  Principes  spéeificateurs  des 
races,  d'autres  Kabbalistes  attribuaient  le  nom  d'Imagi- 
nés, vocable  dont  l'interprétation  s'altéra  dans  la  suite  (  1  ). 

—  Quoi  que  Von  puisse  penser  de  ces  étalons  des  races,  ce 
sont  bien  en  effet  les  Images,  les  patrons  intelligibles 
sur  quoi  se  déterminent  et  se  modèlent  les  exemplaires 
individuels.' 

llésumons-nous  une  dernière  fois  :  le  Type  ou  /'Image 

—  force  active  de  spécification  —  pénètre  et  féconde  la 
Vie  universelle  hijpcrplujsique  ou  lonah,  —  force  passive. 

—  Les  Essences  spécifiées,  qui  résultent  de  cet  hymen, 
engendrent  à  leur  tour  les  germes  virtuels,  c'est-à-dire 
les  individus  déterminés  en  puissances  d'être. 

Telle  est,  en  ses  principaux  stades,  la  Genèse  occulte 
et  vitale  des  germes,  bien  distincte,  encore  un  coup,  de 
la  Genèse  apparente  ou  matérielle  des  semences.  //  faut 
de  toute  nécessité,  si  l'on  veut  prévenir  les  plus  regretta- 
bles confusions  et  les  malentendus  les  plus  burlesques, 
avoir  toujours  présente  à  l'esprit  la  distinction  fondamen  • 
talc  qui  s'impose,  entre  les  Principes  d'ordre  intelligible 


(\)  Suivant  les  Katdml  iules  pfu<  mode  mes,  le  Type  (inuujo), descendant 
du  Ciel  au  montent  /le  lu  conception,  est  imhudu  caractère  individuel. 
Ils  le  nomment  HTIT  Jchi.lali  on  principe  <)'in<livnlualitt\  et  renient 
;/  roir  l'empreinte  différentielle  du  sceau  divin  sur  chaque  exemplaire 
terrestre. 

Le  Jivliidah  de  la  nouvelle  Ecole  (Q^j  Zcleni  de  Mosclic  Corduerrr, 
équivaudrait  en  somme  a  l'émanation  individuelle  du  principe  nomme 
plus  anciennement  imup'.  Le  sens  n'est  donc  jtas  positivement  altéré. 


I 

AVANT-PROPOS  65 


et  les  origines  d'ordre  sensible.  Ce  sont  les  deux  sources 
inverses  et  complémentaires  de  V existence  mixte  :  l'une, 
véri fiable  expérimentalement,  relève  des  sciences  positives  ; 
Vautre  nest  connue  que  par  V expérience  mystique  et  les 
inductions  de  rÊsolérisme;au  dire  de  tels  docteurs  con- 
temporains, elle  n'existerait  même  pas. 

Pour  clore  ce  long  et  abstrait  exposé  de  principes,  qui 
nous  ramènera  naturellement  à  notre  point  de  départ,  — 
V  examen  du  phénomène  observé  par  les  savants  Schrader, 
Greef  et  Braconnot,  —  un  mot  nous  reste  à  dire  des 
plantes  en  général. 

Sous  avons  précisé  comment  le  germe,  énergie  indivi- 
duelle en  puissance  d'être,  a  déjà  accompli  un  premier 
travail d' auto-création,  pour  se  déterminer  en  graine  et  se 
détacher  à  ce  titre  de  la  plante-mère  :  étape  initiale  de 
son  développement  matériel.  On  doit  y  voir  une  adapta- 
tion élémentaire,  et,  pour  ainsi  dire,  la  fixation  d'une 
étincelle  de  vie  spécialisée  dans  un  corps  de  défense  ;  ou 
sa  claustration,  si  l'on  veut,  dans  un  étui  protecteur. 

En  cet  état,  la  semence  n'est  toutefois  encore  qu'un 
individu  végétal  embryonnaire,  incapable  de  se  développer 
en  dehors  de  certaines  conditions  indispensables  à  révo- 
lution végétative, — exigences  qui  sont  communes  à  toutes 
les  plantes.  Il  lui  faut  :  1°  une  couche  de  matière  poreuse 
où  prendre  racine  (1);  2°  une  certaine  quantité  d'eau 


(l)  Ce  n'est  la  une  condition  sine  quà  non,  que  pour  la  grande  majo- 
rité de*  espèce*.  Telle*  plantes  marine*  ou  paludéennes  naissent,  gran- 
dissent et  meurent  dans  l'eau,  sans  avoir  jamais  adhéré  au  sol  par  leurs 
racines. 

5 


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I  ' 
I 


66  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

pour  s'abreuver  ;  3°  une  atmosphère  normale  (t)  pour  sa 
double  respiration,  diurne  et  nocturne.  (Chacun  sait  en 
effet  que  les  plantes  aspirent  de  jour  l'acide  carbonique, 
dont  elles  expirent  l'oxygène,  après  s'être  assimilé  le  car- 
bone; tandis  que  de  nuit  leurs  fonctions  sont  à  l'inverse  : 
c'est  l'oxygène  qu'elles  aspirent  alors,  et  elles  rejettent  l'a- 
cide carbonique,  —  produit  de  la  combustion  lente  (dans 
l'oxygène)  du  carbone  en  excès,  assimilé  pendant  le  jour). 

m 

Telles  sont  les  conditions  générales  de  la  germination 
des  graines,  —  conditions,  répétons-le,  communes  à  tou- 
tes les  essences  végétales.  Mais  il  est,  en  outre,  des  exi- 
gences particulières  à  chaque  espèce  :  par  exemple,  la 
présence  dans  le  sol  de  substances  azotées,  phosphatées, 
siliceuses,  cakaires  (2)...  Car  il  faut  apparemment  que 
les  végétaux  à  la  composition  chimique  desquels  ces  corps 
sont  indispensables,  les  puissent  rencontrer  dans  le  rayon 
de  leur  attraction  nutritive,  afin  de  les  emprunter  au  sol 
et  de  se  les  assimiler,  au  gré  de  leur  nature.  Ainsi  telle 
fleur  croît  abondamment  sur  les  terrains  siliceux,  qui  se 
refuse  à  pousser  sur  un  tuf  calcaire. 

En  règle  générale,  la  plante  élabore,  pour  sa  nutrition, 
les  éléments  assimilables  que  lui  fournissent  le  sol  et 
l'air  ambiants  ;  elle  décompose  ou  combine  à  son  gré  les 
oxydes,  les  sels,  les  gaz,  simples  ou  complexes,  et  s'appro- 


(1)  Normale,  —  non  seulement  en  o.rygëne,  acote,  vapeur  d'eau,  aride 
carbonique,  etc.,  mais  encore  en  chaleur,  lumière,  électricité... 

(2)  Quand  tels  de  ces  produits  manquant  à  fa  terre  arable,  et  qu'on  y 
veut  semer  des  plantes,  à  la  germination  comme  à  la  croissance,  des- 
quelles ils  sont  indispensables,  on  supplée  à  l'indigence  native  du  sol, 
par  l'apport  artificiel  des  substances  requises,  qui  prennent  alors  les 
noms  r/amendements  et  r/'engrai.s. 


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AVANT-PROPOS 


prie  toutes  ces  substances,  dans  la  mesure  de  ses  besoins. 

Mais  nous  avons  établi  l'insuffisance  de  cette  loi  de 
nutrition,  à  justifier  la  présence  du  Fer,  du  Manganèse, 
de  F  Aluminium  et  du  Calcium,  dans  les  tiges  et  les 
feuilles  d'un  cresson  semé  dans  la  fleur  de  soufre,  et 
arrosé  exclusivement  d'eau  chimiquement  pure.  Cet 
exemple  isolé  suffit  à  établir  la  réalité  d'un  autre  mode 
de  nutrition.  Signalées  en  effet  dans  les  cendres  dudit 
cresson,  les  substances  ci-dessus  n'ont  pu  provenir,  ni  de 
V atmosphère  qui  baigne  sa  tige  et  ses  feuilles,  ni  du 
soufre  en  fleur  où  plongent  ses  racines,  ni  de  l'eau  dis- 
tillée  dont  U  s'abreuve... 

Ces  substances,  où  donc  les  a-t-il  trouvées?  —  Mille 
part,  nous  l'avons  vu:  elles  ont  été  créées  pour  lui,  au  fur 
et  à  mesure  que  ses  besoins  les  réclamaient. 

Quand  une  graine  fie  trouve  pas,  dans  le  sol  qui  l'a 
reçue,  non  seulement  les  conditions  nécessaires  à  la  ger- 
mination des  semences  en  général,  mais  encore  toutes 
celles  que  requiert  son  espèce  en  particulier,  elle  avorte 
et  pourrit  :  cest  la  loi  commune.  Cependant,  il  est  des 
plantes  si  vivaces  et  d'un  si  rigide  destin,  que  leurs 
graines  s  obstinent  à  germer  dans  un  terrain  apte  en 
principe,  il  est  vrai,  à  la  germination  des  semences  végé- 
tales, mais  dépourvu,  au  cas  particulier,  des  éléments 
chimiques  qui  entrent  dans  la  composition  spécifique  et 
normale  de  la  plante  à  naître.  Alors,  de  deux  choses 
l'une  :  ou  le  végétal  se  prive,  dans  l'évolution  de  sa  crois- 
sance, des  principes  particuliers  qu'il  s'assimilerait  dans 


«8 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIHK 


les  circonstances  ordinaires,  et  dont,  pour  cette  fois, 
V analyse  chimique  établit  l'absence  (I),  ou  il  a  recours, 
afin  de  se  les  procurer  quand  même,  à  une  voie  extraor- 
dinaire et  d'exception. 

Celte  voie,  inconnue  à  la  science  des  Universités,  est 
celle  des  fluides  impondérables,  ou  plutôt  de  f  Éther  vital, 
—  dont  la  lumière,  la  chaleur,  le  magnétisme  et  Vélec- 
tricilésont  les  quatre  manifestations  phénoméniques. 

Le  végétal  s'alimente  des  effluves  créateurs  de  cette 
Substance  première,  que  les  anciens  nommaient  âme  du 
monde,  et  sur  la  nature  de  laquelle  roulera  notre  pre- 
mier chapitre  en  particulier,  et  tout  notre  ouvrage  en 
général. 

Que  fait  la  plante?  —  Le  vouloir  latent  de  son  Moi 
biologique  fait  office  d'aimant.  Son  organisme  fait  office 
à  la  fois  et  d'alambic  et  d'athanor:  si  bien  qu'élaborant 
les  fluides  hgperphysiques,  selon  les  exigences  de  ses  fonc- 
tions naturelles,  il  les  réduit  de  puissance  en  acte  ;  —  et 
que,  substance  permanente  et  absolue,  l'Aôr  se  diffé- 
rencie en  tel  ou  tel  mode  de  matière  transitoire  et  contin- 
gente. 

Nous  l'avons  fait  voir  Au  Seuil  du  Mystère  (2)  :  F  Ame 
du  monde,  ou  Lumière  asfrale,  est  le  substratum  insaisis- 
sable de  toute  existence  physique;  et,  à  un  point  donné 
de  son  évolution,  l'âme  du  monde  se  compacte  en  matière 
pondérable  et  sensible. 


(  1  )  Dans  ce  cas,  fa  plante,  après  avoir  poussé  hâtivement  une  tige  yréle, 
s'étiole  le  plus  souvent  et  meurt  de  mort  précoce, 
(i)  rayes  8.>-86  delà  3«  édition. 


M 


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AVANT-PROPOS  69 


C'est  sur  cette  matérialisation  de  la  substance,  que 
repose  tout  l édifice  spagyrique  des  alchimistes.  La 
suprême  ambition  du  fils  d'Hermès  consiste  à  déterminer 
le  point  précis  où  s  opère  cette  condensation  mystérieuse, 
à  laquelle  le  Trismégisle  fait  une  allusion  directe,  en  son 
symbole  de  la  Table  d'Émeraude,  lorsqu'il  dit,  du  secret 
agent  réalisateur  de  toute  perfection  corporelle  (Telesma): 
<  Vis  ejus  intégra  est,  si  versa  fuerit  in  terrain  »  ;  sa  foire, 
(d'extériorisation)  est  parfaite  (révolue),  quand  elle  s'est 
métamorphosée  en  terre  (matière  sensible). 

La  Table  d'Émeraude  est  une  page  magistralement 
initiatique,  qui  trouvera  sa  place  au  cours  du  premier 
chapitre.  Xotts  comptons  traduire  en  entier  ce  testament 
sacerdotal  d'un  monde  qui  n'est  plus  ;  peut-être  confir- 
mera-t-il,  dans  son  laconisme  sacré,  les  principes  que 
nous  avons  eu  l'occasion  d'émettre,  —  et  foumira-l-il  de 
fermes  assises  à  notre  explication  de  la  grande  théorie, 
traditionnelle  en  occulte,  d'un  agent  universel  des  mira- 
cles, prodiges  et  maléfices. 


Le  Surnaturel  n'est  point.  \os  Lecteurs  conçoivent  pré- 
sentement qu'en  tête  de  cet  avant-propos,  nous  ayons  ar- 
boré cet  axiome  péremploire  :  —  tout  prêt  que  nous  puis- 
sions être  à  confirmer  l'existence,  bien  plus,  à  fournir 
l'explication  de  certains  phénomènes  con  testés  d'ordinaire, 
et  qui  trouveraient  assez  sceptiques  tels  défenseurs  intran- 
sigeants du  Surnaturel  en  général.  Cest  qu'il  y  avait  là 


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70 


une  notion  essentielle  à  redresser,  et, du  même  coup,  tout 
un  ordre  de  connaissances  à  garantir. 

En  vus  de  ruiner  un  faux  concept  (si  fâcheusement  fa- 
milier au  plus  grand  nombre  de  ceux-là,  pour  qui  la  matière 
tangible  ne  marque  pas  V  ultime  frontière  du  Connaissable), 
notre  effort  nous  induisit  en  une  prolixité  de  développe- 
ments préliminaires,  qui  empiètent  quelque  peu  sur  la 
substance  même  du  livre. 

Ce  luxe  de  détails  anticipés  s'adressait  au  public  pro- 
fane, à  dessein  de  mettre  en  garde  les  superficiels,  — 
éventuellement  curieux  de  jeter  un  regard  dans  ta  lor- 
gnette ésotérique,  —  contre  un  angle  de 'déviation  du  rayon 
visuel,  imperceptible  à  l'examen  de  l'instrument,  et  qui 
n'en  fausserait  pas  moins,  de  sorte  irrémédiable,  le  champ 
normal  de  la  vision. 

«  À  quoi  servent  les  préfaces?  A  vider  certaines  ques- 
tions préalables,  à  lever  certaines  préventions  qui  empê- 
chent de  lire,  à  écarter  certains  obstacles  qui  empêchent 
d'entrer.  »  —  Voilà  ce  que  nous  pensons,  avec  le  comte 
Agénor  de  Gasparin,  l'auteur  d'un  très  beau  livre  de 
recherches  occultes,  aujourd'hui  presque  oublié  (1  ). 

Pour  déférer  à  ce  judicieux  conseil,  il  nous  reste  à 
prévenir  un  second  malentendu,  corollaire  du  premier. 
Nous  n'avons  pas  voulu  qu'on  se  méprît  sur  la  question 
du  Surnaturel  :  à  plus  forte  raison,  ne  faut-il  pas  qu'en 
des  pages  que  la  (Wélie  va  hanter  par  intervalles  de  ses 
ténébreux  simulacres,  une  confusion  devienne  possible, 


(1)  DcsTables  tournantes, du  surnaturel  et  des  Esprits.  Paris, Dentu, 
1855,  2  vol.  izi-18. 


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71 


touchant  V essence  de  la  véritable  Magie.  Cette  fois,  nos 
éclaircissements  sont  dédiés  aux  étudiants  déjà  sur  la 
voie,  —  en  un  mot,  aux  initiés.  Le  parallèle  qu'on  a 
pu  lire9  au  début  du  présent  discours  t  ne  saurait  satis- 
faire à  les  préserver  des  faux  pas. 

Une  conception  des  moins  correctes  court  le  public, 
accréditée  par  certains  demi-érudits  en  la  matière.  On 
croit  communément  que  la  Magie  réside,  avant  loul?  dans 
l'art  de  produire  à  volonté  ce  que  les  spirites  appellent 
des  phénomènes.  Définir  de  la  sorte  la  Magie,  c'est  voir 
dam  V  Adepte  parfait,  dans  le  Mage,  une  façon  de  Médium, 
habile  à  régulariser  le  jeu  des  manifestations  (intermittent 
d'ordinaire)  ;  à  mettre  un  frein  au  caprice  familier  des 
Invisibles  ;  tranchons  le  mot,  —  à  domestiquer  les  «  Es- 
prits »  / 

En  vérité,  si  la  liaule  Magie  consistait  en  cela,  conve- 
nons qu'elle  se  réduirait  à  bien  peu  de  chose  

Rien  n'est  moins  fixe  et  plus  mal  défini  que  ces  mani- 
festations prétendues  sensibles,  qui  s'ébauchent  confusé- 
ment dans  le  nimbe  élastique  des  médiums. 

Jouets  de  Larves  dépourvues  d'essence  propre  et  sans 
trêve  balancées  du  non-être  radical  à  l'apparence  physi- 
que, les  Médiums  offrent  à  ces  formes  lémuriennes  un 
miroir  paradoxal,  où  refléter  leur  semblant  d'existence. 
Eux-mêmes  font  paraître  à  l'examen  du  psychologue  une 
personnalité  capricanle,  absurde,  protéenne,  et  qui  porte 
la  signature  équivoque  des  soi-disant  Esprits. 

Quels  produits  peuvent  naître  du  concours  éventuel  de 
ces  deux  instables  facteurs  —  Larve  et  médium,  —  on 


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72 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


V imagine  aisément  ;  et  nul  ne  s* étonnera  de  constater  que- 
ce  caractère  fallacieux  et  trouble,  qui  leur  est  propre  à 

tous  deux,  distingue  à  fortiori  les  phénomènes  issus  de 
leur  collaboration. 

La  curiosité  du  plus  grand  nombre  se  confine  dans  le 
spectacle  amusant  de  ces  phénomènes  :  manifestations 
fugaces,  dont  l'étude  relève  assurément  du  magiste  et  de 
sa  compétence;  mais  Cou  aurait  tort  de  croire  que  le  pro- 
gramme de  la  Magie  (même  déviée  à  gauche)  se  limite  à 
cet  examen. 

Ce  qu'assez,  pertinemment,  bien  qu'en  un  sens  très  res- 
treint, les  spirites  dénomment  phénomène,  n'intéresse 
F  occultiste  qu'à  titre  exceptionnel  et  en  mode  très  indirect. 

Comment  et  pourquoi?  —  C'est  le  problème  qu'il  con- 
viendrait d'aborder  sur  l'heure,  sauf  à  requérir  de  ceux 
qui  veulent  bien  nous  suivre,  en  ce  dédale  d'explications 
préliminaires,  une  attention  quelque  peu  soutenue.  La 
question  en  vaut  la  peine;  car,  s'il  nous  est  donné  de  met- 
tre en  lumière  une  fondamentale  distinction,  aussi  wr- 
gente  à  bien  établir  que  délicate  à  bien  pénétrer,  peut-être 
aurons-nous  dit  une  chose  assez  neuve,  —  et  même  fourni 
à  la  sagacité  des  chercheurs  l'une  des  maîtresses-clefs  de 
l'Ésotérisme. 

Supposons  la  soudaine  production  d'un  phénomène  bien 
évident,  bien  incontestable,  devant  un  nombreux  concours 
de  spectateurs  de  toute  classe.  D'ores  et  déjà,  nous  pou- 
vons mettre  à  part  trois  catégories  de  témoins,  que  le  mys- 
tère de  ces  manifestations,  si  surprenant  soit-il,  n'in- 
triguera guère.  C'est  d'abord  le  dévot  étroit,  qui  porte  à 


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AVANT-PROPOS  73 

fictif  du  Diable  tout  incident  de  cet  ordre...  Puis  ces 
bonzes  de  V orthodoxie  officielle,  dont  remploi  est  de  pon- 
tifier scientifiquement,  l'œil  clos  à  toute  lueur  suspecte 
a*  hérésie,  les  oreilles  bouchées  à  toute  voix  qui  ne  sonne 
point  à  l'unisson  du  concert  académique.  Ces  deux  sortes 
de  témoins  ont  leur  siège  fait  d'avance  :  F  un  a  vu  V  ombre 
des  cornes  de  Béehébuth  ;  Vautre  nu  vu  goutte,  et  savait 
de  reste,  en  venant  à  la  séance,  qu'il  se  dérangeait  pour 
rien...  Éliminons  enfin  cette  triste  variété  de  non-valeurs, 
pantins  du  scepticisme  à  la  mode,  imperméables  à  tout 
noble  souci,  dont  le  tic  est  de  ricaner  leur  vie  :  devant 
eui\  véritables  eunuques  de  l'intelligence,  V adorable  Vé- 
rité pourrait  s'épanouir  dans  le  resplendissement  de  sa 
nudité  céleste,  sans  les  émouvoir  d'un  frisson,  ni  réveil- 
ler en  eux  Vapparence  même  d'un  désir. 

Ces  trois  types  écartés,  reste  l'homme  de  bonne  foi,  le 
U;moin  pur  et  simple,  sans  parti  pris,  qui  en  est  pour  ce 
qu'il  a  vu  et  s'ingénie  peut-être  à  en  découvrir  la  cause... 
Pour  celui-là,  —  soit  chercheur  consciencieux  ou  simple 
badaud,  —  le  phénomène  dûment  constaté  revêtira  une 
importance  capitale.  Badaud,  ce  miracle  à  proportions 
bourgeoises,  réalisé  dans  un  cadre  bourgeois,  le  trouble 
et  le  ravit...  Esprit  sérieux,  il  n'est  guère  moins  cap- 
tivé par  l'évidence  d'un  fait  inaccessible  aux  lois  delà 
science  contemporaine,  cette  Révélatrice  qu'il  avait  pris 
l'habitude  d'envisager  comme  universellement  compétente 
et  infaillible  sur  son  trépied  .  Aurait-il  fait  fausse  route  ? 
Façonné  au  moule  de  l'école  positiviste  (où  Von  n'admet 
(f  autre  critérium  de  la  réalité  que  le  témoignage  de  ses 
cinq  sens),  voilà  qu'il  se  heurte  àl' évidence  d'un  fait  hos- 


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74  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIHE 


tile,  du  moins  il  le  croit,  à  /' esprit  de  la  science  positive, 
et  ses  sens  même  lui  en  attestent  à  Venvi  l'authenticité  ! 
Va-l-il  renier  ses  dieux,  ou  saura-t-il  pousser  jusqu'au 
bout  les  conséquences  logiques  des  prémisses  qui  s  infligent 
à  son  assentiment?..  En  toute  hypothèse,  converti  à  lu 
mode  de  saint  Thomas,  nul  doute  que,  pour  lui,  le  phéno- 
mène énigma  tique  ne  prenne  une  valeur  et  une  portée 
excessives. 

Il  n'en  saurait  être  de  même  pour  l'occultiste,  à  qui  la 
Salure  universelle  offre,  au  delà  même  du  plan  physique 
(seul  accessible  aux  moyens  de  recherches  et  de  contrôle 
de  la  science  dite  positive),  trois  autres  plans  d'investi- 
gation et  d'expérience  : 

i°  Le  plan  astral,  monde  inférieur  des  énergies  poten- 
tielles :  c'est  le  royaume  de  la  Nalure-naturée ,  où  domine 
le  Destin  ; 

2°  Le  plan  psychique,  monde  passionnel,  intermédiaire: 
cest  le  milieu  propre  de  la  Substance  adamique,  où  se 
meut  Vàme  vivante  universelle,  athanor  de  la  Volonté; 

3°  Le  plan  spirituel,  monde  supérieur,  intelligible  : 
cest  réden  de  la  Nature-naturante,  où  règne  la  Provi- 
dence. 

Sur  chacun  de  ces  trois  plans,  l'initié  peut  avoir  accès  ; 
nous  verrons  ailleurs  sous  quelles  conditions,  et  par 
quelles  issues. 

A  même  le  monde  spirituel,  il  peut  étudier  la  généra- 
tion  des  principes,  dans  l'ordre  préfix  de  l'absolutisme 
divin  ;  —  à  même  le  monde  psychique,  il  peut  surprendre 
V élaboration  des  vies,  au  creuset  delà  tourmente  passion- 


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AVANT-PROPOS 


nelle  [où  s'affirme,  jusque  dans  la  lutte  intérieure,  l'an- 
tinomie des  âmes  et  des  volontés  (1)  ;  — à  même  le  monde 
astral,  il  peut  connaître  le  substralum  de  toute  manifes- 
tation sensible,  et  déchiffrer  cette  mystérieuse  langue  des 
signatures,  où  s  inscrit  la  genèse  dynamique  des  formes. 

Inutile  d'ajouter  que  le  monde  matériel  et  tangible 
présente  à  V initié,  comme  au  profane,  un  champ  physique 
^expériences,  meneilleusemenl  défriché  du  reste  et  mis 
en  valeur  par  les  pionniers  du  positivisme  contemporain. 

Voilà  donc  quatre  ordres  de  réalités ,  (matérielles, 
astrales,  psychiques  et  spirituelles),  que  l'adepte  ésoté- 
ricien  peut  observer  à  loisir  sur  les  divers  plans  qui  leur 
sont  propres.  Quel  intérêt  relatif  et  secondaire  présen- 
teront pour  lui,  dès  lors,  les  phénomènes  aussi  éphémères 
qu'illusoires,  également  déplacés  sur  tous  ces  plans,  el 
qui  n'appartiennent  en  propre  à  aucun  d'eux  ? 

Car,  il  importe  essentiellement  de  s'en  rendre  compte, 
—  et  c'est  là  le  nœud  gordien  du  problème  qui  nous 
occupe,  —  le  phénomène,  conçu  dans  le  sens  de  manifes- 
tation fugace  de  l'Invisible  (2),  ne  présente  ni  existence 


H)  Dans  relie  antinomie  réside  le  principe  de  la  perfectibilité,  — 
Cf.  r admirable  page  de  Lacuria,  De  lame  et  de  la  volonté,  ou  «le  la 
double  vie  de  l'homme  (Harmonies  de  l'Être  exprimées  par  les  nom- 
bres ;  Paris,  1847,  2  roi.  in-%,  tome  I,  ch.  XVIII,  pages  3 1  o-3 19). 

(5)  Sou*  visons  principalement  ici  les  apparitions  (luidiques  d'êtres 
rivants  ou  de  parti  f s  d'êtres,  telles  que  mains,  pieds,  etc.,  qui  se  dissi- 
pent après  s' être  un  instant  condensées.  Quant  aux  définitives  matéria- 
lisations (dont  il  faut  se  défier,  car  elles  se  réduisent  le  phis  souvent  à 
de  simples  apports),  elfes  constituent,  quand  elles  sont  réelles,  une  caté- 
gorie à  part  et  d'exception  ;  elles  relèvent  de  la  haute  magie  propre- 
ment dite. 


76 


LA  CLRF  DE  LA  MAGIE  NOIKE 


physique,  ni  virtualité  astrale  :  c'est  une  sorte  d'illusion, 
un  mirage  résultant  d'un  compromis  anormal  entre  ces 
deux  classes  de  réalités.  Il  ne  se  produit  que  par  l'inter- 
section (si  Von  peut  dire)  tout  accidentelle  des  plans 
phtisique  et  astral. 

Dans  une  phase  d'instabilité,  dans  un  instant  de  dé- 
sordre,  les  deux  lignes  naturellement  parallèles  viennent 
à  se  couper  sur  un  point,  —  où  le  phénomène  se  produit f 
fallacieux,  paradoxal.  Mais  bientôt  la  norme  rétablit  son 
empire,  et  sitôt  que  les  deux  plans  ont  repris  leur  niveau 
parallèle,  le  phénomène  a  disparu. 

Est-ce  à  dire  quil  n'y  ait  point  de  relations  légitimes, 
normales,  entre  le  monde  astral  et  le  monde  matériel  ?  — 
Nul  doute  quil  ny  en  ait,  puisque  ce  dernier  n'est  que 
l'expression  de  l'autre,  sa  résultante,  son  effet.  La  subs- 
tance astrale  s  est  manifestée  en  engendrant  la  matière 
physique,  et  celle-ci  retournera  en  temps  voulu  à  son  état 
premier.  Jusque-là,  elle  est  incessamment  élaborée  par 
1  influx  du  monde  astral,  qui  subit  en  revanche  une  ré- 
percussion constante  des  phénomènes  du  monde  physique. 
Voilà  qui  suppose,  d'un  monde  à  l'autre,  un  double  courant 
descendant  et  ascendant,  comme  t'enseigne  la  Table 
d'Émeraudc.  //  s'opère  là  une  véritable  endosmose  d'in- 
fluences. Mais  les  deux  grandes  portes  de  communication, 
entre  le  monde  hyperphysique  ou  astral  et  le  monde  phy- 
sique ou  matériel,  sont  les  portes  de  la  Naissance  et  de 
la  Mort  ;  ou,  pour  plus  de  précision,  celles  par  où  s'effec- 
tuent, d'une  part,  l'incarnation  des  âmes,  —  et  leur 
désintégration  posthume,  de  l'autre. 

C'est  même  en  faussant  ces  rapports  normaux  quil 


AVANT-PROPOS  77 

;   —  — — — — — - — - 

devient  possible  de  provoquer  cette  phase  de  trouble  (assez 
1      rare  en  l'état  ordinaire  des  choses), phase  où  V intersection 
fortuite  des  deux  plans  engendre  la  fugace  illusion. 

Ceci  est  très  remarquable.  A  part  certains  cas  peu  frè- 
quents,  où  la  nature  fait  elle-même  tous  les  frais  de  ces 
fantasmagories  (  [);  si  Von  excepte  encore  telles  œuvres  de 
haute  Magie,  quand  le  Thaumaturge  crée  la  matière  hors 
de  lui-même,  soit  en  extériorisant  sa  propre  substance,  soit 
en  compactant  VAôr  par  l'intermédiaire  de  son  médiateur 
plastique  ;  —  on  peut  dire  à  coup  sûr,  partout  où  se  ma- 


(\)  L'occasion  nom  sera  fournie,  ultérieurement ,  de  signaler 
quelques-uns  de  ces  cas. 

Mais  on  nous  saura  grè  de  transcrire,  sous  toutes  reserres,  un  pas- 
sage très  singulier  de  Saint  Martin,  touchant  les  caprices  anarchiques 
des  Puissances  naturelles.  «  Ce  n'est  (dit  il)  qu'en  agissant  dans  leur 
desordre  et  dans  leur  dèsharmonie,  quelles  (les  Puissances)  produisent 
ces  formes  monstrueuses  que  l'on  remarque  dans  les  différents  règnes 
de  la  nature;  de  même  que  ces  formes  de  bêtes,  et  ces  voi.r  animales 
qui  se  manifestent  quelquefois  dans  les  orages  et  les  tempêtes,  et  qu'il 
n'est  pas  nécessaire  d'attribuer  à  l'intervention  des  Esprits....  Les  Puis- 
sances de  la  Sature  sont  contenues  les  unes  dans  les  autres,  quand 
elles  jouissent  de  leur  harmonie  Leur  frein  se  brise  dans  les  temps 
aV orage,  et  comme  elles  portent  en  elles-mêmes  les  germes  et  les  prin- 
cipes de  toutes  les  formes,  et  surtout  le  son  ou  le  mercure,  il  n'est  pas 
étonnant  que  quelques-unes  d'entre  elles,  se  trouvant  alors  plus  frac- 
tionnées que  les  autres,  elles  produisent  à  notre  rue  des  formes  carac- 
térisées, et  à  nos  oreilles  des  voir  d'animaux  à  nous  connus.  Il  ne 
faut  pas  être  surpris  non  plus  de  ce  que  ces  voix  et  ces  formes  n'ont 
qu'une  courte  durée  et  qu'une  existence  éphémère  ;  elles  ne  peuvent 
avoir  ni  la  vie,  ni  les  qualités  substantielles  dont  elles  jouissent,  quand 
elles  sont  le  résultat  de  l'union  harmonique  de  foutes  tes  Puissances 
génératrices.  »  (Le  Ministère  île  l'Honunc-Esprit,  Paris,  1802,  in  S,  p. 
i  12  143). 

Ces  lignes,  prises  au  pied  de  la  lettre,  semblent  au  moins  contesta- 
bles; mais  qui  nous  garantira  que  Saint-Martin  les  entendit  exclusi- 
vement de  la  sorte  ?  Elles  offrent,  en  tous  cas,  un  symbole  frappant  et 
suggestif,  dont  notre  Lecteur  saura  faire  profit. 


78 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01IIK 


nifeste  le  phénomène,  qu'il  y  a  perturbation,  profanation, 
viol  en  quelque  manière,  ou  des  arcanes  de  la  naissance, 
ou  des  arcanes  de  la  mort. 

L'immoralité  des  médiums  est  passée  en  proverbe  dans 
les  milieux  où  ils  sont  connus.  Beaucoup  d'entre  eux, 
sinon  tous,  paraissent  les  irresponsables  victimes  d'une 
dépravation  toute  pathologique.  D'aucuns  sont  génitale- 
ment  des  monstres,  et  nous  jugeons  inutile  de  revenir  sur 
les  révélations  que  nous  avons  faites  à  cet  égard  (pp.  406- 
À07  du  Temple  de  Satan).  D'autre  part,  nous  verrons  en 
ce  présent  tome  [notamment  au  chapitre  II,  Mystères  de 
la  Solitude),  le  rôle  efficace  attribué  au  sperme  dans  les 
maléfices  des  nigromans  de  toute  époque  et  de  tout  pays. 
—  Voilà  pour  la  profanation  des  mystères  de  la  naissance; 
quant  à  celle  des  mystères  de  la  mort,  il  suffit  de  nommer 
le  Spiritisme,  cette  doctrine  si  répandue  de  nos  jours  et 
qui  élève  à  la  hauteur  d'une  religion  l'antique  Nécroman- 
cie, dépouillée  de  toute  science  (expérimentale  ou  tradi- 
tionnelle) de  la  vie  posthume,  comme  de  tout  souci  des 
rites  psychurgiques,  qui,  dans  le  culte  des  ancêtres,  appa- 
raissaient jadis  la  garantie  et  V honneur  mutuels  des 
vivants  et  des  morts. 

On  doit  mieux  sentir  à  cette  heure  l'importance  secon- 
daire du  phénomène,  dans  les  enseignements  de  la  Syn- 
thèse ésolévique.  Si  les  manifestations  de  cet  ordre  sont 
tout  dans  le  Spiritisme  ;  si  .elles  ont  une  valeur  encore 
prépondérante,  quoique  déjà  partielle,  dans  la  Sorcellerie 
ou  Magie  Noire,  qui  est  avant  tout  l'art  des  illusions  et 
des  prestiges  ;  —  on  concevra  sans  peine  que  la  haute  et 
divine  Magie,  qui  peut  se  définir  la  Science  de  l'Être,  élu- 


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AVANT-PROPOS 


79 


dit  sous  tous  ses  aspects  de  réalité,  d'essence  et  de  prin- 
cipe, relègue  au  second  plan  d'illusoires  artifices.  Prendre 
essor  à  travers  tous  les  mondes,  pour  aller  étudier  les 
merveilles  de  FEtre  sous  toutes  latitudes,  et  cueillir  les 
fleurs  du  Vrai  et  du  Beau,  les  fruits  du  Bien  et  du  Juste 
sans  tous  les  climats  du  vivant  Univers,  —  et  jusqu'en 
Eden  perdu  et  reconquis, —  telle  doit  être  surtout  l 'ambi- 
tion de  Vadeple. 


La  Science  ésotérique  nous  propose  donc  un  triple  objet 
d'étude:  la  Nalure-naturante,  la  Nature  psychique  et  vo- 
litive  (V homme)  et  la  Nature-naturée.  L'on  est  convenu 
de  dire,  en  termes  moins  exacts,  mais  aussi  moins 
abstraits:  Dieu,  V Homme  et  P  Univers. 

Le  Temple  de  Salomon  s'appuyait  sur  deux  colonnes  : 
Iakin  et  Bohaz,  V Actif  et  le  Passif,  l'impulsion  et  la  ré- 
sistance, la  Liberté  et  la  Nécessité,  le  Moi  et  le  Non-moi. 
Ces  deux  mêmes  colonnes  décorent  le  péristyle  du  temple 
de  la  Science;  elles  symbolisent  F  Expérience  et  la  Tra- 
dition. 

L' Expérience  n'est  pas  tout  :  à  s* aventurer  sans  guide 
en  pays  inconnu,  Ton  s'égare  infailliblement.  —  La  Tra- 
dition n'est  pas  tout;  elle  devient  lettre  morte,  pour  qui- 
conque ne  prend  point  l'initiative  d'en  contrôler  l'oracle. 

Beaucoup  ont  le  tort  de  s'en  tenir  à  ce  mode  tout  passif 
d'acquérir  la  Vérité. 

La  méditation  des  ouvrages  d'occulte  absorbe  exclusi- 
vement la  plupart  des  chercheurs  que  préoccupe  le  pro- 


80 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01P.E 


blême  mystique  ; —  nous  disons  des  plus  sérieux,  (les  plus 
futiles,  véritables  badauds  en  foire,  se  traînant  volontiers 
dune  baraque  à  Vautre,  en  quête  de  phénomènes).  Comme 
si  le  labeur  de  s'initier  se  bornait  à  des  eff  orts  d'assimi- 
lation doctrinale!  L œuvre  écrite  des  maîtres  n'est  pas 
impunément  négligeable,  — qui  en  doute  ?  —  et  nous  fai- 
sons peu  de  cas  de  tel  présomptueux  novateur,  qui  se  tar- 
gue de  suppléer,  par  V exubérance  de  sa  propre  imagina- 
tion, à  l'étude  approfondie  des  classiques  de  l'Ésoté- 
risme. 

Mais  cette  étude  ne  saurait  suffire.  Il  faut  encore  payer 
de  sa  personne  et  s'aventurer  résolument  à  la  conquête 
du  vrai,  à  travers  les  ténèbres  d'un  monde  inconnu.  C'est 
par  là  que,  se  distinguant  du  simple  érudit,  qui  nest  sou- 
cieux d'intervenir  que  dans  les  batailles  d'opinions,  V oc- 
cultiste tend  à  pénétrer  l'essence  des  choses,  et  va  déchif- 
frer à  même  la  grande  stèle  de  la  nature,  qui  est  écrite 
au  dedans  comme  au  dehors. 

Imaginez*  une  feuille  de  parchemin,  couverte  d'hiéro- 
glyphes sur  ses  deux  faces,  mais  adhérente  à  un  tableau 
par  lune  d'elles.  Les  caractères  du  recto,  — qu'on  les  sa- 
che ou  non  interpréter,  —  apparaîtront  visibles  aux  yeux 
de  chair  ;  tandis  que  les  signes  tracés  au  verso  ne  seront 
perceptibles  qu'à  l'organe  visuel  de  l'àme,  ce  qui  revient 
à  dire  qu'un  bon  lucide  pourra  seul  les  distinguer. 

Ceci  n'est  qu'une  métaphore,  — -cl  le  néophyte  ferait 
fausse  route,  s'il  ail  lit  en  conclure  que  la  lucidité  magné- 
tique est  la  faculté  maîtresse  à  développer  en  soi,  la  su- 
prême prérogative  de  l'adeplal.  Il  y  a  plusieurs  degrés 
de  voyance,  comme  il  y  a  plusieurs  x-ones  de  vision.  Que 


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AVANT-PHOPOS 


81 


d'illustres  voyants  n'ont  été  aucunement  lucides  sur  le 
plan  physique!  Tel ,  en  revanche ,  peut  être  un  merveilleux 
lucide,  au  se?is  démotique  et  cher  aux  somnambules,  qui 
n'en  est  pas  moins  un  imbécile  accompli  :  ces  deux  qua- 
lités ii ont  rien  qui  s'exclue,  et  V expérience  Va  maintes 
fois  prouvé..*. 


Si,  indépendamment  du  inonde  physique^  dont  Inobser- 
vation relève  des  sens  charnels,  l'Univers  comporte  trois 


plans  de  réalité  ou  mondes  hiérarchisés,  —  l'âme  humaine 
possède  trois  étages  aboutissant  à  ces  trois  plans  : 
Nephesch  ou  le  corps  astral,  correspond  au  monde  hyper- 
physique;  TVT\  Roùach  ou  /'Ame  passionnelle,  au  monde 
psychique  ;  HS^J  Neschamah  ou  /'Intelligence  (réceptive 
de  l'Esprit  pur),  au  monde  intelligible. 

Ces  trois  centres  principaux,  comme  l'a  péremptoire- 
ment établi  Fabre  d'Olivet,  possèdent  chacun  une  sphère 

G 


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82 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


d'action  qui  lui  est  propre  :  et  ces  trois  sphères  étagées 
s  enchaînent  de  telle  sorte,  que  la  circonférence  déployée 
par  le  centre  inférieur,  Nephesch  (Instinct,  vie  sensitivey 
corps  astral),  atteint  le  centre  médian,  Roûach(/lm^^a.s- 
sionnelle,  vie  psychique)',  et  que  la  circonférence  déployée 
par  celui-ci  touche  au  point  central  de  la  circonférence 
supérieure,  Neschamah  (Intelligence,  vie  spirituelle).  — 
Enfin,  ce  ternaire  est  tonalisé  par  une  unité  relative,  qui 
en  fait  un  quaternaire  ;  en  d'autres  ternies,  ces  trois  sphè- 
res sont  enveloppées  par  une  quatrième,  d'un  rayon  dou- 
ble d'étendue,  la  sphère  volitive,  dont  le  point  central  se 
confond  nécessairement  avec  celui  de  la  sphère  psychique , 
médiane. 

Le  schéma  ci-contre  permettra  de  saisir  d'un  coup  d° œil- 
ces  rapports  de  V homme  triple,  avec  le  triple  univers. 

L'être  humain  (soit  individuel,  soit  collectif)  peut  être 
conçu  comme  englobant  et  maîtrisant,  sous  V empire  de  sa 
volonté  souveraine,  une  portion  des  trois  essences  cosmi- 
ques, —  Esprit,  âme,  fluide  astral,  —  qui  le  font  parti- 
ciper à  la  triple  vie  de  l'Univers. 

Par  son  intelligence  (réceptive  de  V  Esprit  pur),  l'homme 
confine  à  l'unité  des  choses,  à  la  Nature-naturante,  à  la 
Providence  divine.  Par  son  corps  astral,  il  touche  à  l' in- 
finie divisibilité,  «m  Destiné /«  nature  physique,  naturée. 
L'âme  intermédiaire  de  l'homme  est  la  substance  propre, 
passive  de  son  être  ;  enfin  sa  volonté  incline  cette  âme  à  se 
mettre  d'accord,  soit  en  haut,  sur  le  plan  spirituel,  avec  la 
Providence  ;  soit  en  bas,  avec  le  Destin,  sur  le  plan  astral. 

Aussi  doit-on  concevoir  la  volonté  comme  /'essence 
propre  de  l'homme  :  car  elle  le  constitue  ce  qu'il  est,  en 


trtiif  :  '  i.     ^g^^^^^mà^mHà^HL  Digitized  by  Google 


f 


AVANT- PROPOS  83 


bien  ou  en  mal,  selon  qu'elle  gouverne,  soit  à  dexlre, 
soit  à  senestre,  sa  substance  propre,  qui  est  F  Ame. 

C'est  ce  que  Fabre  d'Olivet  a  éclairci  le  premier,  avec 
cette  lucidité  géniale  qui  caractérise  le  grand  métaphysi- 
cien de  rflsotérisme  au  XIXe  siècle.  Envisageant  l'homme 
mis  son  aspect  d'universalité  transcendante,  il  désigne  la 
Volonté  humaine  comme  lune  des  trois  grandes  Puissances 
reclrices  du  Cosmos;  la  Providence  et  le  Destin  sont  les 
deux  autres.  Dans  le  règne  hominal,  dit-il,  «  le  lieu  pro- 
pre de  la  Volonté  est  l  Ame  universelle.  Cest  par  V Ins- 
tinct universel  de  V homme  qu'elle  se  lie  au  Destin,  et  par 
son  Intelligence  universelle  qu'elle  communique  avec  la 
Providence  :  la  Providence  n  est  même,  pour  l'homme  in- 
dividuel, que  cette  Intelligence  universelle,  et  le  Destin, 
que  cet  Instinct  universel.  Ainsi  donc  le  règne  hominal 
renferme  en  lui  tout  l'Univers.  //  ny  a  absolument  hors 
de  lui  que  la  Loi  divine  qui  le  constitue,  et  la  Cause  pre- 
mière d'où  cette  Loi  est  émanée.  Cette  Cause  première 
est  appelée  Dieu,  et  cette  Loi  divine  porte  le  nom  de 
Sature  (I).  » 

Ces  généralités  bien  comprises,  nous  retrouvons  le 
néophyte  au  seuil  du  sentier  mal  aplani  qui  mène  au  Tem- 
ple de  la  Science. 

Désireux  de  s  initier,  non  seulement  par  Y  élude  des 
maîtres,  dépositaires  de  la  Tradition,  mais  encore  par  sa 
propre  expérience  ;  résolu  d'étendre  ses  investigations 
partout  où  le  pourra  conduire  une  volonté  ferme,  enlraî- 


(I)  Hist.  philos,  du  genre  humain,  tome  II.  p.  1 0.-i  106. 


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84 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


née  par  de  persévérants  efforts;  il  demandera  peut-être 
quelles  portes  donnent  accès  aux  différents  étages  de 
l'être  humain,  sur  les  plans  qui,  dans  l'univers  invisible, 
leur  correspondent  ;  il  demandera  le  secret  de  la  détente 
par  quoi  s'ouvrent  ces  portes,  et  le  mot  de  passe  encore, 
pour  être  admis  à  les  franchir... 

Mais  ce  sont  là  trophées  de  victoire,  que  chacun  doit 
personnellement  et  progressivement  conquérir.  Si  parfaites 
qu'apparaissent  ses  intentions,  si  noble  son  but,  si  ar- 
dent son  courage,  l'Initiable  s'attend-il,  en  vérité,  à  d'aussi 
brusques  révélations  ?  Pense-t-il  qu'on  va  placer  ainsi, 
dans  sa  main  novice  et  mal  affermie,  toutes  les  clefs  du 
sanctuaire  ?... Pourquoi  ne  demander  point  à  l'hiérophante, 
en  l'abordant,  les  formules  dénonciation  et  de  mise  en 
œuvre  du  Grand  Arcane?  Les  deux  demandes,  d'une  naï- 
veté congénère,  équivaudraient  l'une  à  l'autre* 

Voilà  ce  qu'auraient  répondu  à  de  pareilles  questions 
les  Maîtres  de  l'antique  Sagesse...  Dans  les  cryptes  de 
Memphis,  d'Êleusis  ou  de  Thèbes,  on  n'allait  pas  si  vite 
en  besogne. 

Ils  ne  sont  plus,  ces  temples  grandioses  d'un  monde 
aboli,  derniers  asiles  et  témoignages  adéquats  d'une  doc- 
trine surhumaine,  expérimentale  et  traditionnelle  tout 
ensemble;  les  monuments  de  pierre  et  de  métal  sont 
écroulés,  mais  le  sentier  étroit  et  glissant,  qui,  de  chaque 
côté,  surplombe  un  abîme,  aboutit  toujours  au  sanctuaire 
idéal  de  la  Vérité. 

Sans  doute  il  appartient  aux  aînés  de  mettre  sur  la 
voie  leurs  frères  plus  jeunes.  Mieux  expérimentés,  ils 
sont  tenus  d'encourager  les  novices  par  la  parole  et  par 


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AVANT- PROPOS  85 


t exemple;  ils  doivent  encore  les  prémunir  de  leurs  con- 
seils, contre  les  embûches  d'une  route  qu'ils  connaissent, 
pmr  Favoir  eux-mêmes  parcourue.  Mais  là  doit  se  bor- 
ner leur  concours  tout  indirect. 

Sul  ne  parfait  son  initiation  que  de  soi-même.  Cest 
un  aphorisme  fondamental  de  la  Magie. 

Ce  qu  il  importe  de  préciser  (Tores  et  déjà,  tout  en  ren- 
voyant pour  le  surplus  aux  notes  sur  T  Extase,  incluses 
en  notre  chapitre  1/(1),  —  notes  révélatrices  dlwrizons 
peu  fréquentés,  et  grosses  de  profitables  renseignements 
sur  la  question  des  arcanes  à  découvrir  par  T  expérience 
directe  et  T  essor  de  V  initiative  personnelle,  —  ce  qu'il 
importe  de  préciser,  le  voici. 

Cest  que  T  homme  astral,  l'homme  psychique  et  T  homme 
spirituel,  destinés  à  connaître  et  à  dominer  les  mondes 
divers  qui  leur  correspondent,  sont  pourvus  à  cet  effet 
oT  organes  spéciaux  de  réceptivité  (astrale,  psychique  et 
mentale),  aussi  réels  que  les  organes  physiques  des  sens. 

Ces  subtils  organes,  très  généralement  ignorés,  sont 
fort  inégalement  développés  chez  T  homme  de  chair  et 
dos;  mais  ils  existent,  au  moins  à  Tétai  rudimentaire,  — 
il  serait  plus  exact  de  dire,  à  Télal  (T atrophie  par  suite 
de  non-usage  :  car  il  s'agit  moins  d'évoluer  les  sens 
internes,  que  de  les  réveiller  petit  à  petit. 

Quiconque  est  rentré  en  possession  des  facultés  récep- 
tives de  son  âme  sur  tous  les  plans  (2),  celui-là  peut  se 


(1)  Mystères  de  la  solitude,  p.  202-21  G. 

(2)  Nous  coulons  dire:  autant  que  faire  se  peut  ici-bas.  —  Nous 


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86 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOHIE 


dire  réintégré  dès  ici-bas  à  V Unité  de  la  Nature  céleste. 

Chez  quelques  rares  hommes,  tels  sens  internes  peuvent 
avoir  gardé  presque  toute  leur  acuité  de  perception  ;  la 
déchéance  de  la  chair  où  ces  hommes  sont  descendus 
semble  n'avoir  altéré,  que  d'une  façon  minime,  F  intensité' 
fonctionnelle  des  facultés  de  leur  âme.  Ces  privilégiés 
sont,  en  mode  conscient,  les  Voyants  des  différents  or- 
dres  ;  en  mode  de  relative  inconscience,  ce  sont  les  Ins- 
pirés de  toute  classe. 

L'homme  de  génie  n'est  autre,  en  dernière  analyse, 
qu'un  adepte  intuitif  et  spontané,  magnifiquement  in- 
complet, mais  riche  de  ces  dons  si  rares  et  qui  manquent 
trop  souvent  aux  plus  sublimes  mystiques  :  les  facultés 
de  transposition  esthétique  de  l' Intelligible  au  Sensible,  et 
de  convertibilité  du  Verbe  divin  au  Verbe  humain. 

Dé  pareilles  facultés  d'expression  ne  s'acquièrent  point  ; 
elles  sacreront  toujours  l'homme  de  génie,  de  droit  divin 
et  de  grâce  antérieure  ;  tandis  que  l'adepte  est  de  droit 
humain  et  de  conquête  ultérieure,  les  efforts  de  sa  libre 
volonté  l'ayant  élaboré  tel.  —  Cette  distinction  fonda- 
mentale une  fois  établie,  l'analogie  peut  et  doit  se  pour- 
suivre. 

Le  Génie  consiste  dans  la  faculté  de  réintégration 
spontanée,  (plus  ou  moins  consciente  et  sujette  à  inter- 
mittences ),  du  sous-multiple  humain  dans  la  patrie  céleste 
de  l'Unité,  Adamah. 


n'avons  jamais  pensé  que  l'homme  déchu  puisse  soustraire  absolument 
ses  facultés  au  marasme  qui  est  la  conséquence  fatale  de  son  incarna- 
tion terrestre  la  répercussion  du  corps  physique  sur  l'âme  ne  peut 
être  tout  à  fait  amortie. 


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AVANT-PKOPOS 


87 


Aussi  les  poètes,  peintres,  musiciens,  sculpteurs,  et 
en  général  tous  les  artistes  qui  se  croient,  —  à  tort  ou  à 
raison,  du  reste,  —  des  génies,  emploient-ils  la  même 
locution  que  les  mystiques,  pour  caractériser  les  périodes 
de  facilité  à  produire.  Us  ont,  ou  non,  /'inspiration.  Cela 
est  remarquable,.. 

L oeuvre  capitale  de  V initiation  se  résume  donc,  si  Von 
veut,  dans  Fart  de  devenir  artificiellement  un  génie  (1); 
à  cette  différence  près,  toutefois,  que  le  génie  naturel 
donne  V inspiration  à  de  certaines  heures,  plus  ou  moins 
souvent,  lorsque  l' Esprit  veut  bien  descendre  ;  tandis  que 
le  Génie  acquis  serait,  à  son  plus  haut  stade,  la  faculté 
de  forcer  V inspiration  et  de  communiquer  avec  le  Grand 
Inconnu,  toutes  et  quantes  fois  on  le  désire. 

Il  est,  à  cette  différence,  une  raison  vraiment  assez 
simple:  c'est  que  le  Dieu  descend  vers  l9 homme  de  génie, 
tandis  que  le  Mage  monte  jusqu'au  Dieu. 

L'homme  de  génie  est  une  sorte  d'aimant,  attractif  par 
intermittences.  —  L'Adepte  est  une  Puissance  conver- 
tible, un  lien  conscient  de  la  terre  au  Ciel  :  un  être  qui 
peut,  à  volonté,  rester  sur  terre,  jouir  de  ses  avantages 
et  cueillir  ses  fruits,  —  ou  monter  au  Ciel,  s'identifier  à 
la  Nature  divine,  et  boire  à  longs  traits  la  céleste  am- 
broisie. 

Le  Génie,  force  naturelle  d'attraction,  établit  par  pé- 
riodes avec  l'Unité  une  corrélation  plus  ou  moins  éphé- 
mère. —  L'Adeptat,  passeport  illimité  pour  l'Infini,  im- 


(1)  Le*  facultés  de  transposition  esthétique  mises  à  part,  bien  entendu  : 
nous  avons  dit  quelles  ne  s'acquièrent  pas. 


88 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01KE 


plique  un  droit  de  réintégration,  en  quelque  manière  ad 
libitum. 

Aussi  /'Adepte  (1)  prend-il  dans  Vlnde  le  nom  signifi- 
catif de  Yoghi,  —  uni  en  Dieu. 

Expérience  et  Tradition,  voilà  donc  les  deux  colonnes 
du  Temple  ésotérique.  La  vérité  peut  se  transmettre, 
comme  un  héritage;  elle  peut  s'acquérir  par  V initiative 
de  V homme,  sur  tous  les  plans. 

Mais,  nous  V avons  dit,  la  science  transmise  resterait 
lettre  morte  sans  V expérience  personnelle  ;  de  même  que 
celle-ci  pourrait  conduire  à  sa  ruine  l'aventurier  témé- 
raire de  rArcane,  à  défaut  de  cet  héritage  sacré  :  la  Tra- 
dition. 

Entre  ces  deux  modes,  actif  et  passif,  intelligible  et 
sensible  (2)  d'acquisition  de  la  Connaissance,  vient  se  pla- 
cer une  méthode  intermédiaire,  très  féconde,  qui  concilie 
les  autres,  les  complète  et  parvient  d'aventure  à  leur 
suppléer  :  c'est  la  méthode  analogique;  elle  relève  à  la 
fois  de  la  Sagacité  et  de  la  Raison. 

L'homogénéité  de  la  Nature,  ce  principe  fondamental, 

(1)  .Vous  nommerons  ainsi  le  hiérarque  parvenu  à  cumuler  la  su- 
prême sagesse  et  la  suprême  puissance,  dont  la  nature  humaine  peut 
devenir  réceptive,  —  par  opposition  à  l'étudiant  qu'on  a  seulement  mis 
sur  la  voie,  et  que  nous  qualifierons  d'initié. 

Celui-ci  est  initiatus,  c'est-à-dire  commencé.  L'autre  est  Arieptus, 
ayant  su  par  lui-même  acquérir  (adipisci)  la  Doctrine  et  la  Force. 

On  est  convenu  pourtant  de  qualifier  aussi  d'Adeptes,  les  magistes 
parvenus  à  la  maîtrise  purement  spéculative. 

'2)  On  conçoit  dans  quel  esprit  nous  employons  ce  mot  :  sensible. 
y'avons-nous  point  parlé  tout  à  l'heure  des  sens  propres  (ou  facultés 
réceptives)  de  l'homme  astral,  de  l'homme  psychique,  de  l'homme  spi- 
rituel f 


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AVANT-PKOPOS 


89 


qui  s'inscrit  au  fronton  de  tou  te  synthèse  magique,  a  pour 
premier  corollaire  un  aphorisme,  dont  Hermès  Trismé- 
giste  a  donné  la  formule:  Ce  qui  est  en  haut  est  comme 
ce  qui  est  en  bas  ;  ce  qui  est  en  bas,  comme  ce  qui  est  en 
haut .  Là  se  fonde  en  droit  la  méthode  analogique,  qui 
permet  d%  inférer  du  connu,  pour  déterminer  F  inconnu. 

La  méthode  analogique  est  double,  inductive  et  déduc- 
tive;  elle  s  exerce  de  bas  en  haut,  comme  de  haut  en 
bas  :  soit  quelle  parte  des  faits  constatés,  pour  aboutir 
à  la  loi  qui  les  régit,  ou  au  principe  dont  relève  celte  loi  ; 
soit  qu'elle  s' étage  d'une  loi  déjà  admise,  d'un  principe 
déjà  fixé,  pour  conclure  à  des  faits  non  vérifiés  encore,  ou 
simplement  pour  motiver  le  triage  et  la  classification 
(les  faits  connus. 

Un  exemple  n'est  pas  inutile. 

Si  le  magiste,  analysant  les  facultés  de  l'Ame  humaine, 
découvre  en  celle-ci,  d'une  part,  trois  modifications  prin- 
cipales, hiérarchiquement  réparties  sur  trois  plans  d'acti- 
vité; et,  d'autre  part,  une  force  synthétique  (la  Volonté), 
qui,  englobant  ce  triple  dynamisme,  le  maîtrise  et  le  ra- 
mène à  ly Unité  ontologique  :  il  pourra  en  induire  par 
analogie,  que  le  triple  dynamisme  correspondant  de  l'Uni- 
vers invisible  est  enveloppé,  régi,  unifié,  par  une  Puissance 
synthétique  (la  Volonté  divine  créatrice),  qui  est,  à  l'Uni- 
vers conçu  dans  son  ensemble,  ce  que  la  volonté  humaine 
est  à  l'homme  conçu  dans  son  ensemble;  savoir  :  son  agent 
d'unification,  son  essence  propre  (1).  —  Méthode  analo- 
gique inductive. 


(1)  Voy.  pages  81-83.  —  A  un  autre  point  de  vue,  on  peut  induire 


90 


LA  CLEK  DE  LA  MAGIE  NOIKK 


Si  le  même  mugiste,  à  l'inverse,  reporte  sa  vue  men- 
tale du  Cosmis  intégral  sur  l'homme  individuel  :il  pourra 
déduire  par  analogie,  vu  i identité  de  constitution,  que 
V homme  est y  à  vrai  dire,  un  petit  monde,  un  microcosme  ; 
par  opposition  au  macroeosme,  ou  grand  monde.  —  Mé- 
thode analogique  déductive. 

Sous  avons  montré  le  contrôle  réciproque  où  l'Expé- 
rience et  la  Tradition  s'évertuent  et  se  confirment  à  l'envi. 
L étude  exclusive  des  maîtres  n'aboutirait  qu'à  engendrer 
des  érudits  en  mysticisme  ;  et  In  seule  pratique  de  l'extase, 
qu'à  produire  des  visionnaires  :  l'une  et  l'autre  doivent 
concourir  à  former  le  véritable  Adepte....  Eh  bien,  le  rai- 
sonnement par  analogie  peut  suppléer  dans  une  certaine 
mesure  soit  à  l'un,  soit  à  l'autre  de  ces  modes  d'acquérir 
la  Connaissance  ;  il  le  peut,  en  fournissant  la  contre- 
épreuve  des  données  traditionnellement  transmises,  comme 
aussi  de  celles  expérimentalement  obtenues. 

En  conséquence,  l'Analogie  sera  surtout  précieuse  à 
l'initié  sur  la  voie,  qui  ne  sait  pas  toujours  où  saisir  le  fil 
d'Ariane  de  la  tradition  ésotérique  orthodoxe,  et  sent 
fondre  parfois  ses  ailes  d'Icare,  lorsqu'il  veut  planer  aux 
régions  supérieures  de  l'expérience  mystique.  Reste-l-il 
pour  lui  des  lacunes  dans  renseignement  des  Maîtres? 
Entrevoit-il  des  escarpements  inaccessibles  à  son  essor 
personnel  ?  —  Il  trouvera  dans  l'Analogie  un  double  cri- 


encore,  gîte  l'univers  matériel,  sensible,  (qui  fréquemment  usurpe  le 
nom  de  Cosmos),  est  nu  total  Cosmos,  ce  que  la  bâtisse  de  muscle,  de 
chair  et  d'os  (qui  souvent  usurpe  le  nom  d'homme),  est  a  l'homme  indi- 
viduel :  savoir,  son  corps  matériel,  sensible. 


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AVANT-PROPOS  91 

térium  un  instrument  à  l'aide  duquel  combler  les  unes, 
et  (jravirles  autres. 

VII 

Le  moment  est  venu  de  conclure. 

Résolu  démettre  un  terme  à  cette  introduction  déjà  trop 
dense  et  qui  déborde  son  cadre  normal,  ce  n'est  point  à 
dire  que  7ious  regrettions  ces  pages,  —  préventives,  nous 
r espérons,  de  méprises  funestes  et  d'imminents  quipro- 
quos. 

Nous  nous  flattons  qu'au  point  où  nous  voici,  l'assidu 
Lecteur  s'est  fait  de  la  haute  Magie  une  idée  claire,  pré- 
cise et  correcte,  qui  exclut  en  lui  toute  velléité  de  confu- 
sion, soit  avec  la  Sorcellerie  proprement  dite,soit  avec  cette 
pitoyable  mystification  à  quoi  se  réduit  l'Êsotérisme,  tel 
que  se  le  figurent  les  profanes  et  aussi  nombre  de  soi- 
disant  Mages,  toujours  prêts  à  s'intituler,  en  quatrième 
page  du  Gil-Blas  ou  du  Figaro,  professeurs  de  Sciences 
occultes. 

Une  distinction  péremptoire  importait  d'autant  plus, 
entre  la  Haute  Doctrine  et  la  Sorcellerie,  que  le  présent 
ouvrage  doit  parallèlement  traiter  de  l'une  et  de  l'autre, 
ou  du  moins  de  théories  applicables  à  toutes  deiuc, 
comme  nous  l'avons  marqué  dès  l'abord. 

Voici  l'arbre  de  la  Science  du  Bien  et  du  Mal  ;  son 
tronc  bifurqué  s'élève  sur  une  seule  racine. 

Voici  la  vierge  symbolique  qu'Apollonius  a  rencontrée 
sur  les  bords  de  l'Hyphasis  :  son  corps  est  mi-partie,  noir 
et  blanc. 


AVA3T-PR0PUS 


93 


Voici  le  mystérieux  losange  du  pentaele  de  Trithème  : 
dans  le  triangle  supérieur  rayonne  le  schéma  divin,  le 
Tétragramme  incommunicable  ;  el  V image  de  Satan  ricane 
dans  les  ténèbres  du  triangle  inférieur. 

Ce  dernier  emblème  sert  de  frontispice  à  notre  Clef 
de  la  Magie  noire  ;  nom  ne  Pavons  pas  choisi  sans  in- 
tention. 

M.  Oswald  Wirth  Va  reconstruit  sur  la  description 
quen  donne  Êliphas,  d'après  un  spécimen  qu'en  passé- 
dait  son  élève,  le  comte  Alexandre  Brauitzki ;  car  ce  des- 
sin est  d'une  insigne  rareté,  et  ne  se  trouve  que  dans 
quelques  exemplaires  manuscrits  du  Traité  des  Causes 
secondes  (l). 

//  se  compose,  dit  Éliphas  Lévi,  «  de  deux  triangles 
U7iis  par  la  base,  F  un  blanc  et  l'autre  noir  ;  sous  la  pointe 
du  triangle  noir  est  couché  un  fou  qui  redresse  pénible- 
ment la  té  te  et  regarde  avec  une  grimace  d*  effroi  dans 
F  obscurité  du  triangle  où  se  reflète  sa  propre  image  ;  sur 
la  pointe  du  triangle  blanc  s'appuie  un  homme  dans  la 
force  de  l'âge,  vêtu  en  chevalier,  ayant  le  regard  ferme,  et 
F  attitude  du  commandement  fort  el  paisible.  Dans  le 
triangle  blanc  sont  tracés  les  caractères  du  tétragramme 
divin  (2). 


{i)  Ouvrage  lui-même  peu  commun,  de  l'abbé  Jean  Trithème.  Il  a 
été  imprimé  en  1567,  à  Cologne,  sous  ce  titre  :  De  septem  Sccundeis  : 
sivc  de  spiritibus  orbem  post  Deum  moventibus.  reronditissinue  scien- 
t'iw  et  eruflitionis  libellas,  etc.  —  Colonie,  apudlohan.  Birkmannum, 
pet.  in-S  (avec  une  vignette  sur  le  titre  et  sept  gravures  sur  bois,  très 
remarquables,  d'après  Sebald  lieham). 

(2)  Éliphas  Lévi,  dans  une  lettre  adressée  à  un  autre  de  ses  disciples. 


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94 


LA  CLEF  DE  LA  MAf.lE  NOIRE 


«  On  pourrait  expliquer  ce  pentacle  par  cette  légende  : 
le  Sage  s'appuie  sur  la  crainte  du  vrai  Dieu,  l'insensé  est 
écrasé  par  la  peur  d'un  faux  dieu  fait  à  son  image.  C'est 
là  le  sens  naturel  et  exotêrique  de  V emblème  ;  mais  en 
le  méditant  dans  son  ensemble  et  dans  chacune  de  ses 
parties,  les  adeptes  y  trouveront  le  dernier  mol  de  la 
Kabbale,  la  formule  indicible  du  Grand  Arcane  :  la  dis- 
tinction entre  les  miracles  et  les  prodiges,  le  secret  des 
apparitions,  la  théorie  universelle  du  magnétisme  et  lu 
science  de  tous  les  mystères  (1).  » 

Sans  ouvrir  à  nos  lecteurs  d'aussi  gigantesques  aper- 
çus, ni  flatter  personne  d'illécébrants  espoirsy  ne  ba- 
lançons point  à  faire  Vaveu,  que,  dans  i intelligence  du 
pentacle  de  Tri  thème,  il  peut  être  donné  à  plusieurs  de 
saisir  sur  le  vif  la  pensée-mère  qui  présida  constamment 
à  la  genèse  du  présent  livre. 

Stanislas  de  Guaita. 


M.  le  baron  Spédalieri,  donne  du  même  pentacle  un  croquis  s'èloignant 
fort  de  la  description  ci-dessus  transcrite.  Il  faut  que  l'auteur  de  l'His- 
toire de  la  Magie  ait  vu  deux  exemplaires  très  différents  du  symbole 
de  Trithème. 

Le  chevalier  est  devenu  une  sorte  d'Hercule,  accoudé  sur  un  ècu  de 
guerre,  au  sommet  duquel  s'inscrivent  les  quatres  lettres  HTP.  Ver* 
le  milieu  du  bouclier,  on  remarque  l'étoile  à  six  pointes,  le  sceau  de 
Salomon,  où  se  mire  le  fol,  sur  qui  pèse  la  pointe  inférieure  de  Vécu. 
La  tète  diabolique  apparaît  dans  l'entrelacement  des  deux  triangles,  au 
centre  même  de  l'étoile  (Voir  le  dessin  ci-contre). 

(I)  Èliphas  Lcvi,  Histoire  de  la  Magie,  p.  345-346. 


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LE  SERPENT  DE  LA  GENÈSE 

SECONDE  SF.PTAINE 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


(Section  8) 


La  Justice  (huit)  =  Équilibre  =  Balance 
Harmonie...  L'Équilibre  et  son  Agent. 

Chapitre  I 

L'ÉQUILIBRE  ET  SON  AGENT 


Couvrez  le  Livre  de  Thoth  au  huitième  feuillet  (1). 
Thémis  qui,  trônant  entre  deux  colonnes, 
tient  ferme  en  sa  droite  le  glaive  et  les  ba- 
lances dans  sa  main  gauche,  vous  révélera  l'arcane  de 
l'universel  équilibre. 

Les  deux  plateaux  qui  se  font  contrepoids  symbolise- 
ront pour  vous  : 

1°  —  Dans  le  monde  divin,\es  nuptiales  harmonies  de 
la  Sagesse  et  de  l'Intelligence  (2)  ; 


(1)  Huitième  clef  du  Tarot  :  la  Justice. 

12)  Le  français  n'étant  pas  une  langue  sacrée,  la  plupart  des  mots 
de  cet  idiome  sont  arbitrairement  dévolus  aux  genres  masculin  ou  fé- 
minin :  or  le  hasard  et  l'intuition  vague  ne  peuvent  toujours  tomber 
juste. 

Il  ne  faut  donc  pas  trop  s'étonner  qu'il  soit  question  des  noces  de  la 


100 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


2°  —  Dans  le  monde  psychique,  l'union  salutaire  et 
féconde  de  la  Miséricorde  et  de  la  Justice  ; 

3°  —  Enfin,  dans  le  monde  hylique  (1)  ou  astral 
(substratum  du  monde  matériel),  ces  deux  plateaux  se- 
ront pour  vous  l'emblème  des  deux  Puissances  mâle  et 
femelle  génératrices  du  Cosmos,  lui-même  androgyne  ; 
c'est  à  savoir  d'ilereb  et  dlônah  (2),  principes  des  deux 
forces  centripète  et  centrifuge,  qui  se  manifestent  :  la 


Sagesse  et  de  Y  Intelligence,  et  plus  bas,  de  l'union  féconde  de  la  Misé- 
ricorde et  de  la  Justice. 

Ce  sont  la  termes  kabbalistiques.  Or,  dans  la  classification  des  ter- 
naires séphirothiques  polarisés,  que  nous  visons  en  ce  passage,  Hoch- 
mah,  ITD^n  (la  Sagesse)  est  marquée  du  signe  mâle  et  positif,  comme 
aussi  Hesed  (la  Miséricorde);  —  et  ce,  par  opposition  à  Binah 
nj^Z  (l'Intelligence)  et  à  Geburah  7\yo.l  (la  Rigueur,  la  Justice),  qui 
sont  marquées  du  signe  féminin  et  négatif.  (Voir  n'importe  quel  traité 
de  Kabbale). 

(1)  Ésotériquement,  Ilyléne  veut  pas  dire  _  matière  brute,  sens  très 
restreint  qui  lui  est  vulgairement  dévolu.  —  ï)*i  des  philosophes  grecs, 
fr'J  et  ">Svn  des  rabbins  initiés,  signifie  :  substance  en  fermentation, 
matière  subtile  en  travail.(Consulter  Fabre  d'Olivet,  la  Lang.  hébr.  rest., 
II,  77  ;  —  Drach  :  l'Harmonie  entre  l'Église  et  la  Synagogue,  I,  564  ; 
—  et  l'Hist.  du  Manichéisme  de  Beausobre.  II,  268). 

(2)  Pour  rester  fidèle  à  la  terminologie  des  Kabbalistes  zoharites  (en 
suspendant  la  balance  séphirothique  dans  le  troisième  inonde  au  clou 
de  Yésod  comme  nous  l'avons  fait  dans  les  deux  premiers  aux 
clous  do  Kether  iro  et  de  Thiphereth  DINSD),  il  nous  faudrait 
écrire  Hod  7;n  et  Netsach  nif:,  au  lieu  d'Hereb  yyj  et  d'Iônah 

Mais  aux  mots  sacrés  de  la  Kabbale,  nous  préférerons  toujours, 
quand  l'occasion  se  présentera  d'en  faire  usage,  les  hiérogrammes  ori- 
ginaux de  Moïse,  d'une  précision  ésotérique  bien  supérieure.  Ne  met- 
tons jamais  en  oubli  ce  fait,  que  le  Zohar,  livre  fondamental  et  sacré 
de  la  Kabbalah,  n'est  (si  sublime  soit-il  et  révélateur)  qu'un  humble 
commentaire  du  Pentateuque  mosaïque,  et  principalement  de  la  Genèse. 
Il  est  écrit  d'ailleurs  en  dialecte  de  Jérusalem,  c'est-à-dire  en  hébreu  dé- 
généré. 


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l'équilibre  et  son  agent 


101 


première,  par  le  Temps,  créateur  et  dévorateur  des  formes 
transitoires;  l'autre,  par  l'Étendue  éthérée.  L'Étendue 
est  Rhéa,  (épouse  de  cet  implacable  Kronos,  dont  le  rôle 
est  d'évertuer  sans  trêve  la  substance  plastique  qui  est  en 
elle,  de  l'élaborer  et  de  la  condenser  en  d'éphémères 
modes  de  matière  diversement  spécifiée,  vivante  et  pro- 
téenne  à  l'infini). 

Ce  que  de  pareilles  notions  peuvent  offrir  d'étrange  et 
d'énigmatique  à  l'esprit,  sera  tiré  au  clair  par  la  suite. 

Quant  au  glaive  qui  charge  la  main  droite  de  Thémis, 
il  symbolise  la  Puissance  et  ses  moyens  d'action,  à  tous 
les  degrés  et  dans  tous  les  Mondes.  —  Pour  nous  en 
tenir  au  plan  astral,  qui  nous  occupe  surtout  en  ce  tome, 
ce  glaive  est  celui  du  collectif  Kéroubim,  image  de  l'É- 
ther  instrumental  et  potentiel,  qui  détermine  et  maintient 
l'équilibre  cosmique. 

Ce  mystérieux  agent  compte  ses  noms  par  centaines. 
—  C'est,  au  dire  des  Kabbalistes,  le  serpent  fluidique 
(T Asiah.  —  Les  vieux  platoniciens  y  voyaient  l'âme  phy- 
sique du  monde,  qui  tient  enclose  la  semence  de  tous  les 
êtres,  et  les  Gnostiques  Valentiniens  le  personnifiaient 
en  Démiurge,  «  l'ouvrier  inconscient  des  mondes  d'en 
bas.  »  —  Au  gré  des  hermétiques*  c'est,  suivant  le  point 
de  vue,  la  Quintessence  des  éléments,  YAzoth  des  Sages 
(ou  \4  fécondé  par  le  A,)  ou  encore  le  Feu  Secret,  vi- 
vantet  philosophai.  —  C'est,  pour  les  magiciens,  V In- 
termédiaire des  deux  natures;  c'est  le  Médiateur  conver- 
tible, indifférent  au  Bien  comme  au  Mal.etqu'une  volonté 
ferme  peut  plier  à  l'un  comme  à  l'autre.  —  C'est  le 
Diable  enfin,  si  Ton  veut;  c'est-à-dire  la  Force  substan- 


102 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


tielle  que  les  sorciers  mettent  en  œuvre  pour  leurs  malé- 
fices. 

Puissance  inconsciente  par  elle-même,  mais  propre  à 
réfléchir  toutes  les  pensées  ;  Puissance  impersonnelle, 
mais  susceptible  de  revêtir  toutes  les  personnalités  ; 
Puissance  envahissante  et  dominatrice,  que  l'adepte  peut 
néanmoins  pénétrer,  contraindre  et  subjuguer,  —  et  ce, 
dans  une  mesure  plus  stupéfiante  encore  que  ne  l'imagi- 
nait le  populaire  superstitieux,  au  beau  temps  desLancre 
et  des  Michaëlis  :  c'est,  en  un  mot,  la  Lumière  astrale, 
ou  Médiateur  plastique  universel  (I). 

Ce  chapitre  d'ouverture,  —  qui,  par  intervalles,  sem- 
blera peut-être  à  plus  d'un  traiter  de  tout  autre  chose,  — 
fera  connaître  au  Lecteur  averti  la  nature  déconcertante 
et  les  modes  d'activité  de  cet  agent  effectif  de  l'équilibre; 
de  ce  mysticum  robur  que  les  scélérats  de  la  Goëtie  ont 
personnifié  monstrueux  à  leur  propre  image,  avec  les 
stigmates  distinctifs  de  l'animalité,  vers  laquelle  eux- 
mêmes  régressent.  Si  bien  que  le  poêle  Piron  a  pu,  pour 
leur  plus  grande  joie,  crayonner,  en  huit  vers  drolati- 
ques, le  portrait  du  Diable  d'enfer,  —  sans  le  flatter,  il  est 
vrai;  mais  sans  qu'il  ait  droit  aussi  de  récuser  la  ressem- 
blance : 

Il  a  la  peau  d'un  rôt  qui  brûle, 

Le  front  cornu, 
Le  nez  fait  comme  une  virgule, 

Le  pied  crochu, 


(1)  Voir  Au  seuil  du  Mystère  (3e  édit.).  pp.  83-92,  145-147,  et  le 
Temple  de  Satan,  passim. 


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Le  fuseau  dont  filoit  Hercule 

Noir  et  tordu, 
Et,  pour  comble  de  ridicule, 

La  queue  au  eu. 


l'équilibre  et  son  agent 


103 


C'est  un  axiome,  en  Magie,  que  tout  verbe  crée  ce  qu'il 
affirme.  Or  donc,  à  force  d'évoquer  le  discourtois  per- 
sonnage, les  imbéciles  ou  les  coquins  qui  l'imaginaient 
sous  cet  aspect  traditionnel  mais  peu  hiératique  (1),  — 
type  fixé  depuis  des  siècles  par  le  consensus  de  leurs 
semblables,  —  ont,  petit  à  petit,  réalisé  leur  rêve  en 
astral. 

Ajoutons  que  chaque  fois  qu'un  nouveau  goëtien  fait 
appel  à  la  hideuse  Image,  l'évoquant  avec  toute  l'énergie 
créatrice  de  la  foi  et  le  cri  des  mauvaises  passions  à  leur 
paroxysme;  non  seulement  l'Image  lui  apparait,  mais  en- 
core il  ajoute  à  l'esquisse  fluidique  un  nouveau  trait  de 
vigueur  et  précise  l'existence  du  monstre,  en  le  nourris- 
sant de  sa  propre  substance  hyperphysique. 

Ceci  n'est  point  un  paradoxe,  comme  on  le  pourrait 
croire;  c'est  une  vérité  qui  sera  mieux  sentie  plus  loin, 
quand  nous  aurons  fait  connaître  la  nature  équivoque, 
inqualifiable,  de  certains  spectres  sans  consistance  ontolo- 
gique, sortes  de  compromis  entre  le  néant  qu'ils  mani- 
festent et  1  être  qu'ils  blasphèment.  L'occultisme  les 
nomme  des  Larves(se  référer  particulièrementau  Chapitre 
II  :  Mystères  de  la  Solitude). 

Mais  trêve  d'anticipations  d'un  pareil  genre.  Nous  n'a- 
vons point  affaire,  pour  l'heure,  au  Satan  fantastique  et 


(1)  Tout  au  moins,  d'un  hiératisme  singulièrement  dépravé. 


104 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


burlesque,  ambigu,  malingre  et  falot,  —  vain  reflet  im- 
primé par  les  imaginations  malades  sur  le  miroir  psy- 
chique de  notre  planète.  Fi  du  simulacre  blême  qui  se 
rétracte  devant  un  souffle  d'air,  se  dissout  au  moindre 
effort  de  la  volonté  humaine,  et  qu'un  éclair  d'intelli- 
gence foudroie  !...  Non,  ce  croqucmitaine  n'est  qu'une 
Larve,  entre  combien  d'autres  (1)  !  Le  démon  positif  et 
formidable  nous  réclame,  celui-là  qui  sert  d'enveloppe  à 
Nahàsh  wru  et  de  substratum  à  la  matière;  l'universel 
Atlas  qui  soutient  les  mondes  en  équilibre;  le  dispensa- 
teur delà  vie  et  de  la  mort  physiques  ;  le  Démiurge  aux 
mille  noms,  dont  quelques-uns  nous  sont  déjà  connus  : 
c'est  le  Feu  panthomorphe;  c'est  l'âme  plastique  et  ima- 
ginative  du  monde  ;  c'est  le  dragon  de  l'Astral. 

Le  dragon  de  l'Astral  est  le  symbole  absolu  de  la  lumière 
du  même  nom,  envisagée  dans  son  double  mouvement 
cosmique  et  dans  la  synthèse  de  ses  opérations. 

Or,  si  nous  avons  laissé  pressentir  jusqu'ici  la  nature 
et  le  rôle  de  ce  grand  agent,  ce  que  nous  en  avons  dit  ne 
doit  guère  s'éclairer  d'un  jour  précis  et  satisfaisant  qu'en 
faveur  des  fidèles  de  nos  précédents  ouvrages,  ou  des 
chercheurs  déjà  sur  la  voie,  ou  des  érudits  en  mysticisme. 

Pour  entrer  au  cœur  du  sujet,  abordons  d'emblée  la 
Table  d'émeraude,  cette  page  révélatrice  que  le  monde 


(i)  Uno  Larve,  dans  l'acception  la  plus  large  de  ce  mot  (Voyez  la 
fin  de  notre  chapitre  III  :  la  Houe  du  Devenir). 

A  proprement  parler,  le  Diable  est  une  Image  astrale  vitalisée. 


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1 


L'ÉQUILIBRE  ET  SOS  AGENT  105 

antique  nous  a  léguée.  —  L  équilibre  universel  et  son 
agent  y  sont  magistralement  décrits. 

Ne  déchiffre  pas  qui  veut  ce  vieux  texte  des  Mystères 
égyptiens.  Très  propre  à  dérouter  les  profanes,  son  laco- 
nisme étrange  et  premier  ravit  le  chercheur  studieux  des 
causes,  en  proposant  à  sa  persévérante  sagacité  plus  de 
sens  profonds  que  de  vocables.  Il  les  découvre  tour  à  tour. 
Ainsi  les  successives  énigmes  se  dépouillent  de  leurder- 
nier  voile,  comme  les  déesses  rivales  de  beauté,  devant 
le  royal  pasteur  du  Mont  Ida. 

En  interprétant  dans  son  entier  l'inscription  de  la 
Table  (TËmeraude,  nous  tenons  simplement  parole,  aux 
termes  de  Y  Avant-propos  qui  précède. 

Mais  ici,  traduire  ne  suffirait  point  ;  il  importe  de 
commenter.  On  trouvera,  dans  le  texte  même,  tels  mots 
d'éclaircissement,  — intercalés  entre  parenthèses,  comme 
il  sied  aux  fins  de  prévenir  toute  confusion.  Puis,  à  la 
suite  du  texte,  quelques  développements  plus  étendus 
permettront  au  Lecteur  d'en  mieux  scruter  l'ésotérisine 
médullaire. 

LA  TABLE  D'ÉMERAUDE 

PAROLES  DES  ARCANES  D'HERMÈS  (I). 

IL  EST  VRAI  (en  prinripe)ll  EST  CERTAIN  (en  Ihéo- 

(i)  Verba  secretorum  Hermetis.  —  «  Vcrum  sine  mendaoio,  certum 
et  verissimum  :  quod  est  inferius  est  sicut  quoil  est  superius  ;  et  quod 
est  superius  est  sicut  quod  est  inferius,  ad  perpetranda  miracula  rci 
unius. 

«  Et  sicut  omnes  res  fuerunt  ab  uno,  mediatione  unius,  sic  omnes 
res  natœ  fuerunt  ab  hac  unà  re,  adaptationc. 


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m 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


rie),  IL  EST  RÉEL  (en  fait,  en  application)  (1)  :  QUE 
CE  QUI  EST  EX  BAS  (le  inonde  physique  et  matériel) 
EST  COMME  CE  QUI  EST  EN  HAUT  (analogue  et  pro- 
portionnel au  monde  spirituel  et  intelligible)  ET  CE  QU  ï 
EST  EN  HAUT  COMME  CE  QUI  EST  EN  BAS  (récipro- 
cité complémentaire)  :  POUR  L'ACCOMPLISSEMENT 
DES  MERVEILLES  DE  LA  CHOSE  UNIQUE  (loi  suprême 
en  vertu  de  quoi  se  parfont  les  harmonies  delà  Création, 
omniverselle  (2)  en  son  unité). 

ET  DE  MÊME  QUE  TOUTES  CHOSES  SE  SONT 
FAITES  (accomplies,  réalisées)  D'UN  SEUL  (en  vertu 
d'un  seul  principe),  PAR  LA  MÉDIATION  D'UN  SEUL 
(par  le  ministère  d'un  seul  agent)  :  AINSI  TOUTES 


«  Pater  ejus  est  Sol.  mater  ejus  Luna  ;  portavit  illud  Veutus  in  ven- 
tre suo  ;  nutrix  ejus  Terra  est. 

«  Pater  ouinis  Telesmi  totius  mundi  est  hic. 

x  Vis  ejus  intégra  est,  si  versa  fuerit  in  terram. 

«  Separabis  terram  ab  igne,  subtile  à  spisso,  suaviter,  cum  magno 
ingenio. 

«  Ascendità  terrà  in  crelura,  iterumque  descendit  in  terram,  et  re- 
cipitvim  superiorum  et  inferiorum. 

«  Sic  habebis  gloriam  totius  mundi.  Ideo  fugict  à  te  omnis  obscu- 
ritas. 

«<  Hic  est  totius  fortitudinis  fortiludo  fortis  :  quia  vincet  orancm  rem 
subtilcm,  omnemque  solidani  penetrabit. 

«  Sic  mundus  rreatus  est.  Hinc  orunt  adaptationes  mirabiles,  quarum 
inndiis  est  hic. 

«  I laque  vocatus  sum  Hermès  Trismegistus,  habens  très  partes  phi- 
losophie totius  mundi. 

«  Completum  est  quod  dixi  de  operatione  Solis.  » 
(Version  latine  de  Khunrath). 

(I  )  Textuellement  :  «  Il  est  vrai  sans  mensonge,  certain  et  très  véri- 
table ».  —  Cette  triple  affirmation  correspond  évidemment  aux  trois 
mondes  de  la  magie. 

(2)  Néologisme  assez  heureux,  nous  scmble-t-il,  créé  par  un  mysti- 
que de  nos  jours,  Louis  Michel  de  Figannières. 


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l'équilibre  et  son  agent 


107 


CHOSES  SONT  NÉES  DE  CETTE  MÊME  UNIQUE 
CHOSE,  PAR  ADAPTATION  (ou  par  une  sorte  de  copu- 
lation)^). 

LE  SOLEIL  (condensateur  de  V irradiation  positive  ou 
delà  Lumière  au  rouge,  mu  Aôd,  Od)  EST  SON  PÈRE 
Miment  producteur  actif  de  cet  agent,  [ce  qui  n'est  vrai 
qu'à  notre  point  de  vue  terrestre])  ;  LA  LUNE  (miroir  de 
k  réverbération  négative  ou  de  la  Lumière  au  bleu, 
A5fr,  Oh)  EST  SA  MÈRE  (élément  producteur  passif 
[même  remarque])  ;  LE  VENT  (atmosphère  éthérique 
ambulatoire)  L'A  PORTÉ  DANS  SON  VENTRE  (lui  a 
Hrvi  —  Qu  lui  sert —  de  véhicule).  LA  TERRE  (envisagée 
comme  type  des  centres  de  condensation  matérielle)  EST 
-A  NOURRICE  (Vathanor  de  son  élaboration), 

C'EST  LA  LE  PÈRE  (élément  producteur)  DE  L'UNI- 
VERSEL TÉLESME  (2)  (perfection,  but  final  à  atteindre) 
M!  MONDE  ENTIER  (de  l'Univers  vivant). 

SA  PUISSANCE  (force  d'extériorisation  créatrice,  le 
fleuve  Phishôn  ]W2  de  Moïse)  EST  ENTIÈRE  (parfaite, 
accomplie;  intégralement  déployée,  jusqu'au  total  épa- 
m'memenl)  QUAND  ELLE  S'EST  MÉTAMORPHOSÉE 
'mot  à  mot  :  quand  elle  s  est  tournée)  (3)  EN  TERRE 
(Areh  yitf  de  Moïse,  substance  condensée  et  spécifiée; 


'l)  «  PtM-  conjunetionem  »,  variante  de  la  version  Glauber  (Miraculum 
Xmdi,de  merrurio  philosophorum,  Amstel.,  1653,  in-8,  p.  74). 

<-)  Autre  version  :  Thétèrne,  OcXiifia,  volonté.  Cette  version  admise. 
''  faudrait  restreindre  l'acception  symbolique  du  mot  père  au  sens 
élément  de  manifestation. 

<3)  *  Si  venta  fuerit  »  (version  Khunrath)  ;  —  •  Si  mutetitr  *  (ver- 
R.  Glauber). 


108 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


forme  ultime  de  l'extériorisation  créatrice,  matière  sen- 
sible). 

TU  SÉPARERAS  LA  TERRE  (ici,  dans  un  sens  plus 
général,  la  Terre  signifie  ce  qui  appartient  au  monde 
matériel  et  tangible,  au  monde  des  effigies)  DU  FELJ 
(Principe  d'action;  ce  qui  appartient  aux  mondes  moral 
et  intelligible);  —  LE  SUBTIL  DE  L'ÉPAIS  [sens  analo- 
gues) (1)  AVEC  DÉLICATESSE  ET  UNE  EXTRÊME 
PRUDENCE. 

IL  (le  fluide  pur,  universel,  médiateur,  et  —  d'après 
tels  gnostiques  —  Corps  du  Saint-Esprit)  MONTE  DE 
LA  TERRE  AU  CIEL  (courant  hémicyclique  de  retour  (2), 
ascendant;  reflux  de  Synthèse)  ET  DERECHEF  (par  un 
mouvement  à  la  fois  alternatif  et  simultané),  IL  DES- 
CEND DU  CIEL  EN  TERRE  (courant  hémicyclique  dé- 
mission, descendant;  influx  d'analyse),  ET  IL  REÇOIT 
(//  se  charge,  il  s  imprègne  tour  à  tour  de)  LA  FORCE 
(les  vertus,  les  propriétés,  les  influences)  DES  CHOSES 
D'EN  HAUT  ET  D'EN  BAS  (des  mondes  physique  ou 
matériel  et  hyper  physique,  ou  astral;  et  encore,  à  un  au- 
tre point  de  vue,  des  sphères  sensible  et  intelligible). 

AINSI  (cest  par  ces  principes  que)  TU  AURAS  (tu  ac- 


(1)  C'est-à-dire,  envisagés  du  même  point  de  vue,  comme  antithèse 
du  spirituel  au  sensible.  Mais  nous  ne  pensons  pas  que  ces  mois,  sub- 
tile à  spisso,  forment  pléonasme  avec  le  membre  de  phrase  précèdent  ; 
on  pourrait  préciser  nombre  de  significations  différentes,  toutes  rigou- 
reusement exactes.  A  l'égard  des  opérations  du  grand  œuvre,  par 
exemple,  le  subtil  et  l'épais  signifieront  le  volatil  et  le  fixe. 

Cette  Table  d'Èmeraude  recèle  plus  de  sens  que  de  mots. 

(2)  Hermès  parle  du  retour,  avant  de  parler  de  l'émission  ;  par  là  il 
veut  faire  entendre  qu'il  s'agit  d'un  double  mouvement  incessant. 


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l'équilibre  et  son  agent 


109 


querras,  tu  t'approprieras)  LA  GLOIRE  (la  souveraineté, 
rempire)  DE  L'UNIVERS  ENTIER  ;  PAR  LA  TOUTE 
OBSCURITÉ  {toute  impuissance,  toute  indécision,  toute 
erreur.  Vhiérogramme  mosaïque  *]^n  lloshek  exprime 
ésotériquement  toutes  les  idées  négatives,  symbolisées 
par  le  cône  d'ombre  de  la  terre)  S'ENFUIRA  DE  TOI. 

LA  RÉSIDE  LA  FORCE  FORTE  DE  TOUTE  FORCE 
(le  principe  mutuel  d'activité;  le  potentiel  de  toute  mani- 
festation, le  support  de  toute  action,  la  base  immanente 
de  tout  ordre  phénoménal)  QUI  VAINCRA  (s  emparera  de, 
coagulera,  fixera)  TOUTE  CHOSE  SUBTILE  (volatile, 
fuyante,  insaisissable,  —  (luidique)  ET  PÉNÉTRERA 
(s'immiscera  dans,  décomposera,  —  dissoudra)  TOUTE 
CHOSE  SOLIDE  (cohésive,  dense  et  permanente,  —  con- 
crète). 

AINSI  (par  cet  agent,  ou  encore,  —  par  cette  voie), 
L'UNIVERS  A  ÉTÉ  CRÉÉ  [réduit  de  principe  en  essence, 
d'essence  en  puissance  sementielle,  de  puissance  en  acte  ; 
en  un  mot,  —  réalisé).  DE  LA  PROVIENDRONT  (là  trou- 
veront leur  origine,  leur  principe)  DES  ADAPTATIONS 
(des  applications,  ou  des  productions)  MERVEILLEUSES, 
DONT  LE  MODE  (la  manière  a"étre,le  type  de  formation) 
EST  ICI  (indiqué,  révélé,  exposé). 

C'EST  POURQUOI  JE  FUS  APPELÉ  HERMÈS 
(HPMHS,  Mercure,  mythe  complexe-,  au  cas  présent,  em- 
blème de  la  Malhèse,  science  intégrale  vivante,  dont  le 
caducée  de  Mercure  (1)  symbolise  le  double  courant  :  in- 
tuitif-synthétique et  analytique-expérimental)  LE  TRIS- 


(1)  Voyez  plus  loin,  page  148,  le  commentaire  du  mot  HPMHE. 


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110 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOII'.E 


MÉGISTE  (trois  fois  très  grand  ou  le  plus  grand), 
POSSÉDANT  (pour  avoir  acquis)  LES  TROIS  PARTIES 
DE  LA  PHILOSOPHIE  (la  totale  connaissance  des  trois 
mondes  :  divin  ou  intelligible,  psychique  ou  passionnel, 
naturel  ou  sensible)  (1)  DE  L'UNIVERS  TOUT  ENTIER. 

CE  QUE  J'AI  DIT  (mon  enseignement,  mon  verbe)  EST 
COMPLET  (consommé,  intégralement  proféré)  SUR  LE 
MAGISTÈRE  (2)  (ou  l'opération,  le  Grand  Œuvre)  DU 
SOLEIL  (mille  significations  :  le  Magistère  du  Soleil  peut 
désigner  tout  travail  conduit  à  sa  perfection  ;  Von  peut  y 
voir  In  Genèse  intellectuelle  ;  la  source  et  le  rôle  des  cou- 
rants fluidiques  universels  ;  l'évolution  de  VAôr  androgyne 
ou  Lumière  engendreuse  ;  enfin  le  Magistère  des  alchi- 
mistes, à  proprement  parler,  dont  le  secret,  disent-ils,  se 
trouve  à  découvert  dans  ce  texte  de  la  Table  smaragdine). 

Nous  ne  chicanerons  point  sur  l'authenticité,  l'attribu- 
tion et  la  date  de  l'un  des  monuments  les  plus  magistra- 
lement initiatiques  que  nous  ait  transmis  l'antiquité  gréco- 
égyptienne. 

Les  uns  s'obstinent  à  n'y  voir  que  l'œuvre  amphigou- 
rique d'un  rêveur  alexandrin,  d'autres  taxent  même  ce 
document  d'apocryphe  du  ve  siècle.  Quelques-uns  le 
veulent  de  quatre  mille  ans  plus  ancien... 

Que  nous  importe  ?  Découverte  ou  non  par  Alexandre- 
le-Grand  dans  la  sépulture  d'Hermès,  gravée  ou  non  sur 


(1)  Le  momie  astral  peut  rtre  rattaché,  soit  au  monde  psychique, 
soit  au  monde  sensible  (Voy.  Au  seuil  du  Mystère,  p.  87-89,  en  note). 

[2)  «  De  magisterio  Solis  »  (version  tilauber). 


f 

l'équilibre  et  son  agent  I  1  1 

\  une  tablette  d'émeraude,  il  est  certain  que  cette  page 
(  résume  les  traditions  de  l'antique  Égypte.  Or  l'Egypte  a 
été,  de  nombreux  siècles  durant,  la  dernière  citadelle  de 
rÉsotêrisme  intégral  :  ses  sphinx  ont  été  les  gardiens  du 
trésor  légué  aux  temps  futurs  par  plusieurs  cycles  de 
civilisations,  tellement  lointaines  et  refoulées  dans  la 
nuit  préhistorique  des  temps,  que  ces  foyers  aveuglants 
de  lumière  intellectuelle  ne  dégagent  plus  une  lueur  qui 
les  dénonce  à  nos  archéologues. 

Les  quelques  mots  explicatifs  d'analyse,  intercalés  dans 
notre  version,  exigent  un  commentaire  général  et  synthé- 
tique. Nous  pourrions  dire  que  ce  commentaire  doit 
s'étendre  à  tout  le  présent  volume,  puisque  la  Table 
dÉmeraude  va  servir  de  point  de  départ  à  nos  dévelop- 
pements sur  les  merveilles  de  l'Astral. 
!  Mais  nous  tâcherons  d'être,  dès  l'abord,  aussi  expli- 
cite qu'il  se  pourra. 

L'initiateur,  —  quel  qu'il  soit,  il  mérite  bien  ce  nom,  — 
promulgue  en  premier  lieu  la  grande  loi  d'analogie  her- 
1  métique  :  elle  domine  sur  tous  les  mondes,  et  met  l'intel- 
ligence armée  du  compas  de  la  logique  à  même  de  for- 
muler des  inductions,  en  procédant  du  connu  à  l'inconnu, 
du  sensible  à  l'intelligible  et  du  particulier  à  l'universel. 

Nous  offrir  ce  fil  d'Ariane,  voilà  le  premier  souci 
de  l'Hermès  hiérographe. 

i 

Puis  il  passe  à  la  description  du  Lien  qui  rattache  ces 
extrêmes  ;  du  grand  Médiateur  des  êtres  et  des  choses, 
ce  Père  de  l'universel  Télesme,  dont  il  est  question  jus- 

> 
1 


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112 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


qu'au  bout.  Voici  l'agent  essentiel  de  l'art  royal,  et  le 
Trismégiste  prend  soin  de  nous  prévenir  qu'en  décrivan  t 
sa  nature,  il  nous  fournit  la  clef  mystique  du  Grand  — 
Œuvre  et  nous  enseigne  le  magistère  du  Soleil. 

\e  Grand-Œuvre  se  peut  concevoir  à  divers  points  de 
vue  ;  il  se  peut  réaliser  sur  divers  plans.  Mais  il  reste 
toujours  la  Ckysopée,  ou  l'art  de  tirer  le  pur  de  l'impur 
et  l'or  des  viles  scories. 

L'Alchimiste  cherche  l'or  métallique  ou  terrestre. 

L'Adepte  de  la  Maîtrise  vitale  cherche  la  Médecine 
universelle,  ou  l'or  physiologique. 

Le  Magicien  cherche  l'or  thaumaturgique  ou  la  Puis- 
sance. 

Le  Mystique  cherche  l'or  moral  ou  la  Sainteté. 

Le  Théosophe  enfin  cherche  l'or  spirituel,  l'identifica- 
tion de  l'intelligence  humaine  et  de  l'essence  divine  :  en 
un  mot,  il  cherche  la  Vérité  absolue,  la  Science. 

Tous  veulent  acquérir  la  Lumière  sous  ses  différents 
aspects.  Car  l'or  physique  n'est,  au  dire  desSpagyristes, 
que  lumière  condensée  ;  —  la  médecine  universelle  réside 
en  une  quintessence  vitale  de  l'or  ;  —  la  puissance  ma- 
gique reste  acquise  à  qui  saura  diriger  la  Lumière  astrale 
ou  l'or  hyperphysique  ;  —  la  communion  des  saints  reçoit 
dans  son  giron  quiconque  a  transmué  sa  substance  ani- 
mique  en  or  moral  ;  —  et  la  Vérité-lumière  des  théoso- 
phes  n'est  autre  que  l'or  spirituel  et  divin. 

Mais  nous  traiterons  principalement  ici  de  l'or  hyper- 
physique  :  c'est  lui  que  l'auteur  de  la  Table  d'Êmeraude 
désigne  comme  engendrant  le  Télesrne  (ou  la  perfection 


l'équilibre  et  son  agent 


113 


des  choses  corporelles).  Il  est  d'ailleurs  le  moyen-terme 
de  tous  les  autres  ors. 

La  dans  son  principe,  androgyne  (c'est-à-dire  double 
et  triple)  dans  sa  nature,  quadruple  dans  ses  modalités 
raanifestatives  (les  quatre  éléments  occultes),  —  cet  être 
protéen  se  révèle  multiple  à  l'infini  dans  ses  ultimes 
réalisations.  Car  il  constitue  la  substance  cosmique  non 
différenciée,  dont  la  matière  polymorphe  présente  à  nos 
sens  les  spécifications  éphémères. 

C'est  lui  l'universel  Médiateur;  l'Éther  instrumental, 
convertible,  omnilatent  ;  le  Serviteur  de  toutes  les  Puis- 
sances, bonnes  ou  mauvaises  ;  la  Splendeur  équivoque 
des  Cieux,  apte  à  revêtir  alternativement  d'une  appa- 
rence plastique  et  à  draper  dans  son  manteau  d'étoffe 
sidérale  le  dragon  Xahàsh  ou  l'ineffable  Rouach  Hakka- 
dosch  (I). 


(1)  Peut-être  sera-t-on  surpris  de  nous  voir  recourir  de  préférence  au 
vocabulaire  hébreu,  en  des  commentaires  qu'a  motivés  un  monument 
d'origine  égyptienne. 

Nous  permettra-t  on  de  rappeler  que  la  langue  hébraïque  pure,  telle 
que  l  a  mise  en  œuvre  l'auteur  du  Berœschith,  n'est  autre  précisément 
que  l'idiome  le  plus  occulte  des  sanctuaires  de  Mitzraim?  C'est  ce  que 
Fabro  d'Olivet  a  victorieusement  établi. 

Moïse,  prêtre  d'Osiris,  a  tracé  son  livre  des  Cinquante  Chapitres  en 
hiérogrammes  (du  troisième  degré),  intelligibles  seulement,  dans  leur 
ésoténsme,  aux  adeptes  memphites  du  plus  haut  grade.  Ce  livre,  vul- 
gairement la  Genèse,  parait  le  seul  qu'on  ait  transcrit  au  temps  d'Es- 
dras,  sans  en  altérer  l'esprit,  ni  même  la  lettre. 

La  doctrine  secrète  de  Moïse  constitue  ce  que  nous  appelons  la 
Kabbale  primitive,  laquelle  s  est  matérialisée  parallèlement  à  la  lan- 
gue même  du  sanctuaire.  L'enseignement  de  Shiméon-ben  lockaï  est 
à  celui  fie  Moïse,  ce  quo  le  dialecte  syro-chaldaïque,  qui  se  parlait  ù 
Jérusalem  sous  les  Césars,  est  à  l'hébreu  primitif  de  Moïse. 

Nous  n'avons  recours  à  la  Kabbale  Zoharite  (ou  du  moins  ne  fait-elle 

8 


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114 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01P.K 


Sous  l'empire  et  l'influx  des  Principes  d'En  Haut,  cet 
agent  remplit  l'espace  des  Shamaîm  d'une  irradiation 
céleste  et  bienfaisante  :  on  peut  alors  le  considérer  com  m  e 
la  lumière  mystique  où  s'incorpore  le  Saint-Esprit.  — 
Mais  abandonné  à  lui-même,  ou  lorsqu'une  Volonté  per- 
verse s'empare  de  sa  direction,  il  devient  fatal  et  démo- 
niaque :  c'est  le  corps  même  de  Satan. 

Avec  Paracelse,  Kliphas  Lévi,  Keleph-ben-Nathan, 
Martinès  et  toute  l'école  ésotériquc  d'Occident,  nous  rap- 
pellerons de  préférence  lumière  astrale. 

La  lumière  astrale  constitue  le  support  hyperphysique  de 
l'Univers  sensible;  le  virtuel  indéfini  dont  les  êtres  corpo- 
rels sont,  sur  le  plan  inférieur,  les  manifestationsobjectives. 

Qu'on  aitqualifié  d'âme  cosmique  cette  lumière  secrète 
qui  baigne  tous  les  mondes,  il  n'y  a  rien  là  pour  nous  su r- 
prendre.  L'on  a  pu  légitimement  encore  l'appeler  sperme 
expansif  de  la  vie  et  réceptacle  aimanté  de  la  mort  : 
puisque  tout  est  né  de  cette  lumière  (par  matérialisation 
ou  passage  de  puissance  en  acte),  et  que  tout  s'y  doit 
réintégrer  (par  le  mouvement  inverse,  ou  le  retour  de 
l'objectif  concret  au  subjectif  potentiel). 

Comme  l'électricité,  la  chaleur,  la  clarté,  le  son,  etc., 
(ses  divers  modes  d'activité  iluidique),  elle  est  à  la  fois 
substance  et  force. 

Ceux  qui  ne  voient  en  elle  que  le  mouvement  tombent 
dans  une  grave  erreur:  comment  imaginer  un  mouve- 
ment effectif,  à  défaut  de  quelque  chose  qui  soit  mû?  Le 

autorité  pour  nous)  que  subsidiairement,  à  défaut  de  l'ésotêrisme  plus 
pur  et  plus  profond  des  livres  mosaïques,  dont  le  Zohar  n'est  qu'un 
tardif  commentaire. 


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l'équilibre  et  son  àgeyt  115 

néant  ne  vibre  pas.  Concevoir  une  agitation  quelconque 
ou  toute  autre  qualité  dans  le  vide  absolu,  c'est  manifes- 
tement absurde.  —  Et  réduire  Ja  lumière  astrale  à 
Y  abstrait  du  mouvement,  c'est  en  faire  un  être  de  raison, 
ce  qui  revient  à  nier  son  existence,  même  latente. 

L'on  est  donc  obligé  de  la  définir:  une  substance  qui 

m 

manifeste  une  force  ;  ou,  si  l'on  préfère,  une  force  qui 
met  en  œuvre  une  substance  :  les  deux  inséparables. 

En  tant  que  substance,  nous  l'avons  dit,  il  faut  envi- 
sager la  lumière  astrale  comme  le  subslratum  de  toute 
matière  ;  le  potentiel  de  toute  réalisation  physique  ; 
l'homogénéité,  racine  de  toute  différenciation.  —  C'est 
l'expression  temporelle  d'Âdamah  *T2"TX,  —  cet  élément 
primordial  d'où,  selon  Moïse,  l'universel  Adam  a  tiré 
son  être  :  ou,  pour  emprunter  le  langage  de  l'exoté- 
risme,  cette  terre  dont  le  Très-haut  façonna  le  premier 
ancêtre  humain. 

En  tant  que  force,  l'Astral  nous  apparaîtra  comme 
évertué  par  l'influx  et  le  reflux  de  cette  vivante  essence 
que  nous  avons  nommée,  à  l'instar  de  Moïse,  Nephesch- 
ha-chaiah  rvnn         le  souflle  de  vie  (I). 

Pour  motiver  ce  flux  et  ce  reflux  de  l'âme  vivante,  il 
suffit  de  la  peindre  tiraillée,  pour  ainsi  dire,  entre  deux 
aimants  :  en  haut,  Roûach  /Elohîm,  souffle  vivificateur  de 
la  substance  collective,  homogène,  édénale  ; .  en  bas, 
Xahàsh,  agent  suscitateur  des  existences  individuelles, 
particulières,  matérialisées.  C'est  le  principe  de  la  divi- 
sibilité en  face  du  principe  de  l'intégration  ;  c'est  le 


xi)  Avant -propos,  p  63;  —  cf.  aussi  Au  seuil  du  Mystère,  p.  140. 


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116 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


morcellement  des  Moi  naissants  ou  à  naître,  qui  s'op- 
pose à  l'unité  du  Soi  éternel. 

De  cette  opposition  résulte  un  double  dynamisme  de 
forces  hostiles,  qu'il  convient  d'étudier  l'une  et  l'autre 
dans  leur  nature  propre  et  dans  la  loi  de  leur  mutuel 
mécanisme.  Puis,  revenant  à  Nahàsh  (le  dragon  de 
l'Astral),  nous  surprendrons  plus  aisément  le  mystère  du 
fluide  lumineux  de  même  nom,  avec  le  contraste  de  ses 
courants  opposés  et  son  point  central  d'équilibre. 


La  lumière  astrale  est,  somme  toute,  la  substance 
universelle  animée,  mue  en  deux  sens  inverses  et 
complémentaires,  par  l'effet  d'une  polarité  double,  du 
pôle  intégration  au  pôle  dissolution,  et  vice  versa. 

Elle  subit  en  effet  deux  actions  contraires  :  la  puis- 


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l'équilibre  et  son  agent 


117 


sance  d'expansion  féconde,  la  lumineuse  lônah  HJV, 
effective  des  générations  et  dispensatrice  de  la  vie,  d'une 
part;  —  et  de  l'autre,  la  puissance  de  constriction  des- 
tructive des  formes,  le  ténébreux  Hereb  yTJ,  agent 
principal  de  la  mort,  et  par  là  de  la  réintégration  (retour 
des  individus  à  la  collectivité;  de  la  matière  différenciée 
et  transitoire,  à  la  substance  une,  permanente  et  non 
différenciée)  (l). 

Ces  deux  hiérogrammcs,  Hereb  et  lônah,  que  nous 
empruntons  à  Moïse,  reviennent  à  plusieurs  fois  dans  le 
texte  hébreu  de  la  Genèse,  et  notamment  au  VHP  cha- 
pitre, qui  traite  du  déluge  (V.  6  à  12). 

Tous  les  traducteurs  officiels  rendent  Hereb  et  lônah 
par  corbeau  et  colombe  :  sens  que  ces  deux  vocables 
peuvent  en  effet  revêtir,  dans  l'acception  la  plus  circons- 
crite et  matérialisée  dont  ils  soient  susceptibles. 

Nous  résumerons  pour  mémoire  le  récit  qu'on  prête  à 
Moïse. 

Le  déluge  a  fait  son  œuvre,  et  les  eaux  se  desséchant 
petit  à  petit,  le  sommet  des  montagnes  commence  à  pa- 
raître. —  Noé  laisse  quarante  jours  s'écouler,  puis  il 
ouvre  la  fenêtre  de  l'arche,  et  donne  l'essor  à  un  corbeau 
(Hereb),  qui  s'envole  pour  ne  plus  revenir  (2).  Sept  jours 
après,  Noé  met  en  liberté  une  colombe  (lônah)  ;  mais 


(1)  La  force  d'expansion,  en  agissant  sur  YAâr,  engendre  le  courant 
de  la  lumière  positive,  Aôd  ;  et  la  force  de  constriction,  celui  de  la  lu- 
mière négative,  Aâb. 

(2)  Les  Septante  traduisent  ainsi;  mais  S.  Jérôme  est  plus  exact  : 
le  corbeau,  dit-il,  sortait  et  rentrait  alternativement  (egrediebatur  et 
revertebatur). 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


celle-ci  revient,  n'ayant  point  trouvé  où  prendre  pied  (I), 
et  Noé  la  réintègre  dans  l'arche.  Une  semaine  s'écoulo 
encore;  il  lâche  à  nouveau  la  colombe  qui  lui  revient  lo 
soir  du  même  jour,  mais  portant  en  son  bec  un  rameau 
d'olivier...  Enfin,  après  sept  nouveaux  jours  d'attente, 
Noé  l'ayantlaissée  partir  pour  la  troisième  fois,  la  colombe 
ne  reparait  plus. 

Telle  est,  du  moins  en  substance,  la  version  commu- 
nément accréditée. 

Mais  il  suffit  de  recourir  à  la  traduction  littérale  de 
Fabre  d'Olivet,  soutenue  de  notes  étymologiques  déci- 
sives, pour  entrevoir,  sous  les  puérils  emblèmes  de  la 
Vulgate  et  des  autres  versions  reçues,  toute  la  portée 
ésotérique  et  grandiose  d'un  texte  aussi  pitoyablement 
travesti.  Sans  entreprendre  un  commentaire  général  qui 
serait  un  hors-d'œuvre  en  ce  chapitre,  et  d'ailleurs  né- 
cessiterait à  lui  seul  un  chapitre  de  développements,  — 
précisons,  avec  le  précieux  appui  du  restaurateur  de  la 
langue  hébraïque,  le  vrai  sens  attribuable  aux  deux  hiéro- 
grammes  en  litige. 

«  Il  est  bien  vrai,  dit  Fabre  d'Olivct,  que  le  mot  hébreu 
ï"UV  signifie  une  colombe;  mais  c'est  de  lambine  manière  que 
le  mot  2")?  signifie  un  corbeau:  c'est-à-dire  que  les  noms  de 
ces  deux  oiseaux  leur  ont  été  donnés,  dans  un  sens  restreint, 
par  une  suite  des  analogies  morales  et  physiques  qu'on  a  cru 
remarquer  dans  la  signification  primitive  attachée  aux  mots 
yyj  et  HJV,  et  les  qualités  apparentes  du  corbeau  et  de  la 


(I)  Même  au  sommet  des  montagnes,  qui  émergeaient  déjà  47  jour? 
auparavant?  Telle  est  la  logique  du  sens  admis  des  théologiens. 


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I  l'équilibre  et  son  agent  119 

eolombe.  La  noirceur  de  YErèbe,  sa  tristesse,  l'avidité  avec  la- 
quelle on  croyait  qu'il  dévorait  les  êtres  qui  tombaient  dans 
*on  sein,  pouvaient-elles  être  mieux  caractérisées  que  par  un 
oiseau  ténébreux  et  vorace  tel  que  le  corbeau? —  La  blan- 
cheur de  la  colombe,  au  contraire,  sa  douceur,  son  inclination 
à  l'amour  ne  semblaient-elles  pas  inviter  à  la  choisir  pour  être 
l'emblème  de  la  faculté  génératrice,  de  la  force  plastique  de 
la  Nature?...  La  colombe  fut  le  symbole  de  Sémiramis,  de 
Derceto,  de  Mylitta,  d\\phrodite,de  Vénus,  de  tous  les  person- 
nages allégoriques  auquels  les  anciens  attribuaient  la  faculté 
génératrice,  représentée  par  cet  oiseau... 

Il  est  évident  que  le  nom  de  Tlonie,  le  nom  de  cette  contrée 
fameuse,  que  l'Asie  et  l'Europe  réclament  également,  découle 
de  la  même  source  que  le  mot  qui  nous  occupe,  H3V  (1)  ..  » 

On  le  voit,  l'antithèse  est  rigoureuse  entre  Hereb  et 
lônah.  Celle-ci  désigne  en  effet  la  faculté  d'expansion,  gé- 
nératrice des  êtres  corporels;  celui-là  exprime  la  force  de 
compression  destructive,  qui  pousse  tout  ce  qui  vit  vers 
la  décrépitude  et  la  mort,  puis  dissout  et  engloutit  la 
dépouille  de  ce  qui  a  vécu  (2).  Hereb  exprime  aussi  le 


(1)  langue  hébr.  restit.,  tome  II,  pages  231-232,  passim. 

[2)  Cette  antinomie  des  deux  Agents  prêterait  à  une  foule  do  paral- 
lèles fort  étranges,  et  d'intérêt  majeur  pour  ceux  dont  l'œil  s'exerce  à 
sonder  certains  mystérieux  abîmes  de  la  Nature  et  de  la  Vie. 

Ainsi,  nous  pouvons  dédier  aux  étymologistes  le  contraste  que  voici  : 
d'une  part,  la  racine  sur  laquelle  s'élève  Y  lônah  mosaïque  (cette  faculté 
génératrice  dont  la  colombe  est  l'emblème),  —  la  racine  ion  se  retrouve 
intacte  aux  Indes  dans  le  vocable  Vont,  par  quoi  les  Brahmes  dési- 
gnent l'organe  sexuel  de  la  femme  ;  —  d'autre  part,  la  racine  consti- 
tutive (V Hereb  se  retrouve  à  peine  altérée  (l  s'est  adouci  en  1)  dans 
Herwah,  (au  pluriel  Herwath  rTO),  le  mot  dont  se  sert  Moïse 
(ftenrthith,  IX.  22)  pour  désigner  cet  objet  de  scandale,  que  Noé,dans 
son  ivresse,  avait  laissé  découvert,  à  la  joie  sacrilège  de  Cham,  et  que 
Saint  Jérôme  qualifie  sans  ambages  de  «  verenda  nudata  ». 

Remarquons  encore  que  les  Sémites,  —  arabes  et  hébreux,  Harbi 


120 


LA  CLEF  DE  LA  .MAGIE  N01KE 


champ  d'action  où  domine  par  l'univers  cette  force  cor- 
rosive. 

C'est  plus  particulièrement  dans  celte  dernière  accep- 
tion que  l'ont  connu  les  grecs,  héritiers  de  la  Cosmogo- 
nie d'Orphée.  Ce  théocrate,  contemporain  de  Moïse,  avait 
puisé  aux  mômes  sanctuaires  que  lui  la  notion  de  son 
Erèbe  Épeft;,  le  gouffre  d%  Hécate  ou  de  la  Lune  infernale, 
le  champ  de  Proserpine,  le  séjour  des  ombres,  enfin... 

VHereb  mosaïque,  que  Ton  pourrait  rattacher  à  Kaia 
|*p  (principe  du  Temps),  pactise  en  tous  lieux  avec  l'obs- 


'21?  et  Ilebri  "H2!?  —  cos  Apres  adorateurs  du  Dieu  mâle,  unique, 
portent  un  nom  notoirement  formé  d'Hereb,  (le  nom  du  }&o.roc,. \faugreb, 
en  dérive  aussi);  —  tandis  qu'fànah  sen\blc  avoir  nommé  cette  molle 

* 

lonie,  lama,  le  type  des  contrées  où  l'on  adorait  la  Nature  féminine 
et  plastique,  sous  ses  innombrables  et  éblouissantes  incarnations. 

Les  curieux  se  demanderont  enfin,  par  quel  chassé-croisé  d'in- 
fluences, le  maie  Hereb  gouverne  le  courant  de  la  lumière  négative  et 
sélénique  -^dô  •  —  cependant  que  la  féminine  lônah  domine 
sur  le  courant  de  la  lumière  positive  et  solaire  (•"),  Aôd,  "PN. 

Observons  à  cet  égard,  que  la  plupart  de  ces  attributions  sont,  non 
point  arbitraires,  mais  relatives.  —  Absolument  parlant,  il  n'y  a  qu'un 
Principe  mâle,  qui  est  Dieu  ;  qu'un  Principe  féminin,  qui  est  la  Nature. 
—  Dans  le  monde  subjectif,  il  n'y  a  qu'un  Principe  mâle,  qui  est  l'Es- 
prit universel,  et  qu'un  Principe  féminin,  qui  est  l'Ame  vivante  ;  dans  le 
monde  objectif,  enfin,  qu'un  Principe  mâle,  qui  est  la  Force,  et  qu'un 
Principe  féminin,  qui  est  la  Matière.  —  Mais,  sur  ces  divers  plans,  il 
est  loisible  de  qualifier  de  masculines  ou  de  féminines,  les  diverses 
modifications,  facultés,  énergies,  etc.,  qui  ressortissent  à  l'un  ou  à  l'au- 
tre de  ces  Principes  :  ainsi  avons-nous  qualifié  lônah  de  féminine, 
parce  qu'elle  appartient  plutôt  à  la  Nature  et  à  la  substance  plastique; 
et  Hereb  de  masculin,  parce  qu'il  constitue  une  Force,  et  que,  par  son 
office  de  compacter  la  substance,  ildovienten  quoique  sorte  le  véhicule 
de  la  Forme,  laquelle  relève  de  l'Esprit. 

Qu'il  nous  suffiso  d'avoir  attiré  l'attention  sur  ces  singularités  occultes, 
dont  la  raison  d'être,  si  elle  était  connue,  pourrait  conduire  assez 
loin.,... 


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l/ ÉQUILIBRE  ET  SON  AGENT 


121 


curité,  Hosheck  y&H  ;  —  Ylônah,  qui  déploie  son  énergie 
dans  le  royaume  d'Abel  San  (principe  de  l'Espace 
éthéré),  montre  partout  l'affinité  la  plus  intime  avec  1  e- 
lément  lumineux,  Aôr  Tltf. 

L'une  est  la  colombe  de  la  lumière  et  de  la  vie;  l'autre, 
le  corbeau  des  ténèbres  et  de  la  mort  (1). 

La  douce  colombe  fait  l'amour  et  bat  des  ailes  partout 
où  s'irradie  la  clarté  sidérale  à  travers  l'espace;  mais  où 
l'obscurité  domine,  c'est  le  fief  de  l'âpre  corbeau  carnas- 
sier. 

Disons,  pour  préciser  le  point  de  vue  spécial  à  notre 
planète,  que  le  soleil  darde  l'influence  tflônah  sur  l'hé- 
misphère qu'il  baigne  de  ses  rayons,  —  et  que  l'influence 
d  flereb,  liée  aux  phases  de  croissance  et  de  déclin  lu- 
naires, se  localise  dans  le  cône  d'ombre  que  la  terre  traîne 
à  sa  suite,  en  gravitant  par  les  cieux.  Nous  reviendrons 
en  détail  sur  cette  organisation  physique  et  hyperphysique 
du  système  planétaire,  —  à  laquelle  sont  subordonnés  le 
voyage  cosmique  des  âmes  et  toute  la  biologie  de  notre 
monde,  non  moins  que  l'existence  positive  et  la  localisa- 
tion strictement  déterminable  des  séjours  d'épreuve  et  do 
félicité  posthumes,  connus  ou  soupçonnés  sous  les  noms 


(t)  Le  même  symbolisme  préside  à  la  terminologie  des  philosophes 
hermétiques.  Us  nomment  Tête  de  corbeau  la  stase  de  dissolution, 
quand  la  matière,  réduite  en  noir,  semble  toute  décomposée  et  perdue 
(c'est  le  Sigrum  nigro  nigrius)  ;  —  et  colombes  de  Diane,  la  stase  de 
régénération  de  ladite  matière,  l'ablution  du  fixe  par  les  larmes  du 
volatil,  quand  la  couleur  blanche  va  paraître.  Les  colombes  annoncent 
et  préparent  le  régime  de  Diane  :  alors  naît  la  terre  blanche  feuillée 
(où  germe  la  semence  de  l'Or  vif). 


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122  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


de  paradis,  de  purgatoire  et  d'enfer  (voy.  chap.  VI,  lu 
Mort  et  ses  Arcanes). 

Ainsi,  la  substance  universelle  est  réceptive  d'une  in- 
fluence géminée  :  Iônah  la  rend  fertile,  plastique  et  con- 
figurative  ;  Ùereb  lui  communique  une  force  compressive 
et  dévorante. 

D'où,  deux  propriétés  contraires  dans  la  lumière  as- 
trale :  l'une  qui  tend  à  volatiliser  le  fixe,  l'autre  qui  tend 
k  fixer  le  volatil. 

Dissoudre  ici,  pour  concréter  la(I)...  L'électricité  nous 
offre,  dans  ses  adaptations  à  l'art  galvanoplastique,  une 
image  sensible  de  cette  double  propriété  :  tandis  que  le 
métal  se  corrode,  au  pôle  positif  de  l'appareil,  les  parti- 
cules qui  s'en  détachent  vont,  charriées  par  le  courant, 
s'accumuler,  se  répartir  et  se  fixer  à  la  surface  du  moule 
ou  de  l'objet  quelconque  suspendu  à  l'électrode  négative. 

Cependant,  par  un  mystère  admirable  —  qui  contri- 
bue à  confirmer  la  grande  loi  de  l'harmonie  par  l'antago- 
nisme des  contraires  (2),  —  la  lutte  même  des  deux 
principes  devient  féconde.  Tous  deux  concourent,  nous 
Talions  voir,  en  dépit  de  leur  hostilité  apparente,  à  la 
génération,  à  la  croissance,  à  la  succession  des  formes 
corporelles. 

Ùereb,  agent  centripète,  se  manifeste,  avons-nous  dit, 


(1)  Solce,  Coagula...,.  C'est  l'inscription  double  qui  se  lit  sur  les 
deux  bras  du  Grand  Androgyne  d'Henry  Khunrath,  magnifique  pentacle 
que  nous  avons  reproduit  et  commenté,  au  .S>mi7  du  Mystère  (pages 
127-1.Ï0). 

(2)  Voir  Éliphas  Lévi,  qui  énonce  et  démontre  cette  loi  (Dogme  et 
Rituel,  passira). 


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l'équilibre  et  son  agent 


au  cours  du  temps,  —  et  lônali,  agent  centrifuge,  se  déploie 
à  travers  l'espace.  Or  le  temps  et  l'espace  ne  sont-ils  pas 
les  conditions  essentielles  de  toute  existence  physique? 

<  Ces  deux  actions,  dit  Fabre  d'Olivet,  selon  la  forme  des- 


sont ennemies  dès  leur  naissance.  Pilles  agissent  incessamment 
l'une  sur  l'autre,  et  cherchent  à  se  dominer  réciproquement, 
et  à  se  réduire  à  leur  propre  nature.  L'action  compressée, plus 
énergique  que  l'action  expansive,  la  domine  toujours  dans 
l'origine,  et  l'accablant  pour  ainsi  dire,  compacte  la  substance 
universelle  sur  laquelle  elle  agit,  et  donne  l'existence  aux 
formes  matérielles  qui  n'étaient  pas  auparavant  (t).  » 

Ce  qui  est  vrai  pour  la  condensation  des  nébuleuses, 
l'est  aussi  pour  toute  formation  corporelle. 

La  force  coërcitive,  subjuguant  sa  complémentaire, 
condense  la  substance  originelle,  selon  tel  type  généri- 
que, dans  la  sphère  d'action  de  tel  règne. 

Si  nous  examinons  les  règnes  végétal  et  animal  (où  les 
individus,  mieux  définis,  naissent,  croissent,  déclinent  et 
meurent  en  des  conditions  cycliques  plus  accessibles  à 
notre  observation  si  bornée),  la  victoire  première  de  la 
force  compressive  se  manifestera  évidente  dans  l'exemple 
de  la  semence,  qui  tient  prisonnière  en  un  si  petit  espace, 
et,  pour  ainsi  dire,  à  haute  tension,  la  potentialité  d'un 
être;  lequel,  sous  l'empire  de  la  force  inverse,  va  passer 
en  acte,  s'organiser,  grandir,  etc..  A  l'action  succède  en 
effet  la  réaction  :  c'est  le  tour  de  l'agentexpansif,  qui  sus- 
cite 1  être  à  son  plein  développement,  pousse  à  la  crois- 
sance du  dedans  au  dehors,  et  favorise  ainsi  la  bâtisse 


(1)  Gain,  Lettre  à  Lord  Byron,  page  31. 


124 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


progressive  d'un  corps  matériel,  qui  s'édifiera  sur  le  pa- 
tron du  corps  astral,  et  selon  l'estampille  individuelles 
imprimée  à  celui-ci  par  la  faculté  plastique,  efficiente» 
de  l'être  en  voie  d'incarnation. 

Cependant  la  force  compressive,  centripète,  s'exerce 
toujours  du  dehors  au  dedans  :  après  avoir  participé  à  la 
création  de  l'être  matériel  (1),  en  compactant  la  substance 
éthérée,  —  il  faut  maintenant  que  cette  même  Force  ac- 
cable son  ouvrage,  et  agisse  sur  lui  à  l'instar  d'un  fer- 

■ 

ment  dissolutif.  Le  dynamisme  convergent  d'Hereb  n'a 
pas  varié;  mais  il  produit  des  effets  inverses,  selon  qu'il 
opère  sur  la  substance  non  encore  condensée,  ou  sur  la 
matière  physique  :  dans  le  premier  cas,  l'action  est  créa- 
trice; elle  est  plus  ou  moins  promptement  destructive 
dans  le  second  cas. 

Rien  n'est  plus  mystérieux,  quand  on  y  songe,  que 
cette  propriété  inhérente  au  Temps,  de  tout  modifier, 
altérer  et  dissoudre,  d'une  sorte  lente,  parfois  insensible, 
mais  inéluctable  et  sans  remède.  Pourquoi  cette  fatale 
décadence  des  choses,  cette  usure  progressive  des  formes 
matérielles?  Pourquoi  (précurseur  d'une  totale  dissolu- 
tion), ce  déclin  qu'inflige  le  vieux  Saturne  à  tous  les  êtres 
qui  peuplent  l'Étendue?  Enfin,  pourquoi  la  vieillesse  et 
la  Mort,  inversement  complémentaires  de  la  Naissance 
et  de  la  Jeunesse?  —  C'est  la  réplique  d'Hereb  au  verbe 
universel  dlônah. 

Que  la  substance  expansive,  vivante,  soit  liée  au  prin- 
cipe de  l'Espace,  l'esprit  humain  le  conçoit  sans  peine; 


(1)  Et,  par  conséquent,  collaboré  avec  lônah. 


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l'équilibre  et  son  agent  125 

mais  il  se  persuade  moins  aisément  de  l'affinité  secrète 
qui  rattache  au  principe  du  Temps,  l'insaisissable  facteur 
de  la  décrépitude  et  de  la  mort. 

Le  Temps  lui-même  est  fort  difficile  à  saisir  dans  sa  na- 
ture, comme  à  représenter  par  une  image  sensible  :  «  com- 
ment pourrait-il  affecter  nos  organes  corporels,  puisque 
passé ,  il  n'est  plus;  que  futur,  il  n'est  pas  ;  que  présent,  il 
est  renfermé  dans  un  instant  indivisible  ?  Le  Temps  est  une 
énigme  indéchiffrable  pour  quiconque  se  renferme  dans 
le  cercle  des  sensations,  et  cependant  les  sensations  seules 
lui  donnent  une  existence  relative.  Si  elles  n'existaient 
pas,  que  serait-il?  —  Ce  qu'il  est  :  une  mesure  de  la  vie. 
Changez  la  vie,  et  vous  changerez  le  Temps.  Donnez  un 
autre  mouvement  à  la  matière  et  vous  aurez  un  autre 
Espace  (1).  » 

Ainsi  donc,  comme  Fabre  d'Olivet  le  donne  à  entendre 
avec  sa  profondeur  accoutumée,  le  Temps  procède  de  la 
Vie  en  fermentation,  comme  l'Espace,  de  la  Matière  en 
travail.  —  Traduisons  en  hiérogrammes  mosaïques  : 
Kaïn  s'apparie  à  Nephesh-ha-Chaïah ,  comme  Abel  à 

iletz  yy  (2). 

On  peut  voir,  dans  le  principe  du  Temps,  la  règle  de 
succession  cosmique  des  formes  éphémères,  où  viennent 
s'élaborer  les  âmes  en  voie  de  rédemption,  —  ou  d'évo- 
lution, car  c'est  tout  un. 

Plus  la  vitalité  des  êtres  s'affirme  intense,  plus  il 
semble  que  le  Temps  ait  de  prise  sur  elle,  pour  la  tarir, 


(il  Fabre  d'Olivet,  Langue  hébr.  restit.,  tome  I,  pages  114-115. 
(2)  y?,  identique  au  Moulé  ^VH  rabbinique,  et  àlf).tj  des  grecs. 


126 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


en  altérant,  puis  en  ruinant  les  organismes  qui  consti- 
tuent les  foyers  de  son  élaboration.  —  L'action  corrosivo 
du  Temps,  très  lente  sur  les  minéraux,  dont  l'âme  de 
vie  est  à  peine  éveillée,  se  fait  sentir  davantage  sur  les 
exemplaires  végétaux  ;  cette  action,  plus  intense  encore 
sur  la  moyenne  des  êtres  du  règne  animal,  devient  fou- 
droyante pour  tels  d'entre  eux. 

Et  cependant,  les  âmes  de  vie  distribuées  à  tous  les 
êtres  n'en  sont  pas  moins  les  éléments  de  conservation 
temporaire  des  organismes  où  elles  s'incarnent. 

11  semble  que  ce  soit  là  une  contradiction,  mais  elle 
n'existe  que  dans  les  termes. 

Nous  savons  qu'en  tout  être  organisé,  il  y  a  plusieurs 
vies  :  depuis  la  vie  universelle,  à  quoi  l'individu  se  rat- 
tache par  l'intermédiaire  de  l'Espèce,  jusqu'à  la  vie 
(réfractée)  des  cellules  constitutives  de  son  corps  (1). 
Ces  extrêmes,  qui  touchent  à  l'absolu  de  l'unité  d'une 
part,  à  l'infini  de  la  divisibilité  de  l'autre,  n'appartien- 
nent point  en  propre  à  l'individu  :  dans  l'intervalle  se 
place  logiquement  sa  vie  personnelle,  —  synthétique  par 
rapport  aux  vitalités  cellulaires,  mais  subdivisionnelle 
par  rapport  à  la  vie  collective  des  êtres.  Cette  vie 
moyenne,  la  sienne  propre,  la  vie  de  son  âme  (b*ifi)  est 
triple  et  quadruple,  comme  cette  Psyché  même. 

Supposons-la  intégralement  développée,  chez  l'homme 
parfait,  par  exemple;  elle  se  manifestera  sous  trois  mo- 
difications :  intellectuelle,  passionnelle,  instinctive.  La 


llj  Et  jusqu'à  la  vie  chimi.iuo  des  atomes  dont  les  cellules  sont  for- 
mées. 


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l'équilibre  et  son  agent 


137 


vie  passionnelle,  médiane,  d'un  individu  constitue  en 
effet  le  foyer  central  de  son  existence  proprement  dite. 
Par  sa  vie  intellectuelle,  supérieure,  cet  individu  confine 
a  la  vie  collective  de  l'espèce  ;  par  sa  vie  instinctive,  in- 
férieure (vie  du  corps  astral),  il  maîtrise  les  vitalités 
subdivisées  des  cellules  de  son  corps  physique.  Une  qua- 
trième vie,  qui  a  sa  racine  dans  le  foyer  central  de 
l'àme,  la  vie  volitive,  englobe  enfin  les  trois  modifications 
susdites,  pour  les  ramener  à  l'unité. 

D'ailleurs,  la  vitalité  cellulaire  n'est  point  elle-même 
le  dernier  terme  de  la  subdivision,  pas  plus  que  la  vie 
collective  de  l'espèce  ne  constitue  le  dernier  terme  de 
l'intégration  :  cette  vie  collective  aboutit  à  la  vie  univer- 
selle, intégrale  ;  et  pareillement,  au-dessous  de  la  vita- 
lité des  cellules,  se  place  la  vie  atomique,  dont  témoi- 
gnent les  affinités  comiques  des  atomes. 

Cela  posé,  l'apparente  contradiction  ci-dessus  se  résout 
d'elle-même.  Nous  avons  dit,  en  effet,  que  —  règle  gé- 
nérale —  le  Temps  exerce  ses  ravages  en  raison  directe 
de  l'activité  vitale  des  êtres,  et  qu'on  doit  nonobstant 
considérer  les  âmes  de  vie,  comme  les  palladia  d'éphé- 
mère conservation  des  corps.  Mais  nous  désignons  alors 
par  àme  de  vie  la  Psyché  elle-même,  la  substance  propre 
de  letre  individuel;  et  par  vitalité,  la  synthèse  de  ces 
énergies  biologiques  réfractées,  qui  sont  comme  les  âmes 
des  cellules. 

Hé  bien,  la  force  hérébique  du  Temps  fomente  la  vie 
chimique  des  atomes,  —  et  ce,  en  tendant  à  relâcher, 
puis  à  dissoudre  le  lien  sympathique  qui  tient  groupées, 
suivant  une  loi  de  hiérarchie  unitaire, les  vitalités  innom- 


128 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


brables  et  infimes  des  cellules  constitutives  de  l'orga- 
nisme. Voici  comme. 

Le  lien  sympathique  mentionné  n'est  autre  que  le  corps 
astral.  Sa  rupture  occasionne  la  libération  de  la  Psyché, 
autrement  dit  —  la  Mort,  dont  la  prime  conséquence  est 
Panarchie  déchaînée  parmi  les  vitalités  moléculaires.  Mais 
ces  vitalités  de  cellules,  n'étant  que  le  produit  d'une  ré- 
fraction de  la  vie  générale  individuelle,  ne  tardent  guère 
à  s'éteindre,  à  l'instar  de  cette  dernière  :  rien  ne  maitrise 
plus,  dès  lors,  ce  que  nous  avons  appelé  la  vie  chimique 
des  atomes  ;  bref,  le  jeu  des  affinités,  (qu'asservissait  ou, 
pour  mieux  dire,  que  réglait  naguère  le  principe  aggré- 
gatif  des  vies),  s'exerce  enfin  sans  nulle  contrainte  :  d'où 
la  décomposition  organique,  que  certaines  Larves  (1) 
lluidiques  viennent  activer  encore,  on  y  développant  des 
ferments  spéciaux  de  putréfaction... 

Toutes  ces  ruines  seréfèrentau  mystérieux  Aôb  de 
la  primitive  Kabbale;  elles  jonchent  le  domaine  delà  lu- 
mière  négative,  laquelle  reçoit  son  impulsion  d'Uereb,  le 
principe  universel  constrictif  (Vastringence  de  Jacob 
Bœhme).  Aussi  les  adeptes  de  certaine  école  désignaient- 
ils  Hereb  sous  cette  mystique  dénomination  :  c'est  le  bras 
de  Mouth  (le  bras  de  la  mort)  ;  c'est  l'agent  du  retour  à 
l'unité. 


(1)  Le  mot  Larve  s'emploie  souvent  en  magie  comme  synonyme  do 
Lé  mure,  c'est-à-dire  dans  un  sens  plus  large  que  celui  de  notre  défini- 
tion au  chapitre  II.  —  C'est  ici  le  cas.  Cf.  chap.  VI,  fa  Mort  et  sr>s 
Arcanes. 


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I 

L  ÉQUILIBRE  ET  SON  AGENT  129 

Quant  à  la  lumière  positive,  Àôd  TX,  nous  l'avons  vue 
gouvernée  par  le  principe  expansif  de  l'universelle  vivi- 
fication,  lônali  (y amertume  de  J.  Bœhme). 

Enfin,  ces  actions  opposées  se  balancent  et  se  tempè- 
rent Tune  par  l'autre,  dans  les  effluves  de  la  lumière 
astrale  équilibrée,  Aôr  litf . 

LWôr  génère  intarissablement  les  formes  matérielles, 
qui  naissent,  prennent  leur  développement,  puis  décli- 
nent, passent  et  se  succèdent,  grâce  au  concours  des 
deux  Puissances  hostiles, dont  l'éternel  conflit  a  la  fécon- 
dité d'un  embrassement  d'amour. 

Cette  mutualité  (créatrice  et  destructive  tout  ensemble) 
apparaît  réglée  par  l'empire  qu'exerce  sur  VAôr  certain 
agent  occulte,  Nahàsh,  qui  est  le  principe  même  de  la 
divisibilité  indéfinie  et  de  Végo-isme  à  outrance  :  attribu- 
tions qui  semblent  s'exclure,  et  s'unifient  néanmoins  en 
lui.  Cet  agent  n'est  pas  moins  que  le  Diable,  au  sentiment 
de  plusieurs  mystiques. 

En  tout  être  qui  s'incarne  ici-bas,  il  fomente  un  Moi 
terrestre,  inférieur,  passager,  exclusif  et  ambitieux  de 
s'étendre  aux  dépens  d'autrui.  Pareillement,  il  dote 
d'une  tendance  féroce  à  l'autonomie  (nous  allions  dire 
qu'il  revêt  d'un  simulacre  de  Moi)  chacune  des  cellules 
constitutives  de  tout  corps  organisé,  chacun  des  atomes 
groupés  pour  former  ces  cellules.  D'où,  un  résultat  que 
nous  avons  signalé  plus  haut:  tant  que  le  corps  astral, 
ou  frein  aggrégatif  des  vies,  déploie  la  puissance  de 
maîtriser  toutes  ces  vitalités  fragmentaires,  non  seule- 
ment elles  restent  soumises  ;  bien  plus,  elles  concourent 
harmonieusement  à  l'existence  commune.  Mais  que  ce 


130 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


frein  vienne  à  faiblir,  et  l'anarchie  se  déclare  parmi  ces 
infimes  vitalités  :  la  mort  s'ensuit,  et  la  décomposition 
commence.  En  un  mot,  l'Agent  qui  nous  occupe  multi- 
plie sous  toutes  les  formes  et  attise  chez  tous  les  êtres  le 
sauvage  instinct  du  struggle  for  life....  Si  le  démon  n'est 
pas  un  mythe,  en  vérité,  voilà  bien  son  signalement. 

—  «  Crée  encor  pour  détruire,  et  détruis  pour  créer,  » 

clame  vers  Dieu  le  Lucifer  de  Lord  Byron.  Lucifer  se 
trompe  d'adresse.  Ce  n'est  point  Dieu,  c'est  lui-môme 
qu'il  devrait  interpeller  ainsi,  —  lui-même,  aveugle  Dé- 
miurge du  monde  inférieur,  despote  de  l'Astral,  impla- 
cable de  fatidique  inconscience,  et  dont  l'instinct  seul 
vivace  s'agite  et  se  multiplie,  indifférent  au  mai  comme 
au  bien. 

Fauteur  de  toute  division,  n'est-il  point  cet  Antéchrist 
virtuel,  que  le  Fils  de  l'homme  est  venu  combattre  et 
terrasser?  Notre  Seigneur  Jésus-Christ  le  nomme  posi- 
tivement le  Prince  de  ce  monde:  «  Confidete!  Ego 
vici  mundum!...  Princeps  hujus  mundi  ejicietur  foras  !  » 

Nos  Lecteurs  savent  déjà  son  vrai  nom  :  ttttia  Naliàsh. 
C'est  par  de  poétiques  fictions  qu'on  l'a  personnifié  sous 
les  appellations  de  Satan,  de  Lucifer,  du  Diable,  etc.. 

Il  n'est  point  une  personne  distincte,  mais  une  Puis- 
sance impersonnelle,  au  contraire,  un  agent  occulte  de 
la  création.  11  domine  d'en  bas  sur  YAôr,  de  même 
qu' Iônah  et  ([ii'Hereb,  ses  termes  de  polarisation  (i) 


(i)  L'on  ne  saurait  s'étonner  qu'a  défaut  d'un  vocabulaire  adéquat, 
et  lorsque  nous  traitons  un  sujet  inouï  (au  sens  radical  de  ce  terme», 
nous  soyons  contraint  à  quelques  à  peu  près  d'expression. 


■ 


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l'équilibre  et  son  agent  131 

(relatifs  aux  flux  et  reflux  de  Nephesch-ha-chaïahy  famé 
universelle  vivante)  dominent  de  droite  et  de  gauche  sur 
Aôd  et  Aob,  les  courants  de  lumière  positive  et  négative. 

Sahàsh,  dragon-sphinx,  proposant  l'énigme  de  son 
inqualifiable  essence  aux  Œdipe  du  mysticisme,  offre  à 
leur  sagacité  un  sujet  de  constante  méditation.  Son  ori- 
gine, —  dont  nous  traiterons  au  tome  III,  —  se  réfère 
aux  plus  vertigineux  arcanes  de  la  Nature  et  de  la  Vie. 
Faire  la  lumière  intégrale  sur  Nahàsh,  équivaudrait  à 
résoudre  le  problème  du  mal. 

l'n  théosophe  allemand  a  eu  l'audace  d'affronter  le 
monstre  dans  sa  caverne  originelle.  Jacob  Bœhmea  per- 
scruté  la  «  racine  ténébreuse  »  des  choses  ;  il  en  a 
décrit  le  pivot,  qui  est  Nahàsh.  Mais  Bœhme  ne  le  connaît 
pas  sous  ce  nom:  il  l'appelle  le  vortejcou\e  tourbillon 
d'angoisse,  et  en  fait  la  troisième  propriété  de  son  abime 
virtuel.  Les  deux  premières  propriétés  ennemies  dont 
étreinte  réciproque  engendre  la  troisième,  sont  les  po- 
tentialités comprcssive  et  dilatante  (1),  où  Ton  ne  peut 
se  défendre  de  voir  les  principes  radicaux  d'iîereb  et 
«Hônah.  Ces  trois  vertus  combinées  (2)  concourent  à  un 
ensemble  que  Bœhme  qualifie  de  racine  ténébreuse  de 
1  Être,  antérieure  à  toute  manifestation  d'icelui  :  c'est  la 
matrice  occulte  de  l'éternelle  Nature  (3),  tourmentée  d'une 


(1)  L'attringence  et  l'amertume,  selon  la  terminologie  étrange  que  lui 
1  fidèlement  conservée  son  traducteur  français,  le  marquis  de  Saint- 
Martin.  Mais  le  théosophe  d'Arnboise  est  loin  d'avoir  toujours  compris 
son  «  divin  Bœhme  .>. 

(*)  «  Les  trois  propriétés  du  Désir»  (Bœhme). 

(3)  L'enfer  est  la  matrice  du  Microcosme  (Paracelse). 


132 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


appétence  à  générer  la  vie,  appétence  qu'il  définit  VAL— 
tract  originel.  Singulière  rencontre!  Ce  sont  les  propres 
termes  que  choisira  Fabre  d'01ivet,pour  traduire  l'hiéro- 
gramme  hébreu  wnï  ...  Mais  elle  se  tordrait  à  jamais 
stérile,  cette  angoisse  magique  du  possible  qui  voudrait 
être,  elle  s'épuiserait  en  efforts  impuissants,  si  Dieu  n'y 
dardait  un  ravon  de  sa  lumière  invisible  :  le  RoùacFi 

m 

jElohtm  de  la  Genèse.  Sous  l'influx  divin,  la  roue  d'an- 
goisse s'allume  (l),  et  le  désir  devient  plaisir  :  de  là  s'en- 
gendre le  feu-principe  ou  médium  universel  du  théosophe 
allemand. 

Nous  empruntons  en  passant  ces  quelques  traits 
fragmentaires  au  système  deBœhme,  parce  qu'ils  offrent, 
avec  l'objet  de  ce  chapitre,  des  rapports  frappants  et 
d'intérêt  majeur.  Cependant,  s'il  y  a  correspondance 
analogique,  il  n'y  a  point  identité.  On  fera  bien  d'y 
prendre  garde.  Le  feu-principe,  notamment,  n'est  pas  la 
lumière  astrale,  cosmique  ;  mais  sa  source  universelle, 
céleste  (2).... 

Retenons  seulement  que  le  principe  originel  de  Nahàsh 
tient  au  mystère  de  toute  génération  ontologique,  —  et 
que,  dans  les  profondeurs  du  limbe  potentiel,  Nahàsh  est 


(1)  TIN         (Klémentisation  lumineuse). 

(2)  Ainsi  du  reste.  —  Le  grand  mystique  traite  des  principes  de  la 
céleste  Nature,  conçue  antérieurement  à  la  déchéanco  (Voy.  notre  Avant- 
propos,  page  20)  Ce  décor  éternel  une  fois  posé,  Bœhmo  passe  seule- 
ment aui  drames  de  la  chute  des  anges  et  du  péché  originel.  —  En  ce 
tome,  au  contraire,  nous  acceptons  la  chute  comme  un  fait  accompli  : 
nous  traitons  de  la  Nature  déchue,  sans  chercher  ce  quelle  pouvait  être 
avant  la  catastrophe. 


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l'équilibre  et  son  agent  133 

encore  le  point  de  soudure  entre  l'Homme  et  le  Cosmos, 
à  naître  tous  deux. 

Au  demeurant,  c'est  surtout  Moïse  qu'il  faut  interroger, 
touchant  Nahàsh.  Le  théocrate  d'Israël  n'est  point  seule- 
ment l'éditeur  (l'auteur  peut-être)  de  cet  hiérogramme  ; 
historien,  par  surcroit,  de  l'Être  ambigu  qu'il  nomme 
ainsi,  Moïse  a  Iracé  une  page  décisive  de  sa  légende 
ésotérique,  au  troisième  chapitre  du  Berœshith. 

Ildésigne  sous  cette  appellation,  ttfllJ,  l'Agent  primor- 
dial de  la  chute,  le  Tentateur  édénal  ;  —  sous  ce  même 
nom,  les  Bibles  vulgaires  désignent  «  un  serpent,  subtil 
animal  des  champs  (1)  »,  et  le  scoliaste  agnostique  ajoute 
en  marge  :  c'est-à-dire  le  Démon,  déguisé  sous  cette  appa- 
rence. 

«  Nahàsh,  écrit  Fabre  d'Olivet,  caractérise  proprement  ce 
sentiment  intérieur  et  profond  qui  attache  l'être  à  sa  propre 
existence  individuelle,  et  qui  lui  fait  ardemment  désirer  de  la 
conserver  et  de  l'étendre.  Ce  nom,  (que  j'ai  rendu  par  celui 
d'attract  originel,  a  été  malheureusement  traduit  dans  la  ver- 
sion des  hellénistes  par  celui  de  serpent  ;  mais  jamais  il  n'a 
eu  ce  sens,  même  dans  le  langage  le  plus  vulgaire.  L'hébreu 
a  deux  ou  trois  mots,  entièrement  différents  de  celui-là,  pour 
désigner  un  serpent.  Nahàsh  est  plutôt,  si  je  puis  m'ex primer 
ainsi,  cet  égoïsme  radical  qui  porte  l'être  à  se  faire  centre  et  à 
loul  rapporter  à  lui.  Moïse  dit  que  ce  sentiment  était  la  pas- 


(1)  Lo3  modernes  traducteurs,  qui  n'y  voient  point  malice,  suivent 
la  remorque  de  saint  Jérôme  mystifié  et  des  Septante  mystificateurs. 

Chacun  peut  se  reporter  à  Y  Introduction  générale  du  Serpent  de  la 
Genèse  Home  I,  page  20*21),  où  nous  avons  transcrit  le  toxte  hébreu 
du  verset  en  litige,  avec  les  deux  traductions,  —  exotérique  et  ésoté- 
rique, —  en  regard. 


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134  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


sion  entraînante  de  l'animalité  élémentaire,  le  ressort  secret 
ou  le  levain  que  Dieu  avait  donné  à  la  nature.  Il  est  très  re- 
marquable que  le  nom  employé  ici  par  l'écrivain  hiérographe 
pour  exprimer  cette  passion,  ce  ressort  ou  ce  levain,  est Harytn, 
le  même  que  Zoroastre,  parmi  les  Perses,  avait  employé  pour 

désigner  le  Génie  du  Mal  Ainsi,  d'après  l'esprit  du  Sepher 

et  la  vraie  doctrine  de  Moyse,  Nahàsh  Harym  ne  serait  pas  un 

être  distinct,  indépendant         mais  bien  un  mobile  central 

donné  à  la  matière,  un  ressort  caché,  un  levain  agissant  dans 
la  profondité  des  choses,  que  Dieu  avait  placé  dans  la  nature 
corporelle  pour  en  élaborer  les  éléments  (1).  » 

C'est  de  ce  levain,  inséparable  pour  nous  du  fluide 
universel  qui  constitue  sa  base  de  manifestation,  —  c'est 
de  ce  levain  que  parle  Quantius  Aucler,  l'hiérophante 
païen  de  la  Thréïcie,  dans  une  page  étonnante,  où  il 
effleure  le  grand  problème  de  la  biologie  sidérale. 

c  Vous  avez  des  idées  bien  grossières  :  vous  pensez  que  ces 
globes  lumineux,  qui  gardent  toujours  leurs  places  dans  un 
fluide  qui  ne  peut  les  soutenir  ;  qui,  dans  des  oppositions  et 
divers  aspects,  ont  des  marches  toujours  régulières,  ont  été 
placés  sur  vos  tètes  pour  amuser  vos  yeux  et  les  calculs  de  vos 
astronomes  !  Il  n'y  a  dans  la  nature  que  des  corps  morts  ou 
vivants;  tout  ce  qui  est  mort  n'est  pas  vivant  ;  tout  ce  qui  est 
vivant  n'est  pas  mort. 

o  II  y  a  un  ferment  qui  est  l'esprit  (2)  qui  joint  l'àme  au 
inonde  :  son  action  est  continuelle  ;  il  change  tout,  c'est  le 
grand  Protée  ;  il  dissout  les  êtres  morts,  et  il  les  prépare,  en 
les  dissolvant,  à  être  le  lieu  où  de  nouveaux  êtres,  d'une  ma- 
nière que  vous  ne  pouvez  pas  même  maintenant  soupçonner, 
viennent  du  grand  abîme  de  la  Nuit  pour  se  corporifier.  Si 


(1)  Caïn,  p.  34-35,  pa«sim. 

(2)  Esprit  ost  employé  par  Aucler  dans  le  sens  de  spiritueux,  et  non 
pas  de  spirituel. 


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l/ÉQUILIBRE  ET  SON  Àf.RNT 


vous  savez  interpréter  l'Hymne  à  la  nuit  d'Orphée,  vous  aurez 
uodes  premiers  points  de  la  Doctrine:  vous  saurez  comment 
tout  se  forme,  vous  pourrez  voir  vos  yeux  sans  miroir,  et 
ébranler  les  cornes  du  taureau. 

«  Ce  ferment  n'agit  pas  sur  les  corps  vivants  (1),  parce  que 
1.4 nimus  qui  les  informe,  les  maintient,  est  plus  fort  que  le 
ferment  qui  tend  à  les  dissoudre,  étant  d'une  nature  supé- 
rieure. Si  le  ferment  pouvoit  quelque  chose  sur  les  êtres,  il 
les  disposèrent  à  recevoir  de  nouveaux  Animiis,  qui  de  l'abîme 
de  la  Nuit,  viendroient  se  corporilier  ;  ainsi  il  les  dissoudroit. 
Il  faut  donc  qu'ils  aient  quelque  chose  en  eux  qui  repousse  les 
atteintes  du  ferment  et  qui  soit  supérieur  à  cet  esprit  ;  il  faut 
donc  qu'ils  aient  en  eux  chacun  un  animus  qui  les  informe, 
qui  maintient  leur  forme  et  qui  repousse  l'action  du  ferment: 
ainsi  ils  vivent  donc.  Si  la  terre  n'étoit  pas  animée,  le  ferment 
aussi  la  dissoudroit,  et  la  disposeroit  à  recevoir  de  nouveaux 
êtres  qui  rongeroient  les  récoltes,  tourmenteroient  les  espèces 
primitives,  leur  nuiroient,  les  détruiroienl  ;  et  elles  ne  seroient 
plus  alors  une  simple  altération,  mais  ne  ressembleroient  plus 
aux  idées  archétypes. 

«  Le  propre  du  cadavre  est  de  tomber;  c'est  de  là  qu'il  est 
appelé  cadavre  à  cadendo  ;  le  propre  de  l'être  vivant  est  de  se 
dresser  et  de  se  soutenir,  parce  qu'il  a  le  principe  de  son  mou- 
vement et  de  sa  vie  en  lui.  C'est  ainsi  que  je  soutiens  mon 
^as,  que  je  dresse  ma  tète  î  —  Si  les  astres  n'étoient  que  des 
cadavres,  ils  tomberoient  ;  c'est-à-dire  qu'ils  se  rassemble- 
ment dans  un  même  lieu,  selon  les  lois  de  la  pesanteur  (2)  i> 


(1)  Ceci  n'est  point  tout  à  fait  exact.  Le  ferment  agit  sur  les  corps 
v,vants  :  il  les  vieillit  et  tend  à  les  dissoudre,  mais  à  la  longue...  C'est 
^  que  nous  avons  tAehé  de  faire  comprendre  plus  haut.  Nous  avons 
*]<>uté  que  cette  immunité  relative  et  temporaire  «Hait  due  à  1  énergie 
réactive  des  âmes  de  vie. 

(2ï  La  Thrèïcie.  ou  la  feule  voie  des  Sciences  divines  et  humaines, 
PafQuantius  Aucler.  —  Paris,  an  VII  de  la  République,  in-8  (pages 
228-230). 

Si  cet  ouvrage  n'était  écrit  d'un  style  inculte,  rocailleux  jusqu'à  de- 
VCQ'r  insupportable  par  endroits,  il  mériterait  à  coup  sùr  les  honneurs 


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136 


LA  CLEF  DE  LA  MAf.IE  N01IIE 


L'opinion  qu'exprime  Aucler  ne  doit  point  surprendre, 
bien  que  le  sentiment  contraire  ait  prévalu.  Elle  est  con- 
forme à  la  doctrine  secrète  de  tous  les  Sages  de  l'anti- 
quité. 

L'on  enseignait  partout  dans  les  temples  que  l'Uni- 
vers est  animé.  Sur  ce  point  tombaient  d'accord  les  deux 
Écoles  rivales,  —  théosophique  et  naturaliste, —  que  di- 
visait pourtant  la  question  fondamentale  de  la  Divinité. 
Soit  que  les  penseurs  ne  reconnussent  point  de  Cause 
première  en  dehors  de  la  Nature  productrice,  immanente 
à  l'Univers  qu'Elle  engendre  éternellement;  soit  qu'ils  ad- 
missent l'existence  indépendante  d'un  Être  ineffable  qui, 
principe  de  cette  Nature,  en  demeure  néanmoins  distinct  : 
le  Macrocosme  était  pour  eux  un  être  vivant,  dans  son 
ensemble  comme  dans  ses  parties. 

Tous  les  initiés  du  monde  antique, —  Hermès,  Zoroastre, 


do  la  réimpression,  dont  on  se  montre  si  étourdiment  prodigne  de  nos 
jours  :  d'autant  plus  qu'il  est  devenu  fort  rare. 

Le  fragment  que  nous  reproduisons  là  peut  compter  parmi  les  moins 
mal  écrits  ;  encore  avons-nous  dû  amender  la  ponctuation  de  l'hiéro- 
phante. 

Kliphas  [Ln  Science  fies  Esprit*,  page  242)  a  eu  le  tort  de  ridiculiser 
Qiianlius  Aucler.  La  Threïcie  constitue,  telle  quelle,  un  traité  de  paga- 
nisme occulte,  tout  à  fait  unique  en  son  genre,  et  dont  on  ne  saurait 
trop  recommander  la  lecture  aux  amateurs  de  mysticisme.  Ils  y  trou- 
veront de  piquants  détails,  et.  qui  mieux  est.  quelques  vues  infiniment 
précieuses  et  qu'ils  seraient  fort  empêchés  de  découvrir  nulle  autre  part. 
La  doctrine  ésotérique  y  est  présentée  sous  une  forme  polythéiste,  «l'un 
archaïsme  étrange,  et  savoureux.  L'ouvrage  n'est  pas  moins  singulier 
que  remarquable  et  diflicile  à  trouver  en  librairie. 

Ln  Threïcie  était  un  dos  livres  de  chevet  du  noble  poète  des  Chi- 
mères. On  peut  consulter  la  notice  qu'il  a  consacrée  à  son  auteur  (Les 
Illuminés,  par  Gérard  do  Nerval,  Paris,  1842,  in-12,  p.  318-354). 


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137 


Pythagore,  Platon,  les  Kabbalisles,  les  Alexandrins,  etc., 
—  pensaient  ainsi.  Mais  n'allez  pas  en  induire  que  Py- 
thagore,  par  exemple,  s'il  revivait  de  nos  jours,  s'ins- 
crirait en  faux  contre  Newton,  et  le  système  de  l'attrac- 
tion universelle.  De  ce  que  les  corps  célestes  s'attirent 
mutuellement,  en  raison  directe  des  masses,  et  en  raison 
inverse  du  carré  des  distances,  il  ne  résulte  pas  qu'ils 
soient  inanimés.  Le  mécanisme  invariable  de  leur  gravi- 
tation n'implique  rien  contre  l'hypothèse  en  litige.  Vie  et 
Liberté  ne  sont  point  synonymes.  —  Ce  chêne,  de  l'aveu 
de  tous,  est  vivant  :  mais  sa  croissance  n'en  est  pas  moins 
soumise  à  des  lois  fixes;  il  se  revêt  de  son  feuillage  et 
s'en  dépouille,  selon  les  alternatives  des  saisons.  —  Cet 
homme  est  vivant  :  mais  une  loi  indépendante  de  sa  vo- 
lonté n'en  règle  pas  moins  chez  lui  la  circulation  du 
sang;  il  n'est  point  libre  d'arrêter  les  battements  de  son 
cœur... 

Les  Maîtres  de  l'antique  Sagesse  contesteraient  d'au- 
tant moins  le  mécanisme  de  la  gravitation  universelle, 
que  nécessairement  ils  furent  amenés  à  en  construire  la 
théorie,  par  suite  de  la  connaissance  très  certaine  et  très 
approfondie  qu'ils  avaient  acquise,  non  seulement  des 
forces  centripète  et  centrifuge,  mais  encore,  comme 
nous  l'avons  laissé  entendre,  des  essences  occultes  dont 
ces  forces  ne  sont  que  la  résultante  sur  le  plan  physique. 

Que  si  notre  assertion  semblait  téméraire,  et  qu'on 
supposât  les  anciens  théosophes  trop  arriérés  en  cosmo- 
logie pour  se  pouvoir  élever  à  de  pareilles  notions,  il  nous 
serait  facile  de  prouver  aux  incrédules,  que  la  doctrine 
secrète  des  temples  comportait  les  théories  le  plus  en  fa- 


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138 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


veur  aujourd'hui,  —  théories  dont  la  science  se  fait  gloire 
comme  de  récentes  conquêtes,  et  que  ses  Aristarqucs 
ont  enregistrées  depuis  deux  ou  trois  siècles  à  peine, 
après  lesavoir  revêtues  deleur  haute  sanction.  Les  Pytha- 
goriciens n'enseignaient-ils  pas  ouvertement,  au  grand 
scandale  des  profanes,  que  la  Terre  gravite  autour  du 
Soleil?  Aristote  nous  en  est  garant.  Ne  lit-on  point  dans 
le  Zohar  «  que  la  Terre  tourne  sur  elle-même  en  forme 
de  cercle;  que  les  uns  sont  en  haut,  les  autres  en  bas;... 
qu'il  y  a  telle  contrée  de  la  terre  qui  est  éclairée,  tandis 
que  les  autres  sont  dans  les  ténèbres;  que  ceux-ci  ont  le 
jour  quand  pour  ceux-là  il  fait  nuit  ;  et  qu'il  y  a  des 
pays  où  il  fait  constamment  jour,  où  du  moins  la  nuit 
ne  dure  que  quelques  instants  (1)?  » 

Voilà  cinq  lignes  qui,  connues  ou  ignorées  de  Coper- 
nic, réduisent  à  peu  de  chose  son  mérite  d'inventeur. 
Du  reste,  les  témoignages  que  nous  avons  produits  sont 
loin  d'être  des  faits  isolés.  Le  système  anticipé  de  Coper- 
nic se  trahit  sous  la  plume  d'un  grand  nombre  d'auteurs 
grecs  ou  latins,  initiés  à  la  tradition  ésotérique.  C'est  au 
point  qu'on  a  lieu  d'être  surpris,  avec  Dutens,  «  qu'un 
système  si  clairement  enseigné  par  les  anciens,  ait  pris 
son  nom  d'un  philosophe  moderne.  Pythagore,  Philo- 
laus,Nieétasdo  Syracuse,  Platon,  Aristarque  et  plusieurs 
autres  parmi  les  anciens,  ont,  en  mille  endroits,  parlé 
de  cette  opinion  :  Diogènc  Laërce,  Plutarque  et  Stobbée 
nous  ont  transmis  avec  précision  leurs  idées  là-dessus; 


(I)  Le  Zohar,  c\U>  par  Adolphe  Franck  (la  Kabbale,  1813,  in-8,  p. 
i02). 


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l'équilibre  et  son  agent  139 

et  si  on  ne  Ta  pas  admis  plus  tôt,  cela  ne  doit  s'attribuer 
qu'à  la  force  du  préjugé  (1)...  » 

Ces  choses  notifiées  pour  mémoire,  nous  n'insisterons 
pas  davantage  sur  l'identité  des  théories  astronomiques 
anciennes  et  modernes.  Le  présent  chapitre  fait  con- 
naître les  principes  de  Y  équilibre  magique,  dont  nous  dé- 
crivons l'Agent.  L'équilibre  matériel  des  mondes  n'en 
est  qu'une  conséquence,  facile  à  déduire  au  même  titre 
que  plusieurs  autres;  une  adaptation  secondaire  sur  le 
plan  objectif. 

En  insistant  sur  les  influences  peu  connues  qui  s'op- 
posent, se  croisent  et  se  marient  dans  les  ondes  fluidi- 
ques  de  l'Astral;  en  précisant  plusieurs  notions  assez 
neuves,  sinon  insoupçonnées,  sur  la  genèse  des  divers 
courants  qui  s'y  forment  et  sur  les  Agents  occultes  dont 
ils  procèdent,  —  nous  estimons  avoir  été  plus  intéressant 
et  plus  utile  que  si,  prodigue  de  développements  descrip- 
tifs, nous  eussions  ressassé  ce  que  d'autres  ont  déjà  dit, 
et  très  bien  dit. 

Éliphas  Lévi  est  particulièrement  à  consulter,  au  sujet 
de  l'équilibre  des  mondes,  que  nous  n'avons  (ait  qu'ef- 
fleurer. Nous  emprunterons  seulement  à  ce  magiste  une 
page  remarquable,  interprétative  de  la  Table  d' flmeraude  : 
il  y  décrit  la  Lumière  universelle,  au  point  de  vue  spécial 
à  notre  planète  : 

«  L'âme  de  la  terre,  dit-il,  est  un  regard  permanent  du  so- 
leil, que  la  terre  conçoit  et  garde  par  imprégnation. 


(1)  Dutens.  Origine  des  découvertes  attribuées  aujc  modernes,  Paris, 
1776,  2  vol.  in-8  (t.  I,  p.  205-206). 


■ 


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140  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


a  La  lune  concourt  à  cette  imprégnation  de  la  terre,  en  re- 
poussant vers  elle  une  image  solaire  pendant  la  nuit,  en  sorte 
qu'Hermès  a  eu  raison  de  dire,  en  parlant  du  grand  agent  : 
le  Soleil  est  son  père,  la  Lune  est  sa  mère.  Puis  il  ajoute  :  le 
vent  l'a  porté  dans  son  ventre,  parce  que  l'atmosphère  est  le 
récipient  et  comme  le  ereuset  des  rayons  solaires,  au  moyen 
desquels  se  forme  cette  image  vivante  du  soleil,  qui  pénètre  la 
terre  tout  entière,  la  vivifie,  la  féconde  et  détermine  tout  ce 
qui  se  produit  à  sa  surface  par  ses  effluves  et  ses  courants  con- 
tinuels, analogues  à  ceux  du  soleil  lui-même. 

«  Cet  agent  solaire  est  vivant  par  deux  forces  contraires  : 
une  force  d'attraction  et  une  force  de  projection,  ce  qui  fait 
dire  à  Hermès  que  toujours  il  remonte  et  redescend. 

<  La  force  d'attraction  se  fixe  toujours  au  centre  des  corps, 
et  la  force  de  projection  dans  leurs  contours  ou  à  leur  surface. 

c  C'est  par  cette  double  force  que  tout  a  été  créé  et  que  tout 
subsiste. 

«  Son  mouvement  est  un  enroulement  et  un  déroulement 
successifs  et  indéfinis,  ou  plutôt  simultanés  et  perpétuels,  par 
spirales  de  mouvements  contraires  qui  ne  se  rencontrent  ja- 
mais. 

c  C'est  le  même  mouvement  que  celui  du  Soleil,  qui  attire 
et  repousse  en  même  temps  tous  les  astres  de  son  système. 

«  Connaître  le  mouvement  de  ce  soleil  terrestre,  de  manière 
à  pouvoir  profiter  de  ses  courants  et  les  diriger,  c'est  avoir  ac- 
compli le  grand  œuvre,  et  c'est  être  maître  du  monde  (1).  .  » 

Nous  l'avons  dit  ailleurs  :  ce  qu'Éliphas  Lévi  appelle 
courant  de  projection  (actif),  c'est  YAôd  Ttf  ou  le  Soufre- 
principe  des  alchimistes;  — courant  d'attraction  (passif), 
c'est  YAôb  SIS  ou  Mercure-principe  des  alchimistes.  — 
Enfin,  ce  qu'il  nomme  mouvement  équilibré,  c'est  YAôr 
Tï*  ou  l'Azoth  des  Sages  :  c'est  le  foyer  de  la  quintes- 
sence, où  réside  la  force  de  leur  dissolvant  universel. 


(1)  Dogme  et  Rituel  de  la  Haute-Magie,  t.  I,  p.  1521 53 


l'équilibre  et  son  agent 


1U 


Aôd,  Aôb,  Aôr  :  positif  (+),  négatif  (—),  intégral  (oo). 
—  Sommes-nous  curieux  de  voir  quel  sens  Fabre  d'Oli- 
vet,  dans  son  vocabulaire  radical,  assigne  à  ces  trois  ra- 
cines hébraïques? 

Consultons-le;  sa  réponse  semblera  peut-être  énigina- 
tique  et  déconcertante,  à  l'abord.  Mais  qu'on  y  veuille 
bien  réfléchir,  premier  que  de  se  croire  déçu  :  car  nous 
protestons  ici,  qu'à  la  faveur  des  trois  lignes  qu'on  va 
lire,  studieusement  rapprochées  de  nos  explications  sur 
les  Puissances  motrices  de  l'Astral  (savoir  liereb,  Iônah 
et  Sahàsh),  il  deviendra  loisible  aux  amateurs  de  théo- 
sophie  d'entrevoir  l'essence  môme  de  Y  Anima  mundi,  et 
de  surprendre,  non  point  seulement  le  quomodo,  mais  le 
quia  de  l'Équilibre  universel  : 

c  iïh  Le  Désir,  agissant  à  l'intérieur. 
«  VIN  Le  Désir,  agissant  à  l'extérieur. 

c  tm  Le  Désir,  livré  à  son  mouvement  propre,  pro- 
duisant l'ardeur,  lout  ce  qui  enflamme,  ce  qui  brûle,  etc.  (I).  » 

Sans  commenter  outre  mesure  un  texte  dont  il  con- 
viendrait que  chacun  saisit  par  soi-même  et  appréciât 
toute  la  portée,  quelques  observations  n'en  seront  pas 
moins  de  mise,  qui  aideront  à  y  parvenir... 

Le  théosophe  Jacob  Bœhme,  cet  explorateur  enfiévré 
des  suprêmes  arcanes,  nous  dénonce  le  Désir  comme  la 


(t)  La  Langue  hébraïque  restituée,  t. 1,  p.  8  du  Vocabulaire  radical. 
—  Rappelons-nous  que  Bœhme  appelle  les  trois  formes  de  son  Abîme 
potentiel  «  les  trois  propriétés  du  Désir  »,  et  que  la  Racine  ténébreuse 
des  choses,  que  nous  avons  qualifiée  de  pile  physiogéniuue,  est  formée 
de  ces  trois  éléments. 


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H2 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


racine  première  de  tout  être,  et  de  la  Nature  productrice 
elle-même. 

Le  Désir  est  plus  spécialement  la  Puissance  magique 
devocation  aux  mirages  de  l'existence  objective,  sensible. 
11  s'affirme  créateur  comme  la  Volonté,  dont  il  n'est  peut- 
être  qu'une  forme  obscure,  rudimentaire  ou  dégradée  (l). 

11  se  diversifie  d'ailleurs,  selon  les  milieux  où  il  se  dé- 
veloppe. Simple  conséquence  de  la  chute  et  répercussion 
de  la  chair  sur  l'âme,  quand  il  fermente  au  cœur  humain, 
—  le  Désir  prend  un  autre  caractère  chez  tous  les  êtres 
qui  vivent  de  la  vie  céleste:  il  témoigne  d'un  acquiesce- 
ment de  la  sensibilité  aux  suggestions  tacites  de  iVa- 
hàsh. 

Dans  le  monde  des  âmes,  il  incite  les  monades  à  dé- 

* 

choir,  et  les  fait  rouler  sur  la  pente  de  l'incarnation  ;  — 
au  royaume  de  la  vie  et  de  la  mort  physiques,  il  pousse 
les  incarnés  à  perpétuer  leur  race  : 

Efficil  ut  cupide  (jeneralim  sœcla  propagent. 

Le  Désir  apparaît  donc  à  la  base  de  toute  manifestation 
objective.  Le  Feu  secret  constitue  le  lien,  l'instrument 
médiateur  entre  le  Désir  et  l'objet  désiré  ;  enfin  la  matière 
marque  le  terme,  la  limite,  l'aboutissement  infime  du 
Désir  réalisé. 

La  Forme  spirituelle,  que  le  Désir  a  fait  descendre  du 
Ciel  empyrée,  se  fixe  un  instant  dans  la  matière  qu'elle 
pétrit  à  son  image  ;  puis,  ses  potentialités  taries,  la  Forme 


{{)  Imaginons  la  Volonté  qui  s'éveille,  inconsciente  et  despotique, 
aux  limbes  des  vies  instinctive  et  passionnelle  ;  la  Volonté  aveugle, 
acoquinée  aux  séductions  de  la  vie  physique,  —  le  Désir  serable  t-il 
autre  chose  ? 


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L'ÉQUILIBRE  ET  SON  AGENT 


fait  retour  à  l'occulte,  par  l'entremise  de  ce  môme  Feu 
secret,  qui  avait  servi  naguère  à  la  manifester.  La  terrestre 
dépouille  de  la  Forme  spirituelle  envolée  en  garde  la  fu- 
gitive empreinte:  c'est  la  signature,  ici-bas,  d'une  Énergie 
réintégrée  à  sa  source  d'en  haut.  Mais  la  signature  va 
s'effacer  graduellement,  l'empreinte  disparaître,  sous  l'ac- 
tion du  ferment  universel,  c'est-à-dire  encore  et  toujours 
du  Feu  secret!... 

L'on  serait  fort  en  peine  de  rien  expliquer  de  la  nature 
ni  de  l'origine  du  Cosmos,  sans  recourir  à  la  connais- 
sance de  cette  mystérieuse  Lumière,  invisible  aux  yeux 
charnels  ;  car  c'est  d'elle  que  tout  est  sorti,  et  rien  ne 
subsiste  encore  que  par  elle. 

Indépendamment  des  matérialisations  objectives  dont 
l'ensemble  constitue  l'univers  physique,  la  lumière  astrale 
se  spécialise  encore  et  se  fixe  partiellement,  selon  les 
milieux  :  elle  forme  ainsi  le  corps  sidéral,  et  par  suite  le 
nimbe  de  tous  les  êtres  qu'elle  baigne  de  ses  ondes. 

Ainsi  chaque  astre  est  enveloppé  d'une  atmosphère 
hyperphysique  appropriée  à  sa  nature  :  c'est  son  âme  vi- 
tale et  inférieure,  ou  son  corps  aromal  et  supérieur.  Cette 
atmosphère,  réserve  virtuelle  et  milieu  nourricier,  s'éla- 
bore et  s'entretient  elle-même,  en  aspirant  et  en  expirant 
tour  à  tour  la  substance  universelle,  ou  Lumière  astrale 
non  spécialisée,  non  fixée. 

Il  en  est  de  même  de  tous  les  êtres,  quels  qu'ils  soient  ; 
tous  ont  leur  corps  astral  ou  médiateur  plastique. 

Le  Lecteur  pourra  bientôt  comprendre  à  quels  trou- 
blants mystères  la  connaissance  positive  des  corps  sidé- 


I  u 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01KE 


raux(ei  particulièrement  du  corps  sidéral  humain)  peut 
servir  de  clef.  Nous  nous  contenterons  d'observer,  en  ce 
chapitre,  qu'il  n'est  point  de  peuple  sur  la  terre,  dont  les 
traditions  mystiques  se  taisent  sur  ce  point. 

Si  la  Lumière  astrale  compte  plusieurs  centaines  de 
noms,  le  corps  tluidique  peut  lui  faire  concurrence  sous 
ce  rapport.  La  liste  énumérative  en  serait  fastidieuse  ; 
nous  y  mettrons  quelque  discrétion,  et  nul  ne  songera 
peut-être  k  s'en  plaindre. 

L'idée  même  du  fantôme,  si  universellement  reçue  des 
hommes  à  toutes  les  époques  de  l'histoire,  traduit  en  mode 
exotérique  l'occulte  notion  de  cette  réalité  :  le  corps  as- 
tral. 

Qu'on  l'appelle  avec  les  brahmes  Linga  Sharira,  Ae- 
phesh  avec  les  Kabbalistes,  Eidôlon  avec  l'école  helléni- 
que, Houeti  avec  les  magistes  chinois,  —  c'est  toujours  ce 
double  mystérieux,  dont  Psellus  enseigne  qu'il  tient  le  mi- 
lieu entre  le  corps  physique  et  l'àme  spirituelle.  C'est 
VAngoëidé  d'Origène  et  le  Simulacrum  des  latins  (1). 


(1)  Oswald  Oollius,  élève  de  Paracelse,  énumèrc  quelques  autres 
noms,  coutumièremcnt  attribués  au  corps  astral  par  les  adeptes  de  son 
Kcole.  Après  avoir  parlé  du  corps  physique  (dans  l'introduction  de  la 
ttoyalle  Chymie),  le  célèbre  Docteur  poursuit  en  ces  tenues  :  «  ...  Quant 
à  l'autre  partie  de  l'homme,  c'est-à-dire  le  corps  syderique,  appelé  le 
Génie  de  l'homme,  d'autant  qu'il  tire  son  origine  du  firmament,  les  la- 
tins l'appellent  encore  Pénates,  à  cause  de  la  proximité  qu'il  a  de  nous 
et  vient  encor  au  monde  avec  nous,  Ombre  visible,  Esprit  domestique, 
Homme  ombrayeu.r,  petit  homme  familier  des  Philosophes.  Démon  ou 
bon  Génie,  Adech  interne  de  Paracelse,  Sjtectrelumière  de  nature, Eues- 
tre  prophétique  en  l'homme.  Outre  ces  noms,  il  s'appelle  encore  Ima- 
gination, qui  enclost  tous  les  astres  dans  soy...  L'imagination  est  comme 


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l'équilibre  et  son  agent  145 

Virgile  en  fait  mention  plus  d'une  fois  ;  il  le  montre 
survivant  au  cadavre  de  chair  : 

«  Et  nunc  magna  met  sub  terras  ibit  imago...  »  (1). 

Saint  Paul  écrit  hardiment:  —  «  S'il  y  a  un  corps  ani- 
mal, il  y  a  aussi  un  corps  spirituel  (2).  » 


la  porte,  la  fontaine  et  le  commencement  de  toutes  les  opérations  ma- 
giques :  et  sans  le  détriment  ou  diminution  de  l'Esprit  astral  ou  syde- 
rique,  elle  a  la  puissance  de  produire  et  engendrer  des  corps  visibles  ; 
voire  (ce  qui  surpasse  l'entendement  humain),  soit  qu'elle  soit  présente 
ou  absente,  elle  peut  mettre  au  iour  toutes  les  plus  admirables  opéra- 
tions.... L'imagination  de  l'homme  est  un  vray  Aymant,  lequel  a  puis- 
sance de  tirer  à  soy  de  cent  lieues       D'où  le  sage  ou  vray  magicien 
peut  attirer  l'opération  des  astres,  et  la  ioindre  aux  pierres,  images  et 
métaux,  lesquels  par  après  ont  le  mesme  pouuoir  que  les  astres...  tout 
ce  que  nous  voyons  au  grand  monde  peut  estre  produict  par  lo  moyen 
de  l'Imagination  ;  d'où  s'ensuit  que  toutes  les  plantes,  métaux,  et  tout 
ce  qui  a  les  vertus  crescitiues,  peut  estre  produict  par  l'imagination  ou 
la  vraye  Gabalie  ;  et  cecy  est  la  partie  de  magie  appelée  Cabalisti- 
que, appuyée  sur  ces  trois  colomnes  suiuantes  :  premièrement,  aux 
vrayes  prières,  faictes  en  esprit  de  Vérité,  où  se  faict  vnion  de  l'es- 
prit créé  auec  Dieu....  Secondement,  par  la  foy  naturelle  ou  sapience 
ingeneree       tiercement  par  la  forte  exaltation  de  l'imagination,  les 
forces  de  laquelle  sont  manifestement  demonstrees  tant  par  le  baston 
de  Iacob,  duquel  Moyse  faict  mention,  que  par  les  marques  imprimées 
aux  en  fans  dans  le  ventre  maternel  :  donc  l'imagination  ou  fantaisie  en 
l'homme  est   semblable  à  l'Aymant...   »  (La  Royal  le  Chymie  de 
Crollius,  traduitle  en  françois  par  I.  Marcel  de  Boulene  (Lyon,  1624, 
in-8).  Préface  admonitoire,  p.  74-76  et  80-81,  passim). 

Ces  lignes  surprenantes  de  Crollius  donnent, par  anticipation,  un  aperçu 
des  magiques  merveilles  qui  peuvent  s'accomplir  à  la  faveur  du  corps 
astral,  évertué  ad  hoc.  L'auteur  de  la  Basil ica  Chymica  était  profondé- 
ment versé  dans  les  arcanes  de  la  Science. 

(1)  Enéide,  livre  IV,  v.  654. 

(2)  Corinth.,  XV,  44.  —  Peut-être  saint  Paul  fait-il  allusion,  non 
point  au  Corp»  astral  proprement  dit  (expression  terrestre  de  la  fa- 
culté plastique  de  l'àme),  mais  bien  au  Corps  glorieux  (son  expression 
céleste).  Cette  distinction  sera  tirée  au  clair  dans  les  chapitres  qui  vont 
suivre,  particulièrement  au  lV'e  ot  au  Vie  du  présent  tome. 

10 


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146  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


«  Les  âmes,  dit  Saint  Hilaire,  qu'elles  soient  ôu  non 
incarnées,  possèdent  en  outre  une  substance  corporelle 
inhérente  à  leur  nature  (1).  » 

On  pourrait  multiplier  les  citations,  mais  il  n'importe. . . 

Le  corps  astral,  —  qui  n'est  autre  que  le  Périsprit  des 
Kardécistes,  —double  exactement  le  corps  physique,  don  t 
il  se  peut  séparer  sous  certaines  conditions,  comme  nous 
le  verrons  au  chapitre  II. 

Distinct  de  Y  énergie  vitale  passive  qui  réside  dans  le 
globule  sanguin  (2)  et  qui  entretient  la  subsistance  des 
cellules,  le  périsprit  a  pour  siège  le  système  cérébro-spi- 
nal et  le  grand  sympathique  :  toute  fibre  nerveuse,  si 
minime  soit-ellc,  sert  de  véhicule  à  sa  force  élastique, 
invisiblement  diffuse  en  toutes  les  parties  du  corps  visible. 

Cette  substance  insaisissable  se  répare  et  se  renouvelle 
par  un  phénomène  en  tout  point  analogue  à  celui  de  la 
respiration  pulmonaire.  Mais  le  produit  de  Pexpir  fluidi- 
que  forme,  autour  du  corps  astral,  une  sorte  de  halo  d'é- 
ther  spécialisé,  atmosphère  individuelle  de  pureté  ou  de 
corruption,  de  vertu  ou  de  vice,  dans  laquelle  vivent  et 
se  meuvent  les  êtres  potentiels  générés  par  la  volonté  uu 
par  les  passions  (Voir  le  chap.  II). 

Chez  l'homme  et  les  animaux,  même  chez  les  plantes, 


(1)  In  Matth  ,  V,  8.  —  Même  remarque  qu  a  la  note  précédente. 

(2)  Voyez  Papls,  Traité  méthodique  de  Science  occulte,  pages  182- 
186. 

Cette  force  vitale  dos  cellules  est  le  Jiva  des  hindous.  Inséparable  du 
corps,  la  vie  durant,  elle  forme  après  la  mort  cette  silhouette,  vague- 
ment phosphorescente  parfois. qui  se  décompose  très  vile,  après  avoir 
erré  quelque  temps  autour  de  la  dépouille  mortelle,  dont  elle  ne  s'éloigne 
jamais. 


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l'équilibre  et  son  agent 


147 


le  nimbe  est  très  distinct  du  corps  astral,  auquel  il  sert 
d'enveloppe,  de  vêtement  fluidique.  Dans  le  règne  miné- 
ral, au  contraire,  les  deux  termes  se  confondent  en  quel- 
que sorle  ;  du  moins  la  ligne  de  démarcation  semble- 
t-dle  vague  et  malaisée  à  définir. 

Il  en  est  de  même  pour  la  vie  des  astres  :  le  corps 
Quidique  et  le  nimbe  y  paraissent  intimement  combinés, 
comme  ailleurs  il  sera  dit. 

Mais  le  présent  chapitre  doit  se  limiter  à  l'examen  de 
l'Équilibre  et  de  son  Agent,  c'est-à-dire  à  l'élude  de  la 
Lumière  astrale,  envisagée  dans  l'antagonisme  de  ses 
principes  moteurs  et  dans  la  synthèse  de  ses  mouvements. 
C'est  ce  que  nous  avons  tâché  de  mettre  au  jour,  en  in- 
sistant sur  les  ressorts  trop  ignorés  qui  commandent  le 
dynamisme  universel.  Que  si  nous  avons  pu  paraître  obs- 
eur,  on  daignera  nous  excuser  en  faveur  de  l'aventureuse 
audace  qu'il  y  avait,  peut-être,  à  scruter  l'essence  même 
des  Puissances  cosmogéniques,  au  lieu  de  nous  en  tenir 
à  la  description,  souvent  produite  et  reproduite,  du  monde 
astral,  soupçonné  d'après  l'étude  de  ses  phénoménales 
manifestations,  —  reflets  fugaces  qu'if  jette  sur  notre 
monde  matériel. 

Dans  tous  les  sanctuaires  du  vieux  monde,  la  substance 
universelle,  avec  son  double  mouvement,  a  été  représen- 
tée par  le  signe  symbolique  de  Mercure  ^ . 

Nous  sommes  heureux  d'offrir  au  Publie,  à  ce  propos, 
la  primeur  d'une  note  entièrement  inédite,  due  à  l'obli- 
geance de  l'emiiient  apôtre  des  Missions,  le  marquis  de 
Saint-Yves  d'Alveydre. 


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148 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


3.      Esprit  universel. 
2.  O  Mouvement.        c  yj 
1 .  -|-  Amour,  conjonc-  \  -r 
tion. 


«  Vedha,  Boudha,  Hermès 

sont  synonymes.  —  O  ,  dans 

j      j  -t- 

la  langue  sacrée  de  l'an- 
cienne race  rouge,  écrite  de 
bas  en  haut,  ce  signe  signi- 
fie :  Ki-va-t  :  —  Ki (amour), 
Va  (mouvement),  T  (esprit 
universel). 

«  C'est  le  Savoir,  ou  la  ! 
Connaissance,  dans  son  es- 
sence cosmique  (1). 

«  Le  mot  HPMHS  est  le 
commentaire  du  signe  hiéro- 
glyphique et  atlantique  V, 
et  doit  se  lire  de  gauche  à 
droite  pour  le  sensapparent, 
et  de  droite  à  gauche  pour  le 
sens  caché  : 

«  S,  H  (=a-\-i),  M{sy\- 
lahique  ma),  R,  H (=a+i)« 
—  Total  :  Si  (conjonction, 
lien)  la  ou  Ya  (mouvement 
circulaire  double  de  va-et- 
vient),  Ma  >ty  ya  (mère  de 
Mercure  et  de  Boudha). 

«  Donc,  lien  du  double  mouvement  T  de  la  Nature 

universelle.  » 


+  =2  =  K==  Hh  =  H  = 
È=  A. 

Q=u  =  v=va=w  = 

boù  =  bou. 
^  ■=  t,  substitutif  de  d. 


Telle  est  l'explication  donnée  par  M.  de  Saint-Yves. 

L'hiéroglyphe  mercuriel  H  comporte  une  autre  analyse, 
familière  aux  alchimistes.  Il  peut  se  décomposer  en  trois 
termes,  comme  suit  : 


(1)  Saint- Yves  fait  ici  allusion  à  un  ordre  do  concepts  que  nous  ne 
pouvons,  ni  ne  voulons  aborder  en  ce  volume. 


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l'équilibre  et  son  agent 


149 


1 .  Le  signe  du  Soleil  (Q  ou  O)  »  image  du  Principe  mâle, 
spirituel  et  fécondateur  de  l'Univers  vivant,  d'une  part  ; 

2.  Et  de  l'autre,  le  signe  de  la  Lune  O  ou  W),  em- 
blème de  la  Faculté  féminine,  réceptive  et  morphogéni- 
que; 

3.  Ce  principe  et  cette  faculté  sonl  nuptialement  com- 
binés à  la  faveur  de  |a  croix  (+),  représentation  lingha- 
mique  du  Thau  Sacré  (n  ou  j),  qui  symbolise  lui-même 
tout  Agent  de  Synthèse,  de  réciprocité,  de  mutuelle  réac- 
tion :  tout  lien  agglutinatif  et  cohobant. 

Ce  n'est  pas  tout  :  le  pentacle  9  souffre  une  troisième 
décomposition  :  n'y  peut-on  voir  Yastérisme  zodiacal  du 
taureau  (tf),  dominant  le  quaternaire  des  éléments  +  ? 

Rien  n'est  arbitraire  en  Kabbale  hiéroglyphique  :  le  si- 
gne du  Taureau  marque  en  effet  l'action,  également  ré- 
partie, des  influences  phébiqueet  isiaques  éparées  (1). 


(1)  Nous  défendrons-nous  du  grief  d'avoir,  en  cette  phrase,  placé  le 
Taureau  sous  la  dépendance  du  Soleil  et  de  la  Lune  f  En  d'autres  ter- 
mes, d'avoir  soumis  la  synthèse  zodiacale  de  plusieurs  univers  loin- 
tains, à  l'influence  d'une  modeste  étoile  de  troisiémo  grandeur,  et  d'un 
infime  sous-satellite:  l'un  négligeable,  l'autre  parfaitement  impercep- 
tible dans  l'immensité  cosmique?  Le  Lecteur  voudra  bien, du  moins 
l'osons-nous  croire,  nous  faire  grâce  d'un  pareil  soupçon  de  surpre- 
nante naïveté  ! 

Les  qualités  positive  et  négative,  irradiante  et  absorbante,  mâle  et 
femelle,  se  répartissent  et  se  localisent  dans  les  astres  de  toutes  les  ré- 
gions du  Cosmos  ;  elles  s'équilibrent  et  s'opposent  harmonieusement 
Tune  à  l'autre,  selon  des  lois  préfixes. Les  astrologues  tirent  grand  parti, 
pour  leurs  calculs,  de  ces  contrastes  bissexucls  des  corps  célestes. 

Le  Soleil  et  la  Lune  étant,  à  notre  point  de  vue  terrestre,  les  types 
locaux  de  ces  deux  vertus  opposées,  nous  avons  qualifié  celles-ci  de 
phébif/ue  et  d'isiaque,  —  au  même  sens  où  Moïse,  pour  figurer  cette  gé- 


■ISO 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIKK 


—  Faites  dominer  ce  signe  sur  celui  de  la  Croix  (emblème 
binaire  de  la  conjonction  des  deux  lignes,  verticale-active 
et  horizontale-passive,  —  ou,  si  Ton  préfère,  emblème 
quaternaire  des  Éléments  occultes,  qui  sont  les  fruits  de 
cette  conjonction  même)  :  et  vous  aurez  la  représentation 
parfaite  des  vertus  latentes  du  Mercure  des  Sages  ou  de 
VAnima  mundi. 

Quelquefois,  pour  préciser  certaines  spécifications  du 
Mercure  des  Sages,  les  alchimistes  l'ont  figuré  par  cet 
hiéroglyphe  ^f,  substituant  au  signe  féminin  du  Taureau 
(symbole  de  l'humide  radical)  le  signe  mâle  du  Bélier 
<®  ou      (expressif  du  feu-principe). 

Nous  sommes  entré  dans  ces  détails,  pour  fournir  un 
exemple  frappant  de  l'inflexible  logique  déployée  par  les 
adeptes,  dans  la  formation  et  l'emploi  du  verbe  hiéro- 
glyphique. On  a  pu  voir  trois  méthodes  d'analyse  assez 
différentes,  donne]'  trois  résultats  absolument  concor- 
dants. 

Notre  livre  II,  —  Clef  de  la  Magie  Noire,  —  est  édifié 
tout  entier,  répétons-le,  sur  la  connaissance  de  la  Lu- 
mière secrète  et  de  ses  principales  modifications.  Mais 


initiation  d'influences,  et  signifier  le  type  de  leur  répartition,  écrit  au 
premier  chapitre  de  la  Genèse,  y.  16p  :  «  Et  -il-fit,  Lui-les-Dieux,  cette 
duïtt'—  de-clartés-cxtérieures,  les-grandes  :  l'ipseïté-dc-la-lumiore-cen- 
trale,  la-grande,  pour-représentcr-symboliqueraent-le-jour,  ct-l'ipseïté- 
de-la-lumi^rc-centrale,  la-pelile,  pour-représenter-symboliqueinent  la- 
nuit...  »  (Version  Fabre  (iOliret).  —  La  Bible  d'Osterwald  traduit  : 
«Dieu  donc  Ut  deux  grands  luminaires,  le  plus  grand  pour  dominer 
sur  le  jour,  le  moindre  pour  dominer  sur  la  nuit.  »  Autant  dire  :  le 
Soleil  et  la  Lune.  Était-ce  bien  là  toute  la  pensée  de  Moïse  ?? 


l'équilibre  et  son  agent 


un  aveu  s'impose,  par  quoi  l'on  nous  saura  gré  de  cou- 
clan'. 

Sans  doute  aurons-nous,  au  cours  de  sept  chapitres, 
le  loisir  et  l'étendue  nécessaires  à  1  elucidation  des  pro- 
blèmes qu'il  nous  sera  permis  d'aborder.  Il  en  est  quel- 
ques-uns, pourtant,  sur  le  voile  hiératique  desquels  nous 
ne  saurions  porter  la  main,  sans  nous  voir  taxé  par  nos 
pairs  de  témérité  sans  exemple  (I). 

Il  est  bon  que  nul  n'en  ignore  :  bien  que  n'étant  lié 
vis-à-vis  d'aucun  maître,  puisque  le  peu  que  nous  sa- 
vons est  le  fruit  de  nos  seules  études,  —  nous  entendons 
néanmoins  respecter  les  traditions  séculaires  de  l'occul- 
tisme et  la  majesté  des  symboles  religieux. 

Cela  posé,  prévenons  les  chercheurs  consciencieux, 
que,  tout  en  épaississant  sur  certains  mystères  une 
obscurité  imperméable  aux  yeux  profanes,  il  est  un  souci 
qui  ne  nous  quitte  point:  en  toute  occurrence,  nous  nous 
ingénions  à  marquer  la  voie  aux  initiables.  Pour  peu  que 
ceux-ci  s*appliquent  à  confronter  les  diverses  notions 
que  nous  aurons  pris  soin  de  répartir  par  tout  cet  ou- 
vrage, rien  au  monde  ni  personne  ne  pourra  mettre 
obstacle  à  leur  opiniâtre  volonté  de  lire  entre  les  lignes. 

—  Cherchez,  a  dit  le  grand  Maître,  et  vous  trouverez: 
frappez,  et  il  vous  sera  ouvert. 


(1)  Quoi  qu'il  en  soit,  nous  osons  bien  augurer  quo, lecture  faite,  il  ne 
viendra  à  l'esprit  de  personne,  que  nous  ayons  mal  tonu  notre  engage- 
ment,  de  faire  un  coup  de  jour  sur  l'idole  de  la  CJoétie,  réfugiée  dans 
son  ultime  sanctuaire.  —  Mais  autre  chose  est  d'expliquer  aux  cher- 
cheurs studieux  les  arcanes  du  Mal,  autre  chose,  de  fournir  aux  mala- 
visés tous  les  moyens  de  le  commettre...  Non  enim  scientia  Mali  (dit  un 
grand  Kabbaliste),  sed  mus  damnât! 


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r*y*^.       '♦y*'        <*y^>  ï%y*"'        t*y*">  ï*x*4  ï*y*>  ^*y*'  •"•y*1        '•y*^  <^v^> 


(Section  9). 

L'Ermite  (neuf)  =  Isolement  =  Puissance 
sur  l'Astral  (Mystères  de  la  Solitude). 

Chapitre  II 

LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


a  neuvième  clef  du  Tarot  ouvre  à  l'intelligence 
affranchie  les  mystères  de  la  solitude. 
Un  ermite  à  barbe  inculte,  la  main  gauche 
appuyée  sur  sa  canne,  se  guide  aux  clartés  d'une  lan- 
terne qu'il  soulève  de  la  droite  et  dissimule  un  peu  sous 
les  plis  de  son  large  manteau.  —  Voilà  l'emblème. 

Le  sens  en  est  multiple,  comme  celui  de  tous  les  hiéro- 
glyphes. Nous  nous  attacherons  à  la  signification  moyenne, 
celle  qui  se  propose  naturellement  à  l'esprit.  Néanmoins, 
dans  la  sphère  môme  où  notre  interprétation  se  limite, 
le  pentacle  peut  s'éclairer  de  deux  jours  très  différents, 
selon  qu'on  l'envisage  de  deux  points  de  vue  opposés. 

L'ermite  symbolisera  toujours  le  solitaire  ;  mais  cet 
ermite  peut  être  un  sage,  —  ou  un  fou. 
Sage,  il  s'isole  dans  sa  science  et  sa  pureté  ;  drapé  de 


- 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


la  bure  de  sa  vertu  sereine,  il  brave  toutes  les  conta- 
gions du  dehors.  Mais  plein  de  sollicitude  envers  ce 
monde  imparfait  d'où  il  s'exile,  et  par  égard  pour  les 
yeux  faibles  qu'aveuglerait  une  trop  éblouissante  lumière, 
il  cache  aux  trois  quarts  le  flambeau  du  Vrai  sous  son 
manteau  de  prêtre,  qui  n'en  laisse  prudemment  filtrer 
que  des  rayons  affaiblis.  Son  bâton  à  sept  nœuds,  — 
emblème  du  critérium  infaillible  que  confère  à  l'initié 
l'intelligence  du  Grand  Arcane,  —  son  bâton  représente 
la  verge  de  Moïse,  la  baguette  des  miracles,  la  crosse  du 
parfait  épiscope  :  c'est  le  sceptre  de  l'unité-synthèse. 

Autre  version  :  le  fou  protège  à  grand  peine  la  flamme 
vacillante  de  sa  pauvre  lanterne,  lumière  illusoire  et  dé- 
cevante, qu'éteindrait  le  moindre  souffle  de  cet  instinct 
collectif  des  foules,  qui  a  nom  le  sens  commun.  C'est  que 
l'insensé  a  peuplé  sa  solitude  d'hallucinations  fugitives 
comme  le  rêve,  et  de  mensongères  créatures,  auxquelles 
son  vouloir  peut  seul  prêter  un  semblant  d'existence, 
son  obstination  une  apparence  de  durée...  Il  végète  ainsi, 
cloitré  dans  un  séminaire  de  formes  vaines  et  vides,  qu'il 
prend  pour  la  réalité  ;  se  fiant  au  faux  jour  de  son 
système  à  priori,  dont  la  lanterne  est  le  symbole.  La 
canne  ?  ne  figure-t-elle  point  sa  logique  de  maniaque, 
puissante  encore  que  dévoyée;  sa  déraison  toujours  systé- 
matique, et  les  artifices  où  son  imagination  se  dépense, 
sans  s'épuiser  jamais,  pour  prolonger  l'illusion  et  pou- 
voir se  mentir  à  elle-même  avec  une  conviction  de  jour 
en  jour  plus  affermie?... 

Parlons  du  fou  d'abord,  nous  voulons  dire— du  sorcier. 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


157 


Cet  homme  vit  seul  d'habitude.  Redouté  des  uns,  ba- 
foué des  autres,  odieux  à  tous,  la  vie  commune  lui  est  un 
supplice  ;  il  s'en  affranchit  le  plus  qu'il  peut. 

Mais  l'état  de  société  étant  pour  l'homme  une  condi- 
tion normale,  organique,  presque  absolue  de  l'existence, 
le  sorcier  ne  fuit  guère  sés  voisins,  parmi  lesquels  il 
serait  une  exception  monstrueuse,  que  pour  se  créer  à 
l'écart  une  compagnie  d'êtres  décriés,  suspects  et  hideux 
comme  lui. 

Là  se  révèle  la  raison  majeure  de  ces  assemblées  tou- 
jours excentriques,  parfois  criminelles,  que  nous  avons 
dépeintes  d'après  la  légende  (t). 

On  ne  saurait  mettre  en  doute  l'effective  réalité  de  ces 
nocturnes  réunions  de  malfaiteurs  et  de  nigromans; 
maintes  fois  la  sorcellerie  y  servait  de  prétexte  et  de 
couverture  à  des  forfaits  moins  pittoresques,  ainsi  qu'ail- 
leurs nous  l'avons  noté  (2).  Mais  les  adeptes  qui  ne 
pouvaient  se  rendre  en  corps  à  la  synagogue  y  allaient 
en  esprit  :  tel  sorcier  fréquentait  communément  les 
sabbats,  sans  quitter  son  lit  ou  son  fauteuil. 

A  l'appui  de  cette  opinion,  le  philosophe  Gassendi  nous 
a  conservé  le  souvenir  d'une  aventure  bien  remar- 
quable (3)  et  dont  la  portée  n'échappera  sans  doute  à 
personne. 

Comme  il  se  promenait  par  la  campagne,  il  aperçut  un 


(1)  Le  Serpent  de  la  Genèse,  t.  I,  le  Temple  de  Satan,  p.  151-166. 

(2)  Au  Seuil  du  Mystère,  p.  49-50. 

(3)  Cf.  Gassendi  (Physique,  liv.  Vllf ,  ch.  vm)  cité  par  Debay,  His- 
toire des  sciences  occultes,  Paris,  1883,  in-18  (pages  422-426). 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIKE 


groupe  de  manants  furieux  qui  traînaient  brutalement 
un  malheureux  berger,  ligotté  dans  d'étroites  courroies. 
Gassendi  s'en  émut  et  s'informa.  —  C'est  un  sorcier,  lui 
dit-on,  redouté  de  tous  pour  les  maléfices  qu'il  exerce 
sur  les  hommes  et  sur  les  troupeaux.  Nous  l'avons  sur- 
pris en  flagrant  délit  de  sortilège  ;  de  ce  pas  nous  Talions 
livrer  au  magistrat. 

L'homme  de  science  les  en  dissuada  vivement  :  — 
Conduisez  le  gaillard  chez  moi  :  je  veux  voir...  je  veux 
l'interroger  seul  à  seul. 

Les  paysans  vénéraient  Gassendi,  connu  pour  ses  bien- 
faits dans  tout  le  pays  d'alentour.  Ils  n'eurent  garde  de 
rien  objecter  à  cet  ordre,  et  quand  ils  se  furent  retirés  : 

—  Fais  ton  choix,  dit  Gassendi  :  tu  vas  tout  avouer  et 
je  te  baille  la  clef  des  champs.  Si  tu  refuses,  la  justice 
aura  son  cours... 

L'homme,  tout  tremblant  d'une  si  chaude  alerte,  ne 
témoigna  nul  goût  à  lier  connaissance  avec  Nosseigneurs 
du  Parlement:  on  brûlait  encore,  à  cette  époque-là,  pour 
crime  de  sorcellerie.  Il  commença  donc,  sans  hési- 
ter, la  plus  étrange  confession. 

—  Je  suis  sorcier  depuis  trois  ans,  Monsieur,  et  deux 
fois  la  semaine  je  me  rends  au  Sabbat...  C'est  affaire 
d'avaler  si  peu  que  rien  d'un  extrait  balsamique.  Vers 
minuit,  parait  le  Malin,  sous  l'apparence  d'un  bouc 
monstrueux  ou  d'un  chat  géant  aux  ailes  de  ténèbres;  il 
s'envole  par  la  cheminée,  après  vous  avoir  chargé  sur 
ses  épaules... 

—  Tu  me  donneras  de  ce  baume,  répliqua  Gassendi 
sans  s'émouvoir.  L'expérience  parait  originale  ;  j'en  veux 


Google 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


courir  la  chance...  bref,  je  compte  te  suivre  au  Sabbat. 

—  Qu  a  cela  ne  tienne,  mon  maître  !  J'y  dois  aller  ce 
soir  même  ;  nous  cheminerons  de  compagnie. 

En  attendant  l'heure  fatidique  de  la  médianoche,  le 
berger,  plus  à  son  aise,  fit  au  savant  la  description  cir- 
constanciée des  lieux  incultes  où  Satanas  convoquait  ses 
féaux  ;  il  avoua  les  plus  innommables  débauches,  peignit 
d'ignobles  accouplements  et  de  sauvages  agapes.  Nous 
ferons  grâce  au  Lecteur  des  détails  qu'il  a  pu  lire  au 
chapitre  II  du  Temple  de  Satan  :  une  réédition  de  ce 
genre  parait  inopportune  ;  c'est  vraiment  assez  d'une  fois. 
Au  sabbat,  —  et  surtout  dans  l'imagination  polluée  de 
ceux  qui  s'y  rendent,  de  fait  ou  en  esprit,—  l'obscène  le 
dispute  au  grotesque  et  l'horrible  au  pitoyable. 

A  l'heure  dite,  le  sagace  philosophe  reçut  sans  bron- 
cher sa  part  du  balsamique  électuaire,  qu'il  fit  mine  de 
prendre,  au  même  instant  qu'il  l'escamotait.  Son  compa- 
gnon absorba  la  sienne  en  conscience,  et  tous  deux 
s'étendirent  à  terre,  auprès  de  la  cheminée.  Le  berger  ne 
tarda  point  à  s'endormir  d'un  sommeil  rauque  et  fort 
agité.  Sa  face  se  congestionna  vivement,  d'incompréhen- 
sibles paroles  s'exhalèrent  de  ses  lèvres,  entrecoupant 
par  saccades  sa  respiration  sifflante  et  pénible.  Entre 
temps,  des  soubresauts  convulsifs  marquaient  l'inten- 
tion bien  nette  de  s'élancer  par  les  airs...  Gassendi 
observait  et  notait  à  mesure. 

Au  réveil,  le  pauvre  hère  félicita  celui  que  désormais 
il  saluait  son  complice,  et  l'interpellant  avec  une  volubi- 
lité comique:  —  N'êtes-vous  point  ravi  de  l'accueil  du 
bouc  Léonard  ?  Il  faut  qu'il  vous  ait  de  suite  reconnu 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


grand  clerc,  pour  vous  avoir,  dès  la  première  fois,  con- 
cédé l'insigne  honneur  de  lui  baiser  le  derrière... 

Dans  le  cas  précité,  le  sorcier  avale  un  électuaire  ;  le 
plus  souvent,  avons-nous  dit,  il  se  frotte  le  corps  d'un 
onguent  (1  ). 


(1)  Jean  de  Nynauld,  médecin  et  démonographe  sous  Henri  IV  et 
Louis  XIII, est  fort  curieux  à  consulter  sur  le  chapitre  des  compositions 
diaboliques  en  général  et  des  pommades  hallucinatoires  en  particulier. 
Son  traité  De  la  Lycanthropie \  transformation  et  extase  des  sorciers 
(Paris,  1615,  in-8)  est  sans  contredit  l'ouvrage  ancien  où  nous  ayons 
lu  les  plus  piquantes  anecdotes  à  cet  égard,  et  aussi  les  renseignements 
les  plus  précis  et  circonstanciés  (Voir  au  Catalogue  le  titre  exact). 

•  Entre  tous  les  simples  (dit  Nynauld),  desquels  le  Diable  se  sert  pour 
troubler  les  sens  de  ses  Esclaves,  les  suiuans  semblent  tenir  le  premier 
rang,  desquels  aucuns  ont  vertu  d'endormir  profondement,  les  autres 
légèrement,  ou  point  ;  mais  qui  troublent  et  trompent  les  sens  par 
diuerses  figures  et  représentations,  tant  en  veillant,  qu'en  dormant, 
comme  pouroit  faire  la  racine  de  Belladona,  Morelle  furieuse,  sang  de 
Chauve-souris,  d'huppe,  l'Aconit,  la  Berleja  Morelle  endormante, VAche, 
la  Suye,  le  Pentaphylon,  feuilles  du  Peuplier,  l'Opium,  l'Hyoscyame, 
Cygué,  les  espèces  de  Pavot,  VHyuroye,  le  Synochytides  qui  fait  voiries 
ombres  des  enfers,  c'est-à-dire  les  mauvais  esprits,  comme  au  contraire 
Y  A  nachitides  Met  apparoir  les  images  des  saincts  anges,  ains...  il  per- 
suade et  induit  les  Sorciers  à  rauir  des  petits  enfans,  pour  d'iceux  ex- 
traire la  gresse.et  faire  vn  consommé  pour  moslerdans  leurs  onguens 
(n'oubliant  en  cesto  composition  l'inuocation  particulière  de  leurs 
Démons,  et  cérémonies  magiques  instituées  par  iceux),  ils  s'en  oignent 
toutes  les  parties  du  corps,  après  les  auoir  frottées  iusques  à  rougir, 
afin  que  les  pores  estans  ouuerts  et  relaiez,  l'huyle  ou  onguent  pénètre 
plus  fort  »  (pages  24-26,  passim). 

Nynauld  distingue  trois  sortes  de  pommades  magiques  :  le  premier 
onguent,  à  base  de  sued'ache,  d'aconit,  de  quinte  feuille  et  de  suie,  etc., 
toutes  substances  incorporées  avec  de  la  graisse  d'enfant,  a  pour  effet 
de  provoquer  la  seconde  vue,  l'extase,  le  sabbat  en  imagination,  et  tous 
les  rêves  lucides  ou  non,  cependant  que  le  corps  endormi  ne  bouge 
point. 

La  formule  du  second  onguent  est  plus  étrange,  comme  aussi 
son  effet  :  il  n'y  entre  point  «  de  simples  narcotiques,  mais  seulement 
qui  ont  vertu  de  troubler  les  sens  en  les  aliénant,  comme  pour  exemple, 


LES  MYSTÈRES  DK  LA  SOLITUDE 


161 


II  est  probable  que  notre  philosophe,  mis  en  goût  par 
cette  expérience  tout  improvisée,  fut  curieux  de  tenter 


le  vin  pris  démesurément,  la  belle  done,  la  ceruelle  de  chat  et  autres 
choses  que  ie  tairay,  de  peur  de  donner  occasion  aux  meschansde  faire 
mal  ;  de  sorte  que  ce  transport  no  se  fait  pas  simplement  par  illusion 
«tant  endormy  profondément...,  mais  aussi  réellement,  non  pas  en 
Tcrtu  de  cest  onguent,  mais  par  l'ayde  du  Diablo  qui  les  emporte  veil- 
lants où  bon  luy  semble,  tout  ainsy  qu'il  faiet  les  Magiciens  par  l'air, 
comme  cela  n'est  que  trop  commun  »  (pages  37-38).  Le  Tentateur  n'a- 
t-il  pas  transporté  Jésus  Christ  sur  le  pinacle  du  temple?  Les  saints 
Livres  l'attestent  ;  c'est  donc  un  fait  incontestable,  sur  quoi  le  bon 
Nynauld  étaic  sa  théorie  du  transport  réel,  en  chair  et  en  os.  11  y  joint, 
a  titre  d'exemples,  le  récit  de  plusieurs  faits  contemporains  dont  il  se 
porte  garant.  —  Tout  en  laissant  à  notre  auteur  la  responsabilité  de  cette 
opinion,  peu  congruente  à  l'esprit  positiviste  de  nos  jours,  nous  ne 
^aurions  nous  défendre  de  marquer  en  passant  quo  les  expérimenta- 
teurs de  phénomènes  psycho-fluidiques  n'en  sont  plus  à  compter  les 
cas  avérés  de  lévitation  et  d'apport.  L'hypothèse  du  transport  réel  sem- 
ble même  une  des  moins  invraisemblables  qu'on  puisse  olTrir,  pour  jus- 
tifier l'apparition  parfaitement  réelle  et  positive  du  Katie  King  dans  le 
laboratoire  du  savant  chimiste  William  Crookes  (voy.  plus  bas,  p.  1<>6). 

Le  troisième  onguent  magique  de  Nynauld  so  compose  «de  certaines 
choses  prises  d'en  Crapaud,  d'vn  Serpent,  d'vn  Hérisson,  d'en  Loup, 

d" en  Renard  et  du  sang  humain,  etc  meslees  auec  herbes,  racines  et 

autres  choses  semblables  qui  ont  vertu  de  troubler  et  deceuoir  l'yma- 
giiialiue»  (page  49).  Les  sorciers  qui  s'en  oignent  se  croient  trans- 
formés en  loups,  en  chats  ou  en  quelque  autre  animal,  et  courent  la 
campagne  ou  la  forêt  sous  cette  apparence,  attaquant  les  passants, 
égorgeant  et  dévorant  les  «jeunesses»  qu'ils  parviennent  à  saisir. 
Mais  le  loup-garou  n'apparaît  tel,  au  sentiment  de  Nynauld,  que  par 
l'elTet  d'une  illusion  magique  :  «  quant  à  la  réalité  de  ceste  métamor- 
phose d'hommes  en  bestes,  i'ay  assez  suftisamment  prouué  cy-dessus, 
qu'elle  ne  potiuoit  estre  réellement  faicte  par  aucunes  choses  natu- 
relles, ny  inesme  par  le  Diable,  iaçoit  qu'il  y  employast  toutes  ses  for- 
ces, attendu  qu'il  ne  s<;auroit  seulement  faire  une  mouschc.  Cela  donc 
appartient  à  vn  seul  Dieu,  Créateur  ot  Conseruateur  de  tout  ce  qui  a 
estre  et  mouvement»  (pages  53 -o4).  l*lus  loin,  il  insiste  encore  sur  le 
caractère  illusoire  de  la  Lycanthropie  :  «  ...  d'autant  que  les  Diables  ne 
peuuent  créer  les  natures  :  mais  seulement  peuvent  l'aire  qu'vnc  chose 
semble  estre  ce  qu'elle  n'est  pas  »  (page  62). 

Le  livre  de  la  Lycanthropie  de  Nvnauld,  dont  nous  avons  tiré  ces  ex- 
il 


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162 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


une  autre  épreuve,  en  substituant  cette  fois  un  liniment 
à  la  pilule,  et  l'usage  externe  de  la  drogue  magique  à  son 
usage  intérieur.  En  effet,  s'il  en  faut  croire  Eusèbe  Sal- 
verte,  qui  relate  le  fait  dans  son  livre  des  Sciences 
occultes,  Gassendi,  ayant  préparé  une  pommade  à  base 
d'opium,  «  en  oignit  des  paysans  à  qui  il  persuada  que 
cette  cérémonie  les  ferait  assister  au  Sabbat.  Après  un 
long  sommeil,  ils  se  réveillèrent,  bien  convaincus  que  le 
procédé  magique  avait  produit  son  effet  ;  ils  firent  un 
récit  détaillé  de  ce  qu'ils  avaient  vu  au  Sabbat,  et  des 
plaisirs  qu'ils  y  avaient  goûtés;  récit  où  l'action  de  l'opium 
était  signalée  par  des  sensations  voluptueuses  (l).  » 

Salverte  cite  encore  une  expérience  analogue,  réussie 
par  un  savant  du  xvi°  siècle  :  «  En  1545,  dit-il,  on  trouva 
chez  un  sorcier  une  pommade  composée  de  drogues 
assoupissantes.  Le  médecin  du  pape  Jules  III,  André 
Laguna,  s'en  servit  pour  oindre  une  femme  attaquée  de 
frénésie  et  d'insomnie.  Elle  dormit  trente- six  heures  de 
suite,  et  lorsqu'on  parvint  à  l'éveiller,  elle  se  plaignit 
qu'on  l'arrachait  aux  embrassements  d'un  jeune  homme 
aimable  et  vigoureux...  (2).  » 

traits,  est  le  seul  que  nous  ayons  lu  de  cet  auteur;  mais  les  bibliogra- 
phes en  signalent  un  autre,  publié  par  lui  quatre  ans  plus  lot,  et  qui, 
à  en  croire  son  titre,  aurait  plus  directement  encore  trait  aux  compo- 
sitions et  aux  pommades  magiques  :  les  limes  et  Tromperies  du  Dia- 
ble, descouuerfes  sur  ce  qu  i/  prétend  auoir  enuers  les  corps  et  ames  des 
sorciers  :  ensemble,  la  composition  de  leurs  onguent,  par  1.  de  Nynauld. 
—  Paris.  1611,  in-8  (Voir  (iratlssc,  liibliotheca  magica  et  pneumatica, 
Leipsig,  1843.  in-8,  page  55). 

(I  l  Kusèbe  Salverte,  Des  Sciences  occultes,   1859.  in-8  (tome  II,  ch. 
xviii.  page  11). 

(2)  A.  Lnxui\a.,Commentairr  sur  Dioscoride,  liv.  LXXVI,  chap.  m.  cité 
par  Sa/ verte,  ibid.,  11,  12;. 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


163 


Tous  les  bouquins  de  magie  superstitieuse  donnent  des 
formules  de  pommades  hallucinatoires.  Le  libellé  n'en 
Tarie  guère.  C'est  toujours  une  axonge  plus  ou  moins 
diabolisée,  pétrie  d'extraits  de  plantes  narcotiques  et  de 
poudres  aphrodisiaques  (l).  L'absorption  cutanée  de  cette 
drogue  procure  un  profond  sommeil,  traversé  de  visions 
luxurieuses  qui  vont  jusqu'à  la  folie,  de  sensations  exas- 
pérées qui  simulent  tous  les  contacts. 

Autant  d'hallucinations,  provoquées  sans  doute  par  le 
toxique,  mais  pourtant  proportionnelles  h  la  dépravation 
mentale  du  patient.  D'inconscientes  auto-suggestions  dé- 
terminent la  direction  de  ces  rêves  impurs. 

Il  faut  songer  que,  jusqu'au  dernier  siècle,  la  tradition 
classique  des  rites  du  Sabbat  fixait  assez,  dans  l'imagina- 
tion populaire,  les  diverses  phases  de  ces  convcnticulcs 


(I)  Los  suppositoires  de  jusquiame  jouaient  un  grand  rôle  :  YHyos- 
ciamiis  niger  passant,  à  tort  ou  à  raison,  pour  cumuler  toutes  les 
vertus  précieuses  au  nécroruan  (utile  dulci  suaviter  miscendo). 

Quant  à  la  drogue  d'usage  interne,  nous  produirons,  à  titre  de  cu- 
riosité, une  formule  dont  nous  sommes  sûr,  d'un  effet  prompt  et  véri- 
tablement prodigieux.  Mais  nous  ne  conseillerions  à  personne  d'en  faire 
L'essai.  .  Et  d'abord,  en  précisant  les  proportions,  nous  n'aurons  garde 
d'indiquer  la  dose. 


%  (Lima  derrescente)  : 


Suce  ^nanth.  Crocat 
Extract.  Opii  Srnyrn. 
Extract,  nucis  Belhel 
Extract  Pentaphyll. 
Extract  Belladonm. 
Extract.  Ilvosciami 


15 


3 
i>0 
30 

0 


F.  S.  A. 


Pour  X 


prises. 


Extract,  pingue  Cannabis  indic.  .  .  S.'iO 
Extract  Cantharid   5 


rat!    |  aa Q-S' 


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164 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


orgiaques,  pour  que  le  cerveau  du  somnambule  les  tra- 
duisît en  un  enchaînement  d'images  dont  il  reflétait  la 
suite,  à  la  façon  d'une  glace  devant  laquelle  se  déroule- 
rait la  scène  entière. 

Dans  le  sommeil,  toute  idée  précise  évoque  aussitôt 
la  forme  qui  lui  est  adéquate  en  morphologie  analogique. 
C'est  un  fait  connu... 

Le  mot  imagination,  pitoyablement  travesti,  détourné 
de  son  sens  initial,  semble  avoir  été  créé  par  un  adepte. 
L'imagination,  qu'en  haute  Magie  on  nomme  encore  le 
translucide  ou  diaphane,  c'est  le  miroir  où  viennent 
s'imaginer,  se  réfléchir  en  images,  les  formes  flottantes 
dans  la  lumière  astrale.  V  intuition  est  l'art  de  contem- 
pler (intueri),  à  travers  ces  images  évoquées  dans  le  dia- 
phane, les  vérités  d'ordre  intelligible  dont  elles  peuvent 
être  expressives. 

Le  sorcier  qui  dort  du  sommeil  satanique  peut  assister 
au  Sabbat  sous  deux  modes  très  distincts  :  il  peut  faire 
venir  le  Sabbat,  en  évoquer  les  scènes  ;  mais  il  peut 
//  aller  aussi,  en  corps  astral.  Il  peut  même,  s'il  s'agit 
d'une  assemblée  réelle  de  personnages  en  chair  et  en  os, 
y  manifester  sa  présence,  y  être  vu  et  même  touché... 

Car,  indépendamment  des  phénomènes  subjectifs,  de 
beaucoup  les  plus  fréquents  en  sorcellerie,  il  en  est  par- 
fois qui  présentent  une  certaine  objectivité  :  tels,  les  faits 
de  bilocation,  dont  nous  avons  signalé  plusieurs  (1). 


(1)  Au  Seuil  du  Mystère,  pages  216-218  ;  et  le  Temple  de  Satan, 
passim. 


< 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  Km 


Ceux  qui  ont  lu  nos  précédents  Essais  de  Sciences 
Maudites  sont  familiers  avec  ces  choses  étranges  de 
l'Astral  ;  d'ailleurs,  le  chapitre  I  du  présent  ouvrage  * 
donne  une  suite  aux  renseignements  antérieurement 
produits,  et  les  complète...  Sans  revenir  sur  des  généra- 
lités qui  se  trouvent  partout,  rappelons  aux  curieux  que 
le  Médiateur  plastique  de  l'homme,  ou  corps  astral,  — 
ce  substratum  éthéré  du  corps  physique,  en  un  mot  le 
Périsprit  des  Docteurs  du  Spiritisme,  —  peut  être  pro- 
jeté méthodiquement  au  dehors  :  il  n'y  faut  qu'une  vo-  ' 
lonté  ferme  et  beaucoup  d'entraînement. 

A  l'état  normal,  ce  corps  fluidique  est  invisible;  mais 
il  peut,  en  s'objectivant,  se  compacter  dans  une  mesure 
plus  ou  moins  accessible  aux  sens  :  soit  qu'il  obéisse  à 
l'efficace  volonté  de  l'adepte,  ou  qu'il  se  trouve  dans 
certaines  conditions  peu  fréquentes,  que  déterminent  les 
variations  de  l'atmosphère  hyperphysique  dont  notre 
planète  est  enveloppée.  Il  devient  visible  alors,  et  pré- 
sente même  une  incroyable  résistance  au  toucher.  Sa 
compaction  offre  parfois  l'apparence  parfaite  de  stabilité 
et  de  cohésion,  qui  est  propre  au  corps  matériel  :  tous 
les  sens  de  l'observateur  sont  correctement  impression- 
nés.... Et  qu'on  ne  fasse  point  intervenir  cette  fameuse 
théorie  de  l'hallucination  collective  et  concomitante  de 
tous  les  spectateurs  présents.  C'est  une  hypothèse  rece- 
vable,  nous  l'admettons,  en  présence  de  certaines  pro- 
ductions fallacieuses  de  nos  médiums,  quand  telle  per- 
sonne distingue  une  forme  précise,  que  telle  autre  voit 
un  petit  nuage  gris  ou  blanchâtre,  cette  dernière  abso- 
lument rien.  — -  Mais  en  regard  de  faits  comme  ceux  que 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


nous  allons  rappeler  pour  mémoire,  une  pareille  hypo- 
thèse ne  mérite  qu'un  succès  de  fou-rire. 

Voulez-vous  que  nous  prenions  l'exemple  de  Katy 
King?  Nul  n'est  sans  avoir  ouï  narrer  l'apparition  de  ce 
fantôme,  sa  matérialisation  positive,  obtenue  plusieurs 
fois  la  semaine,  des  années  durant,  non  pas  sur  un 
théâtre  par  un  barnum,  mais  dans  un  laboratoire  de 
chimie  et  par  l'un  des  plus  illustres  savants  que  reven- 
dique l'Europe  intellectuelle  du  xixc  siècle,  Sir  William 
Crookes?  Les  universitaires  presque  en  masse  ont  vili- 
pendé ce  génie  :  d'aucuns  môme  ont  insinué  qu'il  était  le 
compère  de  la  fillette  qui  servit  de  médium. 

Les  faits  scientifiquement  observés,  enregistrés  et 
classés  par  M.  Crookes  dans  l'ouvrage  qu'il  a  mis  au 
jour  il  y  a  quelque  vingt  ans,  Recherches  sur  les  phéno- 
mènes du  spiritualisme  (1),  fracassent  à  tel  point  toutes 
les  catégories  mentales  de  nos  pauvres  pédants  de  la 
matière,  et  bouleversent  si  bien  de  fond  en  comble  leur 
petite  chapelle  scientifique,  en  trahissant  à  la  fois  l'insuf- 
fisance de  leur  méthode  et  le  mal  fondé  de  leurs  critères, 
que  les  collègues  de  M.  Crookes  à  la  Société  Royale  de 
Londres  ont  poussé  l'affolement  jusqu'à  se  couvrir  d'un 
ridicule  éternel  !  jusqu'à  mettre  en  doute  la  loyauté  et 
même  suspecter  l'état  mental  de  l'inventeur  qui,  —  en 
dehors  de  ses  découvertes  psychiques,  —  a  conquis  à  la 
science  tant  et  de  si  merveilleuses  certitudes  ! 


(i)  C'est  un  recueil  de  divers  mémoires  publiés,  de  1870  à  1874, 
dans  le  Quaterly  Journal  of  Science  et  autres  revues.  Nous  n'avons 
sous  les  yeux  que  la  version  française  de  ce  livre,  traduction  Alidel, 
Paris,  S.  D..  in-12,  iig. 


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1 

I 

LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  167 


Quelques-uns  à  peine,  (conviés  à  la  vérification  scien- 
tifique des  phénomènes,  ceux-là  avaient  vu,  touché,  expé- 
rimenté... et  même  photographié  l'apparition  î)  quelques 
rares,  —  sont-ce  les  plus  courageux  ou  les  plus  lâches? 
—  ont  louvoyé  quand  il  s'est  agi  pour  eux  de  déposer  à 
la  barre  de  l'opinion  :  ils  réservaient  leur  jugement  et 
déclinaient  l'honneur  de  se  prononcer. 

Et  le  grand  chimiste,  qu'a-t-il  répliqué,  lui,  aux  insul- 
ieurs  et  aux  incrédules?  —  Ah  !  je  suis  halluciné...  Et 
mes  balances,  et  mes  appareils  photographiques,  et  mes 
enregistreurs,  sont-ils  hallucinés,  eux  aussi?... 

Mais,  sans  pudeur  de  couvrir  sa  défaite,  sans  un  mot 
de  réponse  à  cette  décisive  objection,  la  logique  de 
M.  Prud homme  a  rendu  sa  sentence  en  ces  termes  :  ou 
cet  homme  est  un  imposteur,  ou  c'est  une  dupe,  ou  c'est 
un  fou  ! 

Voilà  donc  votre  salaire,  la  paye  obligatoire  qui  vous 
attend  tous,  tant  que  vous  êtes,  boucs-émissaires  de  la 
Vérité  sainte,  prophètes  de  la  Lumière  nouvelle  qui  blan- 
chit l'horizon  î  expérimentateurs  hardis,  profonds  pen- 
seurs, qui,  appliquant  au  monde  hyperphysique  les  pro- 
cédés mêmes  de  la  science  positive,  avez  établi  l'inébran- 
lable base  d'un  monument  synthétique  des  connaissances 
humaines,  et  posé  la  première  pierre  du  temple  auguste 
où  se  célébrera,  —  l'heure  est  proche  î  —  la  solennelle 
réconciliation  des  sœurs  ennemies,  la  Science  et  la  Foi  !.. . 

En  effet,  depuis  une  quinzaine  d'années,  l'horizon  des 
esprits  n'est  plus  le  même  ;  le  glas  sonne  du  matérialisme 
agonisant,  l'évolution  mystique  s'accentue  de  jour  en  jour. 

Au  firmament  intellectuel  scintille  une  magnifique 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


pléiade:  liix  erit!  Que  de  savants  du  premier  ordre,  con- 
vertis à  la  vérité  spiritualiste  (ou  du  moins  à  la  conscience 
d'un  au-delà)  par  la  logique  de  leurs  mémorables  expé- 
riences :  Aksakoff  en  Russie,  Crookes,  Russel  Wallace  et 
de  Morgan  en  Angleterre,  Cari  du  Prel  et  Zœllner  en 
Allemagne,  Edland  et  Tornebon  en  Suède,  Lombroso  et 
Chiaïa  en  Italie  !...  En  France,  réminent  colonel  de  Ro- 
chas veut  être  salué  d'abord  :  ses  découvertes  de  physio- 
logie occulte  balancent  celles  même  du  grand  chimiste 
anglais;  nommons  en  outre  M.  le  Dr  Gibier,  M.  le  Dr  Bara- 
duc,  MM.  Charles  Richet  et  Marillier,et  nous  n'aurons  men- 
tionné qu'un  petit  nombre  des  plus  notables  d'entre  eux. 

Mais  quand  William  Crookes  publia  d'une  plume  intré- 
pide le  résultat  de  ses  recherches,  c'était  encore,  —  en 
Europe  du  moins,  —  chose  inouïe  et  scandale  sans  pré- 
cédent, qu'une  célébrité  scientifique  telle  que  lui  donnât 
dans  l'étude  des  forces  occultes  et  s'avisât  d'expérimen- 
ter sur  les  spectres  et  les  «  Esprits  »  (I).  Ce  fut  un  toile. 
Le  savant  ne  broncha  point.  Il  confirma  ses  dires. 


(1)  Pourtant,  dès  1869,  une  Société  dialectique,  qui  comptait  parmi 
ses  membres  actifs  des  notabilités  de  la  science  anglaise,  avait  nomme 
une  commission  de  33  enquêteurs,  pour  1  étude  des  phénomènes  «  soi- 
disant  spiritualistes  ».  Il  était  temps  d'en  finir  avec  cette  billevesée  à 
la  mode;  ces  Messieurs  comptaient  sur  un  rapport  écrasant!  Mais  à 
l'issue  d'une  longue  et  minutieuse  enquête,  la  commission  avait  conclu 
à  l'incontestable  réalité  des  phénomènes. 

Rien  n'avait  pu  faire  prévoir  pareil  résultat.  La  Société  dialectique  en 
fut  attérée.  Elle  refusa  de  prendre  la  responsabilité  du  rapport  de  ses 
33  membres  délégués  pour  l'enquête,  les  laissant  libres  de  publier  leurs 
conclusions,  mais  à  leurs  risques  et  périls  î...  Et  pourtant  il  ne  s'agis- 
sait que  de  phénomènes  assez  anodins,  au  regard  des  condensations 
fantômales.  La  commission  n'avait  observé  et  contrôlé,  du  moins  par 
elle-même,  que  la  production  de  bruits  sans  cause  appréciable,  des  dé. 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  16!) 


—  Pour  me  bien  assurer  que  c'était  une  vraie  femme, 
insiste  M.  Crookes,  une  femme  en  chair  et  en  os,  j'ai  ob- 
tenu de  Katy  King  de  la  prendre  dans  mes  bras  !... 

Cependant,  toujours  indulgente  et  propice  à  tous  les 
contrôles,  cette  Katy  King  se  matérialisait  de  toutes  piè- 
ces aux  yeux  de  Crookes,  et  causait  familièrement  avec 
lui  et  les  visiteurs  qu'il  admettait  en  son  laboratoire  :  elle 
se  compactait  instantanément,  tandis  que  son  médium, 
dans  un  état  d'absolue  catalepsie,  gisait  sur  un  tapis  ou 
sur  un  canapé. 

Dans  le  Fakirisme  Occidental  (l),  très  curieux  et  très 
courageux  livre,  hardiment  pensé,  délicatement  écrit,  le 
Dr  Gibier  donne  la  reproduction  phototypique  des  clichés 
obtenus  par  William  Crookes.  L'une  des  épreuves  nous 
montre  groupés,  —  tous  trois  parfaitement  distincts  !  — 
le  savant,  le  fantôme  et  le  médium.  D'ailleurs  le  médium 
était  une  enfant  brune,  assez  délicate  et  de  taille  moyenne 
(M110  Cook),  et  Katy,  beaucoup  plus  forte  et  plus  grande, 


placements  d'objets  sans  contact,  des  faits  de  télégraphie  psychique  et 
autres  du  même  genre. 

Voilà  où  en  étaient  les  choses,  quand  Crookes  commença  ses  inves- 
tigations, et  qu'on  le  vit  publier  successivement  ses  oxpériences  si  con- 
cluantes avec  le  concours  de  D.  Dunglas  Home,  puis  la  série  des  déci- 
sives épreuves  auxquelles  Katy  King  et  M11*  Cook  son  médium  se  sou- 
mirent de  si  bonne  grâce. 

(1)  Le  Spiritisme  (Fakirisme  occidental),  Paris,  Doin,  1887,  in-18, 
hg.  —  Le  Dr  Paul  Gibier,  aide-naturaliste  au  Muséum,  eut  également 
l'honneur  d'encourir  l'excommunication  majeure  des  savants  officiels  ; 
mais  les  foudres  universitaires  ne  l'ont  pas  pulvérisé...  Il  a  publié  de- 
puis, sous  ce  titre,  Analyse  des  choses  (Paris,  1890,  in-12),  un  essai  de 
synthèse  philosophique  et  scientifique,  dont  les  conclusions  sont  en 
concordance  avec  celles  de  l'occultisme.  Il  est  arrivé,  par  l'induction 
d'une  part,  et  l'intuition  de  l'autre,  à  reconstruire  de  lui-même  le  plan 
de  l'édifice  traditionnel. 


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170  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


avait  les  cheveux  «  châtain  doré  ».  Oookes  en  a  coupé 
une  mèche,  qu'il  garde,  comme  une  pièce  à  conviction 
assez  éloquente  et  une  preuve  péremptoire  de  ces  maté- 
rialisations. Voici  textuellement  ce  qu  en  écrit  le  grand 
chimiste  :  «  une  boucle  des  cheveux  de  Katy,  qui  est  là 
sous  mes  yeux  et  qu  elle  m'a  permis  de  couper  au  milieu 
de  ses  tresses  luxuriantes,  après  l'avoir  suivie  de  mes 
propres  doigts  jusque  sur  le  haut  de  ma  tète  et  m  ètre 
assuré  qu'elle  y  avait  bien  poussé,  est  d'un  riche  châtain 
doré  »  (l). 

Non,  l'illustre  inventeur  de  Y  État  radiant  n'est  ni  un 
imposteur,  ni  un  halluciné. 

Reste  l'hypothèse  de  la  supercherie  dont  le  Maître  au- 
rait été  la  dupe...  Nous  le  demandons,  est-il  un  instant 
admissible  qu'un  homme  du  poids  de  M.  Crookes,  un 
investigateur  scientifique  de  cette  expérience,  un  savant 
de  cette  compétence  en  physique  et  en  chimie,  se  soit 
laissé  jouer,  berner,  bafouer  par  une  naïve  miss,  une 
timide  enfant  de  quinze  ans  ?  Et  jouer  plusieurs  fois  la 
semaine,  des  années  durant,  presque  toujours  dans  son 
propre  laboratoire,  au  milieu  de  ses  instruments  de  con- 
trôle expérimental  qui  n'ont  dénoncé  aucune  fraude  ;  en 
présence  d'amis  également  compétents,  inaccessibles  à 
toute  illusion  des  sens  et  qui  ont  vu  comme  lui  ! 

Nous  croyons,  pour  notre  part,  à  la  réalité  de  ces  phé- 
nomènes, comme  si  nous  en  eussions  été  témoin  ;  nous 
les  estimons  scientifiquement  vérifiés.  Mais  attendu  que 


(1)  Recherches  sur  te  spiritualisme  (traduction  Alidel,  p.  9  de  l'Ap- 
pendice, intitulé  :  Médiumnitè  de  M*  Cook). 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  471 


jamais  faits  analogues  ne  se  sont  encore  produits  sous 
nos  yeux,  nous  nous  réservons  d'en  fournir  ultérieure- 
ment la  théorie  occulte.  —  Que  peut-elle  être  au  demeu- 
rant, cette  théorie,  sinon  le  développement  logique  et  la 
déduction  jusqu'aux  plus  extrêmes  conséquences,  de  celle 
qui  nous  a  servi  et  nous  doit  servir  encore  à  expliquer 
les  phénomènes  dits  fluidiques,  —  bilocations,  dédouble- 
ments, apports,  objectivations  incomplètes,  —  tels  que 
nous-mème  en  avons  vu  et  étudié  plusieurs  ? 

Nous  mentionnions  tout  à  l'heure  la  faculté  que  chacun 
possède  en  puissance  et  peut  réaliser  et  développer  en 
soi  par  le  double  effort  de  sa  persévérante  volonté  :  sa- 
voir, d'opérer  le  dédoublement  de  l'homme  interne  et  de 
l'homme  extérieur,  de  l'être  essentiel  et  de  son  vêtement 
terrestre.  C'est  ainsi  que,  sous  l'impulsion  du  vouloir,  le 
périspril  ou  double  sidéral,  enveloppe  fluidique  de  l'âme, 
peut  se  projeter  hors  de  l'organisme  physique,  diriger  sa 
locomotion,  se  transférer  aux  lieux  les  plus  lointains,  et 
même  se  condenser  au  point  d'affecter  normalement  les 
sens  matériels  ;  tandis  que  le  corps  déserté  reste  en  ca- 
talepsie, ou  du  moins  n'est  plus  animé  que  d'une  vie  au- 
tomatique et  en  quelque  sorte  végétative. 

Dans  certains  cas,  ce  dernier  offre  même  à  l'examen  les 
symptômes  d'une  mort  récente  :  la  chaleur  baisse  très 
sensiblement  ;  la  respiration  cesse  et  le  cœur  ne  bat  plus, 
ou  c'est  d'un  si  faible  essor  que  ces  deux  fonctions  devien- 
nent imperceptibles  à  l'oreille  la  mieux  exercée. 

C'est  là  ce  que  les  occultistes  appellent  une  sortie  en 
corps  astral. 


172 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Si  loin  qu'il  se  soit  envolé  de  sa  prison  de  chair,  le  Pé- 
risprit  reste  toutefois  lié  à  celle-ci  par  une  chaîne  sym- 
pathique d'une  exquise  ténuité;  ce  cordon  ombilical  est 
le  seul  lien  qui  rattache  encore  à  sa  matrice  objectiv  e 
l'âme  humaine  (dont  le  périsprit  n'est  que  l'enveloppe 
fluidiqueet  la  partie  la  moins  épurée).  En  resserrant  sou- 
dain la  chaîne,  le  corps  fluidique  peut  réintégrer  le  corps 
matériel;  mais  si  la  chaîne  vient  à  se  rompre,  la  mort 
arrive  instantanée,  foudroyante,  comme  à  la  suite  d'une 
rupture  d'anévrisme. 

Cette  expérience  est  chose  grave  ;  quelques  précau- 
tions qu'on  prenne,  elle  ne  se  tente  jamais  sans  danger. 

D'abord,  le  Périsprit  en  stase  de  condensation  qui  ren- 
contre en  chemin  une  pointe  métallique  est  sérieusement 
menacé  :  pour  peu  que  sa  substance  centrale  soit  enta- 
mée, le  coagulât  se  dissout  et  la  mort  est  certaine.  Dans 
le  cas  où  l'objet  aigu  se  borne  à  en  effleurer  la  périphérie, 
une  part  notable  de  sa  vitalité  est  subitement  soutirée 
par  lui,  comme  l'électricité  d'un  nuage  par  la  pointe  d'un 
paratonnerre.  Le  corps  astral  court  le  même  risque,  de 
ce  fait,  que  le  corps  matériel  après  une  abondante  hé- 
morragie, —  la  syncope. 

Mais  d'autres  dangers,  d'un  ordre  plus  étrange  et  plus 
mystérieux,  menacent  l'étourdi  chercheur  qui  se  hasarde 
à  tenter  une  projection  de  sa  sidèralité,  sans  s'être  envi- 
ronné de  toutes  les  garanties  préalablement  requises,  pour 
mener  à  bien  une  aussi  redoutable  expérience... 

Il  faut  bien  convenir  que,  —  mage  ou  sorcier,  — -  ce- 
lui qui  la  réussit  réalise  en  soi-même  un  chef-d'œuvre 
d'équilibre,  ou  plutôt  résume  en  sa  personne  une  antino- 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


173 


raie  sans  pareille.  Mort  et  vivant  tout  ensemble,  il  subit 
à  la  fois  deux  conditions  detre  contradictoires  :  l'objective 
ou  terrestre,  et  la  subjective  ou  posthume. 

Pendant  le  sommeil,  il  est  vrai,  tout  être  mène  simul- 
tanément ces  deux  existences  ;  le  corps  astral,  épuisé 
par  la  dépense  nerveuse  subie  durant  la  veille,  s'exté- 
riorise au  moins  partiellement  pour  plonger  à  l'océan 
collectif  astral,  et  faire  provision  de  nouvelles  forces. 
Mais  outre  qu'en  ce  cas  quotidien,  le  corps  astral  ne  s'é- 
loigne guère  de  sa  dépouille  (1)  et  même  ne  la  quitte 
point,  —  tel  un  baigneur  timide  se  cramponne  des  mains 
aux  branches  du  rivage,  afin  de  braver  sans  péril  la  force 
du  courant,  —  il  faut  noter  que  l'être  abmatérialisé  par 
le  sommeil  ne  s'évertue  pas  à  compacter  au  loin  sa 
substance  pour  la  rendre  visible.  Or  le  danger  des  sor- 
ties en  astral  réside  sur  toute  chose  dans  cette  phase  de 
condensation,  qui,  nécessitant  sur  un  point  éloigné  le 
concours  et  l'effort  de  toute  la  vitalité  disponible,  a  pour 
prime  conséquence  d'en  tarir  complètement  le  corps  phy- 
sique, de  vider  ses  dernières  réserves  de  force  nerveuse, 
et  de  réduire  à  la  plus  indigente  ténuité  le  lien  sympa- 
thique intermédiaire.  Enfin  l'être  qui  dort  obéit  à  l'ins- 
tinct commun,  qui  le  guide  infailliblement  dans  les  rou- 
tes aplanies  de  la  nature  :  l'occultiste,  au  contraire,  en 
phase  de  bilocation,  prétend  diriger  sa  tentative  au  gré 


(1)  Il  peut  s'en  éloigner,  même  à  d'énormes  distances,  comme  nous 
l'avons  dit  au  Seuil  du  Mystère,  (pages  216-218)  ;  niais  c'est  là  l'excep- 
tion. Lo  cauchemar  vague  et  sans  objet  précis  peut  être  le  symptôme 
d'un  éloignement  anormal  :  le  corps  matériel  souffre  alors  d'un  ma- 
laise extrême,  et  l'aine  dépaysée  s'effraie  


174  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


de  son  intelligence  parfois  inexpérimentée  et  de  sa  vo- 
lonté souvent  téméraire. 

C'est  donc  de  ce  dernier  qu'il  est  question  pour  l'ins- 
tant. Il  a  sciemment  dépouillé  son  vêtement  de  chair,  et 
il  s'élance,  emporté  vers  un  but  préfix  par  le  char  subtil 
de  son  àme,  dirait  un  disciple  de  Pythagore  :  car  le  grand 
philosophe  nommait  ainsi  le  corps  lumineux,  double 
éthéré  du  corps  physique  (l). 

Nous  dirons  d'abord  les  périls  qui  s'adressent  au  corps 
astral  dénudé.  —  Quels  dangers  (plus  effrayants  peut- 
être)  menacent  le  corps  matériel  laissé  vide  et  inerte  ? 
C'est-ce  qu'ensuite  nous  exposerons. 

Dès  le  sortir  de  l'enveloppe  objective,  le  Périsprit  se 
trouve  entraîné  à  la  dérive  des  ondes  torrentielles  qui  en- 
cerclent la  planète  de  leurs  tourbillons  :  c'est  le  Maëlstrom 
lluidiquc  (2)  ;  c'est  le  vortex  où  se  love  Nahàsh  UHJ, 
le  Serpent  dWshiah  ïTUÏ?  ;  c'est  le  véhicule  grondant 
de  tout  le  possible  qui  voudrait  être,  de  toutes  les  virtua- 
lités subjectives  avidesde  s'objectiver,  de  toutes  les  âmes 

des  différentes  hiérarchies  impatientes  de  s'incarner  

Si  le  corps  astral  ne  parvient  pas  à  franchir  ce  fleuve  im- 
pétueux, ou  du  moins  à  s'y  diriger,  il  est  perdu. 

Il  faut  qu'il  sache  triompher  de  la  succion  d'Iônah,  de 
l'accablement  dl'lereb  :  résister  aux  deux  forces  centri- 


(1)  Le  char  subtil  de  Pythagore  est  plutôt  le  corps  spirituel  élaboré 
par  l'épreuve  et  dynamisé  par  l'entraînement  magique,  que  le  Péris- 
prit ou  corps  astral  brut  (Voir  noschap.  iv,  v  et  vi).  Cependant  celui-ci 
peut  élro  ainsi  nommé  par  extension,  comme  en  ont  coutume  beau- 
coup d'occultistes  de  l'école  même  de  Pythagorc. 

(2)  Ceque  plusieurs  voyants  désignent  sous  ce  nom  :  l'engrenage  des 
grandes  roues  noires. 


f 


LES  MYSTKRES  DE  LA  SOLITUDE 


175 


fuge  et  centripète  ;  manifestations  des  principes  occultes 
de  l'Espace  éthéré,  rayonnant  >  où  s'exerce  l'influx  de  la 
Vie,  et  du  Temps  dévorateur,  ténébreux,  qui  gouverne  le 
reflux  de  la  Mort! 

La  Lumière  astrale  roule  en  ses  ondes  les  mirages 
animés  les  plus  repoussants,  les  plus  terribles,  les  plus 
monstrueux  :  que  la  frayeur,  la  haine  ou  quelque  pas- 
sion vive  envahisse  soudain  l'àme  en  sortie  sidérale,  le 
lien  se  rompt  et  l'àme  ne  peut  plus  rentrer. 

Ce  n'est  pas  tout.  Dût-on  nous  accuser  de  folie,  nous 
voulons  tout  dire. 

Le  véhicule  du  potentiel  en  instance  d'objectivité  re- 
gorge donc,  —  et  nous  y  insistons,  —  de  formes  parfois 
hideuses,  que  le  pinceau  de  Goya  serait  impuissant  à 
rendre  dans  toute  leur  horreur.  Ces  spectres,  dont  nous 
reparlerons,  —  êtres  obscurés  ou  luisant  d'un  vague 
instinct,  semi-conscients  et  d'une  intelligence  limitée 
comme  beaucoup  d'Élémentaux  et  même  d'Élémentaires, 
ou  brutaux  et  inconscients  comme  les  Larves  proprement 
dites,  —  veulent  à  tout  prix  s'incarner  :  ce  sont  les  Lé- 
mures de  tout  ordre. 

Vous  représentez-vous  ce  fleuve  torrentiel  de  l'existence 
subjective  (1)?  Ces  lémures  y  roulent,  emportés  pêle- 
mêle  avec  les  aines  à  naître...  —  Çà  et  là  se  forment 


(1)  Subjectif  s'emploie  en  occultisme  pour  qualifier  ce  qui  n'est  que 
virtuel  à  l'état  d'essence,  par  opposition  à  ce  qui  est  manifeste  à  l'état 
de  matière.  Non  point  qu'il  s'agisse  d'une  chose  qui  est  néant  en  de- 
hors de  la  pensée  qui  la  conçoit,  d'une  illusion  du  sujet  :  les  choses 
du  plan  subjectif  deviennent  objets  pour  tous  ceux  qui  savent  se  main- 
tenir sur  ce  plau,  où  s'épanouit  la  réalité  intérieure  de  la  Nature. 


-i  ■ — - 


! 


176  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


de  petits  vortex  à  l'aigu  sifflement,  prompts  à  se  ré- 
soudre après  un  arrêt  brusque.  C'est  un  être  qui  vient  de 
s  objectiver  en  s'incarnant:  il  est  passé  de  puissance  en 
acte. 

Comment?  —  Soit  en  animant  l'ovule  fécondé  d'une 
femelle  animale  de  sa  race  :  le  fantôme  s'est  fait  embryon  ; 
sa  virtualité  d'extériorisation  progressive  s'y  exerce  an 
gré  des  normes,  et  détermine  sa  forme  organique  sur  le 
patron  de  la  faculté  plastique  qui  lui  est  propre  :  après 
une  gestation  plus  ou  moins  longue,  il  nait,  incarné  sous 
une  forme  adéquate  à  sa  nature,  analogue  et  propor- 
tionnelle à  son  verbe  intérieur.  Telle  est  la  règle  poul- 
ies âmes  de  toute  hiérarchie  terrestre.  —  Soit  en  s'en- 
gouffrant  dans  une  effigie  matérielle,  encore  vivante, 
mais  actuellement  abandonnée  et  vide  :  les  Larves,  dé- 
nuées, comme  nous  le  dirons,  de  principe  morphique  cl 
d'essence  individuelle,  (incapables  en  conséquence  de  se 
bâtir  en  corps),  usent  surtout  de  ce  mode  d'incarnation 
par  surprise... 

Conçoit-on  la  portée  de  cette  éventuelle  abomination  ? 
L'expérimentateur  téméraire,  quand  il  veut  réintégrer 
son  corps,  peut  le  trouver  occupé  par  une  Larve,  qui  s'y 
est  installée,  a  pris  possession  des  organes,  s'y  est  for- 
tifiée pour  ainsi  dire. 

Alors,  de  quatre  choses,  l'une  : 

Ou  bien  l'occultiste  parvient  à  chasser  l'ennemi  et  re- 
prend la  place  d'assaut  ;  c'est  V unique  chance  de  salut. 

Ou  bien,  après  avoir  délogé  l'intrus,  la  fatigue  de  la 
lutte  ne  lui  laisse  plus  la  force  de  réintégrer  son  orga- 
nisme ;  et  c'est  la  mort. 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  177 

Ou  bien,  il  rentre  sans  avoir  pu  expulser  le  fantôme  ; 
'  il  doit  se  résoudre  à  vivre  en  partage  avec  lui  ;  d'où  la 
folie,  la  monomanie,  ou  tout  au  moins  la  possession. 
Ou  bien,  c'est  la  Larve  qui  demeure  maitresse  du 
;  champ  de  bataille  ;  elle  va  désormais  végéter  en  ce  corps, 
i   et  c'est  V idiotisme  (l). 



Si  vous  êtes  sage,  Lecteur  ami,  vous  pouvez  prendre 
ces  quelques  lignes  pour  le  récit  d'un  cauchemar:  vous 
aurez  même  raison  de  hausser  les  épaules  aux  révéla- 
tions qu'elles  contiennent  ;  car  elles  n'expriment  plus 
une  réalité  que  pour  les  téméraires  qui  tentent  Dieu  et 
bravent  la  Nature,  jusqu'à  ambitionner  de  descendre  vi- 
vants au  Royaume  de  la  Mort,  puis  de  rentrer  dans  la 
vie  terrestre,  après  avoir  bu  dans  une  coupe  mortelle 
l'eau  dormante  du  Styx,  mêlée  aux  flammes  liquides  du 
Wilégéton. 

Dans  les  sanctuaires  de  l'antique  magie,  derrière  l'au- 


U  )  Cette  invasion  de  l'effigie  humaine  par  une  Larve  est  un  cas  moins 
^  qu'on  ne  se  l'imagine;  ilest  loin  de  se  produire  uniquement  dans 
le  cas  de  bilocation  magique.  Nombre  de  praticiens,  spécialistes  des 
Maladies  mentales,  en  savent  long  sur  ce  sujet.  Livrent-ils  bien  leur 
pensée  tout  entière,  lorsqu'ils  épiloguent  et  raffinent  à  l'envi  sur  les 
^nations  de  la  personnalité  ?  Peut-être  la  seule  crainte  d'égayer  les  ri- 
moeurs  de  profession  leur  interdit-elle  de  paraitre  pluj  explicites.  Quoi 
^  il  en  soit,  le  créateur  du  vocable  aliénation  peut  se  flatter,  ou  d'une 
taureuse  rencontre  d'expression,  ou  d'un  libre  choix  plus  heureux 
encore  (Cf.  chap.  X). 

Observons  d'ailleurs  qu'il  convient,  au  cas  présent,  d'entendre  le  mot 
Larve  dans  son  sens  le  plus  étendu.  Bien  que  d'ordinaire  le  mode  vio- 
lent de  soudaine  incarnation  soit  le  fait  de  Larves  proprement  dites, 
d  autres  entités  moins  infimes  du  monde  invisible  le  pratiquent  aussi 
Aventure.  Voir,  plus  bas,  l'énumération  des  «  indigènes  de  l'Astral  ». 

12 


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178  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


tel  des  Dieux  immortels,  les  Mages,  purifiés  par  de 
saintes  ablutions  et  de  rigides  austérités,  pouvaient,  sous 
l'œil  paternel  de  l'hiérophante,  réaliser,  presque  sans 
péril,  cette  œuvre  psychurgique.  C'était  même  l'ultime 
épreuve  de  l'initiation  aux  mystères  d'Isis  :  une  sorte  de 
mort  suivie  d'une  résurrection  miraculeuse,  et  le  vain- 
queur de  l'épreuve  se  nommait  devant  le  peuple  :  celui 
qui  vit  malgré  la  mort.  C'est  encore,  dans  PInde,  une 
des  secrètes  significations  attribuées  au  titre  de  l'initié 
Dwidja,  ou  deux  fois  ne'. 

Mais  que  de  garanties  accumulées  autour  du  néophyte  ! 
Souvent  il  ne  partait  pas  seul  ;  mais  un  Mentor  aeconipa- 
gnait  et  guidait  ce  Téiémaque  du  mystère,  dans  son 
voyage  aux  sombres  bords.  Puis,  sept  mages  expéri- 
mentés (1)  faisaient  la  chaîne  sympathique  autour  du 
corps  de  l'absent;  à  tout  moment,  pour  peu  qu'un  dan- 
ger s'annonçât,  ils  pouvaient  d'un  effort  rappeler  cette 
àme  à  l'existence. 

Le  dragon  de  feu  qui  garde  la  porte  des  mondes  au 
delà  n'était  évoqué  qu'à  bon  escient  :  on  savait  modérer 
le  choc  de  son  abord  et  l'effroyable  étreinte  de  son 
baiser. 

Pour  ce  qui  est  des  Larves  (qui  deviennent  phospho- 
rescentes aux  yeux  clairvoyants,  quand  les  gagne  le  rut 


(I)  En  dos  cas  moin*  fréquents,  lo  nombre  dos  adoptes  de  la  chaîne 
magique  était  port.'-  à  douce.  Pourquoi  sept  et  douce?  Et  quand  douze 
plutôt  que  srpt  ?  Nous  laisserons  au  chercheur  le  plaisir  de  résoudre 
ce  fan  le  problème  :  les  signification*  symboliques  du  Septénaire  des 
planètes  et  du  Dm  lunaire  zniia<yal,  c'est-à-dire  du  petit  et  du  grand 
ryrle,  ne  laissent  guère  de  latitude  à  l'imagination  pour  s'égarer  en  de 
fallacieuse*  hypothèses. 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


179 


d  une  imminente  incarnation),  l'on  prenait  soin  de  les 
disperser  avec  l'instrument  requis  (1),  selon  les  rites. 

D'ailleurs,  enveloppé  d'un  vaste  manteau  de  laine 
qu'on  repliait  trois  fois  sur  lui,  le  corps  cataleptisé  re- 
posait dans  un  état  de  salutaire  isolement  :  en  aucun  cas, 
il  ne  risquait  d'être  envahi  ou  possédé  (2). 

L'on  pense  bien  qu'à  la  suite  de  ces  peintures,  du 
reste  assez  peu  engageantes,  nous  n'allons  pas  livrer  la 
formule  du  Sésame,  ouvre-toi,  qui  donne  l'accès  du 
monde  astral. 

Nous  estimons  en  avoir  dit  assez. 

Bornons-nous  à  signaler  pour  mémoire  l'existence  du 
vampire  et  du  loup-garou,  deux  formes  particulières  de 


il)  Un  de  nos  vieux  amis,  M.  Léon  Sorg,  président  du  tribunal  de 
Pondichéry,  nous  a  rapporté  1  instrument  sacré  qui  sert,  au  Tliibet, 
n  dissoudre  ces  coagulations  malfaisantes  de  la  Lumière  négative.  Cette 
manière  de  lance  en  cuivre  ciselé  présente  à  l'admiration  du  dêchiflreur 
de  pentacles  toute  une  synthèse  hiéroglyphique,  révélatrice,  et  do  la 
doctrine  des  fantômes  astraux,  et  du  mode  de  dispersion  d'iceux.  Nous 
en  détaillerons  ailleurs  la  forme  symbolique  et  la  signification  occulte. 

M.  Augustin  Chaboseau,  le  très  distingué  indianiste,  a  soigneusement 
examiné  ce  rare  objet,  l'un  des  plus  sacrés,  parait-il,  aux  yeux  des  prê- 
tres thibétains,  qui  le  nomment  P'ur-b'u  (lisez  Phourboû).  Il  leur  sert 
pour  l'exorcisme  et  la  mise  en  fuite  des  mauvais  esprits.  Cet  instrument 
liturgique  a  dl  être  primitivement  dérobé  dans  quelque  couvent  tlii- 
bétain,  car  les  lamas  initiés  lui  attribuent  un  caractère  si  auguste,  qu'ils 
repousseraient,  à  l'égal  d'un  sacrilège,  l'idée  seule  de  le  donner  ou  de  le 
vendre  à  un  profane.  M.  ^hibaseau,  en  189i.  n'avait  encore  eu  l'heu- 
reuse chance  de  découvrir  qu'un  seul  P'urb'u,  dans  les  nombreuses 
collections  étudiées  par  lui  à  cette  époque;  mais  le  nôtre  serait,  nous 
a-t-il  assuré,  le  plus  beau  ries  deux  et  le  plus  curieusement  ciselé.  (Voir 
la  photogravure  ci  contre). 

t2  Le  célèbre  miateau  d'Apollonius  n'était  pas  autrechose.  Ce  mys- 
tique linceul  a  été  conservé,  à  titre  de  symbole,  dans  le  rituel  de  l'ini- 
tiation inartiniste. 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIKE 


la  bilocation  magique,  ou  Sortie  en  Corps  astral.  L'étude 
de  ces  phénomènes  cadrera  parfaitement  aux  Vl#  et  VIIe 
Chapitres,  intitulés,  l'un  :  la  Mort  et  ses  Arcanes ,  et 
l'autre  :  Magie  des  transmutations. 

Il  nous  reste  à  effleurer  d'autres  mystères,  plus  logi- 
quement attribuables  au  présent  chapitre. 

La  solitude  engendre  tous  les  fantômes,  et  les  amis  des 
fantômes  cultivent  la  solitude. 

Ceux  qui  se  cloitrent  dans  la  retraite  par  haine  de  leur 
prochain,  obéissent  à  cet  égoïsme  radical  (reflet  de 
Nahàsli),  que  les  hindous  désignent  sous  ce  vocable  : 
Tanha  (1).  C'est  le  principe  de  toute  aberration  et  de 
toute  perversité  ;  la  perdition  est  au  bout. 

Le  mage  de  lumière,  lui  aussi,  recherche  volontiers  la 
solitude;  mais  c'est  pour  mieux  la  fuir....  Voilà  qui  a 
tout  l'air  d'un  paradoxe  ;  il  n'en  est  rien. 

Quand  le  mage  se  résout  à  rompre  ses  attaches  mon- 
daines, c'est  que  pour  lui  la  foule  est  un  désert  fait  de 
multitude,  et  qu'il  a  statué  de  vivre  dans  la  communion 
des  saints,  ou  de  s'élever,  dans  l'apothéose  de  l'Esprit, 
jusqu'à  l'état  sublime  de  sérénité  omnisciente  en  Dieu, 
bien  connu  des  hindous  sous  le  nom,  aussi  calomnié 
qu'incompris  en  occident,  de  Mrvânâ. 

Il  n'y  a  pas  de  moyen-terme  :  on  ne  s'abstrait  de  l'huma- 
nité que  pour  vivre  avec  Dieu,  —  ou  avec  Satan. 

Aussi  les  anciens  Sages  disaient-ils  de  la  solitude  que 


(1)  Tanha  consiste  proprement  dans  la  soif  de  l'existence  indivi- 
duelle, isolée  ;  l'idolâtrie  du  moi  en  procède. 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


ISI 


l'homme  s'y  trempe  fortement,  et  s'y  fixe  désormais 
dans  sa  voie,  droite  ou  tortueuse;  en  un  mot,  qu'il  en 
sort  Esprit  de  lumière  ou  de  ténèbres.  Rien  n'est  plus 
vrai. 

Dans  la  solitude,  en  effet,  on  vit  face  à  face  avec  son 
Karma.  L'atmosphère  secrète  des  lieux  déserts,  qu'une 
perpétuelle  saturation  des  volontés  antagonistes  n'a  point 
neutralisée,  banalisée,  blasée,  en  quelque  sorte,  —  une 
telle  atmosphère  est  essentiellement  réceptive  d'un  verbe, 
quel  qu'il  soit  :  la  moindre  pensée,  le  moindre  vouloir, 
le  moindre  désir  s'imprègnent  dans  la  substance  effi- 
ciente de  l'Aôr;  ils  s'y  développent  et  s'y  manifestent 
avec  une  merveilleuse  intensité. 

Ce  sont  autant  d'êtres  potentiels,  générés  au  jour  le 
jour,  suivant  les  caprices  de  la  pensée  et  des  aspirations, 
et  qui  exercent  à  la  longue  sur  leur  auteur  une  influence 
répercussive,  que  lui-même  ne  soupçonne  pas.  Car,  le 
plus  souvent,  il  n'a  l'expérience  que  de  la  vie  habituelle  et 
mondaine. 

Or,  au  cours  de  l'existence  commune,  les  perpétuels 
échanges  de  fluides,  d'idées,  de  vouloirs,  impriment  à 
une  personnalité  des  variations  dans  sa  marche,  des 
fluctuations  dans  son  allure,  des  hésitations  dans  sa 
pensée....  Il  n'est  pas  jusqu'aux  convictions  les  plus 
assises,  que  ne  modifie  peu  à  peu  le  souffle  des  ambian- 
ces. Le  frottement  use  et  polit  insensiblement  les  tran- 
chantes arêtes  des  individualités  les  plus  anguleuses. 

Mais,  dans  la  solitude,  l'homme  ne  subit  aucune  in- 
fluence directe  du  dehors  ;  sa  propre  pensée,  se  repliant 
toujours  sur  elle-même,  s'y  repose  avec  complaisance  et 


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182 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  SOlUK 


s'v  réfléchit  avec  ivresse:  aussi  le  solitaire  aflirme-t-il 
inébranlablement  sa  marche,  dans  la  direction  où  le 
portent  ses  habitudes  cérébrales. 

De  ces  observations,  on  peut  induire  un  apophtegme  : 
c'est  que  l'isolement  absolu,  qui  trempe  le  caractère, 
n'élargit  point  l'intelligence  ;  l'on  s'y  façonne  indompta- 
ble, —  incorrigible  aussi. 

line  légende  rabbinique  nous  présente  les  Larves 
comme  les  enfants  de  la  solitude  d'Adam,  rêvant  à  la 
femme  archétype,  avant  que  le  Seigneur  eût  dédoublé 
l'homme  primitif,  pour  donner  naissance  à  Eve.  Des 
ephialles  recueillaient  le  témoignage  de  ces  confuses 
aspirations  et  leur  donnaient  une  forme....  Nous  espé- 
rons qu'on  nous  entend. 

Paracelse  enseigne  à  son  tour  que  ces  sortes  de  fantô- 
mes sont  engendrés  abondamment,  chaque  fois  qu'on 
laisse  sécher  au  soleil  des  vêtements  pollués.  Son  école 
ne  fait  en  cola  que  reproduire  l'opinion  des  anciens  hié- 
rophantes :  une  loi  religieuse  expresse  interdisait  aux 
peuples  de  la  Grèce,  d'exposer  à  la  flamme  de  l'àtre  les 
linges  tachés  de  sperme  ou  de  sang  menstruel  (I). 


(1)  «  Lémures  gignunlur  per  deperditiones  œsticas  spermatis  et  san- 
guinis  menstrualis. 

«  Sunt  ephemeri  et  maxime  mortales.  Constant  aère  coagulato  in 
vaporc  sanguinis  vel  spermatis,  et  quasi  bulla  quœ  si  ferro  frangatur. 
périt  anima  imperfecta  lemurum. 

«  Quccrunt  simplices  et  credulos... 

«  Timidi  sunt  et  fugitivi  sicut  avoseceli  ctsemper  mori  reformidant. 
quia  bulla  aêris  est  vita  eorum,  et  statu  facile  corrumpitur. 

(Paracelse,  cité  par  Klipha*.  fa  Clef  des  grands  mystères,  page  386). 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


183 


L'on  aurait  tort  de  croire  que  ces  prohibitions  lussent 
puériles,  ces  précautions  vaines  :  le  sang  est  un  liquide 
mystérieux  ;  il  déborde  d'une  vie  emphatique,  expansive 
et  prompte  à  revêtir,  dès  qu'on  répand  son  véhicule, 
loutës  les  formes  imaginables.  Les  abattoirs  et  les  amphi- 
théâtres sont  devenus,  de  nos  jours,  des  séminaires  de 
Larves  sans  nom  :  nous  ne  souhaitons  pas  aux  sceptiques 
d'empoisonner  leur  atmosphère  individuelle  par  la  fré- 
quentation de  ces  lieux,  tout  dégoûtants  de  fantômes  san- 
glants ;  que  de  cas  de  folie  et  d'épilepsie  n'ont  point  d'au- 
tre origine  ! 

L'idée  est  à  l'intelligence  ce  que  le  sang  est  au  corps  ; 
aussi  les  cogitations  passionnelles  engendrent  des  spec- 
tres à  foison  :  les  pensées  libidineuses  développent  des 
fantômes  de  luxure;  les  rancœurs  inavouées  de lajalousie 
déterminent  de  vivantes  obsessions,  qui  ravivent  la  plaie 
des  cœurs  envieux;  les  aspirations  délirantes  de  l'or- 
gueil génèrent  des  Larves  inspiratrices  de  vanité  jamais 
assouvie...,  et  ainsi  des  autres  vices. 

Telles  sont  les  Larves  passionnelles  et  mentales,  qui, 
au  lieu  de  s'engendrer  dans  le  nimbe  extérieur,  comme 
leurs  congénères  d'origine  plus  matérielle,  se  développent 
dans  la  substance  même  de  l'âme!  Celle-ci,  règle  géné- 
rale, les  évacuant  à  mesure,  les  refoule  dans  l'atmo- 
sphère fluidique  individuelle.  Cependant  l'âme  ne  peut 
quelquefois  les  éliminer  toutes,  lorsqu'elles  sont  générées 
quotidiennement  et  à  foison  :  alors, ces  productions  mal- 
saines s'amalgament,  d'une  part  avec  la  substance  du 
corps  sidéral,  de  l'autre  avec  celle  de  la  Psyché  même, 
qu'elles  troublent,  épaississent  et  modifient  à  la  longue. 


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1 


I8'f  LA  CI.EF  DE  LA  MAGIK  NOIRE 


Nous  verrons  au  chapitre  VIt  —  la  Mort  et  ses  arcanes , 
—comment  elles  deviennent,  à  l'issue  de  la  terrestre 
existence,  les  tortionnaires  de  l'àme,  avant  même  que 
le  supplice  de  la  seconde  mort  n'ait  commencé  pour 
celle-ci. 

Il  n'est  question,  à  cette  heure,  que  des  Larves  évoluant 
dans  le  nimbe  ou  atmosphère  occulte  de  chaque  individu, 
quelle  que  soit  d'ailleurs  leur  nature  et  leur  origine.  Tou- 
tes ne  sont  pas  également  meurtrières,  mais  toutes  sont 
nuisibles,  en  ce  qu'elles  aliènent  la  liberté  de  l'homme  et 
limitent  ses  potentialités  de  vouloir  et  d'agir  :  leur  réac- 
tion la  plus  coutumière  sur  leurs  auteurs  se  traduit  par 
l'habitude,  cette  forme  moins  anodine  qu'on  ne  peut 
croire  de  l'esclavage  à  tous  les  degrés.  Les  cas  où  l'on 
voit  l'habitude  dégénérer  en  obsession  dénoncent,  à  peu 
près  à  coup  sûr,  la  tyrannie  des  Larves  de  provenance 
corporelle,  animique  ou  mentale. 

Ces  diverses  créations  aôbiques  sont  la  conséquence 
fatale  etle  juste  châtiment  de  tousles  onanismes  du  corps, 
de  l'àme  et  de  la  pensée.  Elles  vivent,  ces  coagulations 
de  la  lumière  astrale  ;  mais  c'est  aux  dépens  du  pervers 
qui  les  engendra,  et  qui  les  doit  nourrir,  —  comme  le 
marque  fort  bien  Éliphas,  — de  toute  la  sève  de  son  cœur 
et  de  toute  la  substance  de  son  cerveau  :  elles  l'obsèdent, 
le  harcellent,  et  le  vampirisent  sans  merci.  —  Et  s'il  de- 
mande aux  livres  de  la  Sagesse  traditionnelle  un  moyen 
violent  de  s'en  délivrer,  ce  n'est  encore,  hélas!  qu'à  ses 
risques  et  périls;  car  une  si  étroite  solidarité  le  rattache 
à  ces  enfants  de  son  délire,  qu'il  est  sujet  à  se  blesser 
lui-même  en  les  dispersant.  Nous  traiterons,  à  propos  du 


LES  MYSTERES  DE  LA  SOLITUDE  185 

!oup-garou,de  ces  effets  répercussifs  et  mutuels,  dont  la 
réalité  n'est  que  trop  indiscutable. 

i 

Les  médiums  sont  pour  la  plupart  de  pauvres  valétu- 
dinaires, coutumiers  sans  le  savoir  d'un  véritable  ona- 
nisme cérébral,  et  qui  marchent  dans  la  vie,  escortés, 
obsédés,  souvent  dévorés  tout  vifs  par  ces  Larves  :  elles 
ne  se  coagulent  qu'en  les  épuisant,  puisque  c'est  à  eux 
qu'elles  empruntent  la  substance  plastique  dont  elles  ont 
besoin,  pour  s'objectiver  et  devenir  sensibles. 

En  somme,  ce  sont  bien  là  les  vrais,  les  seuls  démons  ; 
caries  esprits,  même  le  plus  profondément  sombrés  dans 
les  abimes  de  la  perversité,  ne  sont  pas  tout  entiers  mau- 
vais ;  tandis  que  ces  Larves,  —  grimaces  mensongères  de 
l'Être,  blasphèmes  incohérents  de  la  vie  universelle,  — 
se  montrent  invariablement  nuisibles  et  dépourvues  de 
toute  conscience  :  il  serait  donc  permis  de  voir  en  elles 
d'équivoques  manifestations  de  l'abstrait  qu'on  nomme 
le  Diable  ou  Satan. 

Formant, pour  ainsi  dire,  autant  d'appendices  vampiri- 
ques  de  l'homme  dont  elles  remplissent  l'atmosphère 
sidérale,  elles  vivent  de  sa  vie,  et  les  semblants  d'intelli- 
gence qu'elles  font  paraître  en  des  cas  très  rares,  ne  sont 
d'ailleurs  et  ne  peuvent  être  que  de  vagues  reflets  de  sa 
pensée. 

Il  messiérait  fort  de  confondre  ces  Larves,  —  en  qui 
les  Kabbalistes  ne  voient  que  des  écorces,  des  coques  ina- 
nes  (cortices,  Kliphôth  ni£*bp),  —  avec  les  essences  spi- 
rituelles plus  ou  moins  obscurées  dans  la  nuit  de  la  ma- 
tière, qui  flottent  entraînées  et  ballottées  aux  torrents 


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186 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  .NOIRE 


génésiques  des  trois  règnes  inférieurs  :  minéral,  végétal, 
animal. 

Compactions  de  la  lumière  au  bleu  (Aôbôlh  nmî*),  les 
Larves  proprement  dites  sont  des  subslances  dépourvues 
d'individuelle  entité.  Parasites  comme  le  gui  de  chêne  (i  ) , 
elles  n'existent  que  par  autrui  :  vienne  h  leur  manquer 
ce  support  ontologique  (2),  elles  rentrent  dans  le  Non- 
être,  dont  elles  sont  comme  des  manifestations,  nous 
allions  dire  des  Anges,  des  Messies. 

Elles  s'attachent  à  lafaçon  des  sangsues  ;  elles  mordent 
à  môme  la  sidéralité  d'un  être  réel,  s'en  nourrissent,  y 
pompent  leur  vie  d'emprunt  et  leur  virtualité  d'objecti- 
vation  éphémère  ;  et,  dépourvues  qu  elles  sont  de  type 
essentiel  qui  leur  soit  propre,  d'étalon  générique  sur  quoi 
se  modeler  une  forme,  —  elles  se  concrètent  sur  le  pa- 
tron sidéralde  l'être  dont  elles  deviennent  ainsi  les  reflets 
animés,  les  appendices  lémuriens,  les  mirages  fur- 
tifs  

Une  Larve  dans  votre  atmosphère,  —  c'est  pour  vous  le 
fantômed'un  très  vague  Sosie...  ;  maisd'un  sosie  qui  vous 
énerve  au  physique  et  vous  épuise,  vous  ébranle  au  mo- 
ral et  vous  déprave,  vous  débilite  à  l'intellectuel  et  vous 
abrutit!  C'est  pour  vous  une  ventouse  toujours  avide 
de  substance  vivante,  une  vulve  braquée  sans  répit  sur 
le  phallus  de  votre  intellect,  une  réceptivité  qui  aspire  à 
toute  heure,  pour  se  les  approprier  en  les  déformant,  les 


(  1 ,  Lot  comparaison  n'est  pas  similitude:  le  gui  de  chitae,  pour  para* 
site  qu'il  soit,  jouit  d'une  forme  et  d'une  essence  propres. 

(2)  Les  Larves  peuvent  changer  d'atmosphère  individuelle  ;  mais  ja- 
unis, oucore  un  coup,  elles  ne  peuvent  vivre  d'uno  existence  propre. 


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verbes  viables  auxquels  votre  esprit  peut  donner  nais- 


j  sance. 

•  La  potentialité  absorbante,  que  déploient  si  puissam- 
J  ment  les  Larves,  est  le  propre  de  la  substance  mercu- 
rielle  négati  ve  ( Aôb),  qui  leur  sert  de  véhicule  et  dont  elles 
sont  les  coagulations. 

Qu'on  s'étonne  à  présent  de  cette  anomalie,  problème 
jusqu'à  ce  jour  insoluble  pour  les  physiologistes  :  nous 
voulons  dire  l'innocuité  relative  du  coït,  même  abusif,  en 
regard  de  la  prompte  déchéance,  physique  et  mentale,  où 
tombent  ceux  qui  s'adonnent  aux  vices  solitaires...  — 
Mystère  de  la  Solitude, 

Que  dire  de  la  fréquence  de  ces  maladies  de  langueur 
si  rapides,  et  de  ces  foudroyantes  consomptions,  qui  traî- 
nent en  quelques  mois  au  tombeau  l'homme  le  plus  vi- 
t  goureux,  la  femme  la  plus  excellemment  constituée,  dans 
les  cas  d'emprisonnement  cellulaire?  —  Toujours  Mys- 
tère de  la  Solitude. 

Tous  ces  êtres  sont  victimes,  soit  d'une  invasion,  soit 
d'une  génération  spontanée  de  Larves  dans  leur  atmo- 
sphère fluidique... 

Les  Larves  apparaissent  les  microbes,  les  bacilles,  les 
vibrions  de  l'Invisible,  —  et  nous  serions  tenté  de  croire 
(  n'était  leur  défaut  d'entité  et  de  forme  propre),  — qu'elles 
s'incarnent  pour  servir  d'âmes  vivantes  à  ces  légionnaires 
infinitésimaux  de  la  Destruction. 

On  peut  considérer  les  Larves  comme  des  agents  léthi- 

» 

fères,  des  Puissances  de  dissolution  émanées  dllerebd). 


(\)  S'il  est  curieux  d'approfondir  ces  théories,  notre  lecteur  voudra 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


ou,  d'une  façon  plus  générale,  des  missionnaires  de  iVa  — 
hàsh.  Rivalisant  d'inconsistance  avec  cet  Être  formida- 
ble, elles  participent  de  sa  nature  ambiguë,  —  illusoire 
et  pourtant  réelle  (i),  intermédiaire  entre  le  conscient  et 
l'inconscient,  flottante  et  ballottée  de  1  être  au  non-ètre. 

Donc,  le  mauvais  solitaire,  —  ou  Sorcier,  —  génère 
en  masse,  au  hasard  de  sa  déraison,  au  caprice  de  ses 
élans  passionnels,  ces  parasites  vampiriques  dont  il  est 
fatalement  condamné  à  mourir  rongé  :  les  Larves. 

Mais  le  bon  solitaire,  —  ou  Mage,  —  opérant  dans  la 
plénitude  consciente  de  son  intellect  et  de  sa  libre  volonté, 
donne  méthodiquement  naissance  à  des  êtres  potentiels, 
toujours  bénéfiques,  parfois  conscients  et  intelligents.  — 
«  Toute  pensée  est  une  àme  (2),  »  dit  Mejnour,  dans  Za- 
noni.  Nous  verrons  ailleurs  comment  tel  produit  de  nos 


bien  conférer  les  chapitres  i  et  vi  de  la  Clef  de  la  Magie  noire,  i  et  u 
du  Problème  du  Mal.  Alors  il  pourra  se  faire  une  idée  de  Sahàsh,  soit 
qu'on  veuille  y  voir  l'agent  dualistique  producteur  du  Mal,  ou  l'instru- 
ment quaterno  des  extériorisations  et  des  objectivations  individuelles. 
U  comprendra  quelle  parenté  lie  Kaïn  yp,  le  Principe  du  Temps,  à  ce 
mystérieux  Hereb  ITJt  facteur  des  désintégrations  individuelles  et  des 
intégrations  collectives;  —  cet  Hereb  qui  apparaît  le  bras  déployé  et  la 
main  constrictivo  de  Mouth  T\V2i  l'Être  accablant,  dëvorateur,  dont  le 
rôlo  providentiel  est  de  ramener  la  Diversité  à  l'Unité,  do  réduire  la 
circonférence  au  point  central  d'où  jaillit  le  rayon  qui  la  détermina, 
et  de  confisquer  enfin  les  différenciations  de  la  matière  sensible,  pour 
convertir  toutes  ses  modalités  particulières  à  l'homogénéité  de  la  sub- 
stance universelle  et  non  différenciée. 

C'est  ce  rôle  providentiel  de  Mouth  qui  inspira  aux  auteurs  du  Zohar 
cette  sublime  pensée  :  la  Mort  est  le  baiser  de  Dieu. 

(1)  Nahàsh  n'existe  point  à  proprement  parler,  et  pourtant  il  est  la 
source,  la  racine  de  l'existence  matérielle. 

(2)  Zanoni,  tome  II,  page  69. 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  1S<> 


volitions  peut  devenir  un  être  parfaitement  défini,  par 

suite  de  sa  fusion  avec  un  Élémental  (l)  Le  mage  est 

un  vrai  créateur  dans  les  limites  de  sa  sphère  d'action, 
puisqu'il  produit  et  développe,  à  l'instar  de  l'Être  su- 
prême, des  émanations  de  son  verbe,  —  Puissances  etli- 
cientes  de  Charité,  de  Science  ou  de  Lumière. 

Certains  mystiques  ont  nommé  ces  Puissances  :  les 
Anges  du  Ciel  inférieur. 

Il  nous  faut  bien  confesser  ici  que  le  sorcier,  s'il  joint 
à  la  perversité  quelque  vigueur  d'intelligence  et  de  vou- 
loir, peut  pareillement  évoluer  des  êtres  réels,  de  vérita- 
bles démons. 

(1)  Sur  ce  point,  les  deux  Écoles  d'Occident  et  d'Orient  sont  en  par- 
faite concordance  dogmatique. 

Kout-lloumi,  l'initié  thibétain,  correspondant  mystique  de  M.  Sinnctt, 
lui  a  écrit  une  longue  et  importante  lettre,  que  le  Marquis  de  Saint- 
Yves  a  traduite  intégralement  dans  sa  Mission  des  Juifs.  Nous  en  déta- 
chons ces  lignes  remarquables  : 

«  Dans  son  évolution  invisible,  toute  pensée  humaine  passe  dans  l'en- 
droit dont  l'ordre  physique  est  l'envers  et  devient  une  entité  active,  en 
s  associant,  en  s'unifiant  avec  un  élément  particulier,  c'est-à-dire  une 
des  forces  semi-intellectuelles  des  royaumes  do  la  Vie. 

«  Cette  pensée  survit  comme  une  intelligence  active,  comme  une 
créature  engendrée  de  l'Esprit,  pendant  une  période  plus  ou  moins  lon- 
gue et  proportionnelle  à  l'intensité  de  l'action  cérébrale  qui  l'a  générée. 

«  Ainsi  une  bonne  pensée  se  perpétue  comme  une  Puissance  active 
et  bienfaisante,  et  une  mauvaise  comme  un  Pouvoir  démoniaque  et 
maléfique.  De  sorte  que  l'homme  peuple  continuellement  sa  course  dans 
l'espace,  d'un  monde  à  son  image,  rempli  des  émanations  de  ses  fan- 
taisies, de  ses  désirs,  de  ses  impulsions  et  de  ses  passions. 

•  Mais  à  son  tour,  ce  milieu  invisible  de  l'homme  réagit,  par  son 
seul  contact,  sur  toute  organisation  sensitive  et  nerveuse,  proportion- 
nellement à  son  intensité  dynamique.  C'est  ce  que  les  Bouddhistes 
appellent  Shambda,  les  hindous  Karma. 

r.  L'adepte  crée  sciemment  ces  formes  ;  les  autres  les  génèrent  au 
hasard...  •  (La  Mission  des  Juifs,  page  111). 


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190  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Bénéfiques  ou  maléfiques,  ces  êtres  forment  une  classe 
à  part  (1);  ils  sont,  à  vrai  dire,  autre  chose  que  des  Lar- 
ves proprement  dites. 

Engendrées  de  l'aveugle  instinct  ou  de  la  passion  dé- 
réglée, les  Larves  n'ont  point  de  consistance  ontologique  ; 
—  par  contre,  les  êtres  produits  de  la  libre  intelligence 
et  de  la  volonté  réfléchie  possèdent  une  substance  psy- 
chique —  bonne  ou  mauvaise,  —  et  sont  sujets  à  mener 
une  vie  propre,  en  se  combinant  avec  un  Élémental. 

Cependant,  par  extension,  les  occultistes  appellent  sou- 
vent Larves  toutes  les  substances  lémuriennes  qui  ne 
jouissent  pas  d'une  conscience  bien  nette,  ou  d'une  per- 
sonnalité bien  tranchée. 

.Notons  unechose  en  passant,  sur  les  apparitions  en  gé- 
néral. 

Quand  les  Lémures  sont  condensés  en  fantômes,  ils  re- 
doutent la  pointe  des  épées  et  fuient  tout  objet  aigu,  sus- 
ceptible d'entamer  leur  coagulât  fluidique  et  de  les  dis- 
soudre en  soutirant  leur  vitalité;  (on  se  souvientde  ce  que 
nous  avons  énoncé  plus  haut,  au  sujet  du  corps  astral 
abmatérialisé). 

Les  Lémures  périssent-ils  alors  tout  entiers,  ou  per- 
dent-ils seulement,  avec  leur  corps  éphémère,  le  moyen 
de  se  manifester?  C'est  ce  qu'il  ne  convient  pas  d'éclair- 
cir  pour  l'heure. 

Quoi  qu'il  en  s:)it,  on  peut  dire  que  lout  fantôme,  d'où 
qu'il  provienne  et  d'où  qu'il  vienne,  disparait  instantané- 


(1)  Celle  des  Concepts  rtta/isès. 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


191 


ment,  lorsqu'une  pointe  métallique  le  traverse  (I).  La 
1     dissolution  en  est  signalée  parfois,  comme  à  Cideville, 
par  un  phénomène  électromorphe,  une  étincelle  suivie  de 

quoique  perturbation  atmosphérique        Si  le  spectre 

1  frappé  d'une  pointe  ne  s'est  pas  dissous,  la  vision  est 
purement  hallucinatoire  ;  ce  critérium  de  l'objectivité 
fantômale  est  certain. 

Pour  nous  en  tenir  aux  Larves  proprement  dites,  elles 
i     manquent,  faisions-nous  observer,  de  type  générique  et 
î     par  conséquent  de  forme  qui  leur  appartienne  en  propre. 
Cela  est  si  vrai,  qu'elles  sedéterminent  exactement  sur  le 
modèle  des  individus  qu  elles  hantent  (2)  ;  —  bien  plus, 


(  1  »  Qu'on  n'oublie  pas,  qu'en  effleurant  d  une  pointe  le  corps  astral 
condensé  d'un  médium  ou  d'un  magicien  en  phase  de  bilocation,  l'on 
risquerait  fort  de  commettre  un  homicide.  (Voy.  le  Temple  de  Satan. 
pages  402-404,—  et  le  chapitre  VI!  du  présent  tome). 

(2)  «  Le  jésuite  Paul  Saufldius,  qui  a  écrit  sur  les  mœurs  et  les  cou- 
tumes des  Japonais,  raconte  une  anecdote  bien  remarquable  Une  troupe 
de  pèlerins  japonais,  traversant  un  jour  un  désert,  vit  venir  à  elle  une 
bande  de  spectres  dont  le  nombre  était  égal  à  celui  des  pèlerins,  et  qui 
marchaient  du  même  pas.  Ces  spectres,  difformes  d'abord  et  semblables 
a  des  larves,  prenaient  en  approchant  toutes  les  apparences  du  corps 
humain.  Bientôt  ils  rencontrèrent  les  pèlerins  cl  se  mêlèrent  à  eux, 
glissant  en  silence  entre  leurs  rangs  :  alors  les  japonais  se  virent  dou- 
bles, chaque  fantôme  était  devenu  l'image  parfaite  eteomme  le  mirage 
de  chaque  pèlerin.  Les  japonais  effrayés  se  prosternèrent,  et  le  bonze 
qui  les  conduisait  se  mit  à  prier  pour  eut  avec  de  grandes  contorsions 
et  de  gran  Is  cris  Lorsque  les  pèlerins  se  relevèrent,  les  fantômes  avaient 
disparu  et  la  troupe  put  continuer  librement  son  chemin.  Ce  phénomène, 
que  nous  ne  révoquons  pas  en  doute,  présente  les  doubles  caractères 
d'un  mirage  et  «l'une  projection  soudaine  de  larves  astrales,  occasion- 
nés par  la  chaleur  de  l'atmosphère  et  l'épuisement  fanatique  des  pèle- 
rins. »  (La  Clef  de*  granit  Mystères,  pages  548-249). 

Celte  citation  d'Éliphas,  qui  trouve  ici  sa  raison  d'être,  aurait  pu  être 
également  réservée  pour  le  chapitre  III,  qui  traite  des  phénomènes 
collectifs. 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


variant  de  contour  avec  une  inconcevable  souplesse,  elles 
se  décalquent  sur  le  patron  fugitif  de  ses  pensées. 

Changent-elles  d'atmosphère  fluidiquc  ?  Se  détachent- 
elles  d'un  être  pour  en  obséder  un  autre?  —  C'est  une 
mutation  de  forme  instantanée,  leur  nature  simiesque 
se  pliant  aussitôt  à  la  ressemblance  de  leur  nouveau 
père  nourricier.  Pour  se  coaguler  et  prendre  une  figure 
visible,  elles  empruntent  à  ce  dernier  la  substance  bio- 
logique requise  :  aussi  l'être  obsédé  ressent-il  une  subite 
impression  de  froid  pénétrant,  et  même  a-t-il  conscience 
d'une  déperdition  vitale  assez  notable. 

Tel  est  le  cas  du  médium  qui  s'efforce  de  produire  en 
public  des  fantômes  astraux.  Son  vouloir  étant  habile  à 
modifier  l'aspect  de  ces  coagulats,  il  sait,  pour  peu 
qu'entraîné  convenablement,  les  revêtir  de  toutes  les 
formes  qu'il  arrête  en  son  imagination.  Faire  apparaître 
une  main,  un  pied,  une  tête,  l'apparence  d'un  animal, 
ou  même  celle  d'objets  de  toute  autre  nature,  telsqu'un 
meuble,  une  carafe,  un  bouquet,  —  tout  cela,  pour  cer- 
tains médiums  extraordinaires,  n'est  qu'un  jeu. 

Cette  magie  des  transmutations  touche  de  très  près, 
d'une  part  aux  mystères  de  la  Lycanthropie,  de  l'autre 
à  ceux  de  la  Palingénésie;  une  nuance  seule  l'en  dis- 
tingue: les  phénomènes  de  palingénésie  et  de  lycanthro- 
pie se  réduisent  à  des  modalisations  du  double  élhéré 
d'un  animal  ou  d'une  plante  ;  tandis  que  le  corps  astral 
n'est  pas  acteur,  mais  instrument,  dans  l'esquisse  des 
formes  extérieures  par  coagulation  d'une  larve  ;  il  joue 
seulement  (comme  l'indique  son  nom  de  médiateur  plus- 


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LES  MYSTERES  DE  LA  SOLITUDE 


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tique) y  un  rôle  d'intermédiaire  entre  la  volonté  du  mé- 
dium et  l'être  lémurien  qui  constitue  l'appendice  fluidi- 
que  de  celui-ci. 

Les  médiums  de  cette  force  ne  sont  pas  légion.  Le 
plus  grand  nombre  se  contente  de  transsuder  une  cer- 
taine dose  de  force  psychique  et  d'en  saturer  leur  nimbe, 
où  les  Indigènes  de  V Astral  (dont  nous  parlerons  bientôt) 
viennent  se  manifester  et  s'ébattre.  Les  Elémentaux,  — 
et  très  rarement  les  Élémentaires,  —  qu'attire  ce  bain 
de  vie  extravasée,  entrent  alors  en  communication  avec 
les  assistants  et  se  mettent  volontiers  en  dépense  de 
phénomènes  fluidiques.  Parmi  ces  Invisibles,  il  en  est 
pourtant  de  plus  avisés  et  de  moins  prodigues,  qui, 
n'ignorant  pas  ce  qui  se  consume  de  force  nerveuse  en 
de  pareils  jeux,  ménagent  le  médium,  aux  fins  de  ne 
point  tarir  en  lui  la  source  complaisante  où  leur  sensua- 
lité s'abreuve.  Ils  en  jouissent  le  plus  longtemps  possible, 
mais  ils  n'ont  garde  d'en  abuser;  et,  pour  prolonger  le 
plaisir,  divertissent  le  cercle  des  badauds  spirites  par 
d'interminables  confidences,  dont  (de  la  meilleure  foi  du 
monde)  l'imaginative  réactionnée  du  «  truchement  des 
esprits  »  fera  tous  les  frais  :  et  le  médium-écrivain  de 
faire  crier  sa  plume,  et  le  médium  à  incarnations  de 
multiplier  ses  pantomimes  et  ses  ventriloquies,  au  cours 
de  séances  qui  n'en  finissent  plus  !  ...  Du  reste,  il  est 
présumable  que  les  Invisibles  venus  du  dehors  ne  négli- 
gent point  eux-mêmes,  pour  obtenir  des  «  effets  physi- 
ques »,  de  mettre  à  profit  les  Larves  qui  peuplent  le 
nimbe  hospitalier  de  l'Évocateur. 

La  plupart  des  médiums,  procédant  par  objectiva- 
it 


194 


LA  CLEF  DK  LA  MAGIE  NOIRE 


tions  de  Larves  ou  par  évocation  des  Élémentaux  (cons- 
ciente ou  non),  en  sont  quittes  pour  un  peu  de  fatigue, 
sauf  à  payer  chèrement  un  jour  pareille  collaboration . 
Quelques  rares,  en  qui  l'on  peut  voir  d'intuitifs  occul- 
tistes, ne  procèdent  que  par  sorties  en  corps  astral,  par- 
tielles ou  complètes.  Plutôt  que  subir  l'esclavage  du 
pauvre  possédé  que  les  Larves  dévorent  tout  vif;  plutôt 
même  que  d'appeler  à  l'aide  les  capricieux  génies  des 
éléments,  ils  préfèrent  prendre  sur  soi  les  frais  dynami- 
ques et  les  dangers  immédiats  de  l'expérience,  —  quitte 
à  tomber,  celle-ci  durant,  en  condition  seconde  on  même 
en  catalepsie  (i).  Ils  réalisent  ainsi  des  apports  d'objets 
matériels,  et  parviennent  à  distendre  leur  sidéralité 
jusqu'à  produire  tous  les  phénomènes  ubiquitaires,  — 
où  sans  doute  excelleront  toujours  les  magiciens  noirs 
et  les  passifs  de  la  médianité,  qui  ne  vont  pas  sans  le 
déploiement  de  toute  une  légion  de  Larves  ou  d'Élé- 
mentaux. 

Mentionnerons-nous  ici  ces  prétendus  médiums  dont 
le  talent  se  réduit  à  des  subtilités  d'escamoteur?  On  ne 
saurait  trop  se  mettre  en  garde  contre  ces  faussaires, 
ingénieux  à  toutes  les  contrefaçons  phénoméniques. 

Uappellerons-nous  la  manie  commune  à  tant  de  mé- 
diums excellents,  qu'on  voit  compromettre  l'évidence  de 


[i  \  Beaucoup  de  médiums  et  de  magiciens  no  peuvent  extérioriser 
leur  force,  même  partiellement,  sans  perdre  connaissance  et  offrir  les 
symptômes  de  la  catalepsie  :  c'est  ce  que  les  fakirs  de  l'Inde  appellent 
dormir  du  sommeil  des  Dieux  ou  dpi  Esprits.  —  D'autres  ne  tombent 
dans  cette  phase  léthargique,  que  s'ils  réalisent  la  projection  intégrale 
de  leur  sidéralité. 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


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faits  probants  à  coup  sur,  par  un  déplorable  mélange 
avec  des  phénomènes  impudemment  et  parfois  grossiè- 
rement simulés?  Nous  avons  fait  ailleurs  (1)  nos  ré- 
serves à  ce  sujet,  en  démêlant  la  vraie  cause  d'un  char- 
latanisme aussi  fréquent:  elle  réside  dans  la  superbe 
obstinée  de  ces  glorieux,  qui,  mettant  leur  amour-propre 
à  donner  le  change  sur  une  maladie  où  ils  voient  leur 
maitrise,  se  trouvent  acculés  à  la  supercherie  et  con- 
traints de  suppléer  tant  bien  que  mal  aux  intermittences 
de  cet  Agent  qui  les  épuise,  et  qu'ils  appellent  leur  forée. 

Il  est  à  propos  de  faire  observer,  en  effet,  que  la  fa- 
culté d'extériorisation  fluidique  n'est  point  normale  chez 
l'homme,  à  son  présent  degré  d'évolution.  Cette  faculté 
tout  exceptionnelle  se  développe  spontanément,  ou  s'ac- 
quiert par  la  persévérance  de  l'effort.  Spontanée,  on  doit 
y  voir  l'effet  d'une  maladie  véritable,  qui  se  trouve  déjà 
mentionnée  au  précédent  tome  (2),  et  dont  nos  lecteurs 
doivent  comprendre  à  cette  heure  la  cause  et  l'origine 
probables....  Maladie  fort  enviée,  en  tous  cas,  et  volon- 
tiers contrefaite  de  ceux  qui  n'en  sont  pas  atteints. 

Pour  un  médium  conscient  et  volontairement  actif; 
pour  dix  médiums  loyaux  et  surs  qui  sont  strictement 
passifs,  l'on  rencontre  peut-être  trente  industriels  dou- 
teux et  cinquante  escamoteurs  sans  vergogne. 


(I)  Le  Serpent  de  ta  Genèse,  tome  I  (le  Temple  de  Satan),  pages  121- 
122.  —  Il  est  juste  «l'avouer,  pourtant,  qu'on  voit  de  bons  médiums  tri- 
cher d'une  manière  inconsciente  et  en  parfaite  candeur  d'âme.  iCf.  le 
récent  livre  de  M  le  colonel  de  Rochas,  l'Extériorisation  de  la  Mo- 
tricité, Paris,  Chamuel,  1  SUC.  in-8'). 

yt)  Ibid.,  p.  399. 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Tel  est,  au  surplus,  le  cachet  des  phénomènes  non 
simulés,  qu'un  observateur  d'expérience  ne  parvient  à 
s'y  méprendre  qu'en  y  mettant  de  la  bonne  volonté. 

Explorateur,  en  ce  chapitre,  des  arcanes  de  la  soli- 
tude, nous  avons  particulièrement  insisté  sur  la  nature 
déconcertante  des  Larves  fluidiques,  calamileuses  compa- 
gnes de  tout  humain  qui  s'entète,  insociable  et  fanatique, 
à  vivre  dans  l'isolement.  La  voix  unanime  des  premiers 
siècles  chrétiens  nous  désigne  la  Thébaide  comme  la 
patrie  légendaire  des  apparitions  et  des  mirages  :  et  la 
célèbre  eau-forte  où  Jacques  Callot  a  buriné  la  Tenta- 
tion de  Saint-Antoine  ferait  un  pendant  fort  convenable 
à  la  planche  pittoresque  et  malheureusement  assez  rare 
du  Sabbat  des  Sorciers,  dont  Pierre  de  Lancrc  illustra  la 
seconde  édition  de  son  Tableau  de  l'Inconstance  des 
Mauvais  anges  (Paris,  Buon,  1613,  in-4°). 

Les  Larves  sont,  par  excellence,  les  spectres  de  la  so- 
litude. 

Mais  au  royaume  de  l'Astral  pullulent  d'autres  races 
d'êtres  spirituels  ou  pseudo-spirituels,  susceptibles  de  se 
manifester  transitoirement  ici-bas,  par  le  ministère  du 
médium. 

Les  uns  sont,  pour  ainsi  dire,  les  indigènes  de  /' Astral; 
d'autres  n'y  séjournent  que  de  passage.  Quelques-uns  n'y 
paraissent  qu'à  titre  exceptionnel,  en  missionnaires,  ou 
comme  ambassadeurs.  11  sera  traité  de  chacun  en  son 
lieu.  Pourtant,  dès  cette  heure,  une  classification  som- 
maire ne  semble  point  hors  de  propos. 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


107 


Los  principaux  Indigènes  de  l'Astral  (i)  sont:  1°  les 
Mirages  errants, —  2°  les  Élémentau.v}  —  3°  les  fllémen- 
taires,  —  4°  les  Ombres, —  et  5°  les  mauvais  Daimones. 
L'on  peut  aussi  ranger  dans  cette  classe  les  vivantes 
créations  de  l'Intelligence  et  de  la  Volonté  humaines, 
savoir:  les  Concepts  vilalisés,  la  plupart  des  Puis- 
sances collectives  et  les  Dominations  Ihéurgiques  (faux 
dieux). 

Les  Passagers  de  l'Astral  sont  les  Ames  humaines, 
s'il  est  permis  de  dire,  en  instance  d'incarnation. 

Les  êtres  enfin  qui  ne  paraissent  dans  ce  royaume  in- 
férieur de  la  nature  que  pour  accomplir  une  mission, 
sont  les  Ames  glorifiées  et  les  Anges  célestes. 

I.  —  L'apocryphe  des  Oracles  de  Zoroastre  vaticine 
d'un  feu  bondissant,  configuratif  et  plastique;  d'un  feu 
plein  d'images  et  d'échos,  et  encore  d'une  lumière  qui 
abonde,  rayonne,  parle  et  s'enroule  (2).  Voilà  bien  ce 
fluide  astral,  intarissable  en  Mirages  errants.  —  Pas  un 
être  ayant  eu  vie,  pas  un  fait  accompli  jadis,  pas  un 
verbe  proféré,  pas  une  passion  ayant  dardé  son  éclair 
au  ciel  psychique,  qui  n'aient  laissé  leur  trace  vécue,  leur 


(1)  Nous  voulons  dire  V Astral  proprement  dit  ou  inférieur,  car  il 
faut  s'entendre.  —  Certains  adeptes  de  la  Science  généralisent  le  terme 
«Astral  »,  jusqu'à  y  comprendre  les  régions  mystérieuses  ou  liabitent 
les  Réintégrés,  dans  l'irradiation  plus  subtile  de  la  Lumière  de  gloire. 

(2)  «  Ignis  simulacrum  saltatim  in  aère  in  tumorem  extendens  :  — 
veletiam  ignem  in  figurât  uni  unde  vocem  currentem  —  Yel  lumen 
abundans.  radians,  streperum,  convolutum...  »  (Trinttm  mngicum. 
Franco!".,  1629,  in-12,  Oracula  Chaidîeoruni  ;  U(rmones,sacrifiriaf  page 
344).  —  Cf.  V.  l'atricii  Magiam  philosophiram,  (Hamburgi,  1!>03,  in-8, 
fol  44). 


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198  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

reflet  sonore,  leur  image  ou  leur  écho  dans  cet  infini 
réceptacle  des  témoignages  du  passé,  mouvant  miroir  où 
s'incruste  en  traits  de  feu  le  contour  des  êtres  et  des 
choses  jadis  réfléchis.  Tel  est  ce  mystérieux  Livre  du 
Jugement  dont  parle  l'Écriture,  et  qui  sera  manifesté 
grand  ouvert  à  l'heure  suprême,  pour  que  chacun  puisse 
lire,  au  cours  de  sa  propre  vie  écoulée,  le  brevet  de  son 
triomphe  ou  la  sentence  de  sa  condamnation.  Mais  ce 
livre,  clos  aux  regards  profanes,  les  enfants  de  la  Sagesse 
ont  licence  de  le  feuilleter  à  loisir....  Fantômes  des  êtres, 
des  choses,  fantômes  des  événements  aussi  (1),  les  mi- 
rages errants  s'y  déroulent  en  suite  confuse  d'hiéro- 
glyphes, que  les  adeptes  et  les  voyants  ont  toujours  su 
évoquer  et  rétablir  dans  l'ordre  normal  :  le  grand  labeur 
est  ensuite  de  les  interpréter  et  de  les  rendre  en  un  texte 
hiératique,  où  se  révèle  le  passé,  s'explique  le  présent  et 
se  motive  l'avenir  ! 

Voilà  pour  les  Mirages  errants  :  simples  images  fluidi- 
ques  (2),  impersonnelles,  inconscientes. 

II.  —  Les  Élèmentaux  jouissent  d'une  personnalité; 


(1)  Pour  les  fantômes  d'événements,  se  référer  à  la  très  remarquable 
étude  de  Bulwer  Lytton,  fa  Maison  hantée  [Cliamuel,  1894,  petit  in-8\ 
Les  pages  28-29  décrivent  la  restitution  fanlômale  d'un  crime,  commis 
prés  d'un  siècle  auparavant.  Bulwer  avait  une  grande  pratique  des  phé- 
nomènes de  la  magie;  ses  peintures  sont  toujours  surprenantes  de  vé- 
rité et  d'intense  émotion. 

Rien  ne  ressemble  de  plus  près  aux  mirages  errants,  que  les  appa- 
rences qu'affectent  volontiers  certains  élèmentaux  transitoires,  tels  que 
les  Ames  végétales  ou  minérales  en  stase  d'abmatérialisation.  La  confu- 
sion est  aisée,  —  et  pourtant  il  y  a  un  abîme  entre  ces  êtres  libérés 
do  leurs  entraves  matérielles  et  de  simples  mirages  errants.  Ces  deux 
sortes  diffèrent  autant  par  l'essence  qui  leur  es»,  propre,  que  par  tours 
futures  destinées. 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


190 


du  moins  toujours  en  ont-ils  l'apparence.  Ils  se  subdi- 
visent en  de  nombreuses  variétés,  dont  les  dissemblances 
expliquent  les  contradictions  où  quelques  auteurs  sont 
tombés  à  leur  sujet  :  les  uns  les  peignant  dénués  de  toute 
conscience,  tandis  que  d'autres  vantaient  leur  intelli- 
gence et  leur  subtilité.  L'Élémental,  ou  Esprit  élémen- 
taire (t)  est  bien,  comme  le  marque  son  nom,  l'indigène 
par  excellence,  l'aborigène  des  éléments  occultes.  C'est 
à  ce  point  de  vue  que  l'École  de  Paracelse  a  classé  ces 
esprits  en  Salamandres  ou  ministranls  du  feu,  en  Sylphes 


(1)  Ne  pas  confondre  Esprit  élémentaire,  avec  Élémentaire  tout  court 
^ voyez  plus  bas). 

Une  observation  d'importance  trouve  ici  sa  place. 

La  terminologie  coutuinière  en  occultisme  qualifie  d'Éléraentaux  ou 
Esprits  élémentaires  une  classa  particulière  d'Invisibles.  —  Mais  il  est 
urgent  de  bien  comprendre  qu'à  strictement  parler,  tout  être  relatif  est, 
ilans  sa  nature  propre,  un  Esprit  élémentaire.  Ni  les  âmes  humaines, 
ni  les  anges  célestes,  ne  sont  purs  Esprits  comme  on  l'entend  d'ordi- 
naire. En  d'autres  termes,  tous  les  êtres  réels  sont  tirés  d'un  élément 
similaire  à  eux,  d'une  substance  plus  ou  moins  épurée. 

Moïse  le  dit  en  toutes  lettres,  pour  ce  qui  concerne  Adam-Ève.  Ihôah 
gourmandant  l'homme,  après  sa  défaillance,  lui  déclare,  entre  autres 
choses,  qu'il  devra  désormais  se  nourrir  des  fruits  àcres  de  la  nature 
pbysiquo  :  «  tu  t'en  nourriras  (ajoute  l'Éternel)  dans  l'agitation  conti- 
nuelle de  ton  esprit,  et  jusqu'au  moment  de  ta  réintégration  à  l'élément 
adamique,  homogène  et  similaire  à  toi  :  car,  comme  tu  as  été  tiré  do 
cet  élément,  et  que  tu  en  es  une  émanation  spiritueuse,  c'est  à  cet  élé- 
ment que  tu  dois  être  restitué  (Genèse,  ch.  III,  v.  19,  traduction  Fabre 
d'Oltvet).  Voici  le  mot-à-mot  des  deux  dernières  lignes  :  «tel  Esprit- 
élémentaire  tu-es,  et  tel  à  l'élément  spiritueux  tu  dois  être  restitué.  » 

Les  traducteurs  autorisés,  rendant  Adamah  TOTN  (l'élément  essen- 
tiel d'Adam)  par  terre,  et  Haphar  12?  (Esprit  élémentaire)  par  pous- 
sière, arrivent  à  tirer  de  l'hébrou  ce  sens  matérialiste  :  «  car  vous  êtes 
poussière  et  vous  retournerez  en  poussière  ». 

Ces  choses  notifiées  pour  mémoire,  nous  ne  changerons  rien  au  vota 
bulaire  reçu  des  initiés.  —  Mais  il  importe  de  bien  s'entendre  sur  les 
mots. 


200  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

ou  génies  de  l'air  et  des  tempêtes,  en  Ondins  ou  dé- 
mons des  eaux,  en  Gnomes  ou  Puissances  terrestres, 
gardiens  des  cavernes  et  des  trésors  enfouis. 

Les  Klémentaux,  connus  ou  soupçonnés  des  hommes  à 
toutes  époques,  sont  d'excellents  acteurs,  qui  ont  fait  les 
frais  de  bien  des  rôles  :  tour  à  tour  divinités  locales 
(tjenii  loci  de  l'antiquité  payenne),  faunes,  sylvains, 
nymphes,  .egipans  ;  puis  elfes  et  fées  au  moyen  âge,  far- 
fadets, gobelins,  esprits  familiers,  etc.  ;  génies  des  contes 
orientaux,  Niebelungen  du  Hhin,  etc..  Autant  de  per- 
sonnages qu'ils  ont  joues  en  conscience  ;  car  ils  se  con- 
forment aux  traditions  et  ils  excellent  à  changer  de  dé- 
guisement, d'allures  et  de  langage.  Nul  n'ignore  sous 
quelles  gracieuses  allégories  les  Rose  +  Croix,  —  qui 
connaissaient  ces  êtres  et  savaient  en  tirer  parti,  —  se 
sont  plu  a  symboliser  leurs  relations  avec  l'homme,  et 
la  puissance  que  l'adepte  affranchi  peut  acquérir  sur  eux, 
en  les  domestiquant  à  son  service. 

L'on  ne  saurait  mieux  qualifier  leur  nature,  qu'en  les 
définissant  les  animaux  de  l'Invisible.  On  pourrait  ajouter, 
pour  toute  une  catégorie  d'entre  eux,  les  animaux  dans 
ï Invisible,  c'est-à-dire  les  âmes  désincarnées  d'animaux. 
Le  genre  Élémental  comporte  en  effet  toutes  sortes  d'êtres, 
susceptibles  ou  non  de  revêtir  un  corps  physique  :  depuis 
les  plus  inintelligents  et  brutaux,  jusqu'aux  plus  éminents 
en  esprit,  en  ruse,  en  science  même.  Sous  ce  rapport, 
quelques-uns  dépassent  de  beaucoup  le  niveau  mental  des 
animaux  supérieurs  et  soutiendraient  la  comparaison 
avec  l'homme;  mais  le  défaut  de  sens  moral,  l'inaptitude 
qu'ils  témoignent  à  décider  du  juste  et  de  l'injuste,  les 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  201 


assimilent  sensiblement  aux  races  bestiales.  Cependant, 
ils  ne  sont  pas  incapables  d'affection,  et  qui  plus  est,  de 
dévouaient  :  pareils  à  l'éléphant  ou  au  chien,  ils  poussent 
parfois  jusqu'au  fanatisme  l'amour  que  tel  ou  tel  être  leur 
a  inspiré,  souventàson  insu.  Le  magicien  qui  les  domine 
et  les  gouverne  à  son  gré,  accomplira  de  surprenantes 
merveilles  par  leur  intermédiaire,  car  ils  jouissent  sur 
l'Astral,  qui  est  leur  milieu  propre,  d'une  puissance  pres- 
que illimitée.  D'ailleurs,  capricieux  et  autoritaires  de  leur 
nature,  ils  deviennent  aisément  de  dangereux  amis,  pour 
quiconque  n'a  pas  su  leur  inspirer  la  crainte  ou  le  res- 
pect :  excellents  serviteurs,  les  Élémentaux  font  des  maî- 
tres détestables.  Us  tyrannisent  le  malheureux  qui  une 
fois  a  plié  sous  le  joug  ;  ils  le  protègent  obéissant,  le  cir- 
conviennent et  l'obsèdent  de  leur  fastidieuse  amitié;  in- 
soumis, ils  le  châtient  sans  ménagement.  Jamais  ils  ne 
pardonnent  une  tentative  de  rébellion,  et  leur  vengeance 
est  terrible. 

Génies  recteurs  des  forces  de  la  Nature,  ils  répugnent 
à  voir  les  énergies  qu'ils  gouvernent  maîtrisées  et  rédui- 
tes en  esclavage  par  le  savant  ou  l'industriel.  Les  grands 
cataclysmes  physiques,  les  explosions  souterraines  de 
grisou,  les  accidents  de  laboratoire  et  d'usine  leur  sont 
souventes  fois  attribuables  (1)... 


(1)  Jules  Lermina,  dans  stilfagie  pratique,»,  très  bien  vu  ces  chose»; 
il  dénonce  avec  sagacité  la  revanche  de  l'Êlémental  :  «  Pour  l'Êlémental, 
l'homme  est  un  ennemi,  puisqu'il  est  un  destructeur.  Mais  aussi  qu'il 
prenne  garde,  l'Êlémental  se  défend  et  c'est  avec  les  précautions  les  plus 
grandes  que  l'homme  doit  entrer  dans  son  domaine.  Les  choses  se 
vengent.  Elles  souffrent.  Stint  lacrt/rnœ  rerum  !  Le  poète  a  dit  vrai.  » 
Tout  ce  chapitre  VI  est  à  liro  (Magie  pratique,  pages  205-220). 


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202  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  .NOIRE 

III.  —  Les  Élémentaux  ne  sont  point  encore  évolués 
au  stade  nominal,  et  toute  une  importante  École  mystique 
leur  dénie  la  faculté  d'y  pouvoir  jamais  atteindre.  —  Les 
Élémentaires  consistent,  à  rencontre,  en  des  individus 
humains  désincarnés  :  ce  sont  les  âmes  retenues  dans  la 
sphère  d'attraction  planétaire  par  leur  corps  astral,  point 
encore  dégagé  des  terrestres  attaches.  Elles  souffrent  en 
cet  état  les  tourments  du  purgatoire  (Voy.  chap.  VI,  la 
Mort  et  ses  Arcanes).  —  Il  n'est  pas  impossible  à  un  Élé- 
mentaire de  se  manifester  ici-bas,  par  l'entremise  d'un  mé- 
dium ;  mais  rien  n'est  plus  rare,  au  moins  dans  les  séan- 
ces spirites.  Les  fantômes  qui  se  donnent  pour  des  humains 
désincarnés  consistent  d'ordinaire  en  des  Élémentaux 
mystificateurs,  ou  en  des  Larves  avides  d'objectivité... 

IV.  — 'A  moins  que  ces  fantômes  ne  soient  des  Ombres, 
cadavres  astraux  en  voie  de  désintégration.  L'on  donne 
ce  nom  aux  résidus  ou  dépouilles  des  Élémentaires  qui 
ont  fini  leur  temps  de  purgatoire.  La  seconde  mort  con- 
sommée, l'àmc  spirituelle  a  pris  l'essor,  inséparable  de 
sa  faculté  plastique,  —  en  laissant  dans  l'atmosphère  oc- 
culte de  la  planète  un  cadavre  fluidique,  qui  va  se  dis- 
soudre par  degrés  :  telle  est  Y  Ombre  proprement  dite. 
Elle  garde  comme  un  vague  reflet,  une  réminiscence  ma- 
chinale de  la  personnalité  à  laquelle  naguère  elle  fut 
unie  ;  si  bien  qu'évertuée  par  la  force  psychique  du  Mé- 
dium et  réactionnée  par  le  vouloir  de  Invocateur,  cette 
Ombre  apparait  susceptible  de  grimacer  quelques-unes 
des  attitudes  familières  du  défunt,  et  de  jeter  en  son  nom 
quelques  faibles  lueurs  pseudo-mentales. 

V.  —  Les  Mauvais  Daïmones  enfin,  les  plus  redouta- 


r 

LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  203 


Lies  auxiliaires  que  puisse  évoquer  le  magicien  noir,  sont 
<Jes  aines  irrémédiablement  vicieuses  et  perverses  (  1  ),  dont 
I  étincelle  divine  est  à  jamais  disparue.  Ce  même  élément 
igné,  qui  sert  de  purgatoire  aux  Élémentaires,  devient 
l'enfer  pour  de  telles  âmes,  —  l'Esprit  pur,  leur  céleste 
Époux,  étant  remonté  à  sa  patrie  d'En-haut.  Ce  divorce 
a  eu  pour  prime  conséquence  de  ravir  à  ces  âmes  perdues 
Tliéritage  d'immortalité;  mais  animées  parfois  d'une  vo- 
lonté intense  pour  le  mal  et  d'un  âpre  désir  de  vivre,  elles 
ont  encore,  bien  que  périssables  en  définitive,  une  lon- 
gue et  sinistre  carrière  à  fournir.  Le  téméraire  qui  les 
évoquecourt  grand  risqued'ètre  englouti  dans  leurs  téné- 
breux remous  :  dès  lors,  un  destin  similaire  l'attend,  qui 
aboutit  au  Maëlstrom  de  la  perdition  totale. 

Mirages,  Élémentaux,  Élémentaires,  Ombres  et  Dé- 
mons, —  telles  se  dénombrent  les  principales  espèces 
indigènes  de  l'Astral,  auxquelles  on  doit  ajouter  diverses 
sortes  d'êtres,  produits  de  création  humaine,  évolués  sur 
ce  même  plan,  savoir:  —  1°  les  Concepts  vitalisés  (2) 
dont  nous  avons  parlé  plus  haut  ;  —  2°  les  Puissances  col- 
lectives f'usionnelles,  dont  nous  détaillerons  au  chapitre 
III  les  modes  de  naissance  et  d'activité  ;  —  3°  enfin,  les 


(1)  Ces  Mauvais  Daimones  ne  sont  point  mauvais  absolument,  cruels 
et  perfides  à  tous  égards,  comme  le  vulgaire  se  ligure  les  diables.  Ce 
sont  des  âmes  que  des  vices  invétérés,  des  passions  sans  frein  désor- 
mais, possèdent  et  déchirent;  mais  tous  leurs  sentiments,  comme  aussi 
tous  leurs  actes,  ne  sont  pas  nécessairement  détestables. 

(2)  Ayant  à  traiter  de  matières  assoz  neuves,  nous  ne  trouvons  pas 
toujours  de  termes  consacrés,  pour  traduire  ce  que  nous  avons  vu  : 
force  nous  est  alors  d'en  improviser.  Nous  prions,  une  fois  pour  tou- 
tes, qu'on  veuille  bien  nous  pardonner  ces  barbarismes  nécessaires. 


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Dominations  Ihwrgiques,  divinités  réelles,  engendrées  et 
développées  dans  les  grands  courants  de  foi,  de  confiance 
religieuse  et  d'amour  ;  et  qui  sont  en  quelque  sorte,  à  leur 
origine,  les  concepts  vilalisés  non  plus  d'un  solitaire,  mais 
d'une  multitude  unanime  en  son  fanatisme  créateur.  Il 
n'en  est  pas  longtemps  ainsi,  car  ces  Dieux  ne  tardent 
point  à  réagir  sur  les  fidèles  de  leur  culte,  et  s'amalga- 
mant  avec  l'àme  unifiée  des  foules,  ils  dégénèrent  assez 
vite  en  Puissances  collectives  fusionnelles. 

Nous  ne  rappellerons  que  pour  mémoire  la  présence, 
dans  l'Astral  terrestre,  des  êtres  qui  n'y  séjournent  qu'à 
titre  passager,  comme  les  âmes  humaines  emportées  au 
torrent  des  générations,  ou  même  à  titre  exceptionnel, 
comme  les  âmes  glorifiées  et  les  Anges  missionnaires. 
Tels  sont  les  «  exotiques  »  de  l'Astral,  par  opposition  avec 
ses  «  indigènes  ». 

Les  rites  et  les  procédés  évocatoires  varient,  selon  la 
nature  de  l'Invisible  que  le  magicien  veut  rendre  présent 
et  propice.  Le  Cérémonial,  riche  en  violents  contrastes, 
voue  l'opérateur,  —  pieux  ou  sacrilège,  —  à  des  œuvres 
étrangement  disparates  :  depuis  l'explosion  des  paroles 
de  blasphème  dans  la  tiède  vapeur  du  sang  répandu,  jus- 
qu'aux harmonies  des  suintes  hymnes,  flottantes  parmi 
les  volutes  de  mvrrhe,  de  cinnamome  et  d'encens. 

Ces  mystères  de  l'Astral  sont  malheureusement  moins 
exploités  par  le  mystique  des  sublimes  Écoles  que  par  le 
mauvais  solitaire,  l'adepte  de  la  magie  noire. 

Nous  avons  un  peu  négligé  le  bon  solitaire,  qui  volon- 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  20iï 


tiers  vise  plus  haut  qu'à  un  commerce  avec  les  Esprits, 
même  des  plus  glorieuses  hiérarchies.  Préférant  en  gé- 
néral la  pratique  de  V Extase  à  colle  des  Magies  cérémo- 
nials, il  ne  s'attarde  guère  aux  rites  évocatoires  que  dans 
ses  périodes  d'expériences.  On  cite  néanmoins  d'illustres 
exceptions;  mais  la  voie  n'est  pas  sans  péril... 

Réintégration,  dès  ici-bas,  du  sous-multiple  humain 
dans  l'Unité  divine,  voilà  l'œuvre  majeure  de  l'adeptat. 
C'est  là  l'ambition  du  bon  solitaire. 

En  quoi  consiste  cette  Réintégration  ? 

Nous  en  connaissons  deux  :  la  passive  et  Y  active.  L'une 
et  l'autre  comportent  plusieurs  degrés. 

L'on  parvient  à  la  première  par  la  sainteté  ou  l'austère 
épuration  de  son  essence  animiquc,  unie  d'amour  au  pur 
Esprit  des  Cieux  ;  —  à  la  seconde,  par  l'apothéose  de  la 
Volonté  libre  et  consciente,  ou  la  réalisation  du  penta- 
gramme  mystique. 

La  première  (réintégration  en  mode  passif)  nécessite 
une  abdication  du  Moi,  qui  se  fond,  sans  réserve  ni  es- 
prit de  retour,  dans  le  Soi  divin.  On  n'agit  plus  par  soi- 
même;  c'est  Dieu  qui  agit  par  vous.  Ce  qui  a  fait  dire  à 
l'apôtre  :  «  et  déjà  ce  n'est  plus  moi  qui  vis  ;  c'est  Christ 
qui  vit  en  moi.  » 

Li  seconde  (réintégration  en  mode  actif)  équivaut  à  une 
conquête  positive  du  Ciel,  à  un  viol  de  l'Élément  céleste, 
et  de  son  Esprit  collectif:  Houàch  llascliamuini. 

Toutes  deux,  à  leur  plus  haut  degré,  rendent  à  l'aine 
l'état  primordial  d'Éden,  la  jouissance  dWdamuli,  l'Élé- 
nient  pur,  où  se  réfléchit  l'Aor  Mn-Sôpli.  —  Mais  la 


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20()  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


passive  implique  une  renonciation  des  volontés  indivi- 
duelles, et  le  dédain  de  toute  science  qui  n'est  pas 
l'Amour  :  —  «  Heureux,  a  dit  Christ,  les  pauvres  en  es- 
prit: à  eux  le  Royaume  du  Ciel.  »  —  L'active,  au  con- 
traire, permet  dans  certains  cas,  ici-bas  même,  l'exercice 
d'une  toute-puissance  relative,  délégation  de  la  puis- 
sance de  Dieu.  Elle  met  en  main  l';Esch  glaive 
flamboyant  de  Ihôah  /Elohîin.  C'est  la  prise  de  posses- 
sion, par  droit  de  conquête,  du  Ciel  mystique  dont  Christ 
a  dit  que  les  Esprits  violents  le  prennent  de  force  : 
«  violenti  rapiunt  illud.  » 

L'ineffable  charité  de  N. -S.  Jésus-Christ  ne  l'a  induit 
a  revendiquer  que  la  réintégration  passive,  et  il  est  mort 
sur  la  croix,  en  doutant  de  Lui-même  et  de  son  Père  : 
—  «  Eli,  EU f  lamma  sabachtani ! ...  (1).  » 

L'audace  de  Moïse  lui  a  fait  préférer  les  privilèges  de 
la  réintégration  active  :  aussi,  après  avoir  exercé  sur 
terre  l'omnipotence  céleste,  en  maniant  d'une  main  ferme 
le  glaive  igné  du  Kéroub,  Moïse  est-il  monté  vers  Dieu, 
(comme  après  lui  devait  faire  Élie),  vierge  du  baiser  de 
la  Mort  (w2),  laissant  à  son  peuple  le  nom  de  peuple  du 

H)  Assurément  n'était-ce  que  le  cri  de  la  chair,  défaillante  aux  affres 
dune  suprême  épreuve;  mais  l'évocation  de  ce  cri  de  doute  nous  a  tou- 
jours épouvanté  t 

12)  Est-ce  mourir,  en  vérité,  que  délier  volontairement  ses  entraves, 
à  l'heure  et  au  lieu  choisis,  cl,  rayant  d'un  vol  de  flamme  le  purgatoire 
tic  l'Astral,  prendre  son  essor  vers  le  séjour  solaire  des  âmes  glorifiées  : 
tandis  que  sa  dépouille  charnelle  repose  en  quelque  crypte  ignorée 
et  inaccessible  ?  «  Tous  les  initiés  antiques  parvenus  au  grade  de  Moïse, 
écrit  Saint-Yves  d'Alvcydre,  sont  morts  sans  que  leur  corps  ait  laissé 
plus  de  traces  que  lo  sien.  Jusqu'à  Pythagore,  jusqu'à  Apollonius  de 
Tyane,  jusqu'à  Jésus-Christ,  nous  verrons  se  reproduire  le  même  fait 
mystérieux.  »  (Mission  des  Juifs,  page  476). 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


207 


Seigneur  et  la  libre  entrée  de  la  terre  de  Chanaan,  dont 
les  Juifs  ne  sont  sortis  qu'en  apparence,  mais  où  ils 
régnent  plus  que  jamais  (1). 

La  réintégration  passive  est  plus  divine  peut-être,  plus 
absolument  méritoire;  c'est  celle  des  Saints  et  des  Mes- 
sies. —  La  réintégration  active  est  à  coup  sûr  plus 
avantageuse,  plus  riche  en  prérogatives  :  c'est  celle  des 
Mages  et  des  Titans. 

C'est  la  seule  à  quoi  doivent  prétendre  les  hommes 
qui,  n'ayant  pas  dit  un  définitif  adieu  à  la  vie  et  aux 
joies  de  ce  monde,  se  sentent  encore  le  désir  de  récolter 
ce  qu'il  peut  y  avoir  de  bon  dans  ses  illusions  et  ses  mi- 
rages. 

La  vie  éternelle  est  si  longue  !  Même  décidés  à  toujours 
ascendre,  sans  dévier  de  la  route  qui  ramène  au  Père,  il 
ne  nous  serait  pas  permis  de  faire  des  stations?  Dieu, 
qui  est  si  bon,  n'a  créé  (ou  plutôt  laissé  créer)  (2)  que 
pour  cela,  —  dans  cette  nature  même  de  la  déchéance  et 
sur  cette  terre  de  l'épreuve,  —  l'herbe  moelleuse  et 
l'ombre  propice  des  Illusions... 


(1)  Chanaan  au  sens  le  plus  matériel,  veut  dire  homme  de 
spéculation  et  de  négoce.  La  terre  de  Chanaan  des  juifs  modernes, 
c'est  l'Usure,  c'est  l'Agio,  c'est  la  Hausse  et  la  Baisse  des  valeurs. 

(2)  Le  monde  physique,  conséquence  de  la  chute  d'Adam,  n'a  pas 
été  créé  tel  par  Ihôah  /Elohim.  —  On  peut  méditer  deux  aphorismes 
kabbalistiques,  péremptoires  sur  ce  point,  pour  qui  sait  les  comprendre. 
Ils  sont  extraits  des  dogmes  recueillis  par  le  Père  Angélus  de  Burgo- 
novo.  l'un  des  auteurs  compilés  par  l'érudit  Pistorius.  Voici  la  traduc- 
tion de  ces  formules,  d'un  profond  ésotérisme  : 

—  Le  Péché  d'Adam,  c'est  ta  mutilation  de  Malkouth,  détaché  de  l'ar- 
bre séphirothique. 

—  C'est  avec  l'arbre  du  Péché  que  Dieuacréé  l'Ordre  temporel. 


308 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Le  plaisir  bien  compris  et  accepté  dans  l'expansion 
normale  d'un  cœur  honnête,  est-il  autre  chose,  en  somme, 
que  la  modalisation  et  l'adaptation  au  milieu  terrestre  et 
transitoire,  de  la  joie  éternelle  des  Élus?  Puisque  nous 
sommes  descendus  en  ce  monde  inférieur,  n'est-il  pas 
naturel  et  conforme  à  la  logique,  que  nos  consolations, 
nos  satisfactions  et  nos  joies  temporelles,  forcément  pro- 
portionnées à  notre  nature  déchue  (c'est-à-dire  moins 
parfaite),  soient  elles-mêmes  moins  parfaites  et  moins 
angéliques?  Homo  sum}  disait  Caton,  l'un  des  saints  du 
paganisme  sloique,  et  humant  nil  à  me  alienum  puto(i). 

L'on  ne  saurait  mieux  dire,  et  Pascal  semblait  lui-même 
commenter  cette  belle  parole  de  Caton,  lorsqu'il  écrivait 
en  ses  Pensées  (pie  l'homme  n'est  ni  ange  ni  bêle,  et  le 
reste....  11  est  probable  que  Caton  et  Pascal  lui-même, 
s'ils  eussent  été  initiés  et  qu'il  fût  dans  leur  destin 
de  choisir  entre  la  réintégration  passive  des  saints  et  la 
réintégration  active  des  Titans,  auraient  préféré  cette 
dernière. 

D'ailleurs,  il  n'y  a  pas  même  le  choix,  lorsqu'on  aspire 
à  la  royauté  kabbalislique  du  G.-.  A.*.,  ou  seulement  à 
la  pénétration  des  mystères  de  l'au-delà,  sans  vouloir 
quitter  le  monde  pour  s'enfermer  dans  un  cloître,  au 
propre  ou  au  figuré.  La  réintégration  en  mode  d'activité 
est  la  seule  qui  souffre  le  relatif. 

L\  est  la  raison  profon.le  du  péril  des  cloîtres,  pour 
certaines  aines  qui  ne  sont  pus  prêtes  au  sacrifice  inté- 


(1)  Le  vers  est  de  Tèrence,  mais  la  pensée  est  de  Caton. 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  209 


gral,  sans  restriction  ni  limites,  d'elles-mêmes  et  de  leur 
volonté.  —  Elles  se  sont  données  en  mode  passif: 
tàchent-elles  de  biaiser?  font-elles  quelque  effort  pour  se 
reprendre?  L'Époux  les  lâche  (car,  en  mode  passif,  elles 
se  laissent  posséder,  mais  ne  possèdent  point),  et  elles 
tombent  au  pouvoir  de  r  Adversaire.  La  perdition  est  au 
terme  de  leur  vocation  réticente. 

Aussi  ne  faut-il  jamais  hésiter,  sous  prétexte  de  respect 
du  libre-arbitre,  k  traverser  de  mondaines  épreuves  la 
vocation  des  religieux  en  général,  mais  surtout  des 
jeunes  filles  qui  croient  se  sentir  appelées  à  la  vie  con- 
templative. Si  leur  vocation  est  véritable,  elle  sortira 
victorieuse  desdites  épreuves,  indemne  desdites  tra- 
verses ;  toute  difficulté  suscitée  n'aboutira  qu'à  une  con- 
firmation nouvelle  de  leur  premier  vouloir. 

S'agil-il  de  jeunes  filles  du  monde,  par  exemple?  — 
Nous  estimons  criminel  pour  leurs  parents  de  leur  laisser 
prendre  le  voile,  sans  les  avoir  conduites  d'autorité  dans 
le  monde,  et  pas  seulement  en  soirée,  —  au  bal...  Si 
Tappel  de  ces  âmes  se  fait  toujours  entendre  après  cette 
diversion,  si  leur  goût  de  la  vie  religieuse  résiste  à  ce 
dissolvant,  c'est  qu'elles  sont  d'un  métal  incorruptible 
aux  acides  temporels,  et  nul  autre  Alkahest,  — -  fût-ce 
celui  de  Paracelse  et  de  Van  Helrnont,  —  nul  autre  dis- 
solvant, si  corrosif  soit-il,  n'y  pourra  rien.  Si,  au  con- 
traire, quelque  levain  terrestre,  quelque  ferment  mon- 
dain est  latent  aux  profondeurs  les  plus  inavouées  de  leur 
Moi  inconscient,  elles  seront  entamées,  et  nul  doute  que 
l'espiègle  Érôs  ne  les  chatouille  de  sa  flèche,  virtuellement, 

en  possibilité,  si  tant  est  qu'il  ne  les  pique  pas  en  fait. 

14 


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210 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Mais,  fermant  cette  parenthèse,  il  convient  de  revenir 
aux  modes  de  la  réintégration,  pendant  cette  vie. 

Nous  appelons  réintégré  (Yoghi  de  l'école  mystique  or- 
thodoxe, aux  Indes)  celui  qui  peut,  toutes  les  fois  qu'il  le 
désire,  maîtriser  entièrement  son  Moi  sensible  extérieur, 
pour  s'abstraire  en  esprit  et  plonger,  par  l'orifice  du  Moi 
intelligible  interne,  dans  l'océan  du  Soi  collectif  divin,  où 
il  reprend  conscience  des  arcanes  complémentaires  de 
l'Éternelle  Nature  et  de  la  Divinité. 

Nous  appelons  deux  fois  né  (Dwidja  de  l'école  mysti- 
que hindoue)  celui  qui  peut  quitter  son  effigie  terrestre, 
et  revêtu  de  son  corps  astral  ou  éthéré,  aller  puiser  dans 
l'océan  astral  la  solution  des  mystères  qu'il  recèle. 

La  réintégration  spirituelle  interne  peut  prendre  le 
nom  d'Extase  active.  —  On  est  convenu  de  donner,  à  la 
projection  de  la  forme  sidérale,  celui  de  sortie  en  corps 
fluidique  (1)... 

L'extase  active  a  deux  degrés.  —  Au  premier,  l'adepte 
pénètre  l'essence  de  la  Nature  providentielle,  naturante, 
qui  lui  communique  directement,  sans  symbole,  la  Vérité- 
lumière.  —  Au  deuxième  degré,  il  peut  communiquer 
même  avec  l'Esprit  pur,  qui  le  ravit  au  Ciel  ineffable  des 
Archétypes  divins:  dans  ce  cas,  il  y  a  transfusion  de  la 
Divinité-pensée  qui  se  fait  humanité-pensante  en  l'intel- 
ligence de  l'adepte,  par  l'effet  d'une  intime  alchimie, 
d'une  transmutation  formidable  et  inexpliquée. 

La  sortie  en  corps  astral  diffère  de  l'extase  active  ;  car 


(1)  Voyez  plus  haut,  pages  165,  171-179. 


èêêêÊÊÊÊM 


LES  MYSTERES  DE  LA  SOLITUDE 


211 


le  corps  physique  semble  alors  en  catalepsie,  actionné 
par  une  vitalité  presque  imperceptible  ;  cependant  que  le 
corps  astral  ou  médiateur  plastique  (enveloppe  ambula- 
toire de  l'âme  spirituelle)  flotte  dans  l'immensité  de  1  e- 
ther  sidéral  ou  lumière  universelle,  et  se  dirige  où  il  veut, 
rattaché  qu'il  est  au  corps  matériel  par  une  manière  d  om- 
bilication  fluidique.  Nous  l'avons  déjà  expliqué. 

Ainsi,  la  personnalité  consciente  vogue  en  forme  astrale 
où  bon  lui  semble,  et  va  d'elle-même  prendre  connais- 
sance des  réalités  lointaines  qui  peuvent  l'intéresser  (1). 


(1)  Exemples,  rapportés  de  Cornélius  Agrippa  :  «  C'est  ainsi  que  nous 
lisons  qu'Hermès,  Socrate,  Xénocrate,  Platon,  IMotin,  Heraclite,  Pytha- 
gore  et  Zoroastre  étaient  coutumiércinent  ravis  hors  de  leur  chair,  et 
qu'ils  acquéraient  de  la  sorte  la  science  de  bien  des  choses.  Nous  lisons 
de  mt'medans  Hérodote,  qu'il  y  avait  autrefois  dans  l'ile  Proconèse  un 
philosophe  d'un  savoir  merveilleux,  du  nom  d'Alheus,  et  que  son  àmc 
sortait  quelquefois  do  son  corps  :  après  de  longs  voyages ,  elle  y 
rentrait  plus  savante  qu'auparavant.  Pline  nous  rapporte  que  lame 
d'Hermotime  de  Clazomène  avait  coutume  de  pareillos  sorties  ;  que 
délaissant  son  corps,  elle  voyageait  cà  et  là,  et  rapportait  ainsi  de  loin 
des  nouvelles  exactes.  Et  il  y  a  encore  de  nos  jours,  chez  les  Nor- 
végiens et  les  Lapons,  nombre  de  gens  qui  quittent  leur  corps  trois 
jours  durant,  et  racontent  à  leur  retour  bien  des  choses  des  pays  éloi- 
gnés. Cependant  qu'ils  voyagent  de  la  sorte,  il  faut  garder  leurs  corps, 
et  veiller  à  ce  que  nul  animal  vivant  ne  passe  dessus  ou  ne  les  touche  : 
autrement,  on  dit  que  ces  âmes  ne  pourraient  y  rentrer  »  (de  Occultà 
philosophià,  111,  50). 

De  quels  «  animaux  vivants  t  l'occultiste  en  phase  de  bilocation 
doit-il  redouter  l'abord,  pour  sa  dépouille  corporelle  :  c'est  ce  que  nous 
laisserons  à  la  subtilité  du  Lecteur  le  soin  de  discerner.  Qu'il  n'oublie 
pas  qu'Agrippa  nous  enjoint  formellement  de  lire  entre  les  lignes  de 
son  livre  :  *  Que  nul  ne  s'irrite  contre  nous,  si  nous  avons  caché  la  vé- 
rité de  cette  science  sous  l'ambigu  des  énigmes,  et  si  nous  l'avons  dis- 
persée en  divers  endroits  de  ce  traité.  Car  ce  n'est  point  aux  sages  que 
nous  l'avons  cachée  ;  c'est  aux  pervers  et  aux  méchants  :  et  nous  l  avons 
enseignée  d'un  tel  style,  que  nécessairement  le  profane  n'y  voit  goutte, 
mais  que  le  sage  n'aura  point  de  peine  à  y  parvenir.  »  Telles  sont  les 
dernières  phrases  du  traité  de  la  Philosophie  occulte. 


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212 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Mais  alors,  —  si  ce  sont  des  notions  d'ordre  intelligible 
qu'elle  prétend  acquérir,  —  ces  notions  ne  lui  sont  que 
symboliquement  transmises,  par  l'intermédiaire  de  la 
lumière  astrale»  qui,  avant  tout  configurative,  ne  parle 
qu'en  offrant  à  la  sagacité  de  l'esprit  une  série  d'images, 
que  celui-ci  doit  traduire  ensuite,  comme  des  hiéro- 
glyphes de  l'Invisible.  Ce  langage  concret  et  tissu  d'em- 
blèmes est  donc  le  seul  dont  la  Vérité  se  puisse  servir, 
pour  s'exprimer  par  l'intermédiaire  de  l'Astral. 

En  mode  passif,  la  haute  Extase  comporte  aussi  deux 
degrés:  —  1°  Communication  avec  la  Nature-essence, 
dans  la  Lumière  de  gloire;  —  2°  avec  l'Esprit  pur. 

Quant  à  l'extase  passive  astrale  ou  inférieure,  elle  n'est 
autre  que  la  lucidité,  soit  naturelle,  soit  magnétique.  De- 
vant le  diaphane  du  sujet  visionnaire,  se  succèdent  les 
images,  les  formes,  les  reflets,  les  fantômes  que  roule  le 
torrent  fluidique  ;  mais  la  science  occulte  peut  seule  ap- 
prendre à  distinguer  l'irradiation  essentielle  du  reflet  illu- 
soire, en  sorte  qu'on  sache  éliminer  celui-ci,  pour  retenir 
celle-là.  Le  péril  est  d'évoquer  à  son  insu  des  mirages 
errants  adéquats  à  ses  pensées  coutumières,  et  de  trouver 
par  suile,  dans  une  vision  estimée  céleste,  l'éloquente 
confirmation,  —  disons  mieux  :  la  traduction  fidèle  —  du 
verbe  intérieur  de  sa  foi  ou  de  ses  désirs.  L'extase  pas- 
sive inférieure  a  fait  bien  des  dupes  et  des  victimes;  la 
plupart  des  visions  béatifiques  lui  sont  expressément  at- 
tribuables. 


Ce  qui  importe  avant  tout  à  l'adepte,  c'est  de  parvenir 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  2I.°> 


à  se  mettre  en  communication  spirituelle  avec  l'Unité  di- 
vine ;  c'est  de  cultiver  l'un  des  degrés  de  l'Extase  active, 
et  d'apprendre  à  faire  parler  au  dedans  de  soi,  vil  atôme, 
la  voix  révélatrice  de  l'Universel,  de  l'Absolu... 

Est-il  donc  possible  au  Relatif  de  comprendre  l'Absolu? 
—  Non,  sans  doute  ;  mais  d'y  assentir,  en  Munissant  à 
Lui...  Un  fragment  de  miroir  convexe  ne  reflète-t-il  point 
tout  le  Ciel  ?  Toute  la  grande  voix  de  POcéan  ne  chante- 
t-elle  pas  au  creux  du  plus  humble  coquillage,  qui  a  eu 
la  fortune  (dit  la  Légende)  d'essuyer,  fût-ce  une  heure, 
son  immense  et  sonore  baiser  ? 

Ainsi  l'Extase  laisse  à  l'âme  extasiée  (ne  fût-ce  qu'une 
heure)  l'imprégnation  de  l'Infini,  la  notion  vécue  de  l'Ab- 
solu, —  le  murmure  intarissable  du  Soi  révélateur,  qui 
contient  tous  les  Moi  sans  être  contenu  d'aucun.  Quelles 
jouissances  !  Retremper  sa  vie  individuelle  à  l'océan  col- 
lectif de  la  Vie  inconditionnée,  ou  aspirer  la  sève  spiri- 
tuelle à  même  l'Esprit  pur  —  et  s'en  nourrir  !  C'est  une 
décisive  initiation  :  une  fenêtre  ouverte  sur  l'immensité 
de  la  Lumière  intelligible  et  de  l'Amour  divin,  de  la  Vérité 
céleste  et  du  Beau  typique. 

Retrouver  le  chemin  du  primitif  Éden  !...  Beaucoup 
pussent  à  côté  de  la  porte  qui  commande  ce  sentier,  sans 
même  apercevoir  cette  porte  ;  ou,  la  voyant,  dédaignent 
d'y  frapper.  Peut-être  même  tel  curieux  y  frappe-t-il, 
qui  ne  sait  point  faire  résonner  le  seuil  des  trois  coups 
mystiques  :  il  heurte  en  profane,  et  il  ne  lui  sera  pas  ou- 
vert. 

Le  Christ  a  dit:  —  Petite  et  accipietis  ;  pulsate  et  ape- 
rietur  vobis  ;  mais  il  a  dit  aussi  :  Multi  vocati,  pauci  veto 


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2U  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

electi.  —  Comment  concilier  ces  deux  textes?  Ah!  c'est 
que  parfois  ceux-là  frappent  à  la  porte,  qui  ne  sont  point 
appelés  encore  ;  souvent  ceux  qui  sont  appelés  n'y  frap- 
pent pas,  ou  plus  souvent,  y  frappent  mal. 

Si  donc  tu  aspires  à  devenir  un  adepte,  évoque  le  Ré- 
vélateur qui  réside  au  dernier  tabernacle  de  tout  être  ; 
impose  au  Moi  le  plus  religieux  silence,  afin  que  le  Soi 
se  puisse  faire  entendre,  —  et  alors,  te  réfugiant  au  plus 
profond  de  ton  Intelligence,  écoute  parler  l'Universel, 
l'Impersonnel,  ce  que  les  gnostiques  appellent  Y  Abîme... 

Mais  il  faut  être  préparé,  —  et  c'est  le  rôle  de  l'initia- 
teur humain  de  surveiller  ces  préliminaires,  —  à  défaut 
de  quoi  l'Abîme  n'a  qu'une  voix  pour  celui  qui  l'évoque 
étourdiment,  voix  terrible  qui  a  nom  le  Vertige. 

Au  résumé,  c'est  un  grand  et  sublime  arcane  que  ce- 
lui-ci :  Nul  ne  peut  parfaire  son  initiation,  que  par  la 
révélation  directe  de  F  Esprit  universel,  qui  est  la  voix 
qui  parle  à  l'intérieur. 

Il  est  le  Maitrc  unique,  l'indispensable  Gourou  des  su- 
prêmes initiations.  Nous  connaissons  les  diverses  ma- 
nières d'entrer  en  rapport  avec  Lui:  de  L'aller  chercher, 
—  de  Le  faire  venir,  —  de  Le  laisser  venir  —  de  se  don- 
ner à  Lui,  —  ou  de  prendre  part  à  Sa  souveraineté  (1). 

On  sait  de  quelle  sorte  ambiguë  certains  ouvrages  de 


(1)  A  un  autre  point  de  vue,  les  Rosç-Croix  ont  classé  les  divers  modes 
de  l'extase  en  quatre  catégories,  selon  les  caractères  qu'elle  affecte  et 
les  résultats  qu'elle  donne  :  1°  Y  Extase  musicale,  2°  Y  Extase  mystique, 
3°  Y  Extase  sybilline,  4°  Y  Extase  d'amour.  Dans  l'Appendice  de  la  troi 
sième  édition  d  Au  seuil  du  Mystère,  nous  avons  commenté  et  éclairci 
la  tradition  reçue  sur  co  point  (voy.  ce  livre,  pages  218-224). 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


215 


haute  science  déguisent  les  Mystères,  —  à  telles  enseignes 
que  ces  ouvrages,  souvent  très  profonds,  semblent  à  la 
première  lecture  des  libelles  de  honteuse  superstition. 
Sous  quel  voile  donc  les  auteurs  ont-ils  enseigné  cet  in- 
signe arcane,  dont  nous  avons  entrouvert  ci-dessus  le 
tabernacle  mystique? 

Sous  quel  voile  ?  —  Voilà  qui  est  supérieurement  cu- 
rieux. Car  c'est  pour  avoir  confondu  «la  Letlre  qui  tue» 
avec  T  «  Esprit  qui  vivifie  »,  que  tant  d  étudiants  en  oc- 
cultisme donnent  à  cette  heure  dans  le  spiritisme  pur  et 
simple. 

D'une  plume  presque  unanime,  les  hiérographes  noti- 
fient qu'il  faut  évoquer  les  Intelligences  célestes,  comme 
seules  susceptibles  d'enseigner  au  théosophe  les  derniers 
mystères.  Moïse  sur  le  Sinai,  N.-S.  Jésus-Christ  au  jar- 
din des  Olives,  visités  par  des  Anges  ;  —  Socrate  et  Plo- 
tin,  consultant  leur  génie  ;  —  Paracelse  et  son  démon 
familier  inclus  au  pommeau  de  sa  dague;  — Zanoni  et 
Mejnour  interrogeant  Adonai,  etc   Toutes  ces  légen- 
des, selon  leur  plus  haute  signification,  symbolisent  ce 
qui  présentement  nous  est  connu. 

Non  pas  que  nous  contestions  la  possibilité  ni  l'utilité 
de  se  mettre  en  rapport  avec  les  Intelligences  supérieu- 
res, avec  les  âmes  glorifiées  ;  mais  tout  cela  n'est  que 
Magie  secondaire,  initiation  au  deuxième  degré. 

Au  troisième  degré,  les  esprits  disparaissent...  l'Es- 
prit demeure  seul,  irradiant,  impersonnel,  bouillonnant  à 
travers  les  éternelles  profondeurs  d'un  Infini  qui  n'est  pas 
l'Espace;  débordant  d'Amour  divin,  de  Vie,  de  Joie,  de 
Lumière,  d'Espérance  et  de  Beauté  divines  ;  gorgeant 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


l'àme  d'une  ineffable  omniscience  qui  l'enivre,  sans  qu'elle 
s'en  puisse  jamais  saouler. 

La  personnalité  égoïste  se  fond,  disparait,  s'éteint  à 
l'horizon  du  fini  que  l'âme  a  déserté.  En  Dieu,  comme 
dans  la  Nature  (l'Éternelle  Nature  de  Bœhme),  tout  est 
bt?au,  doux,  évident,  sublime  —  et  formidable  comme 
un  baiser  dont  on  se  sentirait  mourir,  noyé  dans  la  vie!... 

Voyez  comment  Abraham  le  Juif  décrit,  sous  l'emblème 
que  nous  avons  dénoncé  captieux,  l'accomplissement  de 
ce  mystère  :  —  «  Tu  verras  alors  que  tu  as  bien  employé 
les  mois  passés,  car,  si  tu  as  cherché  la  véritable  Sagesse 
du  Seigneur,  ton  ange  gardien,  l'Élu  du  Seigneur  pa- 
roitra  devant  toy,  et  te  parlera  des  paroles  si  douces  et 
si  amicales,  que  nulle  langue  humaine  n'en  pourra  ja- 
mais exprimer  la  douceur  (I).  » 

Au  cours  de  ces  notes  sur  l'Extase,  nous  nous  sommes 
élevés  presque  constamment  dans  une  atmosphère  plus 
pure  que  celle  de  la  zone  astrale;  il  est  temps  d'y  re- 
descendre, car  tout  n'est  point  dit  encore  du  vieil  er- 


(1)  La  sagesse  divine  d'Abraham  le  juif,  dédiée  à  son  fils  Lamech 
(Mss.  xvm*  siècle,  traduit  do  l'allemand  [1432],  2  vol.,  pet  in-8,  tome 
II.  page  76). 

En  publiant  naguère,  sous  la  rubrique  de  Xotes  sur  l'Extase,  un 
fragment  du  présent  chapitre,  nous  avions  transcrit  cette  même  phrase 
d'Abraham  le  Juif.où  nous  avions  cru  lire  ces  mots  :  c l'Élu  du  Seigneur 
apparaîtra  dedans  toy.  *  Nous  les  avions  même  soulignés,  tant  ils  nous 
avaient  paru  significatifs  et  profonds.  Par  malheur,  en  examinant  le 
manuscrit  de  plus  près,  nous  avons  constaté  qu'une  surcharge,  très 
habilement  faite,  nous  avait  induit  en  erreur.  Il  est  fâcheux  d'avoir 
à  modifier  la  phraso  dans  un  sens  do  banalité  ;  mais  le  texte  original 
portant  «  devant  toy  »,  il  a  bien  fallu  rétablir  la  citation  en  conséquence. 


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LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE 


217 


mile  pentaculaire,  ni  des  conséquences  de  son  isolement, 
sur  le  plan  des  fluides  hyperphysiques. 

Nous  devons,  pour  clore  ce  chapitre,  toucher  un  mot 
des  Incubes  et  des  Succubes.  Le  lecteur  ne  saurait  s'en 
étonner,  car  ces  spectres  sont  les  légitimes  enfants  de  la 
solitude  sexuelle. 

On  peut  paraitre  se  jouer  des  lois  de  la  Nature  ;  mais 
qui  la  violente  s'expose  à  des  représailles  d'ordre  sou- 
vent inattendu,  avec  accompagnement  d'humiliations 

étranges       Derrière  ces  humiliations  même,  la  Mère 

Céleste,  toujours  indulgente,  s'ingénie  à  glisser  quelque 
salutaire  leçon  pour  ceux  qu'elle  juge  capables  de  s'a- 
mender, ou  un  grain  d'ellébore  en  faveur  des  monomanes 
encore  curables. 

N'est-il  point  des  orgueilleux  de  la  vertu,  comme  il  est 
des  austères  du  vice?..  Que  de  simples  mortels,  alléchés 
et  déçus  par  une  vanité  un  peu  naïve,  se  flattent,  en  gar- 
dant toute  leur  vie  une  rigoureuse  continence,  d'éluder 
la  norme  sexuelle  ! 

Le  traducteur  autorisé  de  Moïse  fait  bien  dire  au  Créa- 
teur du  monde  :  —  Croissez  et  multipliez  {Genèse,  I,  28); 
—  l'homme  se  joindra  à  la  femme  et  ils  seront  une  même 
chair  {Genèse,  11,24).  Mais  qu'importe  aux  mystiques  de 
la  continence  ?  Cet  avis  et  ces  prescriptions  ne  sauraient 
être  pour  eux,  les  purs,  les  saints,  les  privilégiés!...  Eh 
bien,  qu'ils  ne  l'ignorent  plus,  ces  présomptueux  d'une 
vertu  scandaleuse,  puisqu'elle  est  anormale  :  en  reniant 
la  loi  des  sexes,  en  se  refusant  à  l'amour  d'un  époux,  en 
se  dérobant  au  baiser  d'un  être  comme  eux  de  chair  et 


Ul 


218 


LA  CLEF  DR  LA  MAGIE  NOIRE 


d'os,  ils  se  sont  désignés  aux  dégradantes  promiscuités 
de  l'Invisible  et  voués  d'eux-mêmes  aux  stériles  embras- 
scments  des  fantômes. 

Sans  doute,  il  est  des  cas  où  la  continence  absolue  se 
légitime  logiquement  ;  mais  nous  verrons  tout  à  l'heure 
à  quelle  quotité  négligeable  ils  se  réduisent. 

Si  l'on  excepte  d'ailleurs  les  exemples  assez  fréquents 
d'atrophie  par  non-usage  des  organes  physiques,  —  à 
quoi  correspondent  parallèlement  la  dégénérescence  de 
certaines  fonctions  du  cerveau,  et  quelque  altération,  au 
moins  partielle,  du  sens  moral  :  a  part  ces  cas  patholo- 
giques d'une  castration  sans  chirurgien  ni  scalpel,  il  est 
certain  qu'en  sevrant  leur  cœuret  leurs  sens  de  toute  sa- 
tisfaction, ces  fidèles  d'un  inflexible  célibat  n'ont  pu  abo- 
lir en  eux  ni  la  virtualité  de  l'amour  sentimental,  ni  l'ap- 
pétence au  plaisir  physique,  —  et  schismatiques  déso- 
rientés du  sentiment  comme  de  la  sensation,  ils  aiment 
sans  but,  ils  désirent  sans  objet.  Leur  verbe  intérieur 
s'empare  dès  lors  de  ces  préoccupations,  pour  les  for- 
muler. 

Or,  tous  les  verbes  sont  créateurs.  — Comme  le  verbe 
impératif  objective  ce  qu'il  veut,  comme  le  verbe  dogma- 
tique réalise  ce  qu'il  affirme,  ainsi  le  verbe  appétent  évo- 
que et  suscite  ce  qu'il  convoite. 

Ici,  pour  éviter  les  redites,  nous  renvoyons  le  Lecteur 
à  notre  théorie  des  Larves  et  des  Concepts  vitalisés  ;  il  y 
trouvera  l'explication  du  choc  en  retour  que  ces  fantô- 
mes exercent  sur  les  auteurs  de  leur  existence. 

Ce  qui  est  vrai  pour  les  individus  ne  Test  pas  moins 
pour  les  collectivités  humaines,  — et  la  potentialité  créa- 


LES  MYSTKHES  DE  LA  SOLITUDE 


21<» 


trice  des  communs  vouloirs  se  développe  et  s'accroît  en 
progression  géométrique,  et  en  raison  directe  du  nombre 
des  êtres  rassemblés  sous  une  mêmeoriflamme,  tous  épris 
d'une  chimère  identique  ou  fervents  d'un  même  idéal. 

Là  sans  doute  réside  la  force  des  plus  sublimes  reli- 
gions, comme  des  sectes  les  plus  excentriques  et  des 
communautés  même  les  moins  respectables.  —  Le  con- 
sensus des  sorciers  crée  le  sabbat  en  Astral  ;  ainsi  le  con- 
sensus du  fanatisme  musulman  crée  à  la  lettre  pour  ses 
fidèles  le  paradis  rêvé  par  Mahomet  ;  ainsi  le  consensus 
de  certains  mystiques  rompt  l'équilibre  du  monde  hyper- 
physique,  en  y  créant  des  tourbillons  de  folle  et  conta- 
gieuse extase...  —  Mystères  de  la  multitude  :  voilà  qui  va 
faiie,  en  partie,  l'objet  de  notre  troisième  chapitre  in- 
titulé :  la  Roue  du  Devenir. 

Mais  revenons  à  V Incube  ei  au  Succube  proprement  dits, 
où  plusieurs  ne  veulent  voir  que  l'expression  d'un  mythe 
suranné,  les  figures  personnifiées  et  purement  poétiques 
d'une  chose  qui  ne  l'est  guère  :  la  Pollution  nocturne. 
Ceux-là,  pour  accuser  avec  décence  ce  petit  désagrément 
intime  et  assez  ridicule  en  soi,  disent  simplement  :  fui 
rêvé  

Mais  les  anciens,  —  estimant  que  les  diverses  angois- 
ses du  sommeil  sont  dues  à  la  malice  de  certains  êtres 
fantastiques  (i),  pernicieux  démons  qui  se  plaisent  à 


(I)  Ces  deux  opinions  sont  un  peu  extrêmes.  Toutes  deux,  dans  la 
moyenne  des  cas,  expriment  une  part  delà  vérité.  C'est  la  m»>me  ques- 
tion, envisagée  sous  deux  faces  différentes.  On  trouvera  dans  notre 
théorie  des  Larvos,  le  moyen  de  concilier  ces  deux  appréciations  d'appa- 
rence inconciliable. 


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LA  CLEF        LA  MAGIE  NOIRE 


molester,  étouffer  et  tourmenter  le  dormeur,  en  pesant  sur 
lui  de  tout  leur  effort  malveillant  ou  libidineux,  —  les 
anciens  confondaient  volontiers  les  idées  de  pollution 
nocturne  et  de  cauchemar. 

Les  grecs  ont  synthétisé  les  deux,  en  les  personnifiant 
sous  l'appellation  assez  vague  (XEphialle  (racine  cytâ).)», 
je  m'élance  sur);  le  mot  latin  Insultor  (racine  :  insulto,  je 
saute  sur)  témoigne  par  son  étymologie  que  celte  concep- 
tion n'avait  pas  varié,  en  passant  de  Grèce  à  Rome. 

Le  vocable  iytà)™;,  qu'on  a  traduit  par  cauchemar, 
offrait  donc  un  double  sens.  «  L'Éphialte,  dit  le  bon 
Pierre  Le  Loyer,  estoit  vne  maladie  populaire  et  épidé- 
miale  »...  et  il  ajoute  :  «  le  croiray  qu'il  y  auoit  quelque 
chose  d'extraordinaire,  voire  supernaturel  en  l'Éphialte 
de  Rome  (1).  » 

Ne  haussons  pas  les  épaules  à  la  légère  :  cette  opinion 
du  Conseiller  au  siège  présidial  d'Angers  est  très  remar- 
quable. Notons  bien  qu'il  dit  épidémiale  et  non  point 
contagieuse. 

Or,  qu'est-ce  qu'une  épidémie?  —  C'est  un  agent  mor- 
bide, extérieur  au  malade,  et  qui,  répandant  l'infection 
dans  une  zone  parfaitement  déterminable  et  circonscrite, 
frappe  d'un  même  mal  un  grand  nombre  des  êtres  vi- 
vants qui  s'y  trouvent  inclus.  La  zone  dangereuse  s'étend- 
elle  ?  On  dit:  l'épidémie  a  gagné;  elle  est  ici,  elle  s'ar- 
rête là...  Il  s'agit  donc  bien  d'une  cause  réelle,  objective, 
en  dehors  des  êtres  qui  en  éprouvent  les  effets. 

C'est  en  revenir  à  la  thèse  des  Loca  infesta  du  Père 


(1)  Tome  I  de  l'Histoire  des  Spectres  (Paris,  Buon,  1605,  in-4,  p.  97). 


r 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  221 


Thyrée,  dont  le  livre  appuie  sur  de  nombreux  exemples 
la  vieille  idée  traditionnelle  des  lieux  hantés. 

Parmi  ceux-ci,  les  cloîtres  ont  toujours  tenu  le  pre- 
mier rang.  Cela  devait  être,  puisqu'à  tous  égards  ils 
constituent  un  terrain  remarquablement  propre  à  la  pro- 
duction comme  au  développement  des  Larves  en  général, 
et  plus  particulièrement  de  V Incube  et  du  Succube.  L'his- 
toire ecclésiastique  le  constate  ;  les  dossiers  de  sorcellerie 
en  présentent  la  preuve  officielle,  revêtue  d'une  sanction 
juridique  ;  enfin  l'unanimité  des  traditions  populaires, 
locales,  viendrait,  pour  peu  qu'il  parût  nécessaire,  en 
fournir  l'éloquente  confirmation. 

D'ailleurs,  tout  le  moyen  âge,  —  l'ascétique  moyen 
âge,  avec  son  fanatisme  d'austérité  fiévreuse  et  chagrine, 
—  a  vécu,  si  l'on  peut  dire,  en  concubinage  réglé  avec 
les  Invisibles. 

Voulons-nous  des  faits  modernes?  Les  livres  de  mé- 
decine en  foisonnent,  et  c'est  au  docteur  Calmeil,  pen- 
sons-nous, que  revient  l'honneur  d'avoir  introduit  dans 
le  vocabulaire  médical  le  terme  assez  piquant  (1)  d'Hysté- 
rode'monopathie.  —  D'autre  part,  les  missionnaires  ca- 
tholiques en  Chine  sont  là,  pour  nous  garantir  le  carac- 
tère également  épidémique  et  meurtrier  qu'affecte  en 
Extrême-Orient  ce  mal  étrange  (2),  sous  l'étreinte  du- 


(1)  N'implique-t-il  pas  un  aveu  (acite  et  peut-être  inconscient? 

M.  Gougcnot  «les  Mousscaux  cite,  entre  autres,  les  RR.  PP.  Desjuc- 
ques  et  Leraaitre,  comme  particulièrement  édifiés  sur  le  chapitre  de  ces 
incroyables  épidémies.  Les  indigènes  qui  en  sont  atteints,  meurent  à 
l'échéance  de  quatre  à  cinq  ans,  dans  la  consomption  et  le  marasme. 

Un  troisième  missionnaire  écrit  :  «  C  est  une  maladie  presque  endé- 


222 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIIIE 


quel  succombent  des  populations  entières,  et  que  les  in- 
digènes qualifient  de  commerce  d'amour  avec  les  Esprits. 
Il  ne  s'agit  plus  d'un  coït  en  astral,  pendant  le  sommeil 
ou  la  crise  somnambulique,  mais  bien  de  véritables  rela- 
tions charnelles,  consommées,  le  plus  souvent  à  l'état  de 
veille,  avec  des  spectres  objectivés  (t). 

Dans  certaines  conditions  d'ailleurs  exceptionnelles, 
nous  ne  nions  pas  la  possibilité  de  copulation  d'un  être 
humain  avec  un  Êlémental(i)  ou  un  Élémentaire  con- 


inique  do  certaines  provinces  de  la  Chine  que  nous  avons  explorées  ; 
nous  l'appelons  la  maladie  du  Diable  ».  Consulter  les  Hauts  Phénomènes 
delà  Magie,  (Paris,  Pion,  1864,  in-8,  pages  392-393). 

(1)  Quant  à  la  possibilité  du  coït  dans  ces  conditions,  et  sans  enga- 
ger une  discussion  scabreuse  sur  les  difficultés  qu'on  pourrait  soulever 
ii  cet  égard,  —  il  suffira  de  dire  que  les  objections  s'évanouissent  au 
gré  de  ceux-là  qui  ont  vu  et  touché  les  phénomènes  de  matérialisation, 
totale  ou  partielle,  éphémère  ou  durable,  qui  s'opèrent  par  l'entremise 
de  quelques  médiums. 

(2)  Un  théologien  catholique  du  xvu*  siècle,  le  R.  P.  Sinistrari 
d'Ameno,  capucin  (1622-170i)a  très  curieusement  examiné  ce  problème, 
au  double  point  de  vue  des  faits  observés  et  de  la  doctrine  théologique. 
Son  ouvrage  latin,  resté  deux  cents  ans  manuscrit,  n'a  été  traduit  et 
publié  qu'en  1875,  par  les  soins  de  l'éditeur  Liseux.  Son  titre  est  signi- 
ficatif :  DE  LA  DÉMONIALITÏ    ET   DES  ANIMAUX  INCUBES  ET  SUCCUBES,  OÙ  l'on 

prouve  qu'il  existe  sur  terre  des  créatures  raisonnables  autres  que 
l'homme,  ayant  comme  lui  un  corps  et  une  âme.  naissant  et  mourant 
comme  lui,  rachetées  par  S.-S.  Jesus-Christ  et  capables  de  salut  et  de 
damnation  (Paris,  Liseux,  1873,  in-8). 

Le  P.  Sinistrari  d'Ameno  décrit  la  nature  des  Esprits  élémentaires  et 
leurs  relations  avec  l'homme,  en  des  termes  assez  souvent  corrects,  au 
point  de  vue  de  la  Science  occulte.  On  dirait  d'un  Paracelse  devenu 
casuiste  et  controversiste  romain,  mais  ne  rétractant  que  le  moins  pos- 
sible de  ses  théories  hermétiques. 

Les  Incubes  et  les  Succubes  ne  seraient  point,  selon  lui,  des  démons 
d'enfer  Ces  créatures  ■  seraient  des  animaux  raisonnables,  munis  de 
sens  et  d'organes  corporels,  ainsi  que  l'homme;  toutefois  elles  différe- 
raient de  l'homme,  non  seulement  par  la  nature  plus  subtile  de  leur 
corps,  mais  par  la  matière.  Ea  elTet,  l'homme  a  été  formé,  comme  le 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  223 


denses,  ni  celle  du  viol  accompli  par  le  magicien  noir  en 
sortie  de  corps  astral....  Mais  sur  le  mode  de  perpé- 
tration d'un  tel  acte,  il  convient  de  laisser  un  voile 
impénétrable  :  tout  commentaire  serait  lui-même  cri- 
minel. 

Pour  en  finir  avec  l'Incube  et  ses  équivalents,  il  faut 
bien  toucher  un  mot,  aussi  prudent  que  possible,  du  plus 
secret  arcane  de  la  théurgie  pratique;  effleurer  ce  que 


constate  l'Écriture,  de  la  partie  la  plus  épaisse  de  tous  les  éléments, 
c'est-à-dire  de  boue,  mélange  épais  d'eau  et  de  terre  :  ces  créatures,  au 
contraire,  seraient  formées  de  la  matière  la  plus  subtile  de  tous  les  élé- 
ments, ou  de  l'un  d'eux  ;  ainsi  les  unes  tiendraient  de  la  terre,  les  au- 
tres de  l'eau,  ou  de  l'air,  ou  du  feu...  »  (page  79).  Le  père  Sinistrari 
ajoute,  quelques  feuillets  plus  loin  :  «  Nous  admettrons  encore  que  ces 
♦•1res  naissent  et  qu'ils  meurent  ;  qu'ils  se  divisent  en  mâles  et  femelles  ; 
qu'ils  ont,  comme  les  hommes,  des  sens  cl  des  passions  :  que  leur  corps 
se  nourrit  et  se  dé%*eloppe  :  toutefois,  leur  nourriture  ne  doit  pas  être 
grossière  comme  celle  qu'exige  le  corps  humain,  mais  une  substance 
délicate  et  vaporeuse,  émanant,  par  cllluves  spiritueux,  de  tout  ce  qui, 
dans  la  nature,  abonde  en  corpuscules  très  volatils,  etc..  »  (page  83). 

Vers  l'époque  où  le  Père  d'Ameno  écrivait  ce  traité,  l'abbé  de  Yillars 
publiait  son  Comte  de  Gabalis,  1680,  in  12,  qui  traite  également  des 
Esprits  élémentaires  et  de  leurs  rapports  avec  les  hommes.  Mais  l'abbé 
de  Villars,  interprétant  au  pied  de  la  lettre  les  allégories  des  Kabba- 
listes  (Voy.  Au  seuil  du  mystère,  pages  214-210  de  la  3*  édition),  ne  re- 
connaît à  l'Élémental  qu'une  àme  périssable,  et  l'exclut  de  la  Rédemp- 
tion chrétienne;  à  moins  qu'une  créature  humaine  du  sexe  opposé  ne 
l'immortalise,  en  s'unissant  à  lui  par  les  liens  de  l'amour.  Les  deux 
volumes,  tous  deux  écrits  d'un  style  agréablo,  sont  des  plus  curieux  à 
rapprocher. 

Cf.  également  les  opinions  de  François  Hédelin  (plus  tard  l'abbé 
d'Aubignac),  qui  publiait,  environ  50  ans  avant  lu  Père  d'Ameno,  un 
livre  fort  piquant,  où  il  soutient  la  thèse  en  quelque  sorte  opposée  à  la 
sienne  :  Des  satyres  brutes,  monstres  et  démons,  contre  l'opinion  de 
ceu*r  qui  ont  estimé  les  Satyres  estre  une  espèce  d'hommes  distincts  et 
séparez  des  Adamia/ues  (Paris,  Buon,  1027,  in-8).  —  L'éditeur  Liseux 
a  réimprimé  ce  livre,  qui  n'est  pas  commun. 


LA  CLEF  DR  LA  MAGIK  NOIRE 


certains  Pères  de  la  primitive  Église  ont  flétri  de  ces 
noms:  mystère  d'abomination,  abîme  d'iniquité,  houle  du 
sanctuaire,  éternel  opprobre  des  hommes  et  des  dieux,  — 
tandis  que  les  hiérophantes  des  nations  y  voyaient  la 
communion  céleste  et  la  chai.ie  de  vie. 

Écoutons  d'abord  Quantius  Àucler,  ce  fou  si  paradoxal 
et  souvent  sensé,  ce  païen  mystique  du  xviue  siècle,  qui 
prêchait  aux  sans-culottes  le  culte  de  Cérès  et  de  la 
Grande  Nuit  : 

«  (le  n'est  pas  ici  le  lieu  de  vous  dire  comment  une  femme 
peut  penser  que  l'image  des  Forces  de  la  Nature  répandue 
dans  sa  personne  ;  Tordre  de  tous  ses  membres;  la  modestie, 
l'innocence  et  toules  les  vertus  dont  sa  taille,  sa  démarche  et 
son  visage  sont  l'excellent  tableau,  puissent  plaire  à  une  In- 
telligence supérieure,  et  lui  faire  désirer  de  s'y  mêler  et  d'en 
jouir:  c'est  ainsi  (pie  saint  Paul  prescrit  que  toutes  les  femmes 
soient  voilées  dans  les  temples,  de  peur  que  leur  beauté  ne 
cause  des  distractions  aux  Intelligences  supérieures  qui  assis- 
tent aux  sacrés  mystères....  Vous  aurez  peine  à  comprendre 
comment  les  dieux  peuvent  être  épris  de  la  beauté  mortelle 
d'une  femme,  et  désirer  de  posséder  les  signes  que  la  beauté 
intellectuelle  répand  sur  la  forme  extérieure  :  vous  connaissez 
peu  l'amour!...  Encore  moins,  comment  une  Déesse  peut 
s'a  lapter  au  corps  solide,  et  désirer  de  recevoir  en  son  sein  le 
symbole  des  forces  et  des  vertus  d'un  héros,  ou  de  celles  d'un 
sage  puissant  (I)...  »» 

En  transcrivant  ces  lignes  embarrassées  d'Aucler, 
nous  ne  prétendons  ni  les  expliquer,  ni  moins  encore 
entreprendre  la  justification  de  l'idée  qu'elles  trahissent... 


(4)  La  Thrëïcie,  seule  voie  des  sciences  divines  et  humaines,  pages 
192  193  et  285-2X6,  passim. 


r 


LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  2W2.) 


Cela  dit,  rappellerons- nous  pour  mémoire  l'alcôve 
nuptiale  et  sacrée,  tendue  au  sommet  de  la  huitième  des 
tours  superposées,  qui  dominaient  à  Babylone  la  mu- 
raille du  Septentrion  ?  Là  couchait,  certaines  nuits,  la 
femme  choisie  paries  mages  pour  les  embrasscments  du 
dieu  Bélus. 

Ce  rite  était  commun  à  tous  les  peuples  de  l'antiquité 
païenne. 

Les  sceptiques,  toujours  prompts  à  fournir  une  expli- 
cation superficielle  et  piquante  des  usages  dont  ils  ne 
soupçonnent  pas  toujours  la  portée,  ne  manqueront  point 
de  produire  à  ce  propos  l'anecdote  de  Pauline,  la  prude 
et  chaste  matrone,  vendue  au  libertin  Mundus  par  les 
prêtres  d'Anubis  (1),  —  et  d'insinuer  que  les  choses  se 
passaient  en  tous  lieux  comme  à  Rome,  en  tout  temps 
comme  sous  Tibère,  les  ministres  du  culte  jouant  assez 
volontiers,  dans  les  cas  analogues,  le  rôle  du  Dieu  (2)... 
Loin  de  nous  la  prétention  de  nier  qu'il  en  fut  parfois 
ainsi.  Mais  de  la  constatation  d'une  fraude  éventuelle, 
conclure  à  la  permanence,  à  l'ubiquité  de  l'imposture, 
ce  serait  raisonner  d'une  sorte  déraisonnable. 


(4)  Nous  avons  conté  en  détail  cette  aventure,  au  tome  premier  du 
Serpent  de  la  Genèse  (le  Temple  de  Satan,  pages  75-77). 

(2)  Il  s'agit  d'une  question  de  fait,  non  pas  d'un  problème  de  droit 
moral  ou  sacerdotal.  —  Aussi  ne  discuterons  nous  pas  la  thèse  des  dé- 
fenseurs des  vieux  âges,  prompts  à  imputer  tout  ce  qui,  dans  l'Anti- 
quité sacrée,  choque  l'esprit  contemporain,  à  la  corruption  des  rites  et 
à  la  dégénération  des  mystères.  D'ailleurs,  rien  n'est  plus  certain  que 
le  profond  contraste  qu'offrent  les  temps  lointains  comparés  au  nôtre, 
relativement  à  la  manière  de  comprendre  le  Juste  et  l'Injuste,  le  Moral 
et  l'Immoral  surtout. 

15 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


De  pareils  rites  existaient-ils,  oui  ou  non,  dans  la  plu- 
part des  sanctuaires  du  vieux  monde  (1)  ? 

Qu'était-ce  que  Y  Autopsie  des  anciens  mystères?  — 
Qu'appelait-on  Y  état  pneumatique  des  Élus,  au  cours  de 
la  neuvième  nuit  des  Éleusincs  ?  —  En  quoi  consistait 
proprement  la  Télétie,  ou  possession  extatique  des  dieux 
de  l'Hadès  ? 

Qu'est-ce  que  certains  Kabbalistes  appellent  encore  le 
baiser  du  serpent  de  feu?  Qu'entendaient-ils,  —  en  ma- 
gie cérémonials  —  par  Shéekinah  nJOW,  la  Présence 
réelle  de  la  Divinité  ? 

A  quel  arcane  enfin  fait  allusion  Moïse,  au  IVe  chapitre 
de  la  Genèse  : 

rama  OT»n  nin-n*  D>nb**n  >»  inn 
:  nm  iw  Sdd  dw  dhS  inpn  ron 

Abstraction  faite  du  sens  hiéroglyphique  pur,  quelle 
signification  positive  attribuer  à  ce  jfr.  H,  ainsi  rendu  par 
Fabre  d'Olivet  :  —  Et-ils-considérèrent,  les-fils  de- Lui- 
les-Dieux,  ces-filles  (F- Adam,  que-bonnes  elles-étaient  : 
et-ils-prirent  pour-eux  des-épouses-corporelles  de-toutes 
celles  qu 'ils-chérirent-le-plus  (1)? 

Il  doit  nous  suffire,  pour  cette  fois,  d'avoir  attiré  sur 
ces  replis  du  serpent  l'attention  des  esprits  audacieux, 
investigateurs  sans  défaillance,  que  le  respect  humain  n'a 
pas  encore  figés  dans  un  entêtement  de  négation  à  priori. 
Ceux-là  n'ont  pas  peur  d'encourir  l'excommunication 


(1)  Langue  hébr.  restit.,  tome  II,  page  177. 


r 

LES  MYSTÈRES  DE  LA  SOLITUDE  227 

majeure  du  ridicule  que  le  vulgaire  attache  à  la  recherche 
de  ces  arcanes  troublants. 

En  somme,  et  sans  revenir  outre  mesure  sur  les  théories 
que  nous  avons  développées  assez  au  long  en  ce  chapitre, 
ni  sur  des  principes  généraux  dont  il  est  loisible  à  chacun 
de  tirer  les  conséquences  détaillées  et  des  adaptations 
spéciales  au  problème  de  TÉphialte,  disons,  pour  con- 
clure, qu'en  règle  générale  il  faut  voir,  dans  les  Incu- 
bes et  les  Succubes,  des  Larves  de  luxure,  engendrées  à 
foison  partout  où  des  humains  se  laissent  rouler  à  la 
pente  des  concupiscentes  rêveries,  que  leur  suggère  un 
célibat  contraint. 

Le  célibat  rigoureux  est  un  outrage  à  la  Mère-Nature. 
Tous  les  êtres,  en  effet,  se  manifestent  en  mode  bissexué 
sur  ce  plan  physique  de  la  déchéance  :  ils  ne  peuvent  être 
restitués  dans  leur  plénitude  ontologique,  progressive- 
ment rendus  à  leur  intégrale  unité,  que  par  la  fusion  des 
électricités  complémentaires  et  la  clôture  du  circuit  qui  va 
d'un  pôle  à  l'autre.  On  sent  bien  que  nous  ne  parlons  pas 
seulement  au  physique,  mais  au  moral  surtout  et  à  l'in- 
tellectuel. C'est  ce  qu'on  pourra  mieux  saisir  au  prochain 
chapitre,  où  nous  exposons  la  grande  loi,  généralement 
insoupçonnée,  de  la  polarisation  double  et  quaterne  de 
l'Androgyne  humain. 

Telle  est  la  règle.  —  Voici  l'exception  :  en  deux  cas 
seulement,  l'homme  ou  la  femme  peut  logiquement  s'abs- 
traire : 

1°  En  vue  de  l'acquisition  de  certaines  facultés  magi- 
ques, ainsi  que  nous  comptons  le  détailler  ailleurs  ; 
2°  Pour  la  pratique  d'un  mysticisme  particulier,  tout 


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228 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


d'abnégation  et  de  renoncement  final,  où  tendent  intuitive- 
ment ceux-là  qu'une  irrésistible  vocation  prédestine  à  la 
vie  religieuse,  dans  le  sein  de  telle  communauté,  des  or- 
dres dits  contemplatifs. 

Ces  deux  cas  limitatifs  mis  à  part,  la  solitude  sexuelle 
n'a  pas  d'excuses,  et  quand  elle  se  prolonge,  —  atrophie 
ou  obsession  —  l'on  sait  à  quoi  s'exposent  ses  fervents... 

Nous  l'avons  dit:  les  êtres  constitutifs  de  l'Univers  vi- 
vant sont  comme  lui  androgynes  ;  ils  se  manifestent  par  le 
binaire,  en  mode  d'antagonisme  équilibré. 

Ils  ne  peuvent  se  produire  et  se  reproduire,  dans  le  temps 
et  Tétendue,  qu'à  la  faveur  d'une  double  polarité  et  d'un 
schisme  en  deux  natures  dont  l'hostilité  n'est  qu'appa- 
rente :  car  les  pôles  ne  s'opposent  l'un  à  l'autre  que  pour 
être  confondus.  Le  Vide  appelle  le  Plein  ;  le  Plein  recher- 
che le  Vide  :  et  ces  deux  termes  complémentaires  du 
grand  arcane  de  la  vie  n'ont  de  valeur  et  de  raison  d'être 
que  dans  la  loi  de  leur  mutuelle  pénétration  ;  isolés,  ils 
ne  sont. rien,  et  ne  peuvent  qu'efforts  stériles,  subversion, 
désordre... 

Que  serait  le  Père  divin,  sans  la  Mère  céleste  ?  Que 
serait  le  Iod,  sans  le  Hé  ? 

Dieu  lui-même  ne  se  manifeste  que  par  l'entremise  de 
son  éternelle  Épouse,  la  Nature  naturante,  dont  le  rôle 
est  de  fournir  aux  Principes  qu'il  déploie  une  substance 
plastique  où  s'informer  et  prendre  vie.  L'Esprit  demeure- 
rait incompréhensible  sans  la  Vie,  qui  le  réactionne  en  l'é- 
laborant ;  la  Vie  demeurerait  un  non-sens  informe  et 
chaotique,  à  défaut  d'Esprit  qui  l'élaborât. 


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f  '  LES  MYSTERES  DE  LV  SOLITUDE  220 

I  

Céleste el  mutuel  amour  des  deux  facteurs  de  TUnivers- 
*    essence  :  Esprit  et  Vie  !  Le  Verbe  rayonne  à  jamais  dans 
l'harmonie  de  leurs  noces  indissolubles. 

Aussi  le  Kabbaliste  fameux  Rabbi  Shiméon-ben-Iockaï, 
s'efforçant  d'exprimer  le  Non-être  initial,  ou  plutôt,  (car 
il  ny  a  pas  eu  de  commencement  au  sens  où  Ton  croit 
d'habitude),  F  inanité  respective  des  deux  Principes  abs- 
traits F  un  de  F  autre  9  dit-il  : 

«  Non  respiciebat  faciès  ad  faciem...  » 

(SlPHRA  D'ZENIHOUTHA,  I,  2). 

Il  faut  que  les  deux  Faces  d'En  Haut**?  regardent  :  c'est 
alors,  —  mais  alors  seulement,  —  que  l'Éternel  mascu- 
lin et  l'Éternel  Féminin  se  révèlent  l'un  à  l'autre,  en  un 
baiser  d'où  nait  perpétuellement  l'Être. 

Ces  principes  sont  d'ordre  absolu  ;  ils  portent  en  eux 
l'évidence  de  leur  rectitude...  Mais,  puisque  nous  avons 
ouvert  le  Zohar,  nous  ne  le  refermerons  pas  sans  en  avoir 
transcrit  un  autre  texte,  où  la  mutualité  créatrice  des  cé- 

* 

lestes  Époux  est  rendue  par  une  image  étrange  et  sublime: 
—  Le  feu  (lit-on  dans  les  Commentaires)  avait  jailli  du 
lod  paternel  de  Dieu,  comme  un  serpent,  et  sous  son 
étreinte,  lu  terre  allait  périr  dévorée,  quand  la  Mère  cé- 
leste, —  que  béni  soit  son  nom  !  —  suscita  les  vagues 
marines,  qui  vinrent  affluer,  libératrices,  sur  la  tête  brû- 
lante du  Serpent. 

L'arcane  universel  de  la  Vie  réside  en  l'incessante  réci- 
procité des  Deux  qui  ne  font  qu'Un.  L'isolement  défini- 


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230 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


tif  des  facteurs  complémentaires  de  l'Être  ferait,  en  réa- 
lisant la  suprême  solitude,  flamboyer  sur  le  mur  de  la  nuit, 
désormais  sans  aurore,  une  sentence  qui  serait  la  révéla- 
tion soudaine  de  l'absurde  et  du  néant  :  la  formule  d  u 
grand  arcane  de  la  Mort  éternelle. 


^1  -        \1  -        VI—       VI-  1<  M_       v  1—       Nl—  >^  vi_ 


La  Poue  de  Fortune  (dix)  =  Causalité  =  Vie 
collective  =  Devenir  (La  Roue  du  Devenir). 


ne  solide  plate-forme,  où  siège  le  sphinx  impas- 


^Séc?^)  Plus  bas,  une  vaste  roue,  entée  sur  un  axe 
mobile,  que  deux  supports  maintiennent  à  la  hauteur 
voulue. 

Deux  monstres,  —  les  Génies  antagonistes  du  Mal  et 
du  Bien,  —  cramponnés  à  cette  roue,  de  gauche  et  de 
droite  :  là  descend  un  démon  cornu,  la  tête  en  bas,  la 
fourche  au  point  sénestre  ;  il  entortille  au  volant  ses  jam- 
bes incertaines  et  squammeuses.  Ici,  c'est  un  cynocéphale 
qui  remonte  ;  sa  tête  est  près  d'atteindre  à  la  plate-forme 
du  sphinx,  et  sa  droite  lève  un  caducée... 

Tel  est  l'admirable  emblème  que  nous  présente  la 
dixième  lame  du  Livre  de  Thoth. 


(Section  10) 


Chapitre  III 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


sible. 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


En  haut,  l'Absolu  manifesté,  le  Verbe,  potentiel  d'une 
inépuisable  création.  C'est  le  sphinx  égyptien,  qui  résume 
en  sa  forme  synthétique  celles  des  quatre  animaux  sa- 
crés de  la  Kabbale  (Haïoth  hakkadosch  tfmpn  nvn), 
figuratifs  des  quatre  lettres  de  l'incommunicable  Iod-ht- 

vau-hé  nin\ 

Typhon,  descendant  à  gauche,  symbolise  l'exode  in- 
volutif  des  sous-multiples  verbaux,  qui  sombrent  dans  la 
matière,  entraînés  au  poids  de  leur  chute,  et  qui  donnent 
ainsi  le  branle  à  la  grande  roue  du  Devenir. 

A  droite,  Hermanubis  emblématise,  en  remontant, 
l'évolution  des  formes  progressives  de  cette  matière 
même,  réactionnée  par  l'Esprit,  et  le  retour  des  sous- 
multiples  à  l'intarissable  Unité-mère  d'où  ils  furent  éma- 
nés. 

C'est,  d'une  part,  le  daïmon  de  Vlnvolution,  qui,  dans 
sa  chute  grimaçante,  n'a  pu  perdre  entièrement  la  figure 
humaine,  —  similaire  de  l'image  divine,  —  cette  figure 
que  ne  parviennent  point  à  dénaturer  les  cornes  de  la  ré- 
bellion, de  l'égoïsme  et  de  l'orgueil.  —  D'autre  part,  le 
daïmon  de  VÊvolution  ascendante,  qui,  brandissant  le 
caducée  de  la  science  et  de  l'équilibre,  et  sur  le  point 
d'escalader  la  plate-forme  sphingienne,  garde  encore  sur 
son  visage  le  stigmate  infamant  de  l'animalité,  symbole 
des  règnes  inférieurs  d'où  il  émerge...  Quel  contraste 
plus  grandiose  et  plus  significatif? 

Les  deux  silhouettes  monstrueuses  figurent,  en  der- 
nière analyse,  un  seul  et  même  personnage,  —  Y  Adam 
Cosmique,  —  sous  les  deux  aspects  complémentaires  de 
la  chute  et  de  l'ascension,  ou,  si  Ton  veut,  dans  les  deux 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


235 


tendances  inverses  de  l'Analyse  et  de  la  Synthèse,  de  la 
différenciation  et  de  l'intégration  universelles. 

Mais  que  dire  de  la  conséquence  immédiate  de  ce 
mouvement  double  :  le  branle  imprimé  à  la  roue  du 
Temps  sans  borne,  qui  va  multiplier  ses  tours,  embras- 
sant Y  Espace  illimité  dans  la  sphère  de  sa  rotation  ? 
N'est-ce  point  qu'elle  touche  au  sublime,  l'éloquence 
hiéroglyphique  des  auteurs  du  Tarot,  habiles  à  préciser, 
en  cette  simple  image,  le  Comment  et  le  Pourquoi  du 
rapport  mystérieux  et  profond  qui  lie  à  la  déchéance  de 
l'Adam  céleste,  la  création  de  l'univers  physique  et  l'ou- 
verture du  cycle  temporel  ? 

Au  point  de  vue  du  total  Cosmos,  envisagé  non  plus 
dans  les  principes  de  sa  genèse,  mais  dans  le  fait  de  son 
gouvernement  et  les  ressorts  de  son  déterminisme  oc- 
culte, notre  pentacle  ne  sera  pas  moins  significatif  :  le 
sphinx  deviendra  l'emblème  de  la  Providence,  le  cyno- 
céphale, celui  de  la  Volonté,  et  le  démon  celui  du  Destin. 

Or,  ces  trois  Puissances  rectrices  du  Cosmos  consti- 
tuant en  vérité  sa  triple  nature,  intellectuelle,  psychique 
et  instinctive,  —  voilà  la  transition  logique  entre  les  vues 
qui  précèdent  et  un  autre  ordre  de  correspondances  non 
moins  essentielles. 

Que  si  nous  passons  en  effet  de  la  Cosmogonie  à  l'On- 
tologie, la  dixième  clef  du  Tarot  nous  révélera  la  consti- 
tution ternaire  de  tout  être  :  Esprit,  Ame,  Corps. 

Le  sphinx  symbolisera  Y  élément  spirituel,  actif  et 
mâle,  ou  le  soufre-principe  A  des  Alchimistes  ;  —  Ty- 


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LA  CLKF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


phon,  Vêlement  corporel,  passif  et  féminin,  ou  le  sel  © 
des  alchimistes; —  Hermanubis,  enfin,  figurera  le  moyen 
terme  entre  l'Esprit  et  le  Corps  :  Y  élément  (mimique,  ou 
Mercure  des  alchimistes,  qui  est  androgyne,  c'est-à- 
dire  actif  relativement  au  Corps  et  passif  k  l'égard  de 
l'Esprit  (1). 

Ceci  nous  donne  la  polarisation  générale  de  chaque 
être  :  pôle  positif, +,  l'Esprit;  pôle  négatif, — ,  le  Corps; 
centre  d'équilibre,  oo,  l'Ame. 

D'ailleurs,  l'Esprit,  l'Ame  et  le  Corps,  envisagés  sé- 
parément, présentent  chacun  son  ternaire  de  polarisation 
bien  distinct  :  pôle  positif,  pôle  négatif,  et  neutre  équi- 
libré ;  —  ainsi  qu'on  peut  s'en  rendre  compte  en  étudiant 
à  ce  point  de  vue  le  magnifique  schéma  publié  par  Fabre 
d'Olivet,  dans  son  Histoire  philosophique  du  Genre  hu- 
main (2),  en  une  planche  hors  texte  (3),  et  qui  fait 
malheureusement  défaut  dans  un  grand  nombre  d'exem- 
plaires. 

Mais  c'est  loin  d'être  tout.  —  Nous  sommes  amené  à 


(1)  Voy.  l'estampe  du  Grand  Androgyne  de  Khunrath,  que  nous 
avons  reproduite  au  Seuil  du  Mystère,  et  le  Commentaire  que  nous  en 
avons  donné  (pages  129-150). 

A  un  autre  point  de  vue,  —  car  tout  est  dans  tout,  —  les  herméti- 
ques, pour  qui  le  Soufre  (universel  ou  spécifié,  volatil  ou  fixe)  est 
toujours  le  Père  ou  principe  actif,  envisagent  le  Mercure  comme  la 
Mère,  ou  principe  passif,  ot  le  Sel  comme  le  Fils,  ou  produit  de  l'union 
du  Soufre  et  du  Mercure,  du  Père  et  de  la  Mère,  de  l'Actif  et  du  Passif. 

Cf.,  au  chap.  VII,  notre  précis  d'art  hermétique. 

(2)  C'est  la  2«  édition  (1824)  de  son  État  social  de  l'Homme,  publié 
en  1822.  Le  schéma  ne  se  trouve  point  dans  les  exemplaires  du  pre- 
mier tirage. 

(3)  Insérée  à  la  page  26  du  tome  I. 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


237 


faire  connaître  ici  les  principes  d'un  système  de  polari- 
sation double  et  sextuple,  applicable  à  tous  les  êtres  vi- 
vants, depuis  les  Puissances  constitutives  de  l'Univers 
envisagé  comme  tel,  jusqu'au  plus  humble  exemplaire 
individuel  qu'on  veuille  choisir,  soit  chez  l'homme,  soit 
même  dans  la  série  animale  (1), 

Cette  loi  d'universelle  polarisation  des  êtres  constitue 
l'un  des  arcanes  les  plus  occultes  de  la  Magie.  Sa  révéla- 
tion précise  s'adresse  aux  seuls  initiés...  C'est  un  joyau 
qu'on  détache  en  leur  faveur  de  cet  écrin  magnifique 
où  l'Antiquité  sacerdotale  entassa  les  trésors  de  son  éso- 
térisme  :  profonde  réserve  scientifique  du  passé,  où  l'a- 
venir peut  longtemps  puiser  à  mains  pleines,  sans  nul 
risque  d'en  tarir  les  richesses. 

Nous  ne  sachions  pas  que  cette  théorie  ait  jamais  été 
divulguée.  Le  docteur  Adrien  Péladan  lui-même  n'en  fait 
pas  mention  dans  son  livre  génial  de  YAnatomie  homolo- 
gique  (2).  Du  moins  est-il  certain  qu'il  la  connaissait. 
Joséphin  Péladan  transcrit  en  effet,  dans  l'introduction 
qu'il  a  mise  en  tète  du  livre  posthume  de  son  frère,  une 
page  très  remarquable  d'une  brochure  antérieure,  où  le 
docteur  Adrien  fait  une  allusion  directe  à  la  loi  de  pola- 
rité cérébro-sexuelle,  et  déduit  ingénieusement  l'une  de 
ses  conséquences.  Quant  aux  autres  ouvrages  du  même 
genre  que  nous  avons  pu  consulter,  il  ne  s'y  trouve  pas 
vestige  de  cette  théorie. 


(1)  Jusque  dans  les  règnes  végétal  et  minéral,  on  pourrait  relever 
des  analogies,  susceptibles  d'être  rattachées  à  cette  loi. 

(2)  L'Ânatomie  homologique  ou  Triple  dualité  du  corps  humain, 
Paris,  1887,  in-8°. 


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238 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Nous  parcourions  naguère  la  collection  du  Lotus,  ex- 
cellente revue  d'occultisme,  qu'une  disparition  préma- 
turée empêcha  seule  de  tenir  ce  qu'elle  promettait,  et  ce 
qu'un  bon  lexique  des  matières  collationnées  par  ordre 
en  eût  fait  à  coup  sûr  :  l'encyclopédie  théosophique  des 
études  boudhistes  en  France.  lia  page  102  du  premier 
tome  mit  sous  nos  yeux  un  article  (reproduit  du  Théoso- 
phist),  où  se  trouve  posé,  sous  la  signature N.  C,  le  pro- 
blème de  la  polarité  humaine,  à  propos  de  deux  livres 

parus  quelques  mois  auparavant,  l'un  de  M.  le  docteur 

t 

Chazarin,  l'autre  de  M.  le  Professeur  Durville. 

Tout  en  rendant  justice  au  mérite  comme  à  la  coura- 
geuse initiative  dont  firent  preuve  ces  deux  explorateurs 
d'un  monde  assez  nouveau,  M.  N.  C.  aborde,  au  nom  de 
la  science  occulte,  la  critiquedes  deux  ouvrages.  Ce  n'est 
guère  le  lieu  de  résumer  ces  opinions.  Bien  que  le  cen- 
seur nous  paraisse,  à  vrai  dire,  sinon  partial  en  faveur 
du  docteur  Chazarin,  du  moins  un  peu  sévère  pour  M; 
Durville,  dont  l'ouvrage  est  des  plus  remarquables,  nous 
ne  prétendons  point  décider  à  qui  revient  la  palme  de  la 
découverte,  ni  même  examiner  si  découverte  il  y  a. 

C'est  le  critique  lui-même  que  nous  mettrons  sur  la 
sellette. 

Il  cueille  et  nous  offre,  avec  la  curiosité  consciencieuse 
d'un  érudit  herboriseur  du  Mystère,  un  certain  nombre 
de  détails  d'un  réel  intérêt;  mais  qu'il  nous  permette  de 
lui  marquer  notre  surprise,  —  puisqu'il  prend  la  parole 
au  nom  de  l'Occultisme,  de  le  voir  négliger  les  grandes 
avenues  de  la  science,  pour  battre  les  buissons  à  la  re- 
cherche de  ses  fleurettes. 


♦ 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


239 


Sans  doute,  les  amateurs  de  physiologie  secrète  se- 
ront heureux  d'apprendre  (s  ils  ne  le  savent  déjà),  que 
dans  l'homme  il  y  a  sept  forces,  correspondant  aux  sept 
principes  analytiques  de  M.  Sinnett,  et  que  chacune  de 
ces  forces  se  polarise  à  part  sur  son  plan  spécial  d'acti- 
vité ;  que  la  moitié  droite  du  corps  est  positive,  l'autre 
négative  ;  que  les  artères  et  les  nerfs  moteurs  sont  de 
nature  positive,  les  veines  et  les  nerfs  sensitifs  de  nature 
négative;  que  deux  liquides  de  caractère  chimique  diffé- 
rent, séparés  par  une  cloison  poreuse,  génèrent,  ainsi  que 
Ta  démontré  M.  John  Trowbridge,  un  courant  d'électri- 
cité :  d'où  il  résulte  que  l'endosmose,  s'exerçant  à  travers 
les  tissus  de  l'organisme,  doit  donner  naissance  à  un 
courant  ;  —  qu'enfin  le  coude  est  légèrement  positif  pour 
la  poitrine,  et  la  main  quelquefois  négative  pour  le  pied, 
quelquefois  positive. 

Il  y  a  beau  temps  que  les  étudiants  en  occultisme  sa- 
vent ces  choses  et  quelques  autres  de  même  impor- 
tance: les  eussent-ils  oubliées,  du  reste,  que  les  analogies 
des  révolutions  de  lêvê,  d'une  part,  et  de  l'autre,  l'étude 
du  Pentagramme  ou  de  l'Étoile  flamboyante  appliquée  à 
la  physiologie,  leur  permettraient  de  reconstituer  géo- 
métriquement tous  ces  rapports. 

L'auteur  de  l'article  cite  fort  à  propos  la  Kabbale  et 
renvoie  au  glossaire  de  Rosenroth  (tome  I  de  la  Kabbala 
Denudala),  où  se  trouvent  d'intéressantes  notions  sur  la 
polarité  :  entre  autres  la  localisation  de  l'axe  magnétique 


(1)  Découverte  de  la  Polarité  humaine,  Paris,  Doin,  1886,  in  18. 
(t)  Traité  expérimental  et  thérapeutique  du  Magnétisme,  1 886,  in-8. 


240 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


dans  l'axe  du  système  cérébro-spinal,  ce  qui  semble,  en 
vérité,  d'un  intérêt  déjà  capital. 

Mais  ce  que  les  étudiants  ignorent  et  ce  que,  —  par- 
lant au  nom  des  maîtres,  —  il  eût  été  sans  doute  à  pro- 
pos de  leur  enseigner,  c'est  la  grande  loi  de  l'équilibre 
vital,  cette  loi  synthétique  et  rigoureuse  qui  permet  de 
déduire  tant  d'autres  lois,et,  englobant  à  la  fois  les  trois 
foyers  d'activité  qui  constituent  la  vie  de  tout  être,  sert 
d'infaillible  critérium  pour  localiser  à  priori,  non  seule- 
ment la  bipolarité  de  chacun  des  trois  systèmes  dyna- 
miques, —  l'intellectuel,  l'animique  et  l'astral,  —  mais 
aussi  les  termes  d'une  polarisation  qui  s'aftîrme  cruciale, 
en  mode  double  de  réciprocité  inverse  et  complémentaire, 
et  qui  va  de  l'intellectuel  au  physique,  d'une  part,  et  de 
l'individu  mâle  à  l'individu  femelle,  de  l'autre. 

C'est  bien  là,  non  pas  ailleurs,  la  clef  absolue  de  la 
biologie  occulte,  —  dite  en  magie,  clef  de  la  composition 
des  aimants, —  une  loi  vraiment  universelle,  et,  par  sur- 
croit, révélatrice  d'une  foule  d'autres  :  celles,  par  exem- 
ple, de  la  Sociologie  et  de  l'Histoire  primitive;  ou  (si, 
nous  élevant  du  plan  terrestre  à  des  plans  supérieurs 
d'existence,  nous  voulons  généraliser),  celles  de  la  Cos- 
mogonie et  de  la  Théogonie  occultes. 

Nous  voici  derechef  dans  l'ésotérisme  le  plus  secret  des 
temples  antiques.  La  connaissance  de  cette  loi  pivotale 
n'était  transmise  qu'au  seul  Épopte,  par  voie  tradition- 
nelle etsous  la  garantie  d'un  serment  solennel  et  terrible... 
Non  pas  qu'une  pareille  révélation  se  traduisit  par  un 
aphorisme  immoral  ou  dangereux  en  soi;  mais  elle 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


permettait  de  fabriquer  un  passe-parlout,  à  l'habile  em- 
ploi duquel  il  n'était  guère  de  portes,  dans  le  sanctuaire, 
qu'on  estimât  susceptibles  de  résister. 

Or,  si  le  secret  juré  ou  quelque  motif  du  même  genre 
fermait  la  bouche  à  M.  N.  C,  du  moins  aurait-il  du,  — 
montant  dans  la  chaire  théosophique  pour  juger  exca- 
ihédrâ  MM.  Durville  et  Chazarin,  —  démontrer  l'exis- 
tence d'une  loi  de  synthèse,  et  en  déduire  celle,  plus 
particulière  déjà,  mais  encore  générale,  d'une  loi  de  po- 
larité chez  l'homme. 

Quant  à  nous,  que  nul  engagement  ne  lie,  nous  allons 
prendre  à  tâche  d'exposer  au  bref  cette  théorie,  large 
comme  l'univers,  simple  comme  la  nature,  et  rigoureuse 
comme  une  équation  d'algèbre  :  néanmoins,  pour  ne  pas 
nous  écarter  du  point  de  départ  de  cette  digression,  nous 
entendons,  la  formule  générale  une  fois  énoncée,  en 
restreindre  l'application  toute  schématique  à  la  physio- 
logie de  l'homme,  ou,  pour  mieux  dire,  à  la  biologie  de 
l'Androgyne  humain. 

Le  Lecteur  nous  saura  gré,  peut-être,  de  laisser  à  son 
intelligence  sagace  le  soin,  d'ailleurs  facile,  soit  d'en  éten- 
dre l'adaptation  à  des  objets  plus  universels,  soit  au 
contraire  de  la  restreindre  à  de  plus  spéciaux. 

La  loi  peut  se  formuler  en  ces  termes  : 

Le  mâle  est  positif  dans  la  sphère  sensible,  négatif  dans 
la  sphère  intelligible. 

La  femelle,  par  contre,  est  positive  dans  la  sphère  intel- 
ligible, négative  dans  la  sphère  sensible. 

Inversement  complémentaires,  le  mâle  et  la  femelle 

10 


242  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


sont  neutres  dans  la  sphère  médiane  du  psychique.  Cette 
similitude  animique  (1)  est  même  leur  seul  point  de  fu- 
sion. C'est  moralement  la  charte  d'En  haut  qui  consacre 
l'identité  de  la  race,  entre  individus  de  sexe  opposé. 

Mais  cette  règle  se  conçoit  à  peine,  condensée  en  une 
formule  aussi  générale,  et  son  incalculable  portée  appa- 
raît bien  vague  encore,  pour  ne  pas  dire  bien  nulle. 

A  celte  heure,  il  convient  d'en  faire  brièvement  l'adap- 
tation, dans  les  limites  que  nous  nous  sommes  tracées 
d'avance. 

Donc,  appliquant  cette  loi  vraiment  universelle  à 
l'homme  terrestre,  —  au  couple  humain,  —  c'est-à-dire 
à  letre  adamique  envisagé  au  plus  haut  point  où  son 
évolution  aboutit  sur  notre  planète; 

Considérant  qu'on  peut  compter  en  lui  trois  centres 
d'activité:  —  1°  le  foyer  intellectuel,  localisé  dans  le  cer- 
veau, et  dont  le  pôle  occulte  réside  aux  circonvolutions 
supérieures  de  cet  organe;  —  2°  le  foyer  animique,  loca- 
lisé principalement  dans  le  cœur  et  le  grand  sympathi- 
que et  dont  le  centre  occulte  n'est  autre  que  le  plexus 
solaire  ;  —  3°  le  foyer  sensitif,  qui  distribue  son  énergie 
aux  divers  organes  des  sens,  et  dont  le  pôle  occulte  (2) 
aboutit  à  l'organe  génital  ; 

Nous  disons  que  chez  l'homme,  l'organe  génital  est 
mâle  ou  positif,  et  le  cerveau  féminin  ou  négatif; 


(1)  Que  si  l'on  était  porté  à  mettre  en  doute  cette  similitude,  en 
songeant  quelles  nuances  très  marquées  différencient  les  âmes  mascu- 
line et  féminine,  nous  prierons  qu'on  se  reportât  à  la  note  3  de  la 
page  246  (et  suiv.J.  Nous  croyons  avoir  résolu  cette  difficulté. 

(il  Non  le  centre  apparent. 


» 


I 


LA  ROUE  DU  DEVENIR  243 


Qu'à  l'inverse,  chez  la  femme,  l'organe  sexuel  est  fémi- 
nin ou  négatif  et  le  cerveau  mâle  ou  positif; 

Qu'enfin,  chez  l'homme  comme  chez  la  femme,  le  plexus 
solaire  consiste  le  point  central  équilibrant  de  l'organisme 
tout  entier. 


Qu'est  ce  qu'un  organe  mâle?  —  C'est  celui  qui  pro- 
duit la  semence,  le  germe  rudimentaire  que  l'organe  fé- 
minin reçoit,  réactionne,  geste,  nourrit,  élabore  et  déve- 
loppe un  temps  plus  ou  moins  long,  à  l'expiration  duquel 
ce  dit  organe  met  au  jour  un  èlre  parfait,  c'est-à-dire 
évolué  en  acte,  et  conforme  au  germe  fécondateur  qui 
ne  contenait  cet  être  qu'en  puissance. 

Ces  choses  apparaissent  évidentes,  à  n'envisager  que 
le  pôle  génital  chez  les  individus  des  deux  sexes  :  nul 
ne  contestera  que  le  phallus  de  l'homme  est  actif,  c'est- 
à-dire  un  instrument  de  fécondation  ;  lectéisde  la  femme 
passif,  c'est-à-dire  un  instrument  de  réception,  de  gesta- 
tion et  d'élaboration  définitive. 

L'inverse  n'est  pas  moins  certain,  si  nous  considérons 
le  cerveau,  cet  organe  où  se  manifeste  la  contre-polarité 
du  sexe  (1). 


(1)  Vainement  objecterait-on  la  presque  identité  du  cerveau,  chez  les 
individus  des  deux  soxes,  en  regard  de  la  dissemblance  profonde  qui 
s'accuse  aux  organes  de  la  génération.  Les  idées,  étant  d'ordre  intelli- 
gible, n'ont  que  faire  de  véhicule  phallique  ou  de  cavilé  utérine  pour 
l'accomplissement  de  l'hymen  idéal.  Il  leur  suflit  d'un  organe  conden- 
sateur qui  est  le  cerveau,  analogue  chez  l'homme  et  chez  la  femme, 
comme  deux  bouteilles  de  Lcyde  toutes  pareilles  peuvent  être  chargées 
d'électricité  de  nom  contraire.  (Qu'on  nous  pardonne  ce  grossier  rap- 
prochement!) 

D'ailleurs,  c'est  fréquemment  sous  une  apparence  sentimentale,  que 


■ 


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244 


LA  CLEF  DÉ  LA  MAGIE  NOIRE 


Le  cerveau  mâle  de  la  femme  ne  donne  que  des  germes 
d'idées,  mais  lui  seul  donne  ces  germes,  c'est-à-dire  le 
mouvement  initial  et  la  substance  première,  en  un  mot 
le  sperme  intellectuel  (1). 

C'est  le  cerveau  mâle  de  la  femme  qui  féconde  la  cer- 
velle féminine  de  l'homme. 

Ainsi,  d'une  part,  le  cerveau  de  la  femme  est  à  la  cer- 
velle de  l'homme,  comme  le  phallus  de  l'homme  est  au 
ctéis  de  la  femme. 


D'autre  part,  chez  la  femme,  le  cerveau  est  au  ctéis, 
comme,  chez  l'homme,  le  phallus  est  à  la  cervelle. 


le  sperme  d'ordre  intelligible  est  transmis  par  la  femme:  ce  sont,  dans 
ce  cas,  les  centres  animiques,  ou  médians,  qui  deviennent  les  lieux  pro- 
pres au  phénomène  de  la  copule,  non  pas  à  celui  de  la  fécondation  :  car 
le  sentiment,  transmis  au  centre  animique  de  rhomuie.se  sublime  pour 
atteindre  sa  cervelle,  matrice  appropriée  où  il  va  reprendre  sa  première 
qualité  de  sperme  idéal. 

(1)  Lere  préhistorique  nous  en  présente  un  exemple  frappant,  si 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


De  ces  prémisses  on  peut  déduire  d'innombrables  con- 
séquences, dont  nous  n'esquisserons  que  les  principales 
et  les  plus  décisives  (i). 

C'est  ici  le  lieu  d'invoquer  la  loi  fameuse  en  physique 
générale  :  les  contraires  s'attirent,  les  semblables  se  re- 
poussent. 

En  faisant  à  notre  schéma  l'application  de  cette  for- 
mule, nous  comprendrons  de  suite  : 

L'horreur  de  la  femme  intellectuelle  pour  le  type  du 
viveur, expressif  à  son  gré  de  toute  la  bestialité  du  mâle; 
—  et  réciproquement,  le  mépris  du  viveur  pour  la  femme 
intellectuelle,  qu'il  traite  volontiers  de  bas-bleu  (ligne 
positive  des  semblables); 

Le  dédain  de  l'homme  de  pensée  pour  la  femme  pure- 


nous  fixons  nos  regards  sur  l'origine  des  sociétés  humaines.  Ces  temps 
reculés  n'ont  sans  doute  laissé  que  d'indécis  vestiges,  et  des  monuments 
d'une  authenticité  comme  d'une  signification  souvent  douteuses.  Mais 
la  Légende  supplée  presque  avantageusement  aux  récits  de  faits  posi- 
tifs :  elle  synthétise,  en  des  types  de  généralisation  symbolique,  des 
notions  que  les  récits  de  faits  ne  pourraient  nous  offrir  que  particula- 
risées et  disséminées...  Or.  l'Histoire  et  la  Légende  ne  s'appuient-elles 
pas  l  une  sur  l'autre,  pour  venir  nous  apprendre  que  les  premiers  ger- 
mes do  civilisation  furent  toujours  semés  par  la  femme,  dans  le  Destin 
des  races  adolescentes  ?  L'œuvre  que  la  femme  a  ébauchée,  l'homme  la 
développe  et  la  perfectionne. 

N'est-ce  point  l'Amour,  dans  la  cosmogonie  phénicienne,  qui  tire  le 
monde  du  chaos?  (Voy.  Sanchoniaton, texte  et  trad.  dans  Fourmont, 
Hé  flexions  sur  l'origine  des  anciens  peuples.  Paris.  1747,  2  vol.  in-4«, 
tome  I,  pages  4-21).  —  Cf.  Fabre  d'Olivct,  Hist.  philos.,  tome  l,passim. 

(1)  L'examen  du  présent  schéma  va  permettre  au  Lecteur  de  les 
déterminer  toutes  géométriquement,  pour  ainsi  dire.  Une  figure  ulté- 
rieure lui  doit  offrir  encore  d'autres  indications,  à  l'effet  de  pousser  ses 
recherches  plus  avant,  si  bon  lui  semble 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


ment  sensuelle,  —  et  réciproquement,  l'aversion  de 
celle-ci  pour  celui-là  (ligne  négative  des  semblables). 

La  raison  de  ces  antipathies  ?  — Voici  :  la  tête  positive 
de  la  femme  méprise  le  phallus  également  positif  <ïe 
l'homme,  et  vice  versa.  —  La  tête  négative  de  l'homme 
a  le  plus  profond  dédain  pour  l'utérus  de  la  femme,  né- 
gatif aussi,  et  réciproquement  ;  c'est  que  :  les  semblables 
se  repoussent. 

Il  ne  serait  pas  plus  difficile  de  qualifier  de  même  les 
sympathies  inverses  de  ces  antipathies  ;  c'est  que  :  les 
contraires  s  attirent  (1). 

Quant  au  centre  moral  (ou  médian),  équilibrant  les 
deux  pôles  occultes,  —  intellectuel  (ou  cérébral)  et  sen- 
sitif  (ou  génital),  il  est  neutre,  aussi  bien  chez  l'homme 
que  chez  la  femme.  Aussi  faut-il  voir  en  lui  le  point  de 
suspension,  non  seulement  de  la  balance  bi-polaire  dans 
chaque  individu,  mais  encore  de  la  balance  quadri-polaire 
dans  l'androgyne  humain. 

V Amour  proprement  dit,  qui  est  bien  la  force  dé- 
ployée par  ce  centre  et  qui  lui  appartient  en  propre  (2), 
Pamour  est  de  même  essence  chez  l'homme  et  chez  la 
femme.  Il  se  révèle  identique,  ici  et  là  (3),  avec  son  cor- 


(1)  Chacun  peut  poursuivre  et  compléter  le  tableau  de  ces  relativités. 

(2)  Comme  étant  avant  tout  passionnelle,  c'est-à-dire  animique,  bien 
que  susceptible  de  se  porter  plus  haut  ou  plus  bas  :  soit  au  pôle  céré- 
bral (adoration),  soit  au  pôle  sexuel  (appétit  vénérien). 

(3)  Identique  en  son  essence,  non  point  en  sa  tendance.  Ceci  mérite 
un  surcroit  d'attention...  Le  Lecteur  est  prié  de  porter  les  yeux  sur  le 
précédent  schenu:  les  courants  passionnels  y  sont  figurés  par  des  flè- 
ches en  divers  sens. 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR  247 


tège  misérable  et  sublime  de  dévouement  et  d'égoïsme, 
de  tendresse  et  de  jalousie,  de  serments  éternels  et  d'ef- 
fective instabilité. 

Ajoutons  qu'il  constitue  encore  le  moyen-terme,  la 
relativité  sentimentale  entre  individus  de  sexe  opposé. 
Il  est  donc  toujours  central,  ou  médian,  soit  qu'on  envi- 
sage les  individus  isolés,  ou  les  couples  humains. 

Aussi  bien  (comme  nous  l'avons  fait  voir  au  Seuil  du 


Pour  nous  en  tenir  à  l'Amour  onvisagé  séparément,  chez  l'homme, 
puis  chez  la  femme,  notons  que  la  logique  même  de  notre  figure  le  dis- 
tingue, ici  et  là,  en  deux  courants  de  direction  précisément  inverse.  Le 
courant,  chez  l'homme,  monte  du  sexe  (positif)  à  la  cervelle  (négative)  ; 
chez  la  femme,  au  contraire,  il  descend  du  cerveau  (positif)  vers  l'uté- 
rus (négatif). 

Ce  contraste  doit  nous  suffire  ;  c'est  là  qu'il  faut  chercher  la  cause 
profonde  de  ces  nuances  qui  différencient  l'Amour  d'un  sexe  à  l'autre, 
—  nuances  que  nous  négligeons  do  détailler,  car  chacun  les  connaît. 

Un  exemple,  pourtant,  et  significatif.  —  Pourquoi,  chez  l'homme,  le 
désir  a-t-il  coutume  de  paralyser  les  facultés  intellectuelles,  qu'il  semble 
au  contraire  stimuler  chez  la  femme  ?...  C'est  un  fait  indubitable  et 
cent  fois  vérifié,  que  l'homme  le  plus  spirituel  devient  aisément  gauche 
et  parfois  stupide,  en  présence  do  la  femme  qu'il  aime  ou  simplement 
qu'il  convoite; alors  que  celle-ci  se  montre  à  l'homme  qu'elle  a  distin- 
gué, plus  brillante,  plus  désirable  que  jamais...  L'hommo  demeure  en 
panne,  ou  brûle  ses  vaisseaux,  sitôt  débarqué  :  timide  outre  mesure, 
il  parait  niais  ;  ou,  résolu  soudain,  il  casse  tout.  —  La  femme,  ellr. 
ourdit  à  loisir  les  plus  subtiles  trames,  pour  capter  sa  chère  proie  ;  et, 
le  sourire  aux  lèvres,  achève  de  la  fasciner,  dissimulant  les  manœuvres 
d'une  tactique  impeccable  derrière  les  enfantillages  de  sa  coquetterie 
et  les  gràcos  de  son  babil...  — C'est  que,  chez  cette  dernière,  le  courant 
passionnel  va  du  cerveau  à  l'utérus,  laissant  toute  liberté  d'action  à 
l'organe  de  la  pensée.  Chez  l'homme,  au  contraire,  le  fluide  erotique 
(si  l'on  peut  dire),  remontant  par  brusques  bouffées  de  l'organe  génital, 
afflue  au  cerveau,  l'offasque  et  y  détermino  une  congestion  fatale  au 
libre  jeu  des  facultés  intellectuelles. 

Cela  se  vérifie  même  de  visu,  et  s'inscrit  en  hiéroglyphes  purement 
physiques  :  l'homme  rougit  au  feu  du  Désir,  et  la  femme  devient  pâle. 
Les  lèvres  de  l'un  sont  brûlantes,  celles  de  l'autre  toujours  glacées,  etc. 


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248  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

Mystère  (1),  c'est  l'Amour  qui  peut,  —  s'il  est  réalisé 
dans  sa  perfection  et  qu'il  s'affirme  dans  la  stabilité  d'un 
merveilleux  équilibre,  —  replacer  l'être  humain  dans  la 
voie  de  sa  future  réintégration,  en  le  restituant  à  l'état 
d'androgyne  harmonique. 

C'est  alors  qu'identifiés  dans  une  fusion  tout  intime,  les 
centres  neutres  de  l'homme  et  de  sa  compagne  ne  font 
plus  qu'un  seul  centre  :  les  deux  époux  ne  font  plus 
qu'un  seul  Adam-Éve,  en  voie  de  se  réintégrer  à  sa  plé- 
nitude ontologique,  dans  l'apothéose  de  l'Unité  adami- 
quc  et  céleste,  qui  a  nom  l'éternel  Verbe. 

L'androgyne  est  devenu  cet  aimant  quaterne,  dégagé 
des  quatre  courants  élémentaires,  dont  le  schéma  peut 
se  tracer  comme  suit  : 


(1)  Appendice,  pages  143-144. 


LK  ROUE  DU  DEVENIR 


2  H) 


Il  parait  superflu  de  pousser  plus  avant  ces  déductions. 
Nous  avons  formulé  la  loi  suprême  qui  régit  la  compo- 
sition des  aimants  dans  les  trois  mondes,  —  formule 
vraiment  magique,  pour  ceux-là  qui  sauront  la  saisir  et 
l'appliquer  à  propos.  La  grande  Isis  peut  être  conjurée 
par  l'adepte  qui  aura  toute  l'intelligence  de  cet  apo- 
phtegme sacré  ;  qu'il  sache  le  proférer  en  temps  et  lieu, 
les  derniers  voiles  de  la  déesse  tomberont  à  sa  voix. 

Un  mot  encore,  avant  de  poursuivre  notre  chemin  : 
nous  ne  saurions  dissimuler  au  Lecteur  que  cette  loi(l), 
dont  renseignement  vient  de  lui  être  transmis,  est  celle- 
là  précisément  que  vise  Éliphas  Lévi,  à  la  page  132  de  son 
Dogme  de  la  haute  Magie.  Apres  avoir  exposé  les  doctri- 
nes attribuables  au  second  feuillet  du  Livre  universel 


(1)  Fabre  d'Olivet  en  fait  plusieurs  fois  mention  dans  ses  œuvre*, 
sans  jamais  en  livrer  la  formule.  Nous  relevons  ici  une  allusion  presque 
directe,  qu'on  peut  lire  au  tome  I  de  son  Histoire  philosophique  :  «  Mais 
l'homme  n'avait  pas  été  destiné  à  vivre  seul  et  isolé  sur  la  terre  ;  il 
portait  en  lui  un  principe  de  sociabilité  et  de  perfectibilité  qui  ne  pou- 
vait pas  rester  toujours  stationnaire  :  or,  le  moyen  par  lequel  ce  prin- 
cipe devait  être  tiré  de  sa  léthargie,  avait  été  placé  par  la  haute  sagesse 
de  son  auteurdans  la  compagne  d'homme,  dans  la  femme,  dont  l'orga- 
nisation différente  dans  des  points  très  importants,  tant  physiques  que 
métaphysiques,  loi  donnait  des  émotions  invehses.  (Page  73).  »  Mais 
Fabre  d'Olivet  n'a  garde  d'exposer  en  quoi  cette  organisation  diffère. 
Passant  de  suite  à  l'un  des  corollaires  du  théorème  dont  il  éludo  renon- 
ciation, il  ajoute  seulement  :  «  Les  mêmes  sensations,  quoique  procé- 
dant des  mêmes  causes,  ne  produisaient  pas  les  mêmes  effets  sur  lt«s 
deux  sexes.  Ceci  est  digne  de  la  plus  haute  attention  et  je  prie  le  lec- 
teur de  fixer  un  moment  avec  force  sa  vue  mentale  sur  ce  point 
presque  imperceptible  de  la  constitution  humaine.  C'est  ici  le  germe  de 
toute  civilisation, le  point  séminal  d'où  tout  doit  éclore,  le  puissant  mo- 
bile d'où  tout  doit  recevoir  le  mouvement  dans  l'Ordre  social.  — Jouir 
avant  de  posséder,  voilà  l'instinct  de  l'homme  ;  posséder  avant  de  jouir, 
voilà  l'instinct  de  la  femme,  etc.  »  (page  74). 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


de  la  vie,  le  savant  maître  trace  ces  lignes  mystérieuses 
et  inquiétantes  «pour  les  profanes  : 

«  Tels  sont  les  secrets  hiératiques  du  binaire  ;  mais  il  en  est 
un,  le  dernier  de  tous,  qui  ne  doit  pas  être  révélé...  L'arbre  de 
la  science  du  bien  et  du  mal,  dont  les  fruits  donnent  la  mort , 
est  l'image  de  ce  secret  hiératique  du  binaire...  Ce  n'est  point 
le  grand  arcane  de  la  magie;  mais  le  secret  du  binaire  conduit 
à  celui  du  quaternaire,  ou  plutôt  il  en  procède  et  se  résout  par 
le  ternaire,  qui  contient  le  mot  de  l'énigme  du  sphinx,  tel 
qu'il  eut  dùêtre  trouvé  pour  sauver  la  vie,  expier  le  crime  in- 
volontaire, et  assurer  le  royaume  d'OEdipe  (1).  » 

Nous  avons  vu,  en  effet,  par  l'inspection  des  schémas, 
comment  le  Binaire  engendre  le  Quaternaire.  Curieux 
d'exprimer  par  un  symbole  graphique  le  mécanisme  de 
la  résolution  par  le  Ternaire,  et  du  même  coup  celui 
du  retour  à  l'Unité  (qu'Éliphas  sous-entend),  il  va  nous 
surtire  de  considérer  la  figure  de  l'aimant  quaterne 
(i* schéma)  comme  analogue  à  une  paire  de  ciseaux,  mon- 
tés sur  axe  au  point  central  du  schéma,  et  susceptibles 
de  se  fermer  comme  de  s'ouvrir,  ad  libitum.  Puisque, 
sur  chaque  plan  d'activité,  les  semblables  se  repoussent 
et  que  les  contraires  s'attirent,  les  pôles  positif  et  néga- 
tif de  la  région  conceptuelle,  d'une  part;  les  pôles  né- 
gatif et  positif  de  la  région  sensible,  de  l'autre,  vont 
s'attirer  et  se  confondre.  Quant  au  point  central,  équili- 
brant, il  ne  bouge  point  :  les  ciseaux  se  sont  fermés,  et 
nous  avons  obtenu,  —  selon  la  manière  d'envisager  no- 
tre ligure,  —  soit  un  Ternaire,  soit  une  Unité. 

Les  quelques  pages  qu'on  vient  de  lire  seraient  mieux 


(î)  Dogme  et  Rituel,  tome  I,  pages  1321 33.  passim. 


I 

LA  ROUE  DU  DEVENIR  23! 


k  leur  place,  peut-être,  au  cours  de  notre  troisième  sep- 
taine  :  le  Problème  du  Mal.  De  puissants  motifs  nous 
ont  dicté  cette  anticipation.  D'ailleurs  nous  avions  hàte 
de  munir  ceux  qui  veulent  bien  nous  accorder  leur  at- 
tention suivie,  d'un  mot  de  passe  occulte,  qu'ils  trouve- 
ront plus  d'une  fois  l'occasion  de  proférer,  lorsqu'un  obs- 
tacle imprévu  paraîtra  leur  barrer  la  route. 

Le  dixième  pentacle  du  Tarot  est  susceptible  de  com- 
mentaires que  nous  ne  saurions  développer  en  ce 
tome. 

Tout  le  cycle  temporel  s'y  inscrit  symboliquement,  sous 
la  figure  de  la  Roue  Mystique.  La  roue  tourne,  et  le  De- 
venir s'engendre  dans  l'orbe  de  sa  rotation.  Quand  elle 
s'arrêtera,  l'antagonisme  étant  aboli,  avec  le  règne  du 
Binaire  impur,  le  monde  physique  aura  cessé  d'être. 

Mais  elle  tourne  :  au  côté  sénestre,  descendant,  l'Es- 
prit choit  dans  la  matière;  au  côté  droit,  ascendant,  la 
Matière  évertuée  darde  la  progression  de  ses  formes  am- 
bitieuses vers  la  récupération  d'une  vie  spirituelle.  L'être 
qui  revêt  ces  formes  successives  n'atteint  la  spiritualité 
pleine  qu'après  le  dépouillement  de  ses  écorces  corpo- 
relles, dont  il  ne  garde  qu'un  simulacre  arômal,  flexible 
comme  un  rêve...  Ainsi,  toute  la  série  matérielle  évolue 
vers  cet  idéal;  mais  meurt,  en  tant  que  matière,  avant 
que  d'y  atteindre  :  de  cet  effort  proviennent  les  êtres 
mixtes,  de  vie  double  et  triple  :  matérielle  et  spirituelle, 
et  fluidique;  les  êtres  mitoyens  entre  le  Ciel  originel  où 
ils  tendent  à  se  rapatrier,  et  la  Terre  d'exil  qu'ils  n'ont 
pas  désertée  encore. 


252 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  >01RE 


Tout  ordre  temporel  réside  là,  dont  le  Devenir  cons- 
titue la  norme.  Le  mode  de  formation  de  tous  les  êtres 
dérive  de  la  Loi  de  composition  des  aimants,  dont  nous 
avons  livré  la  formule  (I). 

navra  p«,  dit  Heraclite.  Tout  s'écoule.  Nulle  chose 
n'est;  toute  chose  devient.  Dans  l'univers,  du  moins, 
ajouterons-nous,  pour  n'infliger  point  un  démenti  à 
l'axiome  kabbalistique  :  «  l'Ange  qui  a  six  ailes  ne  change 
jamais.  » 

Or  donc,  si  le  fugitif  Devenir  est  bien  la  loi  de  ce 
monde  déchu,  demandons-nous  comment  ce  Devenir 
s'engendre.  Voyons  de  quoi  il  est  fait. 


(i)  Peut-être  l'occasion  nous  sera-t-elle  fournie  ultérieurement,  de 
souligner  quelques-uns  des  cas  où  cette  formulo  trouve  son  application 
directe.  Pour  l'instant,  un  exemple  de  détail  suffira,  qui  mette  en  évi- 
dence, après  les  adaptations  d'ordre  plus  général  qui  ont  été  proposées, 
quelle  lumière  répand  la  loi  universelle  des  polarités,  sur  les  moindres 
phénomènes  de  la  psychologie  ot  de  la  physiologie  courantes. 

Les  aspirants  de  la  vie  mystique  connaissent  bien,  au  même  titre 
que  les  novices  de  l'existence  religieuse,  la  répercussion  génitale  des 
clîorts  de  spiritualisation,  qui  se  traduit,  dans  la  période  qui  succède, 
par  de  plus  fréquentes  et  de  plus  sauvages  révoltes  des  sens.  —  De 
quels  contrastes  est  faite  la  vie  claustrale!  Quelles  alternatives  de 
ferveur  religieuse  et  d'aspirations  mondaines!  Quelle  recrudescence 
d'orages  sensuels,  après  la  lumineuse  sérénité  des  Ciels  paisibles  de 
lime!...  A  l'inverse,  qui  n'a  constaté,  en  suite  des  pires  concessions 
faites  à  la  chair  et  à  la  brutalité  des  instincts,  cette  reprise  d'idéalité 
qui  sollicite  l'être  avec  toute  l'àpreté  d'un  désir;  ce  besoin  de  travail, 
cette  sainte  lièvre  de  l'inspiration  qui  fermente  au  cerveau  de  l'artiste  ; 
cette  aube  spirituelle,  eufin,  qui  dissipe  l'enténèbrement  passager  de 
l'âme  subjuguée  par  la  matièrô  ? 

«  Dans  la  brute  assoupie  un  ange  se  réveille  !  » 

(Baudelaire). 

L'application  de  la  loi  susdite  s'impose,  aussi  nécessaire,  en  ce  cas 
particulier,  qu'elle  s'imposait  dans  les  exemples  généraux  d'ordre  reli- 
gieux ou  social. 


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LÀ  HOUE  DU  DEVENIR  2S3 

L'on  se  rendra  compte  aisément,  à  observer  les  choses 
de  haut,  que  trois  Puissances  concourent  à  le  produire. 
Peu  de  penseurs  l'avaient  bien  nettement  senti,  avant 
que  Fabre  d'Olivet  n'eût  fixé  les  termes  de  cette  triple 
collaboration.  Mystiques  purs,  ou  purs  déterministes,  ou 
apologistes  d'une  liberté  sans  frein,  tant  d'autres  avaient 
trouvé  plus  simple  désigner  une  source  unique  au 
fleuve  de  l'Eternel  Devenir  (i)  !  Beaucoup  de  philosophes 
en  sont  encore  là. 

—  Tout  se  modifie,  disent  les  uns,  au  gré  du  divin 
Vouloir  :  la  Providence  est  la  cause  voilée,  l'Agent  secret 
et  la  mesure  occulte  de  l'évolution  universelle.  —  Hé  ! 
non,  répliquent  les  autres:  pouvez-vous  méconnaître 
qu'une  inflexible  loi  enchaine  l'effet  à  la  cause,  néces- 
sairement? Le  déterminisme  est  absolu,  ou  n'est  point: 
du  Destin  seul  découle  le  fatal  Devenir.  —  Et  la  liberté 
humaine,  protestent  d'autres  philosophes,  qu'en  faites- 
vous?  C'est  la  Volonté  qui  engendre  et  règle  le  Futur  : 
et  le  Devenir  n'est  autre  que  le  mode  normal  de  sa  gé- 
nération. 

Nulle  de  ces  trois  Écoles  n'est  méprisable,  car  chacune 
enseigne  une  part  de  la  vérité.  Les  trois  Puissances 
qu'elles  préconisent  isolées  concourent  à  motiver  l'ordre 
des  choses  futures  ;  tout  le  mystère  de  l'Avenir  réside 


^  •  ...  La  plupart  des  écrivains  qui  m'ont  procédé  dans  la  carrière 
n'ont  vu  qu'un  principe  là  où  il  y  en  avait  trois.  Les  uns,  comme 
Bossuet,  ont  tout  attribué  à  la  Providence  ;  les  autres,  comme  Hobbes, 
ont  tout  fait  découler  du  Destin  ;  et  les  troisièmes,  comme  Rousseau,, 
n'ont  voulu  reconnaître  partout  que  la  Volonté  de  l'homme.  •  (Fabre 
d'Olivet,  Histoire  philos.,  t.  I,  p.  55). 


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LA  CLEF  DE  LÀ  MAGIE  NOIRE 


dans  la  loi  de  leur  mutualité  féconde.  Loi  créatrice  et 
capitale  s'il  en  fut:  absconse  et  voilée  comme  Je  Futur 
qu'elle  commande.  Loi  sibylline  par  excellence  :  tout  art 
divinatoire  doit,  pour  être  sérieux,  fonder  ses  règles  sur 
la  formule  algébrique  de  son  énonciation;  et  la  prophétie, 
exercée  en  mode  intuitif  ou  rationnel,  extatique  ou  dé- 
ductif,  conscient  ou  non,  ne  se  justifie  logiquement  que 
par  l'évaluation  d'un  calcul  de  probabilités,  qui  se  puisse 
chiffrer  sur  la  valeur  réciproque  de  ces  trois  facteurs, 
combinés  et  proportionnés  en  raison  de  cette  souveraine 
loi. 

Les  fatalistes  disent  vrai,  quand  ils  promulguent  les 
aphorismes  suivants:  une  cause  étant  donnée,  l'effet  s'en- 
suit irrésistible.  L'effet  gît  inclus  dans  la  cause  comme 
l'oiseau  dans  l'œuf.  Sitôt  produit,  l'effet  devient  cause  à 
son  tour,  pour  engendrer  de  nouveaux  effets,  et  ainsi  de 
suite,  à  perte  de  pensée.  Mais  les  innombrables  causes 
existantes  s'enchaînent  et  se  combinent,  s'enchevêtrant 
de  telle  sorte  qu'elles  produisent,  conjointement  ou  sé- 
parément, des  effets  variés  à  l'infini.  Si  bien,  qu'en  dépit 
du  plus  rigoureux  déterminisme,  l'effroyable  complexité 
des  combinaisons  rend  impossible  le  calcul  des  effets  à 
naître. 

Les  mystiques  de  la  Liberté  n'ont  pas  tort,  quand,  fai- 
sant émaner  toute  chose  de  la  libre  initiative  du  Vouloir 
adamique,  dont  l'homme  est  actuellement  la  plus  haute 
expression  incarnée,  ils  soutiennent  que  la  Volonté  serait 
encore  toute-puissante  si  elle  ne  s'était  divisée,  d'où  la 
chute,  et  l'ouverture  du  cycle  temporel  ;  —  quand  ils  ne 
voient  dans  les  obstacles  fatidiques  qu'elle  a  maintenant 


* 


4 


LA  ROUE  DU  DEVENIR  255 


à  combattre,  que  l'expression,  en  quelque  sorte  consoli- 
dée, d'un  vouloir  antagoniste  au  passé;  —  quand  ils  sa- 
luent dans  le  Destin  (cette  Puissance  même  qui  lie  indis- 
solublement l'effet  à  la  cause),  une  sorte  d'attribut  de  la 
Volonté,  savoir  :  la  garantie  de  pérennité  des  libres  voli- 
tions  antérieures,  irréductibles  et  vivaces,  à  l'épreuve 
contre  les  possibles  retours  de  cette  Volonté  même,  et 
prolongeant  désormais  leur  essor  palingénésique  à  tra- 
vers la  succession  des  apparences. 

Les  avocats  de  la  Providence,  enfin,  ne  sont  pas  moins 
véridiques,  lorsqu'ils  célèbrent  l'irréfragable  et  pacifique 
impulsion  que  la  suprême  Puissance  imprime  à  l'Uni- 
vers :  l'infaillible  empire  exercé  sur  toutes  choses  par 
cette  Prévoyance  maternelle,  —  qui  est  l'intelligence 
même  de  la  Nature,  et  qui  agit  immédiatement  sur 
l'homme,  par  illumination,  inspiration,  persuasion;  et 
médiatement  sur  le  Destin,  par  l'intermédiaire  de  l'homme, 
capable  de  modifier  celui-ci,  soit  en  combinant  les  causes 
existantes,  soit  en  en  créant  de  nouvelles.  Ainsi  la  Pro- 
vidence édifie  l'Avenir,  sur  les  plans  de  la  sagesse;  et, 
répugnant  à  jamais  contraindre  la  liberté  humaine, 
comme  à  violenter  la  règle  du  Destin,  n'en  inllue  pas 
moins  sur  l'une  et  sur  l'autre.  En  cas  de  conflit,  le  der- 
nier mot  reste  toujours  à  la  Providence.  Les  deux  autres 
Puissances  peuvent  bien  contrarier  momentanément  ses 
desseins,  en  retarder  l'exécution.  Mais  qu'est  le  temps, 
pour  la  divine  Sagesse?  Rien  ne  prévaut,  en  définitive, 
contre  «  l'événement  providentiel,  précisément  parce  qu'il 
est  indifférent  dans  sa  forme,  et  qu'il  parvient  toujours 
à  son  but  par  quelque  route  que  ce  soit  :  c'est  le  Temps 


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236 


L\  CLEF  DE*  LA"  MAGIE  IS01RK 


seul  et  la  Forme  qui  varient.  La  Providence  n'est  en- 
chaînée ni  à  l'un,  ni  à  l'autre  (I).  » 

Nos  Lecteurs  savent  déjà  comment  l'âme  humaine, 
placée  ici-bas  entre  l'esprit  et  le  corps,  comme  entre  un 
légitime  époux  et  un  séducteur  de  rencontre,  décide  de 
sa  vie  future  et  en  détermine  le  rhythme,  selon  qu'elle 
se  comporte  à  l'égard  de  l'un  et  de  l'autre  amant,  qui 
d'en  haut  et  d'en  bas  la  sollicitent:  soit  qu'elle  se  voue 
à  la  fidélité  conjugale,  ou  qu'elle  s'obstine  dans  un  adul- 
tère dégradant.  Or,  une  stricte  analogie  homologue  l'Uni- 
vers total  au  moindre  individu  qui  le  reflète,  en  le  résu- 
mant; car  identique  est  l'essence  des  êtres  et  des  choses. 
Tout  sort  du  Grand  Adam,  l'Adam  Kadmôn  du  Zohar... 
Providence,  Volonté  et  Destin  sont  au  Cosmos  intégral 
ce  que  les  trois  vies  spirituelle,  psychiquo  et  instinctive 
sont  à  l'exemplaire  humain.  Aussi  la  Volonté  (soit  collec- 
tive, soit  individuelle),  inséparable  de  lame  (universelle 
ou  particulière),  devient  l'artisan  du  Devenir,  en  collabo- 
ration avec  la  Providence  et  le  Destin,  disons  mieux  — 
en  commerce  avec  l'Époux  céleste  ou  le  Fatum  séduc- 
teur (2). 

Cependant,  en  conséquence  de  la  chute  universelle  el 
de  la  matérialisation  qui  en  fut  le  résultat,  la  Volonté 


(\\  Hixt.  philo*,  du  genre  humain,  t.  I,  pages  ;i3-54. 

(2|  Il  convient  de  notilier,  en  passant,  que  la  grande  loi  de  sexuelle 
polarisation  trouve  à  s'appliquer  ici,  par  analogie  nécessaire.  Qu'on  ait 
le  talent  de  manier  avec  art  la  clef  que  nous  avons  fournie,  et  l'on  sera 
surpris  de  la  fécondité  avec  laquelle  se  déploieront,  et  la  genèse  des 
principos  et  le  processus  des  conséquences,  dans  l'ordre  tant  universel, 
que  particulier. 


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LA  HOUE  DU  DEVENIR 


générale  se  trouve  astreinte  à  l'engrenage  du  Destin  ; 
comme  l'âme,  en  conséquence  de  sa  chute  individuelle 
(lisez  de  son  incarnation  terrestre),  se  trouve  assujettie 
aux  exigences  de  l'organisme  physique.  Il  est  des  rap- 
ports forcés  entre  la  Volonté  et  le  Destin,  de  même  qu'en- 
tre la  Psyché  et  le  Corps. 

Tout  un  monde  de  mutualités  en  procède,  inéluctable- 
ment: contraintes  réciproques,  répercussions,  échanges... 
Mais,  en  dépit  de  cette  communauté  forcée  entre  l'Ame 
et  le  Corps,  entre  la  Volonté  et  le  Destin  :  l'àme  peut 
s'interdire  de  multiplier  par  sa  faute  ces  points  de  contact 
trop  nombreux  déjà,  et  vivre  dans  l'intimité  de  la  vie  in- 
tellectuelle, en  commerce  avec  l'Esprit  pur.  La  Volonté 
peut  pareillement  gouverner  de  conserve  avec  la  Provi- 
dence, en  éludant  les  écueils  du  Destin. 

Ainsi,  Providentialistes,  Fatalistes  et  Volontaires  exclu- 
sifs ont  raison  chacun  pour  une  part.  En  conciliant  leurs 
systèmes,  ils  pourraient,  d'un  commun  accord,  déter- 
miner la  suprême  formule  de  synthèse  et  d'équilibre  qui 
leur  manque  isolément.  Et,  pour  énoncer  en  mode  exoté- 
rique  la  vérité  sur  ce  point,  nous  dirons  que  si  la  genèse 
pouvait  être  éclaircie  des  événements  à  échoir,  elle  nous 
les  révélerait  attribuables  pour  un  tiers  à  la  fatalité  du 
Destin,  pour  un  tiers  à  l'initiative  de  la  Volonté,  pour  un 
tiers  à  l'instigation  de  la  Providence. 

Seulement,  qu'on  y  prenne  garde  :  cette  répartition 
proportionnelle  semblera  le  plus  souvent  erronée,  par 
suite  d'une  illusion  d'optique  mentale;  cela  tient  à  l'exer- 
cice constamment  occulte  de  l'intluence  céleste  ici-bas- 

L'action  providentielle  défie  l'observateur,  parce  qu'elle 

17 


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258 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIIIE 


est  médiate,  et  ne  s'exerce  qu'en  mode  fatidique,  sous 
l'apparence  du  déterminisme  le  plus  strict  ;  ou  en  mode 
volilif,  sous  celle  de  l'initiative  humaine  la  moins  con- 
trainte qui  soit.  —  Tel  homme,  par  exemple,  apparaît 
très  libre  d'accomplir  un  acte  donné,  et  l'accomplit  en 
effet;  mais  la  Providence  l'inclinait  intérieurement  à  ce 
faire  :  dira-t-on  qu'il  a  librement  voulu  et  agi  ?  Sans 
doute,  car  il  pouvait  résister  à  l'action  céleste;  niais 
spontanément?  Non  point,  puisqu'il  a  voulu  et  agi  en 
conformité  de  l'inspiration  d'En  haut.  D'autre  part, 
tel  événement,  qui  apparait  fatalement  nécessité  par  une 
cause  antérieure,  et  semble  par  là  ressortir  au  pur  Des- 
tin, fut  préparé  de  longue  date  et  suscité  par  la  Providence, 
qui,  inspirant  l'intelligence  d'un  Élu,  ou  môme  utilisant 
la  malice  d'un  pervers,  a  fait,  en  temps  utile,  semer 
par  l'un  ou  l'autre,  ou  par  tous  deux,  dans  le  champ  du 
Devenir,  la  graine  d'une  plante  qui  lève  à  son  heure  en 
plein  terreau  fatidique.  —  Voilà  l'action  providentielle 
déguisée,  au  premier  degré  en  action  volitive,  au  second 
degré  en  action  fatidique,  ainsi  que  nous  l'avions  fait 
pressentir. 

En  résumé,  des  trois  Puissances  collaboratrices  dont 
dépend  l'avenir,  la  seule  Providence  peut  prévoir  à  coup 
sùr,  en  décidant  ce  qu'elle  fera,  et  promulguer  la  marche 
des  choses,  en  statuant  sur  l'essor  de  sa  propre  initiative. 

Théorème  évident,  d'où  procède  un  irrésistible  corol- 
laire :  c'est  que  l'inspiration  d'En  haut  peut  seule  conférer 
au  prophète  une  intuition  certaine  des  choses  futures. 
Encore  ce  dernier  ne  les  percevra-t-il  qu'en  puissance 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR 


259 


d'être,  et  non  point  en  acte  accompli  :  puisque  la  forme 
des  événements  à  intervenir  n'est  aucunement  fixée 
d'avance,  mais  dépend  des  conjonctures  plus  ou  moins 
propices  que  fera  naître  le  jeu  mutuel  du  Vouloir  humain, 
toujours  spontané  dans  ses  libres  allures,  et  du  Destin 
physique,  toujours  inflexible  en  son  déterminisme 
aveugle. 

Ainsi  tonne  un  Verbe  de  prophétie  sur  les  lèvres  des 
Nabis,  affirmatif  quant  à  l'essence  d'un  événement  à 
venir,  mais  muet, — ou  hypothétique  et  par  suite  faillible, 
—  touchant  le  fait  de  sa  forme  et  l'époque  fixe  où  il 
adviendra.  Sur  ces  derniers  points,  la  Voix  céleste  (l) 
elle-même  ne  peut  prononcer  que  par  calcul  de  proba- 
bilités; mais  quelle  vraisemblance  en  faveur  de  ce  qu'a 
disposé  et  prévu  Celle-là  qui,  par  excellence,  prévoit  et 
dispose  :  pvœvidet  eiprovidet!  L'aléa  se  réduit  à  la  quo- 
tité négligeable. 

La  prophétie  d'Orval,  pour  prendre  un  exemple  pé- 
remptoire  en  dehors  des  prophéties  dites  canoniques, 
montre  h  quelle  lucidité  peut  s'élever  l'Intelligence  hu- 
maine, sous  l'inspiration  de  la  Providence  divine. 

Deux  mots  touchant  l'authenticité  de  la  prophétie 


(1)  Nous  disons  céleste  (ou  providentielle)  et  non  divine.  Cette  dis- 
tinction importo,  au  cas  particulier.  Rappelons  en  effet  que  la  Providence 
est  l'Intelligence  de  la  Nature  (Cf.  page  30).  Quand  nous  accolons  à  la 
Providence  l'cpithète  de  divine,  nous  nous  conformons  au  langage 
re«;u.  C'est  d'ailleurs  à  travers  la  Providence  que  Dieu  se  fait  sentir  à 
nous.  Puis  ces  extensions  du  sens  «les  vocables  sont  coutumières  en 
toutes  les  langues,  et  nous  pensons  avec  d'Olivet  qu'il  ne  messied 
point  de  sacrifier  à  l'usage  en  pareil  cas,  pourvu  qu'on  le  fasse  pour 
la  commodité  du  style,  et  non  par  ignorance  ou  confusion. 


260 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIKE 


(TOrval.  —  L'hypothétique,  d'abord  :  elle  aurait  été  écrite 
dans  la  première  moitié  du  xvie  siècle,  par  un  solitaire 
de  l'abbaye  d'Orval,  et  publiée  pour  la  première  fois 
dans  un  recueil  de  prédictions  imprimé  à  Luxembourg, 
en  1544.  Voilà  ce  que  nous  n'avons  pu  vérifier.  —  Mais 
le  certain,  c'est  qu'on  commença  d'en  parler  lors  des 
événements  de  1814-1815,  etque  Mademoiselle  Lenormand 
la  connaissait  en  1827,  puisqu'elle  en  publia  un  impor- 
tant extrait  dans  ses  Mémoires  de  Joséphine,  imprimés 
celte  même  année.  Cette  prédiction  fut  insérée  in-exlenso 
dans  le  Journal  des  villes  et  des  campagnes,  en  1837 
(n°  du  18  juillet,  n°  100  de  la  XXVe  année)  ;  et  depuis 
cette  époque,  souvent  citée  et  reproduite  dans  nombre 
de  publications. 

Or,  les  événements  de  notre  histoire  y  sont  prédits,  de 
1797  à  1873,  avec  une  stupéfiante  précision;  et  si,  à 
partir  de  cette  date,  la  prophétie  ne  s'adapte  plus  aux 
faits,  peut-être  n'est-ce  point  défaillance  de  l'inspiration 
sibylline,  mais,  comme  nous  le  verrons,  rupture  de  la 
chaîne  fatidique,  par  suite  d'un  acte  imprévu,  invrai- 
semblable, de  la  libre  volonté  d'Henri  V. 

PROPHÉTIE  D'ORVAL  (1) 

En  ce  temps-là,  un  jeune  homme  (Napoléon)  venu 
d'Outremer  (Corse)  dans  le  pays  du  Celte  gaulois  se 
manifestera  par  conseils  de  force  (Toulon,  Vendémiaire, 


(1)  Est-il  besoin  de  prévenir  que  les  observations  entre  parenthèses 
sont  de  nous?  Le  texte  (en  italiques)  reproduit  les  termes  mêmes  de  la 
prophétie  d'Orval. 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


261 


campagne  d'Italie)  ;  niais  les  grands  qu'il  ombragera 
(les  membres  du  Directoire)  renverront  guerroyer  dans 
les  pays  de  la  Captivité  (réminiscence  biblique  :  Égypte, 
lieu  de  captivité  d'Israël). 

La  Victoire  le  ramènera  au  pays  premier  (retour 
d'Égypte).  Les  fils  de  Brutus  (les  Républicains)  moult 
stupides  seront  à  son  approche,  car  il  les  dominera  (18 
Brumaire)  et  prendra  nom  empereur  (1804).  Moult  hauts 
et  puissans  lioys  seront  en  crainte  vraye,  et  son  aigle 
enlèvera  moult  sceptres  et  moult  couronnes.  Piétons  et 
cavaliers  portant  aigles  et  sang  autant  que  moucherons 
dans  les  airs,  courront  avec  luy  dans  toute  V Europe  qui 
sera  moult  esbahie  et  moult  sanglante  (guerres  conti- 
nuelles de  l'Empire). 

//  sera  tant  fort,  que  Dieu  sera  cru  guerroyer  d'avec 
luy  :  r  Église  de  Dieu  moult  désolée  (par  l'impiété  révo- 
lutionnaire) se  consolera  tant  peu  en  voyant  ouvrir  encore 
les  temples  à  ses  brebis  tout  plein  égarées  (suites  du 
Concordat)  et  Dieu  sera  béni. 

Mais  c'est  fait,  les  lunes  sont  passées  ;  le  vieillard  de 
Sion  (le  pape)  maltraité  (captivité  de  Fontainebleau) 
criera  à  Dieu,  et  voilà  que  le  puissant  (Napoléon)  sera 
aveuglé  par  péchés  et  crimes.  Il  quittera  la  grande  ville 
avec  armée  si  belle  que  oncques  fut  jamais  pareille  (levées 
en  masse  pour  la  campagne  de  Russie,  1812);  mais 
oncques  guerroyeur  ne  tiendra  bon  contre  la  face  du  tems. 
(Anathème  contre  les  conquérants,  dont  les  jours  sont 
comptés).  La  tierce  part  et  encore  la  tierce  part  de  son 
armée  périra  par  le  froid  du  Seigneur  puissant  (c'est 
précis  :  retraite  désastreuse  de  Moscou).  Alors  deux 


262  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


lustres  seront  passés  depuis  le  siècle  de  solalion;  et  voilà 
que  les  veuves  et  les  orphelins  crieront  à  Dieu,  et  voilà 
que  les  liants  abaissés  (princes  français  et  nobles  émi- 
grés —  ou  encore  les  souverains  étrangers)  reprendront 
force;  ils  s'uniront  pour  abattre  F  homme  tant  redouté. 

Voicy  venir  avec  maints  guerroyer  s  le  vieux  sang  des 
siècles  (retour  des  Bourbons,  à  la  faveur  des  années 
coalisées),  qui  reprendra  place  et  lieu  en  la  grande  ville 
(première  Restauration  :  Louis  XVIII,  1814)  ;  alors 
r homme  tant  redouté  s'en  ira  tout  abaissé  (abdication  de 
Fontainebleau)  pris  le  pays  d'outremer  d'où  il  étoit  ad- 
venu (File  d'Elbe  est  à  côté  de  la  Corse). 

Dieu  seul  est  grand!  (Cette  exclamation,  dans  la  prose 
du  bon  Solitaire,  marque  presque  toujours  un  change- 
ment de  règne).  La  lune  onzième  n'aura  pas  encore  reluy, 
et  le  fouet  sanguinolent  du  Seigneur  (Napoléon,  autre 
Fléau  de  Dieu)  reviendra  en  la  grande  ville  (retour  de 
nie  d'Elbe)  et  le  vieux  sang  quittera  la  grande  ville  (fuite 
des  Bourbons,  1815). 

Dieu  seul  est  grand!  Il  aime  son  peuple  et  a  le  sang 
en  haine.  La  cinquième  lune  reluyra  sur  maints  guer- 
royers  d Orient  (les  Alliés,  bataille  de  Waterloo);  la 
Gaule  est  couverte  d'hommes  et  de  machines  de  guerre 
(seconde  invasion  des  Alliés).  C'est  fait  de  l'homme  de 
mer!  (Napoléon,  captif  à  Sainte-Hélène).  Voicy  venir 
encore  le  vieux  sang  de  la  Cap  (le  sang  des  Capétiens, 
les  Bourbons  ;  retour  de  Louis  XVIII  ;  deuxième  Res- 
tauration, 1815). 

Dieu  veut  la  paix,  que  son  saint  nom  soit  bény  !  Or, 
paix  grande  sera  dans  le  pays  Celte-gaulois  ;  la  fleur 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR  263 

j  

blanche  (la  fleur  de  lys)  sera  en  honneur  moult  grand  ; 
les  maisons  de  Dieu  ouyront  moult  saints  cantiques  (flo- 
raison du  culte,  protection  du  clergé).  Mais  les  fite  de 
Brutus  (les  Républicains)  voyent  avec  ire  la  fleur  blanche 
et  obtiennent  règlement  puissant  (seraient-ce  les  Ordon- 
nances royales  contre  les  jésuites  ?)  dont  Dieu  est  encore 
moult  fasché  à  causes  des  siens  ;  et  pour  ce  que  le  saint 
jour  est  encore  moult  profane',  ce  pourtant  Dieu  veut 
éprouver  le  retour  à  luy  par  18  fois  1$  lunes. 

Dieu  seul  est  grand!  Il  purge  son  peuple  par  maintes 
tribulations  ;  mais  toujours  les  mauvais  auront  fin.  Sus 
donc  lors,  une  grande  conspiration  contre  la  fleur  blanche 
chemine  dans  l'ombre  par  mainte  compagnie  maudite,  et 
le  pauvre  vieux  sang  de  la  Cap  quitte  la  grande  ville. 
(Révolution  de  juillet  1830,  Charles  X  prend  la  route  de 
l'exil).  Et  moult  gaudissent  les  fils  de  Brutus  (courtes 
illusions  des  Républicains).  Oyez  comme  les  servons  Dieu 
crient  tout  fort  à  Dieu  et  que  Dieu  est  sourd,  par  le  bruit 
de  ses  flèches  qu'il  retrempe  en  son  ire  pour  les  mettre 
au  sein  des  mauvais. 

Malheur  au  Celte-gaulois  !  Le  coq  (symbole  de  la  bran- 
che cadette,  de  la  maison  d'Orléans)  effacera  la  fleur 
blanclte  (le  lys  de  la  branche  ainée,  symbole  des  Bour- 
bons). Un  Grand  s'appellera  roy  du  peuple  (Louis-Phi- 
lippe). Grande  commotion  se  fera  sentir  chez  les  gem, 
parce  que  la  couronne  aura  été  posée  par  mains  d'ou- 
vriers qui  ont  guerroyé  dans  la  grande  ville  (premières 
années  de  la  Monarchie  de  juillet  :  instituée  révolution- 
nairement,  elle  est  constamment  menacée  par  la  Révo- 
lution). 


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264 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Dieu  seul  est  grand!  Le  règne  des  mauvais  sera  vu 
croître.  Mais  qu'ils  se  hâtent  :  voilà  que  les  pensées  du 
Celte-gaulois  se  heurtent  et  que  grande  division  est  dans 
l'entendement.  (Instabilité  ministérielle?)  Le  Roy  du 
peuple  est  en  abord  vu  moult  foible  (jusqu'au  ministère 

Périer)  et  pourtant  contredira  bien  les  mauvais   Mais 

il  riéloil  pas  bien  assis  et  voilà  que  Dieu  le  jette  bas  ! 
(Révolution  de  Février  1848). 

Hurlez,  fils  de  Brutus!  (République  de  1848).  Appelez 
sur  vous  les  bêtes  qui  vont  vous  dévorer!  (Fanatisme  du 
peuple  pour  Louis-Napoléon  ;  l'aigle  de  l'Empire  repa- 
rait en  France  avec  son  cortège  d'oiseaux  de  proie).  Dieu 
grand!  quel  bruit  d'armes  (guerre  de  Crimée,  guerre 
d'Italie,  guerre  du  Mexique,  guerre  franco-allemande). 
//  n'y  a  pas  encore  un  nombre  plein  de  lunes  et  voicy 
venir  maints  guerroyers...  C'est  fait!  (L'année  terrible 
va  amener  l'invasion  et  la  chute  du  second  Empire).  La 
montagne  de  Dieu  (Pie  IX),  désolée,  a  crié  à  Dieu  (poli- 
tique perfide  avec  Rome).  l*es  Fils  de  Juda  ont  crié  à 
Dieu  de  la  terre  étrangère  et  voicy  que  Dieu  n'est  plus 
sourd. 

Quel  feu  va  avec  ses  (lèches  !  Dix  fois  six  lunes  et  pas 
encore  six  fois  dix  lunes,  ont  nourri  sa  colère.  Malheur 
à  toyy  grande  ville  !  Voicy  les  Roys  (le  roi  de  Prusse,  les 
rois  de  Saxe,  Bavière,  Wurtemberg,  etc.!  Les  rois!)  ar- 
més parle  Seigneur  (rien  ne  prévaudra  donc  contre  eux, 
tout  effort  est  inutile).  Mais  déjà  le  feu  Va  égalée  à  la 
terre  (bombardement  de  Paris).  Pourtant,  les  justes  ne 
périront  point.  Dieu  les  a  écoutés.  La  place  du  crime  est 
purgée  par  h 'feu  (les  incendies  de  la  Commune).  Le  grand 


LA  R0UK  DU  DEVENIR  265 


ruisseau  (la  Seine)  a  éconduit  toutes  rouges  ses  eaux  à  la 
mer  (implacables  représailles  des  Versaillais  :  la  Com- 
mune est  écrasée  dans  le  sang).  La  Gaule  vue  comme 
délabrée  (1)  (l'Alsace  et  la  Lorraine  en  sont  violemment 
arrachées)  va  se  rejoindre  (reprendre  haleine  et  se  ré- 
parer). 

Dieu  aime  la  paix.  Venez,  jeune  prince  :  quittez  Yîle  de 
la  Captivité  (Premier  voyage  de  M.  le  comte  de  Cham- 
bord  en  France.  —  Le  prophète  voit  le  comte  de  Cham- 
bord  dans  l'intégrité  de  son  droit  ancien  ;  il  le  voit,  en 
1830,  lorsqu'âgé  de  dix  ans  h  peine,  il  part  pour  l'exil, 
accompagné  de  son  grand-père  Charles  X  et  de  son 
oncle  le  duc  d'Angoulèmc  qui  ont  abdiqué  tous  deux,  et 
gagne  l'Angleterre,  File  de  la  Captivité  :  un  roi  exilé 
n'est-il  pas  un  roi  captif?)  Voyez!  (Réfléchissez  avant 
d'agir:  l'heure  n'est  pas  encore  venue).  Joignez  le  lion 
à  la  fleur  blanche.  (Faites  alliance,  ô  prince  des  lys,  avec 
celui  dont  le  Lion  est  l'héraldique  emblème  ;  abouchez- 
vous  avec  le  Maréchal  de  Mac-Mahon,  président  de  la 
République  intérimaire).  Venez!  (Deuxième  appel  ;  l'heure 
a  sonné  :  1873.  —  A  partir  de  cette  ligne,  la  prophétie 
d'Orval  ne  concorde  plus  avec  les  événements  ;  pourquoi? 
Serait-ce  point  qu'Henri  V  a  modifié  Tordre  des  choses, 
en  ne  répondant  pas  à  l'appel  combiné  du  Destin  et  de 
la  Providence?...  La  prophétie  finit  ainsi)  : 

Ce  qui  est  prévu,  Dieu  le  veut!  Le  vieux  sang  des  siè- 
cles terminera  encore  grandes  divisions.  Lors  un  seul 
pasteur  sera  vu  dam  la  Celte-gaule.  L  homme  puissant 


(1)  D'autres  copies  portent  décabrée. 


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266 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIKE 


par  Dieu  s'asseoira  bien.  Moult  sages  réglemens  appelle- 
ront la  paix.  Dieu  sera  cru  d'avec  lmj%  tant  prudent  et 
sage  sera  le  rejeton  de  la  Cap. 

Grâce  au  Père  de  Miséricorde,  la  sainte  Sion  récitante 
en  ses  temples  un  seul  Dieu  bon.  Moult  brebis  égarées 
s'en  viennent  boire  au  ruisseau  vif;  trois  princes  et  rotjs 
mettent  bas  le  manteau  de  l'erreur  et  vayent  clair  en  tu 
fog  de  Dieu.  En  ce  tems-là,  un  grand  peuple  de  la  mer 
reprendra  vrage  croyance  en  deux  tierces  parts  (l'Angle- 
terre et  l'Écosse?)  Dieu  est  encore  béni  pendant  14  fois 
G  lunes  et  G  fois  13  lunes  (13  ans,  54  jours)...  Dieu  est 
saoul  d'avoir  baillé  miséricordes  et,  ce  pourtant,  il  veut 
pour  ses  bons  prolonger  la  paix  encore  pendant  10  fois 
12  lunes. 

Dieu  seul  est  grand!  les  biens  sont  faits;  les  saints 
vont  souffrir.  L'homme  du  Mal  arrive;  de  deux  sangs 
prend  croissance  :  la  fleur  blanche  s'obscurcit  pendant  10 
fois  G  lunes  et  0  fois  20  lunes  (14  ans,  200  jours...),  puis 
disparaît  pour  ne  plus  paraître. 

Moult  de  mal  et  guère  de  biens  en  ces  tems-  à  ;  moult 
grandes  villes  détruites  par  le  feu.  Israël  viendra  à  Dieu 
Christ  tout  de  bon;  sectes  maudites  et  sectes  fidèles  sont 
en  deux  parts  bien  marquées.  Mais  c'est  fait  ;  lors  Dieu 
seul  sera  cru  ;  et  la  tierce  part  de  la  Gaule  et  encore  la 
tierce  part  et  demie  na  plus  de  croyance  ;  comme  aussy 
tout  de  même  les  autres  gens.  Et  voilà  G  fois  S  lunes  et 
i  fais  5  lunes  que  tout  se  sépare  et  le  Siècle  de  Fin  a 
commencé.  Après  le  nombre  non  fait  de  ces  lunes.  Dieu 
combat  par  ses  deux  Justes  (Elie  et  Hcnoch?)  et  l'homme 
du  Mal  (l'Antéchrist)  a  le  dessus. 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR 


267 


Mais  cest  fait!  Le  fiant  Dieu  mél  un  mur  de  feu  qui 
obscurcit  mon  entendement,  et  je  n'y  voi/plus...  Qu'il  soit 
bény  à  tout  jamais. 

Amen! 


Telle  est  cette  surprenante  prophétie,  qui,  —  en  sup- 
posant même  sa  rédaction  postérieure  aux  premiers  évé- 
nements qu'elle  relate,  —  demeure  incontestablement 
contemporaine,  au  moins,  des  dernières  années  de  la 
Restauration.  Abandonnons  aux  risées  du  scepticisme  les 
faits  énoncés  jusqu'à  cette  date  :  resterait  à  expliquer  la 
révélation  de  ceux  qui  s'échelonnent  de  l'avènement  de 
la  Monarchie  de  Juillet  à  la  Présidence  du  Maréchal  de 
Mac-Mahon  (1).  Rien  d'essentiel  qui  ne  soit  indiqué,  jus- 
qu'au calcul  des  lunaisons,  qui  se  trouve  d'une  exactitude 
constamment  vérifiable  (2). 


(1)  On  relèvera  peut-être,  dans  le  texte  de  la  Prophétie  d'Orval,  cer- 
taines expressions  suspectes  et  quelques  tournuies  maladroitement 
archaïques:  l'on  s'empressera  d'en  conclure  a  une  pitoyable  fraude 
contemporaine.  La  conclusion  ne  nous  paraît  pas  irrésistible.  On  sait 
quelles  altérations  subit  un  texte  dont  les  copies  ont  longtemps  circulé 
sous  le  manteau.  Si  la  rédaction  primitive  était  sous  nos  yeux,  peut- 
être  serions-nous  surpris  de  constater,  une  fois  de  plus,  à  quel  point 
quelques  variantes  do  transcription  moderne  dégradent  un  texte  au- 
thentique et  en  ruinent  la  vraisemblance.  —  Puis,  encore  une  fois, 
admettons  que  cette  prophétie  date  de  la  Restauration  :  les  événements 
prédits  et  révolus  de  4830  à  1873  en  sont-ils  moins  avérés?... 

(2)  Chacun  peut  s'éviter  de  fastidieux  calculs,  en  consultant  une 
intéressante  brochure,  parue,  en  1873,  sous  les  initiales  F.  P.;  en  voici 
le  titre  :  Au  il  février  1874,  le  grand  Avènement,  etc.,  prouvé  par  le 
commentaire  le  plus  simple  et  le  plus  méthodique,  etc.,  delà  célèbre 
prophétie  d'Orval  (Bar-le-Duc,  août  1873,  in-8°,  de  \)i  pages,  plus  1  tl 
non  paginé,  pour  la  table  des  matières). 

L'auteur,  un  fervent  de  l'autel  et  du  trône,  commente  mot  à  mot  le 


> 


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268  LA  CLEF  HE  LA  MAGIE  NOIRE 


A  partir  de  1873,  nous  lavons  déjà  dit,  la  concordance 
cesse,  entre  les  pronostics  et  les  événements  accomplis. 
Nous  avons  même  fait  pressentir  le  pourquoi  de  cette 
anomalie. 

Henri  V  fut-il,  —  oui  ou  non,  —  appelé  au  trône  de 
France  par  le  vœu  national,  ou  du  moins  à  la  requête  de 
l'Assemblée  nationale,  en  1873?  C'est  un  fait  indubita- 


texte  que  nous  donnons  ici  (collationné  avec  quelques  variantes  sur 
une  copie  plus  ancienne)  ;  et  prouve,  par  un  calcul  minutieux  des  lu- 
naisons, que  l'auteur  de  la  prédiction  (chose  assez  rare  chez  les  pro- 
phètes eux-mêmes)  localise  à  jour  fixe  chaque  événement  qu'il  an. 
nonce. 

L'Introduction  de  cette  brochure  renferme  une  concordance  bien 
frappante  entre  les  événements  do  la  Restauration  et  ceux  qui  signa- 
lèrent le  règne  do  Louis-Philippe.  Résumons  quelques  traits  de  ce  long 
parallèle  : 

RESTAURATION  MONARCHIE  DE  JUILLET 


Le  Duc  de  Berry,  héritier  légi- 
time du  trône  de  son  père  (Char- 
les X).  épouse  une  princesse  étran- 
gère (Sicilienne',  qui  lui  donne 
un  (ils  appelé  à  régner  (le  Duc  de 
Bordeaux^;  —  puis  meurt  assas- 
siné, le  13  février  1820,  mois  de 
la  chute  de  Louis-Philippe. 

La  Révolution  de  1830  dure 
trois  jours.  • 

Charles  X  tombe,  à  74  ans,  à 
cause  des  ordonnances  de  son  mi- 
nistre; —  il  abdique  en  faveur 
de  son  polit-fils,  âgé  de  10  ans  : 
—  on  répond  qu'il  est  trop  tard  ! 

Charles  X  s'embarque  pour 
l'Angleterre,  avec  son  petit -fils,  le 
Duc  de  Bordeaux,  —  et  meurt  en 
exil. 


Le  Duc  d'Orléans,  héritier  légi- 
time du  trône  de  son  père  (Louis- 
Philippe),  épouse  une  princesse 
étrangè re  (Mecklerabourgeoise) 
qui  lui  donne  un  (ils  appelé  à  ré- 
gner (le  Comte  de  Paris)  :  —  puis 
meurt  de  mort  violente,  le  13 
juillet  1842,  mois  delà  chute  de 
Charles  X. 

La  Révolution  de  1843  dure 
trois  jours. 

Louis-Philippe  tombe,  à  74  ans, 
à  cause  des  ordonnances  de  son 
préfet  de  police;  —  il  abdique 
en  faveur  de  son  petit-fils,  âgé  de 
10  ans;  —  on  répond  qu'il  est 
trop  tard! 

Louis-Philippe  s'embarque  pour 
l'Angleterre,  avec  son  petit-fils,  le 
Comte  de  Paris,  —  et  meurt  en 
exil. 


LA  HOl'E  DU  DEVK.N1R  209 


ble  (l).  La  fin  de  non-recevoir  plus  ou  moins  déguisée 
qu'il  objecta  se  réclamerait  peut-être  des  motifs  les  moins 
futiles  et  les  plus  consciencieusement  pesés;  sans  doute 
y  a-t-ii  là  un  mystère  de  loyalisme  et  d'équité  que  nous 
n'approfondirons  pas  :  tout  au  plus  risquerions-nous  une 
hypothèse  (2),  tout  à  l'honneur  du  prince  qu'on  a  si  du- 


(1)  L'Assemblée  nationale  n'eut  pas  à  voter  en  forme  le  rétablisse- 
ment de  la  monarchie,  à  cause  de  la  lettre  du  Prince  à  M.  Chesnelong, 
en  date  du  27  octobre,  où  la  revendication  du  drapeau  blanc  s'affirmait 
absolue.  —  Mais  une  commission,  dite  des  neuf,  où  se  trouvaient  re- 
présentées, sous  la  présidence  du  Général  Changarnier.  toutes  les 
nuances  de  la  majorité  monarchiste,  avait  préalablement  délégué 
M.  Chesnelong  auprès  de  M.  le  Comte  de  Chambord,  pour  fixer,  d'ac- 
cord avec  lui,  les  conditions  et  les  termes  de  son  rappel  au  trône  de 
France.  Ce  rappel  ne  faisait  plus  question.  L'accord  semblait  parfait, 
sur  tous  les  points  de  la  Constitution:  seule  la  difficulté  du  drapeau 
subsistait  encore...  Le  Prince,  dans  l'entrevue  du  14,  parut  lever  la 
dernière  incertitude,  en  chargeant  M.  Chesnelong  de  l'assurance  for- 
melle «  que  rien  ne  serait  changé  au  drapeau,  avant  qu'il  eût  pris  pos- 
session du  pouvoir.  »  Henri  V  se  réservait  seulement  de  «  présenter 
au  Pays,  à  l'heure  qu'il  jugerait  convenable,  et  se  faisait  fort  d'obtenir 
de  lui  par  ses  représentants,  une  solution  compatible  avec  son  honneur 
et  qu'il  croyait  de  nature  à  satisfaire  l'Assemblée  et  la  Nation.  » 
(Textuel).  Sur  cetto  double  assurance,  les  députés  de  toutes  les  frac- 
tions de  la  majorité  ayant  promis  leur  vote,  le  gouvernement  du  Ma- 
réchal ayant  assuré  son  concours,  la  Monarchie  semblait  faite,  quand 
la  désastreuse  lettre  du  27  vint  anéantir  toutes  ces  espérances,  en 
c  revendiquant  le  drapeau  blanc,  sans  admettre  ni  conditions  ni  ga- 
ranties préalables.  »  (Voyez  la  Campayne  monarchique  d'octobre  1873 
par  Ch.  Chesnelong,  Pion,  1896,  in-8°). 

(2)  Supposons  un  instant  que  M.  le  Comte  de  Chambord  crût  les 
revendications  de  Naûendorff,  sinon  justifiées,  du  moins  soutenables, 
aurait-il  agi  différemment?  —  Dans  l'hypothèse  de  la  survivance  de 
Louis  XVII  et  de  sa  postérité  directe,  Henri  V  n'aurait  pu  toucher  à  la 
couronne  qu'en  usurpateur.  Son  devoir  était  donc  de  s'abstenir.  D'autre 
part,  refuser  sans  motif  le  trône  offert,  et  reconnaître,  même  tacitement, 
le  droit  des  Naûendorff,  équivalait  pour  lui  à  noter  d'infamie  la  mémoire 
de  son  grand-père  Charles  X  et  de  son  grand  oncle  Louis  XVIII,  — 
rois  dès  lors  illégitimes.  11  fallait  donc  un  prétexte,  valablo  ou  spécieux. 


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270 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIltE 


rement  blâmé  en  cette  conjoncture...  Quoi  qu'il  en  soit, 
le  fait  demeure  évident.  31.  le  Comte  de  Chambord  lia 
pas  voulu  régner.  Le  moyen  dilatoire  qu'il  invoqua  sou- 
dain, cette  acceptation  du  drapeau  blanc,  dont  il  fit,  à  la 
surprise  de  beaucoup  de  ses  plus  fidèles  serviteurs,  une 
condition  expresse  de  son  avènement  au  trône,  ful-clle 
autre  chose  qu'un  prétexte  a  repousser  le  sceptre  offert  ? 
Personne  ne  s'y  trompa,  que  les  intéressés  qui  firent 
semblant. —  Substituer,  au  lendemain  de  nos  désastres, 
la  bannière  des  lys  au  drapeau  tricolore,  c'eut  été  dire 
au  million  de  braves  qui  s'étaient  fait  décimer  sous  ses 
plis  :  —  «  Vous  avez  pris  cette  loque  pour  l'étendard 
national,  naïfs  que  vous  êtes,  ou  rebelles?  Ce  chiffon  aux 
trois  couleurs,  pour  la  gloire  duquel  vous  braviez  la  mort 
d'un  cœur  si  léger,  n'existe  point  même!  Ouvrez  les 

yeux,  Français  :  voici  le  drapeau  de  la  France!   Et 

saluez  les  trois  lys  d'or  brodés  sur  satin  blanc!  »  Quelle 
énorme  billevesée!  Si  peu  que  les  ennemis  de  M.  le  Comte 
de  Chambord  accordassent  d'intelligence  et  de  tact  à  ce 
prince,  lui  ont-ils  fait  de  bonne  foi  l'injure  de  prendre  au 
sérieux  pareille  proposition,  à  l'adresse  d'un  peuple  qui 
semblait  alors  acclamer  son  royal  sauveur,  en  se  jetant 
dans  ses  bras?... 


pour  «Incliner  l'invitation  de  l'Assemblée,  en  1873.  Ce  prétexte,  la  ques- 
tion du  drapeau  blanc  l'offrait  au  Comte  de  Chambord. 

Voilà  une  pure  hypothèse:  nous  la  donnons  pour  ce  qu'elle  vaut... 
—  Il  rst  certain  «pie  l'année  suivante,  en  1874,1e  Comte  de  Chambord, 
intimé  devant  la  Cour  de  Paris  par  les  héritiers  Nawendorlî,  crut  devoir 
l'aire  défaut.  Le  prince  laissa  au  ministère  public  le  soin  de  contredire 
à  leurs  prétentions.  Demandeurs  en  restitution  d'état  civil,  ils  furent 
déboutés,  en  dépit  des  efforts  de  Jules  Favre,  dont  il  faut  lire  l'admi- 
rable plaidoirie. 


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LA  HOUE  DU  DEVENIR  271 


La  magnifique  précision  de  la  prophétie  d'Orval,  de 
1797  jusqu'en  1873,  trahit,  au  moins  par  intermittences, 
l'inspiration  céleste.  Les  décrets  mêmes  de  la  Providence 
peuvent  être  contrariés,  avons-nous  dit,  parle  veto  du 
libre  Vouloir  humain;  mais  leur  accomplissement,  avorté 
sous  une  forme,  s'effectuera  bientôt  sous  une  autre.  Si 
donc  le  solitaire  d'Orval  asubi  sans  mélange  l'influx  pro- 
videntiel, la  volonté  d'Henri  V  aura  bien  pu  susciter  à 
l'adaptation  des  plans  énoncés  une  éphémère  entrave  ; 
mais  alors  ils  ne  sont  que  différés  et  s'adapteront  sous 
un  autre  mode,  impossible  à  prévoir  ou  même  à  pres- 
sentir sans  révélation  expresse.  Que  si,  au  contraire,  la 
claire-vue  du  bon  ermite  procédait  ffune  source  ou  moins 
haute,  ou  moins  pure,  alors  l'inhibition  d'une  volonté 
intercurrente,en  1873,  peut  avoir  dérangé  toute  la  trame 
fatidique,  et  rien  n'adviendra  des  événements  désignés  à 
s'ensuivre. 

Dès  le  milieu  de  mars  de  la  présente  année  18%,  l'opi- 
nion s'est  passionnément  émue  des  prophéties  d'une  exta- 
tique de  24  ans,  qui  se  dit  inspirée  par  l'archange  Gabriel. 
Des  mois  ont  coulé,  sans  que  la  vogue  se  démentit.  C'est 
par  centaines  de  mille  que  les  curieux  se  sont  fait  inscrire 
pour  être  admis  à  voir  et  à  entendre  M"0  Henriette 
Couédon,  *  la  voyante  de  la  rue  de  Paradis  ». 

L'ange  nous  annonce  pour  la  tin  de  cette  année  des 
tribulations  amères  et  d'épouvantables  épreuves  :  inon- 
dations, cataclysmes  naturels,  de  grandes  émeutes,  une 
guerre  générale...  Rien  ne  manque  au  tableau  des  châ- 
timents que  le  Ciel  réserve  à  la  France  oublieuse  de  son 


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272 


I.A  CLKK  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Dieu.  Entin,  le  rétablissement  de  la  royauté  nous  est  pn 
dit  comme  devant  ouvrir  une  ère  faste,  à  l'issue  de  J 
période  expiatoire  que  nous  vaudra  notre  impiété  et  noi  r 
corruption.  Le  monarque,  un  Bourbon  d'une  bran  eh 
latérale,  régnera  sous  le  nom  d'Henri  V  (l). 

On  cite  plusieurs  phénomènes  de  seconde  vue,  où  1 
véracité  de  Mn#  Couédon  se  serait  fait  paraître.  Mais  au 
tre  chose  est  la  clairvoyance  d'une  lucide,  autre  chos< 
l'inspiration  d'une  sibylle  ou  d'une  céleste  missionnée 
Dans  le  premier  cas,  c'est  M*  Lenormand  qui  nous  in- 
trigue et  nous  étonne;  dans  l'autre  cas,  c'est  Jeanne 
d'Arc  qui  nous  réveille  et  qui  nous  sauve... 

L'avenir  se  chargera  bientôt  de  détruire  ou  de  centu- 
pler le  prestige  de  la  Voyante,  car  ses  prédictions  sont 
toutes  à  brève  échéance.  Quoiqu'il  en  advienne,  la  sin- 
cérité de  cette  jeune  fille  ne  fait  pour  nous  aucun  doute, 
pas  plus  que  le  fait  d'une  influence  occulte,  ni  la  réalité 
d'un  être  invisible  dont  elle  est  l'organe.  Médium  à  in- 
carnation, elle  s'exprime  en  vers  assonnants  de  sept 
pieds,  et  ne  se  souvient  plus,  dans  son  état  normal,  des 
choses  qu'elle  a  débitées  lorsqu'elle  se  trouvait  en  con- 
dition seconde.  Mais  l'identité  de  son  inspirateur  reste  un 
problème  insoluble.  L'  «  ange  »  serait-il  un  Élémental? 
un  Élémentaire?... ou  véritablement,  comme  elle  le  croit, 
un  messager  du  Ciel? 

C'est  ce  que  Demain  nous  révélera. 


(1)  Cf.  In  Voyante  de  In  rue  de  Paradis,  par  Gaston  Méry,  Dentu, 
18%.  in  12  (pages  34-36). 


LA  KOUE  DU  DEVENIR 


273 


Ces  considérations  nous  amènent  tout  droit  aune  étude 
succincte  des  arts  divinatoires,  examinés  dans  leurs  prin- 
cipes- 

Étant  données  les  trois  Puissances  collaboratrices  dont 
le  Futur  est  l'ouvrage,  on  serait  tenté  d'établir  une  clas- 
sification ternaire,  où  se  répartissent  les  différents  moyens 
divinatoires,  selon  qu'ils  procéderaient  d'une  origine 
providentielle,  ou  volitive,  ou  fatidique. 

Mais  en  fait,  la  divination  proprement  dite  semble  le 
monopole  du  Destin. 

La  seule  Providence  infuse,  il  est  vrai,  l'Esprit  de  pro- 
phétie pur  de  tout  mélange.  Mais  le  Verbe  providentiel 
est  incoercible;  sa  transmission,  toute  spontanée,  est 
volontaire  de  sa  part.  Il  ne  s'évoque,  —  exceptionnelle- 
ment, —  que  par  la  pratique  de  l'extase  active.  C'est  ce 
qu'un  Lecteur  attentif  du  précédent  chapitre  a  dû  com- 
prendre d'avance. 

On  n'interroge  guère  directement  la  Volonté  univer- 
selle :  c'est  un  fait,  et  la  raison  profonde  n'en  est  point 
facile  à  justifier...  Notons  seulement  que  de  deux  choses, 
l'une  :  ou  cette  Volonté  universelle  suit  les  voies  de  la 
Providence,  et  son  Verbe  se  confond  avec  le  Verbe  pro- 
videntiel (dont  on  peut  dire  :  Spiritus  fiât  ubi  vuli).;  ou 
bien  la  hautaine,  se  dégageant  de  cette  tutélaire  influence, 
devient  dès  lors  sujette  à  se  tourner  contre  elle-même  : 
«  les  pensées  se  choquent,  et  grande  division  est  dans 
l'entendement  »  !...  La  Volonté  émet  par  suite  des  ora- 
cles contradictoires,  selon  que  le  consultant  s'est  jeté  dans 

l'un  ou  l'autre  de  ses  courants  hostiles.  Du  reste,  on 

18 


274  LA  CLEF  DE  LA  MAC1E  NOIRE 


peut  envisager  en  ce  cas  la  Volonté  comme  vassale 
du  Destin  à  bref  délai  :  finalement  elle  fléchit  d'autant 
plus  sous  la  loi  fatidique,  qu'elle  parut  s'y  heurter  d'un 
plus  superbe  effort.  Soient  dites  ces  choses  à  l'égard  de 
la  Volonté  ou  des  volontés  collectives;  car  les  volontés 
individuelles  échappent  à  tout  augure  :  lorsqu'elles-mé- 
mcs  s'interrogent,  savent-elles  toujours  quoi  se  répon- 
dre? Non  pas.  Elles  sont  la  spontanéité  même,  dans 
l'indéfinie  multiplicité.  Elles  ne  formulent  que  des  m- 
tentions  :  savez-vous  rien  de  plus  variable?...  L'on  con- 
çoit donc  qu'il  n'y  ait  nul  avantage,  comme  nulle  sécurité 
aussi,  à  consulter  lame  universelle  volitive  :  puisqu'elle 
s'élève,  en  prime  hypothèse,  à  la  collaboration  provi- 
dentielle; ou  devient,  si  elle  y  répugne,  le  hochet  multiple 
du  Destin,  —  idole  beaucoup  plus  facile  à  faire  parler. 

C'est  au  Destin  que  ressortissent  tous  les  arts  divina- 
toires, plus  ou  moins  imparfaits,  qui  sont  actuellement 
ou  pratiqués,  ou  connus.  On  peut  les  dire  innombrables, 
du  moins  innombrés.  Boissard  et  Pcucer,  qui  leur  ont 
consacré  tant  de  centaines  de  pages  in-folio,  semblent 
fort  loin  d'en  offrir  la  nomenclature  intégrale.  Le  livre 
de  Pierre  de  Lancre,  Incrédulité  et  Mescreance  du  Sorti- 
lèrje,  en  produit,  (pages  198-199),  une  liste  sinon  com- 
plète, à  coup  sûr  fort  détaillée,  et  Jean  Belot  présente 
sur  ce  point  le  double  avantage  d  être  explicite  à  la  fois, 
et  concis. 

Nous  renverrons  à  ces  auteurs  pour  le  détail  des  prati- 
ques divinatoires.  Il  nous  suffira  de  souligner  qu'elles  ne 
sont  tant  diverses  que  dans  la  prolixité  de  leurs  formes 
extérieures  ;  car,  en  ce  qui  concerne  leur  nature  essen- 


LA  ROLE  DU  DEVENIR 


275 


T. 
W 

© 


tielle,  ces  pratiques  diffèrent  beaucoup  moins  qu'il  ne 
semble,  —  et  nous  n'en  sachons  guère  qui  débordent  le 
cadre  d'une  classification  quaterne,  vraisemblablement 
inédite  (1),  et  que  voici  : 

1°  Par  révocation  ou  la  consultation  directe  des  In- 
visibles. —  Exemples  :  Théomancie  (néoplatonicienne), 
Nécromancie,  Recours  à  l'assistance  des  génies  ou  des 
démons,  Fureur  sibylline,  etc. 

Iï°  Par  V interprétation  des  signatures  naturelles, 
(dont  il  sera  traité  aux  chapitres  iv  et  v).  —  Exemples: 
Science  analogique  des  formes  universelles,  (Anatomie 
cosmique  de  Crollius);  Morphologie  qualitative;  Phy- 
siognomonie,  Phrénologie,  Méloposcopie,  Chiromancie, 
Graphologie,  etc.  ;  Art  augurai,  Haruspicine,  Tératos- 
copie,  Interprétation  des  images  fatidiques  :  Onéiro- 
mancie  ou  explication  des  songes,  etc.. 

III0  Par  l'étude  des  combinaisons  artificielles,  plus 
ou  moins  simples  ou  complexes,  présentant  à  l'esprit  l'i- 
mage contrastée  du  faset  du  nefas  éternels.  —  Exem- 
ples :  Urlm  etThummlm,  pile  ou  face;  Tarots,  Cartes, 
Jeux  symboliques  de  la  vie  humaine  (jeu  d'oie),  etc., 
Sorts  de  tous  genres... 

IV°  Par  la  fixation  prolongée  de  certains  objets,  in- 
formes et  multiformes,  où  l'œil  croit  voir  passer  des 
images  confusément  sibyllines  ;  appel  à  la  lucidité,  par 
une  sorte  de  pratique  auto-hypnotique,  état  que  provo- 
quent de  concert  TetTort  prolongé  de  l'attention  et  la  fa- 
tigue du  nerf  optique.  —  Exemples  :  divination  par  les 
éléments  :  l'yromancie,  Aéromancie,  Hydromancie,  Géo- 
mancie, (nous  parlons  de  la  vraie  ;  la  fausse  Géoman- 
cie qu'on  pratique  d'ordinaire  rentrant  dans  la  3e  caté- 
gorie), Cristallomancie,  Divinations  par  la  Carafe,  le 
Miroir  magique,  le  Blanc  d'œuf,  le  Marc  de  café,  etc. 


(1)  Cf.  l'Introduction  dos  Miroirs  magiques,  par  P.  Sédir  (Chamucl, 
1805,  in-12).  -—  On  trouve,  en  cet  excellent  travail,  un  tableau  qui 
n'est  pas  sans  analogie  avec  le  nôtre. 


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276 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Ces  divisions,  nullement  arbitraires,  n'ont  cependant 
rien  d'absolu  :  certains  procédés  peuvent  relever  à  la 
fois  de  plusieurs  d'entre  elles.  —  Ainsi,  l'Astrologie,  qui 
appartient  a  la  deuxième  sorte,  en  raison  des  aspects 
célestes  (véritables  signatures  du  firmament),  sur  quoi 
reposent  les  calculs  génethliaques,  —  l'Astrologie  res- 
sortit également  au  troisième  mode,  par  suite  des  règles, 
toutes  d'artifice  et  de  convention,  auxquelles  cette  science 
est  actuellement  (l)  astreinte.  —  De  même  encore,  la 
pratique  du  Tarot,  attribuable  sans  doute  au  troisième 
genre  de  divinations,  dont  un  pur  hasard  semble  la  loi, 
est  réversible  aussi  sur  le  quatrième  :  cette  pratique  se 
fonde  bien  en  effet  sur  les  combinaisons,  toutes  fortuites 
en  apparence,  d'emblèmes  artificiels  et  imaginaires,  non 
pas  sur  l'interprétation  de  signes  ou  d'hiéroglyphes 
spontanément  fournis  par  la  nature  ;  mais,  d'autre  part, 
ce  kaléidoscope  d'images  sibyllines,  miroitant  sous  le 
regard  de  l'expérimentateur,  peut  être  conçu  comme  un 
moyen  perfectionné  de  provoquer  en  lui  la  seconde 
vue. 

L'interprétation  des  signatures  naturelles  parait,  à 
coup  sûr,  en  ses  diverses  variétés,  le  mode  de  divina- 
tion le  plus  rationnel  et  le  moins  trompeur;  l'examen  de 
la  physionomie,  le  discernement  des  lignes  du  front  et  de 
la  main,  l'étude  sagace  des  écritures,  présentent  à  l'envi 
une  sérieuse  documentation,  multiple  et  de  mutuel  eon- 


(1)  Sur  le  contraste  entre  l'Astrologie  des  anciens,  et  la  Babel  de 
notions  arbitraires  qui  porte  aujourd'hui  ce  nom,  consultez  d'Olivet, 
Vtrx  dorés  (h'  Ptjthagove,  pages  SG9-278). 


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r 

LA  HOUE  DU  DEVENIR  277 

trôle  :  et,  sur  cette  base  de  certitude  psychologique,  ré- 
vélatrice autant  qu'irrécusable,  on  peut  bâtir  tout  un 
édifice  de  lumineuses  conjectures. 

Il  ne  faut  pas  médire  non  plus  des  cartes,  des  Tarots, 
—  ces  jeux  symboliques  de  la  vie  humaine,  déroulée  à 
travers  ses  alternatives  d'heur  et  de  malheur,  ses  con- 
trastes de  chance  et  de  malchance,  dont  les  Arcanes,  — 
fastes  ou  néfastes,  —  burinent  l'emblème  tour  à  tour. 
Un  devin  véritablement  doué  s'exalte  au  maniement  de 
ces  ligures  fatidiques;  il  sourcille,  on  dirait  qu'il  tend 
l'oreille...  Ces  cartons  bariolés  lui  deviennent  Oracles 
parlants!  Soudain,  il  a  tressailli;  son  œil  s'éclaire  du 
jour  intérieur  :  à  sa  seconde  vue,  un  immense  horizon 
s'est  ouvert.  Le  voile  de  l'Astral  est  déchiré... 

Nous  ne  songeons  même  pas,  on  le  concevra  sans 
peine,  à  résumer  ici  les  principes  généraux  de  ces  sciences 
partiellement  contestables,  aussi  nombreuses  d'ailleurs 
qu'ambiguës,  ni  les  règles  fondamentales  des  arts  sibyl- 
lins qui  leurcorrespondent.  Aii  précis  essentiel  d'une  seule 
méthode  prise  pour  exemple,  un  long  chapitre  ne  satisfe- 
rait point.  C'est  aux  traités  spéciaux  qu'il  faut  recourir  : 
les  curieux  n'auront,  en  vérité,  que  l'embarras  du  choix. 

En  dévoilant  la  triple  source  du  Futur,  nous  n'avons 
manifesté  que  le  principe  des  variations  où  le  Devenir  se 
joue  :  le  pourquoi  de  l'universel  Demain  dans  sa  causalité 
secrète,  et  non  pas  le  comment  des  instabilités  corpo- 
relles, dans  leur  phénoménalisme  patent.  —  Il  resterait 
à  jeter  un  regard  sur  le  Devenir  particulier  des  apparences 
physiques,  —  énigme  dont  la  loi  des  polarisations,  bien 


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27  S 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


comprise  en  son  esprit  général,  élucide  singulièrement 
l'arcane. 

De  la  mutabilité  des  choses  physiques,  nous  n'effleure- 
rons en  deux  mots  que  le  mécanisme  immédiat,  —  dé- 
pendant des  réactions,  des  échanges,  des  réciprocités 
incessantes  qui  ont  pour  milieu  propre  l'Astral,  ce  com- 
mun réservoir  des  êtres,  ce  mystérieux  athanor  des 
Puissances  collectives  de  la  vie. 

Qu'il  s'agisse  de  la  croissance  des  êtres  organisés,  ou 
de  leur  déclin,  pu  des  modifications  qu'ils  subissent,  — 
soit  accidentellement,  soit  volontairement,  —  étrangères 
à  ces  deux  phases,  ascendante  et  décadente,  de  l'exis- 
tence :  toutes  ces  mutations  s'effectuent  par  un  travail 
indiscontinu  du  tissu  cellulaire  sur  l'instable  canevas  du 
corps  astral.  Or,  celui-ci  se  modifie  incessamment  dans 
ses  rapports  avec  l'atmosphère  hyperphysique,  véhicule 
des  mutualités,  des  échanges  et  des  répercussions  qui 
s'exercent,  soit  avec  d'autres  corps  astraux,  soit  avec  les 
Êtres  individuels  ou  collectifs  qui  peuplent  cette  invisible 
atmosphère. 

* 

Au  livre  III,  —  qui  embrasse  des  horizons  moins  res- 
treints que  le  présent  tome,  —  nous  verrons  par  quelles 
règles  d'agrégation  les  monades  se  combinent  pour  for- 
mer des  entités  plus  complexes  :  mouvement  évolutif  de 
synthèse  (1)  qui  n'est  que  la  contre-partie  (dans  la  pé- 


(i)  Ne  serait-il  pas  plus  logique  d'appeler  évolutive  la  période  de 
désintégration,  qui  va  de  l'Unité  absolue  au  nombre,  du  point  central 
au  déploiement  circonfércnciel,  (par  l'émission  du  rayon);  —  et  inco- 
lulive  la  période  du  processus  inverse,  qui  aboutit  à  la  réintégration 


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riode  ascendante)  du  mouvement  inverse,  involutif  et 
d'analyse,  par  lequel,  (dans  la  période  décadente),  les 
êtres  émanés  de  l'Unité-mère  se  désagrègent  en  sous- 
multiples  infinitésimaux,  pour  s'éparpiller  aux  doubles 
profondeurs  du  Temps  et  de  l'Etendue. 

Mais  en  ce  livre  II,  —  qui  ne  traite  des  mondes  invi- 
sibles qu'au  regard  de  la  magie  terrestre  et  des  possibles 
relations  entre  les  habitants  de  ces  mondes  et  les  êtres 
incarnés  ici-bas,  — nous  n'aborderons  point  le  problème 
de  ces  définitives  fusions  d'exemplaires  adamiques  évo- 
luant vers  l'Unité. 

11  doit  nous  suffire  d'esquisser  ici  quelles  combinaisons 
souvent  fortuites  donnent  naissance  à  des  êtres  collectifs, 
plus  ou  moins  éphémères  ou  durables,  —  sortes  de  vi- 


Ju  nombre  dans  l'Unité,  à  la  résorption  do  la  circonférence  dans  le 
point  don  elle  émane  ?  —  On  peut  en  débattre,  mais  nous  avons  cru 
devoir  maintenir  à  ce  sujet  la  terminologie  coutumiùre  en  occultisme. 

Ces  deux  vocables  semblent  choisis  à  contre-sens,  lorsqu'on  examine 
les  choses  du  haut  des  principes,  du  point  de  vue  transcendental.  — 
C'est  apparemment  au  point  de  vue  terrestre  qu'on  s'est  placé,  pour  la 
fixation  des  deux  termes  en  litige  :  in  volution  (descente  de  l'Esprit 
dans  la  matière),  é  volution  (effort  réascentionnel  de  l'Esprit  captif,  à 
travers  la  progression  des  apparences). 

Il  ne  s'agit  que  de  s'entendre  sur  les  mots... 

C'est  à  quoi  les  occultistes  n'arrivent  pas  toujours.  Que  d'obstinées 
controverses  entre  adoptes  d'écoles  différentes,  parfaitement  d'accord 
pour  le  fond  des  choses  !  Do  très  superficielles  contradictions  verbales 
défendaient  seules  aux  adversaires  de  lever  le  malentendu. 

Sans  vouloir  abolir,  avec  le  vocabulaire  et  le  symbolisme  propres  de 
chaque  groupe  enseignant,  la  couleur  locale  et  l'originalité  qui  font  le 
charme  «les  divers  styles  du  Mystère  ;  sans  pousser  à  la  création  désas- 
treuse d'une  sorte  de  Volapûk  thèntophique,  —  il  est  bien  permis  de 
souhaiter  la  rédaction  d'un  bon  lexique  doctrinal,  précisant  les  rigou- 
reuses équivalences  do  langage  et  de  symbolisme,  d'une  école  à  l'autre. 


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280 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIR  F. 


vantes  synthèses,  résultats  du  groupement  de  plusieurs 
individualités,  sous  les  conditions  requises. 

Apr^s  les  Mystères  de  la  solitude,  nous  allons  aborder 
les  arcanes  de  la  vie  eollective,  les  mystères  de  la 

MULTITUDE. 

Quel  homme  du  monde,  curieux  des  choses  de  l'Oc- 
culte, n'a  vu  réussir  d'aventure  quelque  expérience  de 
table  tournante  ou  parlante?  Pas  un  lecteur,  peut-être, 
de  nos  Essais  de  Seienees  maudites. 

Ces  pratiques  de  magie  bourgeoise,  que  la  coterie  kar- 
déciste  a  érigées  en  une  manière  de  sport  nécroman- 
tique  assez  anodin,  se  maintiennent,  depuis  près  d'un 
demi-siècle,  à  Tordre  du  jour  de  certains  salons. 

Exhibitions  tragi-comiques!  Les  premiers  rôles  en 
sont  tenus,  neuf  fois  sur  dix,  dans  les  milieux  les  plus 
frivoles,  par  d'aimables  comparses  volontiers  mystifica- 
teurs, ou  par  quelques  apôtres  de  la  foi  nouvelle,  dogma- 
tiques et  farouches  commis -voyageurs  de  la  maison 
ftévoil  et  successeurs,  laquelle  n'est  pas  sise  au  coin  du 
quai. 

Ces  conditions  peu  sérieuses  n'empêchent  que  l'expé- 
rience ne  réussisse  de  temps  en  temps.  De  curieux  phé- 
nomènes ont  lieu.  Quelquefois  la  présence  d'un  vrai  mé- 
dium, soit  professionnel  ou  spontané,  permet  la  manifes- 
tation de  quelque  indigène  de  l'Astral  ;  mais  ces  visites 
d'un  autre  monde  sont  l'exception  :  dans  la  plupart  des 
cas,  la  table  oraculaire  répond  par  coups  frappés,  et  fort 
pertinemment,  sans  que  nulle  Puissance  soit  intervenue, 
étrangère  au  cercle  des  assistants. 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR  281 

Inutile  d'insister  sur  les  éléments  de  l'expérience  :  ils 
sont  des  plus  simples.  L'ordonnance  n'en  varie  guère,  et 
seulement  dans  les  détails  de  la  mise  en  œuvre. 

Quelques  personnes  sont  assises  en  cercle  autour  d'un 
guéridon.  Les  mains,  étendues  à  plat  sur  le  bord  de  la 
tablette  supérieure,  y  reposent  le  plus  légèrement  pos- 
sible, tous  doigts  écartés.  On  prend  soin  de  rejoindre 
les  pouces  des  deux  mains,  tandis  que  les  auriculaires 
effleurent,  de  chaque  côté,  les  petits  doigts  des  voisins 
de  droite  et  de  gauche.  Ainsi  se  forme  d'ordinaire  la 
chaîne  magnétique;  ainsi  se  clôt  le  circuit  de  cette  bat- 
terie d'éléments  humains. 

Ces  préparatifs,  on  le  remarquera,  sont  les  mêmes, 
soit  qu'on  veuille  interroger  la  table,  ou  simplement  la 
faire  tourner.  La  pensée,  le  vouloir,  le  désir  des  expéri- 
mentateurs, déterminant  seuls  la  direction  de  l'expérience, 
en  dominent  les  résultats.  Tout  dépend  de  cette  mysté- 
rieuse Force,  —  inconsciente  et  spontanée  chez  les  uns, 
asservie  et  canalisée  chez  les  autres,  —  que  Paracelse 
nomme  quelque  part  le  magique  aimant,  le  Magnes  inté- 
rieur et  seeret. 

Après  une  phase  plus  ou  moins  longue  de  contention 
mentale,  quand,  la  chaîne  s'étant  favorablement  établie, 
l'expérience  doit  réussir,  une  sorte  de  trépidation  (l)  fé- 


(i)  Il  se  produit  aussi  des  craquements,  quelquefois  des  coups  net- 
tement frappés,  comme  au  choc  d'un  invisible  maillet.  —  Co  dernier 
phénomène  est  plus  rare  ;  il  décèle  la  présence  d'un  fort  médium  et 
l'intervention  probable  de  Larves  ou  d'entités  astrales  avides  de  se  ma- 
nifester, à  la  faveur  de  la  force  psychique  dont  il  dispose. —  Mais  dans 
la  plupart  des  cas,  la  trépidation  révélatrice  do  la  vie  et  même  de  lé- 
gers craquements  n'impliquent  rien  de  pareil.  Ces  phénomènes  accu- 


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282  l\  CLKF  DK  LA  MAGIE  NOIRE 


brile  nait  et  se  propage  dans  l'épaisseur  môme  du  bois  : 
indubitable  symptôme,  qui  accuse  l'infusion  de  la  vie  h 
même  cette  inerte  matière;  la  pénétration  du  fluide  sibyl- 
lin dans  lapre  tissu  ligneux;  et  la  présence,  enfin,  de 
l'Oracle  invoqué  :  Ikus,  ccce  Drus! 

Qu'une  des  personnes  présentes  pose  alors  une  ques- 
tion: le  meuble  s'ébranle  aussitôt  pour  répondre;  il  vibre 
tout  entier,  comme  imbu  de  vie  propre,  doué  d'âme  et 
d'intellect.  Bientôt,  l'un  des  pieds  se  soulève  lentement, 
et  retombe  de  son  poids  pour  se  soulever  à  nouveau  et 
frapper  un  autre  coup  en  retombant  encore.  Ainsi  de 
suite.  —  Un  alphabet  percussif  de  convention  permet 
d'engager  de  la  sorte  avec  l'Invisible  une  conversation 
suivie.  On  interroge  l'Oracle  de  vive  voix,  ou  même 
mentalement  :  l'Oracle  répond  par  coups  frappés. 

Ecce  Deus  î  Un  élre  invisible  est  là,  ce  n'est  point  dou- 
teux. Il  pense,  il  raisonne;  il  parle,  il  répond.  Parfois 
même  il  interroge  à  son  tour. 

Mais  vint-il  du  dehors?  Nullement.  Accompagnait-il 
une  des  personnes  assises  en  cercle  autour  du  guéridon  ? 
Pas  davantage.  Tout  à  l'heure  il  n'était  point  là;  le  voici 
présent,  et  néanmoins  il  n'est  pas  venu.  Quand  bientôt, 
la  séance  finie,  les  expérimentateurs  se  disperseront, 


sont  simplement,  comme  nous  Talions  montrer,  l'efficace  propagation 
de  l'ellluve  sympathique,  transmis  d'un  élément  à  l'autre  de  la  pile 
humaine,  et  la  soudaine  formation  d'un  Etre  collectif,  totalisant  en  soi 
les  virtualités  des  personnes  présentes,  et  qui  constitue  Y  Oracle.  Gela 
étant,  toutes  les  personnes  coopérantes  peuvent  être  qualifiées  de  mé- 
dium à  des  titres  divers,  ou  plutôt  le  Médium  est  l'ensemble  des  assis- 
tants qui  forment  la  chaîne  magnétique. 


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LA  IIOL'E  DU  DEVENIR  283 


l'Invisible  aura  disparu,  et  pourtant  il  ne  sera  point 
parti. 

Comme  il  s'était  formé  de  toutes  pièces,  en  synthèse 
éphémère  d'éléments  rapprochés  pour  lui  donner  nais- 
sance, — pareillement  il  se  dissipera,  ce  concours  venant 
à  cesser. 

C'est  une  chose  notable,  et  dont  tous  les  spectateurs 
attentifs  de  ces  sortes  d'expériences  ont  été  certaine- 
ment frappés,  —  qu'en  aucun  cas,  et  si  fort  à  souhait 
que  la  tentative  réussisse,  l'oracle  n'émet  quelque  ré- 
ponse révélatrice  d'inconnu,  et  dont  les  éléments  ne  puis- 
sent être  fournis  par  les  assistants,  ou  tout  au  moins 
par  l'un  d'eux  (1).  L'intelligence  qui  se  manifeste  ne  re- 
présente ni  plus  ni  moins  que  la  somme  des  intelligences 
présentes,  additionnées  en  une  seule. 

M.  le  comte  Agénor  de  Gasparin,  —  qui  avait  beau- 
coup expérimenté  les  tables  oraculaires,  en  une  suite  de 
rigoureuses  épreuves,  dont  l'enchaînement,  non  moins 
que  les  résultats,  attestentehez  lui  autant  de  persévérance 
que  de  sagacité,  —  M.  de  Gasparin  conclut  formellement, 
à  rencontre  de  l'hypothèse  spirite  :  «  Les  esprits  (dit-il) 
sont  des  échos;  ils  renvoient  à  chacun  son  propre  lan- 
gage (2).  » 


(1)  Exemple:  «  La  table  indiquera  l'heure  qu'il  est,  mon  ùge.  le 
nombre  des  pièces  de  monnaie  que  contient  ma  bourse;  à  une  condi- 
tion, toutefois,  c'est  que  je  connaîtrai  ce  nombre.  Quand  personne  ne 
le  connaît,  ni  dans  la  chaîne,  ni  dehors,  l'erreur  est  certaine,  et  l'on  n'a 
plus  d'autres  chances  que  celles  fournies  par  les  coïncidences,  et  aussi 
par  un  calcul  assez  simple  de  probabilité.  »  (Gasparin,  fies  Tables  tour- 
nantes, etc.,  t.  II,  pp.  430-431). 

(2;  Gasparin,  Des  Tables  tournantes,  etc.  (t.  Il,  p.  504). 


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284  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

C'est  bien  cela  ;  c'est  encore  quelque  chose  de  plus. 

Une  table  parlante  se  peut  définir  un  thermomètre 
psychique  et  mental  qui  révèle,  au  moral  comme  à  l'in- 
tellectuel, la  température  des  milieux  humains. 

L'invisible  discoureur  fera  montre  d'idées,  de  manières 
et  de  style  parfaitement  adéquats  aux  façons  d'être,  de 
penser  et  de  sentir,  propres  à  ses  interlocuteurs. 

Il  sera  léger  et  spirituel  dans  un  cercle  de  gens  d'es- 
prit; compassé  et  pédantesque  dans  un  aréopage  de  so- 
lennels imbéciles;  irrévérencieux  et  frondeur,  si  l'élément 
voltairien  domine.  Dans  une  compagnie  panachée  de 
vieilles  dévotes  et  d'ecclésiastiques,  fourvoyés  autour 
d'un  guéridon  bien  pensant  (malgré  l'enfer  qui  le  pos- 
sède!), le  Diable  se  montrera  tour  à  tour  édifiant  et  acri- 
monieux, bon  catholique  et  mauvaise  langue.  Entre  aca- 
démiciens, un  invisible  Vaugelas  discutera  la  lettre  B  du 
fameux  Dictionnaire  ;  entre  athées,  c'est  Sylvain  Maré- 
chal qui  viendra,  frais  émoulu  de  la  tombe,  déblatérer 
contre  l'immortalité  de  l'âme  et  l'existence  de  Dieu  (1). 

Quand  la  chaîne  est  formée  d'éléments  hétérogènes  et 
par  trop  discords,  les  résultats  sont  insignifiants,  ou 
nuls. 

L'oracle  mensal  parait  le  plus  souvent  l'expression 
d'une  moyenne;  mais  il  peut  s'élever  à  un  maximum,  ou 
descendre  à  un  minimum  de  lucidité,  de  science  et  de 
conscience. 


(I)  Kliphas  Lévi  cite  quelque  part,  non  point  à  propos  de  tables  tour- 
nantes, mais  d'apparitions  spectrales,  une  manifestation  bien  curieuse 
d'athéisme  posthume,  dont  le  fantôme  de  Sylvain  Maréchal  aurait  été 
l'instrument  (la  Science  des  Esprits,  pp.  207-212). 


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f 

LA  ROUE  DU  DEVEMU  285 

Ces  différences  tiennent  à  la  proportion  variable  des 
natures,  actives  et  passives(t),  qui  concourent  à  la  genèse 
de  l'entité  collective,  fluidique. 

Le  minimum  phénoménal  est  attribuable  à  une  sura- 
bondance de  Psychés  plus  ou  moins  négatives,  dont  les 
vertus  éparses  se  contrarient  et  se  neutralisent  partielle- 
ment, à  défaut  d'un  élément  positif  qui  les  groupe,  les 
féconde  et  les  unifie. 

Y  a-t-il  équivalence  et  compensation  entre  les  deux 
natures,  tant  au  point  de  vue  du  nombre  qu'à  l'égard  de 
l'intensité  dynamique,  une  moyenne  proportionnelle  s  e- 
tablit. 

Mais,  pour  atteindre  au  maximum,  il  faut  grouper  un 
certain  nombre  d'éléments  négatifs,  —  intelligences  plus 
intuitives  et  réfléchies  qu'expansives  et  spontanées,  — 
sous  la  prédominance  d'un  élément  tout  à  fait  positif; 
c'est-à-dire  sous  l'influx  d'un  homme  riche  de  qualités 
organisatrices,  doublées  d'un  vouloir  énergique  et  domi- 
nateur. C'est  alors  que,  parfaitement  agencée,  la  batte- 
rie psycho-fluidique  fournit  son  summum  de  rendement. 
Car  les  pensées,  même  les  plus  rudimentaircs,  les  rémi- 


(i)  Nous  avons  observé,  dans  notre  théorio  d'inverse  polarisation 
des  individus  mâle  ou  femelle,  que  chez  tous  doux,  la  Psyché  apparaît 
neutre  comme-  centre  d'équilibre,  entre  les  pôles  positif  et  négatif  chez 
l'un,  négatif  et  positif  chez  l'autre.  —  Mais  ces  termes  de  polarisation 
n'ont  rien  d'absolu,  en  ce  qu'ils  n'expriment  que  de  simples  rapports. 
Ainsi  telle  Psyché,  ou  centre  animique,  neutre  en  vérité  relativement 
à  ses  deux  pôles,  peut  être  courue  soit  négative,  soit  positive,  à 
l'égard  d'autres  Psychés,  comme  il  est  facile  de  s'en  rendro  compte. 

Il  serait  oiseux  de  relever  et  de  résoudre  chaque  fois  ces  sortes  d'ap- 
parentes contradictions,  qu'un  Lecteur  attentif  s'expliquera  de  lui- 
même,  au  moindre  effort  de  raisonnement. 


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1 


28G  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


niscences,  fussent-elles  les  plus  vagues,  qui  peuplaient 
nébuleusement  les  cervelles  négatives,  se  développent 
et  se  précisent  à  souhait,  réactionnées  par  l'influence  de 
l'élément  positif  :  et  l'Être  potentiel,  s'en  emparant, 
les  formule  et  les  exprime  par  coups  frappés. 

Comment  définir  cette  classe  d'êtres  potentiels,  en  qui 
l'on  ne  peut  guère  méconnaître  l'autonomie  momentanée? 
Ils  ne  sont  point  des  Larves,  sans  doute,  puisqu'ils  jouis- 
sent d'une  personnalité  intelligente  autant  que  fugitive; 
et  pourtant  leur  nature  semble  inqualifiable,  à  l'égal  de 
celle  des  Larves.  Par  quelles  obscures  et  brusques  réac- 
tions s'intègrent  de  toutes  pièces  ces  Éphémères  collec- 
tifs; sous  quel  mode  se  désintègrent-ils  plus  soudaine- 
ment encore:  c'est  ce  qu'on  a  peine  à  concevoir,  et  qui, 
même  conçu,  se  dérobe  à  l'interprétation  par  l'écriture 
ou  la  parole. 

Essayons  de  soulever  un  coin  du  voile. 

Le  résultat  capital  de  la  chaîne  magnétique  mensale 
est  l'unification  des  atmosphères  secrètes  individuelles, 
leur  fusion  en  une  seule  atmosphère.  La  commune  ir- 
radiation fluidique  est  celte  force  qui  pénètre,  imbibe  et 
anime  le  guéridon. 

C'est  dans  ce  halo  collectif,  agglomération  et  synthèse 
des  nimbes  occultes  de  tous  les  assistants,  que  l'Oracle 
va  naitre  et  mourir. 

On  se  souvient  que  le  nimbe,  ou  atmosphère  lumineuse 
spécifiée  qui  enveloppe  chaque  individu,  s'engendre  de 
son  expir  astral.  Là  sont  coagulés,  en  Lémures  obsé- 


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r 


LA  ROt'K  DU  DKVEMK 


287 


dants,  de  flottants  mirages  et  des  Larves  parasitaires,— 
véritables  fantômes  déterminés  par  les  pensées  coutu- 
mières  de  chacun  (1),  et  déterminants  à  leur  tour  de 
pensées  nouvelles  et  d'actes  proportionnels  à  ces  pensées  : 
le  tout  dans  un  même  cercle  vicieux  de  fatalité,  ou  dans 
un  même  entraînement  de  progrès  volontaire.  Ainsi  s'ex- 
plique V habitude,  bonne  ou  mauvaise,  et  sa  tendance  à 
devenir  «  une  seconde  nature  ». 

L'énigmatique  ascendant  astral  (2),  dont  Paracelse 
fait  dépendre  les  principaux  arcanes  de  la  Goétie,  n'est 
rien  autre  que  ce  courant  de  vivantes  images,  signatu- 
res (3)  symboliques  des  passions  dominantes,  des  mai- 
tresses  pensées,  des  volitions  habituelles  de  chacun.  C'est 
ce  cycle  de  reflets  psychologiques  réagissant  sur  leur 
auteur,  et  suggestifs  pour  une  part  de  son  Futur  animique 
et  mental  (4). 


(il  Non  seulement  par  ses  pensées,  niais  par  ses  rêveries,  ses  impul- 
sions passionnelles,  ses  volitions,  etc. 

(2)  «  Tout  homme  est  dominé  par  un  ascendant  astral,  dont  la  direc- 
tion est  indiquée  par  les  lignes  de  vie  et  de  mort.  C'est  en  agissant  sur 
cet  ascendant  astral  qu'on  peut  envoûter  ;  les  cérémonies  ne  sont  qu'un 
moyen  de  produire  le  contact  astral  sympathique.  L'ascendant  astral 
est  un  double  tourbillon,  qui  produit  les  attractions  fatales  et  déter- 
mine la  forme  du  corps  astral.  Les  maléficiants  rendent  leur  ascendant 
agressif  et  l'exercent  à  troubler  celui  des  autres.  »  (Paracelse,  cité  par 
Kliphas  Lévi  :  La  Clef  des  Grands  Mystères,  p.  387). 

(3)  Voir,  pour  la  théorie  des  signatures  naturelles  et  les  rapports  du 
signe  à  la  chose  signifiée,  chap.  IV  et  V,  passim. 

(4)  Ainsi  chaque  individualité  modifie  son  propre  ascendant,  lors- 
qu'elle imprime  une  direction  nouvelle  à  ses  facultés  mentales,  psychi- 
ques ou  volitives.  L'ascendant  astral,  modifié  de  la  sorte,  transforme  à 
son  tour  le  double  éthéréou  médiateur  plastique,  en  réagissant  sur  lui. 

Dans  la  mutualité  de  ces  deux  actions  (directe  et  répercussive)  on 
trouvera  la  clef  du  mécanisme  de  Karma  terrestre. 


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288 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  .N01KE 


Quand  des  rapports  suivis  s'établissent  entre  deux 
personnes,  et  surtout  si  elles  habitent  ensemble,  les  at- 
mosphères astrales  se  pénètrent  d'une  sorte  plus  ou 
moins  intime,  parfois  jusqu'à  se  confondre  temporaire- 
ment. Les  deux  ascendants  sont-ils  d'intensité  à  peu  près 
égale?  11  s'effectue  maint  échange  d'images  déterminan- 
tes et  de  formes  lémuriennes,  si  bien  que  les  caractères 
s'apparient  en  réagissant  l'un  sur  l'autre.  —  Dans  l'hy- 
pothèse contraire,  celui  dont  l'ascendant  est  le  plus  fort 
l'emporte  en  définitive,  et  fonde  sur  son  prochain  une 
domination  qui  peut  se  perpétuer  jusqu'à  la  tombe.  Les 
adeptes  disent  alors  qu'une  personnalité  absorbe  l'autre, 
et  l'entraîne  en  son  tourbillon.  Ascendant  et  Tourbillon 
sont  termes  synonymes  en  magie. 

11  va  de  soi  que  l'imagination,  ou  faculté  naturelle  d'i- 
maginer, de  créer  des  images,  constitue  la  base  néga- 
tive de  l'ascendant. 

L'ascendant  est  riche  (en  mode  passif)  chez  ceux  qui 
ont  l'imagination  vive  et  féconde.  —  Il  est  énergique  (en 
mode  actif)  chez  ceux  dont  la  volonté  est  puissamment 
organisatrice. 

Car  la  force  de  l'ascendant  ne  réside  point  dans  l'a- 
bondance des  images  qui  pullulent,  emportées  au  hasard 
d'un  tourbillon  giratoire;  elle  réside  au  contraire  dans  le 
vouloir  assez  ferme  pour  les  sélecter,  les  mettre  en  ordre 
et  leur  imprimer  une  influence  favorable,  une  direction 
utile. 

C'est  pourquoi,  pour  obtenir,  dans  l'expérience  des 
tables  parlantes,  le  maximum  de  rendement  de  la  pile 
psycho-dynamique,  il  convient  de  subordonner  plusieurs 


LA  HOUE  DU  DK VENIR 


natures  négatives  (fécondes  en  images  générées  sans  or- 
dre) a  l'empire  volontaire  et  régulateur  d'une  seule  na- 
ture énergiquement  positive... 

Maintenant,  comment  s'engendre  l'oracle  éphémère 
des  tables?  Jusqu'à  quel  point  l'un  des  expérimentateurs, 
—  le  plus  passif,  sans  doute,  —  peut-il  servir  d'incon- 
scient médium,  non  pas  au  sens  ordinaire  de  ce  mot, 
mais  en  tant  que  condensateur  des  électricités  psychiques 
unifiées?  La  pensée  collective  ne  pourrait-elle,  sinon 
naitre,  du  moins  s'élaborer,  se  traduire  et  trouver  sa 
formule  au  cerveau  de  cet  homme,  organe  plus  ou  moins 
exproprié,  à  titre  fugitif,  et  pour  cause  d'utilité  com- 
mune? Dans  quelle  mesure  enfin  son  corps  astral  exté- 
riorisé peut-il  devenir  l'instrument  immédiat  et  local  de 
la  percussion  alphabétique  ? 

Nous  ne  hâterons  point  la  solution  de  ce  problème, 
dédié  à  la  sagacité  des  théoriciens  de  l'Inconscient. 

11  s'en  faut  bien  que  toutes  les  Puissances  invisibles 
nées  d'un  concours  d'êtres  humains  ,  —  groupés  ou  non 
suivant  la  norme  hiérarchique,  —  ressemblent  à  l'oracle 
mensal,  que  nous  avons  élu  pour  type  d'une  classe  par- 
ticulièrement instable  d'entités  collectives. 

La  parole  d'Adam,  Yhomme  universel,  est  essentielle- 
ment créatrice.  Il  pense  des  êtres,  et  son  verbe  impératif 
engendre  des  Puissances  et  des  Dominations.  Telle  est  la 
loi  de  Gan-bi-heden  pîT'arjJ,  la  sphère  organique  où 
s'exerce  son  empire,  la  mvstérieusc  enceinte  de  mani- 


290  L  A  CLEF  DE  LA  M  A  OIE  NOIRE 


festation,  que  les  traducteurs  agnostiques  de  la  Genèse 
qualifient  de  paradis  terrestre. 

La  chute  a  dépossédé  l'homme  de  sa  divinité,  et  mous 
vivons  sous  la  loi  de  déchéance.  Mais  il  n'importe. 

Rien  n'est  changé  qu'à  la  surface.  La  matérialisation 
de  la  substance  universelle  a  bien  perverti  son  mode,  non 
point  altéré  son  essence.  L'homme  universel  n'a  pu  dé- 
choir qu'en  se  subdivisant;  à  mesure  qu'il  renait  collec- 
tif, l'homme  reconquiert  ses  privilèges.  Dès  ici-bas,  il 
rentre  dans  ses  droits  par  l'intégration  sociale;  et  ce, 
dans  la  mesure  où  la  collectivité  dont  il  fait  partie,  con- 
sidérable par  le  nombre  et  la  valeur  de  ses  membres,  le 
rapproche  du  primitif  Adam,  c'est-à-dire  de  l'universa- 
lité. 

C'est  ainsi  que  dans  l'ordre  politique,  ou  social,  ou  re- 
ligieux, des  millions  d'hommes,  hiérarchiquement  orga- 
nisés, tant  de  siècles  durant,  sous  le  niveau  d'une  règle 
inflexible,  ont  pu  créer,  —  conscients  ou  non  de  leur 
œuvre  (bonne  ou  mauvaise)  dans  l'invisible,  —  des  Êtres 
virtuels,  des  Entités  collectives,  en  un  mot  des  Domina- 
tions fastes  ou  néfastes,  d'une  puissance  et  d'une  durée 
également  incalculables? 

Un  des  maitres  contemporains  de  la  pensée  ésotérique, 
le  marquis  de  Saint-Yves,  a  traité  de  ce  mystère  avec 
une  parfaite  compétence,  à  propos  du  Nemrodisme,  en 
une  page  de  la  Mission  des  Juifs  que  nous  lui  demande- 
rons la  permission  de  reproduire. 

«v  Tue  fois  que  l'Homme  (dit-il)  a  imprégné  .de  sa  volonté 


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LA  ROUE  DU  DEVFMR 


29 1 


certains  éléments  de  l'ordre  invisible  ;  quand  il  a  conçu,  voulu, 
créé,  non  seulement  un  Pouvoir  visible,  niais,  sans  le  savoir, 
un  être  polentiel,  occulte,  évoqué,  se  manifestant  par  des  ins- 
titutions, ce  dernier  ne  meurt  pas  sans  avoir  vécu,  et,  s'il  est 
instinctif  et  passionnel,  il  vit  en  détruisant. 

«  Il  combat  et  dévore  dans  l'ordre  invisible,  comme  dans  le 
visible,  les  autres  Lires  collectifs  de  cette  Terre  ;  il  s'abreuve 
du  sang,  il  se  nourrit  de  la  chair  de  leurs  membres;  il  aspire 
les  énergies  ignées  «le  ce  globe  et  des  régions  inférieures  de 
son  atmosphère;  il  les  respire,  et  il  les  inspire  dans  les  ins- 
tincts dominateurs  du  Pouvoir  qu'il  hante  et  des  individus  qui 
l'occupent  (1). 

a  Voilà  pourquoi, à  Rome,  les  actes  politiques  de  ce  dernier 
sont,  dans  la  vie  de  relation  de  cet  État,  une  série  indisconli- 
rnjf»  de  massacres  militaires,  el,  dans  sa  vie  organique,  une 
chaîne  indiscontinuée  d'assassinats  politiques. 

«  Or,  s'il  est  relativement  facile  de  créer  ou  de  susciter  des 
Puissances  instinctives,  des  Dominations  destructrices,  il  est 
presque  impossible  de  les  elTacer  de  la  biologie  de  la  Terre  et 
de  sa  substance  primitive,  à  moins  d'un  déluge. 

<  Dans  l'ordre  invisible  comme  dans  le  visible,  rien  ne  se 
perd,  et  la  substance  première  d'un  Astre  quelconque  garde 
imprimés  en  elle,  dans  sa  Lumière  secrète,  jusqu'au  mou- 
vement d'une  Volonté,  jusqu'à  la  radiation  d'une  Passion, 
jusqu'à  l'image  d'une  Pensée. 

«  Lue  fois  1'Lspace  terrestre  occupé,  le  Temps  terrestre  une 
fois  saisi, rien  ne  peut  plus  être  rattrapé,  rélrogressé  ni  détruit, 
et,  si  l'Homme  a  souillé  la  Lumière  intérieure,  les  Vivants  el 
les  Morts  en  sont  infestés,  et  les  derniers  rejettent  sur  les  pre- 
miers celle  souillure. 

€  Dans  le  domaine  du  Mal,  dans  la  sphère  d'action  de  l'Ins- 
tinct, que  ne  gouvernent  ni  la  Conscience  ni  l'Intelligence,  le 


(1)  Cette  conception  du  dévorant  minotaure  d'un  régime  d'iniquité 
comporte  une  lumineuse  antithèse.  A  l'Kgrégore  noir  d'un  état  social 
séculaire,  hiérarchisé  dans  le  mal,  s'opposerait  l'Kgrégore  blanc  d'un 
état  théocratique  harmonieux  et  pondéré,  —  l'Archange  de  la  «  Synar- 
chie  ». 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01KE 


pouvoir  créaleur  de  l'Homme  sur  celle  Terre  ne  dépasse  pas 
certaines  régions  de  son  atmosphère;  mais  il  peut  en  modifier 
singulièrement  la  constitution  et  la  substance  hvperphvsiques. 

«  Du  môme  coup,  la  voie  ascendante  et  descendante  des 
Ames,  la  Mort  et  la  Génération  en  sont  terriblement  affec- 
tées^), i 

Ainsi,  voilà  deux  exemples,  bien  distincts  à  tous  égards, 
d  êtres  générés  par  l'intégration  collective. 

Si  l'on  se  reporte  à  l'oracle  des  tables,  cet  éphémère 
de  l'Invisible,  dont  l'existence,  obscure  et  soudaine  en 
son  origine  comme  en  son  terme,  s'accuse  aléatoire  au 
point  de  paraître  un  mirage  intellectuel,  un  fallacieux  re- 
flet des  mentalités  coopérantes,  —  quel  contraste  avec  ce 
formidable  Archange  de  l'iniquité  politique  et  du  blas- 
phème antisocial,  pour  qui  les  siècles  sont  des  jours,  les 
hécatombes  humaines  de  périodiques  repas,  et  les  cata- 
clysmes qui  bouleversent  les  empires,  lecontre-coupd'un 
accès  d'humeur  ou  capricieuse  ou  furibonde  ! 

Cependant,  l'un  et  l'autre  cas  présentent  ce  trait  de 
ressemblance,  que  l'Être  collectif,  généré  pour  un  quart 
d'heure  ou  pour  des  lustres  séculaires,  jouit  d'une  exis- 
tence et  d'uneconseience  propres  :  sans  que  les  individus 
dont  il  forme  la  synthèse  perdent  rien  de  leurs  person- 
nalités respectives.  Ceux-ci  subissent  bien,  il  est  vrai, 
l'impérieuse  suzeraineté  du  monstre  potentiel  pétri  de 
leur  substance,  nourri  de  leur  sang  parfois  et  abreuvé 
de  leurs  larmes  ;  mais  ils  ignorent  profondément  ce 
despote  invisible.  Alors  même  que,  pour  satisfaire  son 


(I)  La  Mission  de*  Juif*,  pp.  7<U  7n;,. 


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r 

LA  ROLE  DU  DEVENIR  293 

caprice,  on  les  verra  succomber  dans  l'arène  de  la  vie 
terrestre,  ils  ne  s'écrieront  pas,  comme  le  gladiateur  ex- 
pirant :  Ave,  Cœsar;  morituri  te  salutant!  Ainsi  les  cel- 
lules du  corps  humain,  s'il  leur  était  donné  de  philoso- 
pher, nieraient  sans  doute  l'existence  du  vaste  organisme 
dont  elles  font  partie  intégrante,  et  pour  le  salut  duquel 
un  irrésistible  instinct  les  porte  à  se  sacrifier  si  sou- 
vent (i). 

Entre  ces  deux  extrêmes  de  l'existence  collective,  on 
sent  qu'il  y  a  place  pour  beaucoup  d'entités  intermédiai- 
res, plus  ou  moins  stables  et  conscientes.  Nous  ne  son- 
geons point  à  en  fournir  un  catalogue,  même  sommaire. 
De  si  délicates  nuances  en  distinguent  les  variétés, 
qu'une  sèche  classification  ferait  peu  de  profit.  Il  suffira 
de  produire  quelques  spécimens  de  ces  Collectifs,  pour 
qu'un  Lecteur  intelligent  et  réfléchi  puisse,  en  comblant 
les  lacunes  de  la  nomenclature,  suppléer  à  ce  que  nous 
tairons  des  Arcanes  de  la  Multitude. 

Les  assemblées  politiques  offrent,  au  point  de  vue  qui 
nous  occupe,  un  champ  d'observations  propice  et  fertile, 
avec  le  contraste  de  leurs  flux  et  de  leurs  reflux  pareille- 
ment désordonnés  :  irrésistibles  et  soudaines  impulsions 
qui  s'y  manifestent  à  l'improviste,et  revirements  invrai- 
semblables qui  leur  succèdent.  Dans  une  enceinte  bien 


(1)  Lire,  dans  le  Traité  méthodique  de  Science  occulte  de  notre  ami 
le  Dr  Papus,  une  pige  bien  remarquable  et  singulièrement  instructive, 
intitulée:  •  Une  blessure  à  la  phalange;  Défense  de  l'organisme.» 
(Pag.  794-798). 


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294 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


circonscrite,  les  électricités  humaines  s'opposent  ou  se 
confondent,  se  neutralisent  ou  s'exaltent  dans  leur  anta- 
gonisme, au  hasard  des  rencontres  ;  celte  enceinte  est 
un  séminaire  d'êtres  collectifs,  générés  pêle-mêle  avec 
des  Larves  et  des  Concepts  vitalisés.  Lorsqu'un  certain 
nombre  de  citoyens  habiles,  résolus  et  fermes  dans  leurs 
principes,  ne  se  groupent  pas  pour  former  un  noyau 
compact,  un  centre  agrégatif,  un  point  fixe  enfin  dans 
ce  chaos  dynamique,  —  le  sabbat  se  déchaîne  sans  trêve 
des  volontés  et  des  passions  adverses.  Tous  les  mérites 
individuels,  s'entre-détruisant  alors,  concourent  à  la 
nullité  de  l'ensemble  :  et  l'on  aboutit,  en  période  de 
lutte  ouverte,  à  regorgement  mutuel  ;  en  période  d'ap- 
parente accalmie,  à  la  parfaite  stérilité...  Une  Assemblée 
de  citoyens  personnellement  adroits,  humains  et  justes, 
peut  devenir  un  modèle  historique  de  sottise,  de  barba- 
rie ou  d'iniquité  collectives.  Tacite  ne  l'ignorait  pas,  qui, 
d'une  image  familière  et  saisissante,  nous  dépeint  à  ce 
double  égard  les  Pères  Conscrits  de  son  temps  :  Seua- 
lores  boniviri,  Scnatus  vero  maîa  bestia. 

L'âme  des  foules  est  partout  la  même,  aveugle  et  cré- 
dule, perméable  à  toutes  influences  de  bon  et  de  mauvais 
aloi,  et,  sur  toute  chose,  susceptible  d'étranges  revire- 
ments. 

Eugène  Sue  a  bien  connu  et  décrit  cette  instabilité  du 
caméléon  populaire.  Pas  un  lecteur  du  Juif  Errant,  que 
n'ait  <;mu  l'allocution  du  missionnaire  Gabriel,  sauvant 
le  Père  d'Aigrigny  que  la  foule  ameutée  à  Notre-Dame 
allait  occire  sur  les  marches  mêmes  du  chœur;  et  dans 
les  Mystères  de  Paris,  on  se  rappelle  la  scène  touchante 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


295 


de  Saint-Lazare,  quand  le  souffre-douleur  des  détenues 
devient,  à  la  voix  de  Fleur-de-Marie,  l'objet  de  l'intérêt 
général;  si  bien  que  la  plus  implacable  persécutrice  de 
Tidiotc  enceinte  prend  l'initiative  d'une  collecte,  en  vue 
d'assurer  une  layette  à  l'enfant  qui  viendra. 

La  popularité  (qui  est  à  la  gloire  véritable  ce  que  l'ins- 
tant fugace  est  à  l'éternelle  durée),  le  succès  immédiat, 
la  vogue  enfin,  pour  faire  usage  d'un  mot  qui  dira  tout, 
sont  caprices  de  l'âme  des  foules. 

Nous  verrons,  au  chapitre  iv,  comme  il  faut  unifier 
cette  âme  multiple  et  divergente,  afin  de  mettre  à  profit 
les  forces  qu'elle  déploie,  —  irrésistibles,  quand  on  a  su 
les  grouper  en  fulgurant  faisceau. 

C'est  le  mystère  de  la  chaîne  magique.  Son  intelligence, 
soit  dit  en  passant,  peut  conduire  à  celle  du  Grand  Ar- 
cane.  Son  impeccable  emploi  garantirait  l'omnipotence 
à  l'adepte  assez  froidement  calculateur  dans  le  péril  pour 
n'hésiter  point  k  la  mettre  en  œuvre,  et  trop  austère  dans 
le  triomphe  pour  en  abuser  jamais. 

Contentons-nous,  cette  parenthèse  étant  close,  d'ajou- 
ter que  la  chaîne  magique  est  un  moyen  sur  de  créer 
des  Potentiels  collectifs  à  qui  rien  ne  résiste.  Si  les  au- 
teurs de  la  chaine  y  mettent  quelque  persévérance  et 
quelque  intensité  volitive,  l'existence  du  colosse  évoqué, 
d'abord  contingente  et  mal  définie  comme  celle  de  l'O- 
racle mensal,  se  précise  et  s'affirme  à  proportion;  il  de- 
vient une  Force  subjugante  et  énergiquement  assimila- 
trice,  une  Domination  du  Ciel  humain  :  il  dévore  et 
résorbe  en  soi,  dans  l'Invisible,  les  Puissances  qui  lui 
font  obstacle  sans  être  à  même  de  sauvegarder  leur  au- 


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LA  CLEF  DR  LA  MAGIE  NOIIU. 


tonomie.  Dans  le  monde  physique,  c'est  par  ses  membres 
qu'il  agit,  en  inspirant  aux  individus  réunis  pour  former 
son  corps  social,  des  impulsions,  des  passions  et  des 
idées  dont  ceux-ci  ne  songent  point  à  se  défendre,  les 
croyant  leurs  ;  et  qui  se  traduisent  par  des  actes,  dont  le 
résultat  est  l'asservissement,  la  ruine  ou  la  mort  des 
champions  de  volonté  adverse,  non  point  tant  à  la  leur, 
comme  ils  le  peuvent  croire,  mais  plutôt  à  la  sienne 
propre. 

Qu'on  évalue  le  développement  dynamique  où  doivent 
nécessairement  atteindre  les  Collectifs  recteurs  d'agréga- 
tions impersonnelles,  —  Pouvoirs  constitués,  par  exem- 
ple, Ordres  religieux,  Sociétés  secrètes,  —  toutes  compa- 
gnies se  perpétuant  au  service  d'un  principe,  d'une 
idée,  d'une  volonté,  d'un  sentiment  invariables,  impres- 
criptibles, censés  absolus  ! 

L'organisation  normale  de  telles  collectivités,  avec  son 
système  de  ressorts  et  d'engrenages  assortis,  en  fait  des 
corps  vivants,  perdurables  à  la  faveur  d'un  recrutement 
régulier  ;  ce  sont  là,  dans  toute  la  force  du  terme,  des 
organismes  physiques  géants,  où  s'incarne  une  âme  pas- 
sionnelle vivante  et  vivifiante,  pourvue  d'un  vouloir  irré- 
fragable et  réceptive  d'un  immortel  Esprit. 

De  telles  institutions  humaines,  doublées  dans  l'Invi- 
sible d'un  pareil  support  ontologique,  deviennent  les  ci- 
tadelles souvent  inexpugnables  des  sectes,  dans  la  ba- 
taille chronique  des  idées.  A  l'abri  du  rempart,  les 
vieux  partis  prolongent  la  lutte,  alors  même  qu'elle 
semble  désespérée.  Et  dans  les  cas  extrêmes,  quand  les 
corps  sociaux  collectifs  paraissent  abolis,  par  suite  de  la 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR 


297 


dispersion  ou  du  massacre  des  membres  qui  les  com- 
posent, 1  aine  collective  demeure  plus  vivace  que  jamais; 
elle  survit  aux  pires  désastres,  prompte  à  se  refaire  un 
corps,  sous  un  nom  ou  sous  un  autre,  par  l'agrégation 
d'individus  sains  et  robustes,  qu'elle  inspire  et  possède 
après  les  avoir  sélectés:  si  bien  qu'en  se  réincarnant, 
elle  se  rajeunit,  elle  se  transligure,  assume  une  vigueur 
nouvelle  et  inaugure  un  cycle  nouveau  de  domination 
terrestre. 

■ 

La  survivance  de  Jacques  Molay  nous  offrit,  au  tome 
précédent,  un  mémorable  exemple  de  rénovation  pos- 
thume en  ce  genre.  Vainement  r Autorité  pontificale  dis- 
sout l'Ordre  du  Temple,  en  vain  les  pouvoirs  politiques 
écrasent  et  diffament  les  Templiers.  On  peut  croire  l'Or- 
dre anéanti,  mais  il  renait  de  ses  cendres  dans  l'ombre, 
grandit  et  se  propage  au  long  de  quatre  siècles  et  plus, 
Protée  insaisissable,  multiplié  sous  mille  apparences 
étrangères,  conspirateur  affublé  de  mille  oripeaux  d'em- 
prunt... Dirait-on  pas  qu'il  perd  sa  tradition  comme  il  a 
perdu  son  titre;  qu'il  abdique  sa  personnalité  avec  la 
conscience  de  son  origine?  Mais,  sous  le  voile  des  mé- 
tamorphoses, l'Ame  collective  est  là  qui  veille,  gardienne 
d'un  mot  d'ordre!  Ce  mot  d'ordre  ne  sera  point  divulgué  ; 
il  se  perpétue  néanmoins,  inconnu  constamment  des 
subalternes,  méconnu  des  chefs  eux-mêmes  à  de  certai- 
nes époques;  il  se  formule  binaire,  comme  l'iniquité  com- 
plice du  pontife  et  du  monarque  au  xivc  siècle. 

Sa  double  et  secrète  devise,  le  Temple  Vivant  ne  l'a 
pas  oubliée;  l'heure  venue,  il  l'insufflera  au  cœur  des 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N0IIIK 


artisans  de  sa  vengeance  testamentaire  :  «  Pulvérise  la 
tiare  (l),  — foule  aux  pieds  les  lys  (2)  !  » 

Et  voici!  La  seconde  partie  du  siècle  de  Voltaire  verra 
la  revanche  des  Templiers.  Le  but  se  devine  a  mesure 
que  l'heure  approche,  mais  la  forme  de  l'Événement 
Hotte  encore  indécise. 

C'est  ainsi  que  vers  1772,  la  postérité  occulte  de  Jac- 
ques Molay  revêt  d'abord,  sous  Adam  Weishaupt,  le  ca- 
ractère d'une  vaste  société  secrète,  où  se  trame  une 
conspiration  contre  l'autel  et  le  trône.  D'Ingolstadt,  le 
loyer  central  de  son  incandescence,  la  secte  aréopagite 
rayonne  au  loin  sur  l'Empire.  La  vieille  Allemagne,  mi- 
née sur  loute  son  étendue,  n'attend  plus  qu'une  étincelle. 
Mais  l'Électeur  de  Bavière  est  prévenu  à  temps  (3).  Il 
prend  d'énergiques  mesures,  frappe  ou  bannit  les  conju- 
rés, et  le  complot  échoue  :  l'illuminisme  a  vécu   Du 

moins  le  peut-on  croire;  mais  la  Révolution  française 
démontrera,  moins  fie  vingt  ans  après,  l'illusion  qu'on 
s'est  faite  en  pensant  détruire  le  ferment  templier,  dont 
le  grand  coup  frappé  en  Allemagne  a  seulement  éconduit 


(1)  Lntro  pontifex  deleatur  (L.  P.  I).).  —  Cf.  la  déclaration  des 
Rose-Croix,  proclamant,  en  1613,  m  que  par  leur  moyen  le  triple  Dia- 
dème du  Pape  sera  réduit  en  poudre  •.  (Cabriel  Naudé,  Instruct.  à  la 
France  sur  fa  vérité  des  frères  de  la  Roce-Croix,  p.  36). 

(2)  Lilia  pedibun  destrue  (L.  P.  D  .) 

(3)  «  On  sait  qu'un  des  adeptes  de  cetto  société  subversive,  frappé 
d'un  coup  de  tonnerre  dans  la  rue  et  porté  évanoui  dans  la  maison 
d'un  particulier,  laissa  saisir  sur  lui  l'écrit  qui  contenait  le  plan  de  la 
conspiration  et  les  nom*  «les  principaux  aftidés.  »  (Histoire  philos,  du 
(ienre  humain,  t.  I,  p.  103).  Cet  adepte,  foudroyé  à  Flalisbonne  aux 
côtés  de  Wenhaupt  lui-m'me,  était  un  prêtre  renégat  du  nom  île  Lanz. 
Son  portefeuille,  saisi  par  la  justice,  fut  envoyé  à  la  Cour  de  Bavière. 


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!,.\  ROUF  DL  DEY  KM  K  299 


Pinvasion  et  dépayse  l'énergie.  Cette  fois,  rien  ne  peut 
mettre  obstacle  à  la  précipitation  des  conjonctures  :  un 
cataclysme  d'une  violence  inconnue  ébranle  tout  d'abord 
la  France,  par  contre-coup  l'Europe  et  le  monde.  Puis 
une  évolution  en  procède,  qui  depuis  un  siècle  se  pour- 
suit, graduelle  et  sûre,  à  travers  des  phases  contrastées 
d'ordre  et  de  désordre,  des  alternatives  de  bouleverse- 
ments politiques  radicaux  et  de  restaurations  mitigées. 
Sensiblement,  Taxe  social  a  fléchi  ;  le  monde  oscille  en- 
core à  l'heure  où  nous  parlons,  et  tend  vers  un  nouvel 
équilibre,  vers  un  ordre  de  choses  inédit. 

Quelle  que  soit  la  part,  prépondérante  selon  nous, 
des  menées  occultes  dans  le  drame  de  1789-1793,  cette 
cause  décisive  ne  fut  pas  la  seule  à  nos  yeux.  A  plus 
forte  raison  n'attribuerons-nous  point  à  l'exclusive  pré- 
méditation des  néo-templiers  l'avènement  d'un  cycle  so- 
cial rénové.  C'est  qu'en  France,  l'œuvre  vehmique  s'est 
combinée,  enchevêtrée  avec  le  processus  normal  des 
événements;  cette  vigoureuse  impulsion  en  a  hâte",  mais 
aussi  troublé  le  cours. 

Voyez  cependant  les  lys  noyés  à  deux  reprises  «  dans 
l'effusion  de  leur  sang  d'azur  »,  —  et  la  triple  cou- 
ronne du  Pape  qui  perd  ses  fleurons,  avec  le  Pouvoir 
temporel  par  trois  fois  aboli!  Voilà  bien  l'accomplisse- 
ment du  double  programme  de  la  vengeance  templière: 
Pulvérise  la  tiare,  foule  aux  pieds  les  lijs. 

La  grande  Révolution,  cette  période  culminante  et 
peut-être  unique  dans  l'histoire  du  monde;  alors  que 
l'action  providentielle  et  la  Nécessité  fatidique,  également 
éclipsées  pour  une  heure,  parurent  anéanties  dans  l'é- 


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300  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIIIE 


norme  explosion  où  la  Volonté  (I)  se  complut,  triom- 
phante, mais  sur-le-champ  divisée  et  tournant  ses  armes 
contre  elle-même  dans  l'ivresse  de  sa  victoire;  la  Révo- 
lution française  se  signale  entre  toutes  autres  crises,  par 
le  conflit  des  grands  Collectifs  humains. 

L'àme  templière  s'incarna  dans  la  vaste  Société  jaco- 
bine, tandis  que  les  Génies  potentiels  d'autres  traditions 
secrètes,  plus  vénérables  par  leur  antiquité  et  leur  sa- 
gesse, prenaient  corps,  mais  trop  hâtivement,  dans  les 
groupes  feuillant  et  girondin.  L'esprit  libéral  et  décen- 
tralisateur fléchit  sous  le  despotisme  unitaire  de  la  Mon- 
tagne. La  Commune  de  Paris  fît  échouer  la  cause  des 
communes  de  France.  Les  feuillants  se  dispersèrent,  et  la 
Gironde  fut  sacrifiée!... 

L'histoire  de  la  Convention  est  surtout  précieuse  à  qui 
veut  saisir  sur  le  vif  les  rivalités  meurtrières  d'Entités 
collectives,  dont  l'àpre  compétition  dans  l'Invisible  se 
traduit  ici-bas  en  actes  sanglants.  Dans  quel  enthou- 
siasme de  toute-puissance  s'épanouit  l'Égrégore  victo- 
rieux !  Comme  il  imprime  à  son  armée  terrestre  l'irré- 
sistible élan  de  sa  confiance  et  de  son  courage  altiers  ! 
Mais,  s'il  vient  à  faiblir  dans  la  lutte  avec  son  adversaire 


(1)  Il  semble  que  la  Volonté  domine  tout  à  l'époque  révolutionnaire. 
—  comme  la  Providence  parait  tout  conduire  au  tomps  de  Jeanne 
«l'Are,  —  et  le  Destin  tout  nécessiter  aux  derniers  jours  de  Byzance. 

Cette  prépondérance  alternée  des  Puissances  reetrices  du  monde 
rentre,  à  titre  d'exception,  dans  le  système  de  l'Équilibre  universel. 
Aussi  n'est-ce  point  l'empire  passager  d'une  Puissance  sur  les  deux 
autres,  mais  l'absolutisme  de  cette  domination  souveraine,  qui  nous 
fait  qualifier  d'unique  l'époque  des  Mirabeau,  des  Sieyès  et  des  Robes- 
pierre. 


- 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR  301 


(occulte  comme  lui),  queile  déroute  parmi  ses  logions  î 
Quels  revirements  au  cœur  de  l'Assemblée  î...  Tout  ap- 
pui cède  qu'il  aurait  cru  ferme,  toute  fidélité  mollit  qu'il 
croyait  à  l'épreuve  d'un  revers  de  fortune.  Les  plus  surs 
instruments  de  son  règne  lui  manquent  à  la  fois  (1). 

Qu'on  étudie  à  ce  point  de  vue  la  crise  du  fédéralisme 
girondin,  et  l'effondrement  d'un  parti  qui,  disposant  d'une 
majorité  massive,  tenait  tous  les  postes  d'honneur  et  de 
sûreté  à  la  Convention  ;  —  puis  la  chute  inopinée  du  co- 
losse en  qui  respirait  l'esprit  et  semblait  battre  le  cœur 
des  foules,  et  qui,  prévenu  des  projets  de  ses  ennemis 
la  veille  de  son  arrestation,  haussa  si  magnifiquement 
les  épaules  :  «  Ils  n'oseraient,  dit-il  ;  on  ne  touche 
pas  à  Danton  :  je  suis  l'arche  !  »;  —  enfin,  plus  tard, 
au  lendemain  de  l'apothéose  de  Robespierre  dicta- 
teur, la  réaction  dévorante  de  Thermidor  :  on  jaugera 
mieux,  à  la  faveur  de  ce  triple  exemple,  l'inanité  des  ma- 
rionnettes individuelles,  en  de  pareilles  tempêtes  d'âmes 
collectives.  Le  vouloir  de  tel  ou  tel  acteur  isolé  équivaut 
au  Néant  même,  quand  les  Volontés  générales  se  heur- 
tent et  se  brisent  dans  l'éther  orageux  !  La  vraie  bataille 
est  au  Ciel  psychique  :  tout  se  décide  entre  les  grands 
champions  collectifs.  Ces  formidables  Dominations  de 
l'Invisible  posent  et  sacrifient  les  pions  de  chair  sur  l'é- 


(I)  Pour  qu'il  en  fût  autrement,  il  aurait  fallu  que  l'Kgrégore  mis  en 
échec  comptât  parmi  les  siens  quelque  auxiliaire  rompu  au  mauiernent 
occulte  des  foules;  un  lieutenant  capable  de  le  suppléer  à  l'heure  de  la 
défaillance,  et  qui  sût  conjurer  la  débandade,  on  resserrant  la  chaine 
.sympathique  de  groupement.  Mais  do  tels  hommes  sont  rares.  La  Ré- 
volution, si  féconde  en  valeurs  individuelles,  n'en  vit  surgir  dans  au- 
cun des  groupes  qui  se  succédèrent  au  pouvoir. 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01RK 


chiquer  social;  ils  se  jouent  de  nos  individualités  hau- 
taines, avec  la  désinvolture  d'un  enfant  qui  range  ses 
soldats  de  plomb  sur  une  table,  et  d'une  pichenette,  les 
abat  par  files  ! 

D'ailleurs,  dans  la  mêlée  occulte  dont  la  Convention 
nationale  est  le  centre,  interviennent  d'autres  acteurs 
invisibles.  Tandis  que  les  intérêts  majeurs  s'agitent  en- 
tre les  grands  Collectifs  séculaires,  d'autres  initiatives, 
subsidiairement  intercurrentes,  viennent  modifier  les 
événements  dans  leur  forme  extérieure  et  dans  les  dé- 
tails qui  leur  font  cortège.  En  pareil  cas,  les  Volontés 
individuelles,  à  peu  près  nulles  au  regard  des  résultats 
décisifs  à  obtenir,  suffisent  à  provoquer  isolément  des 
résultats  secondaires,  notables  encore.  La  somme  de  l'ad- 
dition n'en  varie  guère,  mais  licence  est  faite  aux  indi- 
vidusd'intervertirou  même  d'altérer  (en  les  balançant)  les 
chiffres  de  la  colonne. 

Toute  rivalité  mise  à  part  entre  les  Dominations  collec- 
tives qui  troublent  de  leurs  orages  la  sérénité  du  Ciel  hu- 
main,—  il  reste  à  l'âme  des  foules  assez  d'autres  mobiles 
pour  justifier  son  allure  instable,  ambiguë,  et  ses  fiévreux 
écarts.  C'est  la  réciprocité  des  atmosphères  fluidiques,  le 
jeu  mutuel  des  Ascendants,  puis  aussi  l'influence  réper- 
cussiveque  les  Larves  passionnelles  exercent  sur  leurs  au- 
teurs :  voilà  bien  des  éléments  à  porter  en  compte. 
Qu'on  s'étonne  après  cela  de  la  complication  des  trames 
enchevêtrées,  chaos  où  prennent  leur  origine  ces  entraî- 
nements soudains  de  pitié,  d'enthousiasme  ou  de  terreur, 
ces  courants  imprévus,  ces  revirements  à  confondre 
l'esprit! 


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UA  HOUE  DU  DEVENIR  303 


Au  sein  même  des  grands  Collectifs  se  forment  de 
moindres  agrégations,  jouissant  d'une  vie  propre  en 
même  temps  que  de  la  vie  commune;  pareillement,  dans 
l'unité  d'un  parti  politique,  se  détachent  plusieurs  compa- 
gnies de  nuances  distinctes,  et  dans  chacune,  on  dis- 
cerne  sans  peine  plusieurs  groupes  :  toutes  fractions 
qui  participent  de  l'ensemble  sans  se  fondre  ni  disparaî- 
tre en  lui. 

Du  reste,  les  rares  individus  restés  libres  de  toutes 
attaches,  pour  ne  s  être  point  inféodés  aux  Entités  po- 
tentielles préexistantes,  peuvent,  en  se  groupant,  donner 
naissance  à  des  Collectifs  nouveaux. 

C'est  ce  qui  se  produisit  tardivement  au  berceau  du 
Socialisme,  par  l'effort  de  Babeuf  et  de  ses  amis...  Qua- 
tre-vingt-treize ne  fut  pas  plus  socialiste  que  ne  l'avait 
été  Quatre-vingt-neuf  :  pareille  tendance  ne  s'observe,  ni 
dans  la  rédaction  des  cahiers  du  Tiers,  ni  dans  le  tem- 
pérament des  plus  fougueux  tribuns  de  la  Montagne  ;  et, 
lorsque  éclata  la  Révolution,  il  parait  certain  que  nul 
courant  n'existait  en  ce  sens.  Tant  d'autres  réformes,  et 
plus  urgentes,  sollicitaient  la  Conscience  publique  !  Ba- 
beuf se  fit  fort  d'en  créer  un  ;  et  s'il  y  parvint,  sous  le 
règne  du  directoire,  ce  ne  put  être  que  par  l'emploi,  plus 
ou  moins  instinctif,  de  la  chaîne  sympathique.  La  conspi- 
ration de  l'an  V  devait  échouer  :  le  moderne  Gracchus 
paya  de  la  tête  son  humeur  partageuse  et  l'imputation  de 
rêver  une  nouvelle  loi  agraire  (I)  (?>  prairial);  mais  le 


(1)  Babeuf  allait  plus  loin.  Son  idéal  était  le  communisme,  comme 
le  prouve  une  Adrrxte  au  Peuple  français,  trouvée  dans  ses  papiers. 


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304 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


vaste  complot  qu'il  avait  su  ourdir  demeure  un  singulier 
exemple  de  mouvement  improvisé  dans  un  milieu  sinon 
réfractaire,  du  moins  sans  préparation  à  cet  effet. 

L'ordre  religieux,  aussi  bien  que  Tordre  politique  et 
social,  comporte  ses  Entités  collectives,  dont  l'examen 
relève  pareillement  des  mystères  de  la  Multitude. 

Nous  nous  estimons  tenu  sur  ce  point  à  la  plus  scrupu- 
leuse réserve  :  ce  n'est  pas  qu'il  nous  parût  contre-in- 
diqué  de  produire  ici  des  explications  catégoriques; 
mais,  —  la  matière  étant  ardue  et  délicate,  —  nous 
n'appréhendons  pas  tant  d'être  trop  compris,  que  mal 
interprété. 

Aussi  ne  prendrons-nous  nos  exemples  que  dans  les 
cultes  qui  appartiennent  au  passé.  Il  est  certain  que  tel- 
les faces  delà  question  demeureront  ainsi  dans  l'ombre  : 
peut-être  semblera-t-il  au  public  qu'à  certains  égards 
nous  nous  soyons  contredit.  Quoi  qu'il  en  soit,  nous  pré- 
férons nous  taire. 

Pour  les  adeptes  de  la  Science,  nous  en  aurons  dit 
assez. 

Une  classe  particulière  d'êtres  collectifs  mérite  d'être 


—  •  La  loi  agraire  (y  lit-on)  ou  le  partage  des  terres  fut  le  vœu  instan- 
tané de  quelques  soldats  sans  principes...  Nous  tendons  à  quelque 
chose  do  plus  sublime,  de  plus  équitable,  le  Bien  commun,  ou  la  com- 
munauté des  Biens!...  La  terre  n'est  ù  personne...  Les  fruits  sont  à 
tout  le  monde...  t  [Extrait  des  pièces  trouvées chee  Babeuf,  imprimées 
par  ordre  de  l'Assemblée:  Adresse  au  Peuple  français,  pas*im.  —  Cité 
par  Bunuel,  Mémoires  pour  serrir  a  l'histoire  du  Jacobinisme,  Lvon, 
1818,  t.  IV,  p.:Uf). 


LA  ROUE  DU  DEVENIR 


305 


signalée  à  part,  et  nous  toucherons  un  mot  des  Domi- 
nations théurgiques. 

«  La  théurgie  (s'exclame  Kliphas  Lévi,  dans  un  de  ses  livres 
les  plus  admirables  et  les  moins  connus),  la  Théurgie,  mol 
terrible,  mot  à  double  sens,  qui  veul  dire  création  de  Dieu  ! 
Oui,  dans  la  Ihéurgie,  on  apprenait  au  prêtre  comment  il 
doit  créer  des  dieux  à  son  image  et  à  sa  ressemblance,  en  les 
tirant  de  sa  propre  chair  et  en  les  animant  de  son  propre  sang. 
C'était  la  science  des  évocations  par  le  glaive  et  la  théorie  des 
fantômes  sanglants  ..  Les  grands  mystères  étaient  la  sainte 
Vehme  de  l'antiquité,  où  les  francs-juges  du  sacerdoce  pétris- 
saient de  nouveaux  dieux  avec  la  cendre  des  anciens  rois,  dé- 
trempée dans  le  sang  des  usurpateurs  et  des  assassins  (1  ).  » 


(i)\La  Science  des  Esprits  (pp.  216-217,  passim). 

Quelques  lignes  plus  loin,  Éliphas  Lévi  s'explique  par  un  exemple  : 
«  Ninus  était  le  roi  des  prêtres  :  Sémiramis  voulut  être  la  roinc  des 
peuples,  et  s'assura,  par  un  crime,  la  possession  de  la  couronne  de 
Ninus.  Le  monde  politique  n'avait  pas  alors  de  tribunal  qui  pût  juger 
cette  femme,  tant  elle  se  justifia  par  de  grandes  choses.  Elle  semait  le 
monde  de  merveilles.  Ses  envieux  soulevaient  contre  elle  les  multitu- 
des :  elle  venait  seule,  et  les  révoltes  s'apaisaient.  Mais  elle  avait  un 
(ils.  que  les  prétros  gardaient  pour  otage;  Ninyas  était  initié  aux  grands 
mystères,  et  il  avait  juré  de  venger  Ninus,  dont  il  ne  connaissait  pas 
encore  le  meurtrier.  Sémiramis,  de  son  côté,  était  obsédée  de  fan- 
tômes et  de  remords.  La  femme,  chez  elle,  l'emportait  secrètement  sur 
la  reine,  et  souvent  «lie  descendait  seule  dans  la  nécropole,  pour 
pleurer  et  frémir  sur  les  cendres  de  Ninus.  C'est  là  qu'elle  rencontra 
Ninyas,  poussé  par  les  hiérophantes:  entre  le  (ils  et  lanière,  se  dressa 
le  spectre  du  roi  assassiné.  Sémiramis  était  voilée  ;  le  fantôme  ordonna 
de  frapper.  Le  jeune  initié  s'avance  :  Sémiramis  pousse  un  cri  et  lève 
son  voile:  elle  a  reconnu  Ninyas:  «  Non,  tu  n'es  plus  Ninyas,  dit  le 
spectre,  tu  es  moi-même,  tu  os  Ninus  sorti  do  la  tombe!  »  Et  il  sembla 
absorber  le  jeune  homme  en  lui-même  et  se  confondre  avec  lui  ;  de 
telle  sorte  que  la  reine  ne  vit  plus  devant  elle  quo  le  spectre  de  Ninus, 
pâle  et  le  glaive  sacré  à  la  main.  Elle  retira  alors  le  voile  sur  sa  této 
et  présenta  son  flanc,  comme  devait  faire  plus  tard  Agrippinc.  Quand 
Ninyas  revint  à  lui,  il  était  couvert  du  sang  de  sa  mère  :  «  Est-ce  donc 
moi  qui  l'ai  tuée  ?  s'éeriait-il  avec  égarement  .  —  Non,  répondit  Sémi- 
ramis en  l'embrassant  pour  la  dernière  fois,  nous  sommes  deux  victimes  ; 

20 


LA  CLEF  DK  LA  MAGIE  NOIRE 


Éliphas  Lévi,  nous  l'osons  croire,  n'a  garde  de  con- 
fondre cette  théurgie  sacerdotale  des  grands  mystères 
déjà  dégénérés,  avec  la  sainte  théurgie  dont  Porphyre  et 
lamblique,  héritiers  des  plus  glorieuses  traditions  de  la 
Mystique  héroïque  et  divine,  nous  ont  transmis  les  rites 
et  les  formules.  A  toutes  pages  de  son  traité  si  révélateur 
de  l'Abstinence,  Porphyre  laisse  percer  son  mépris  pour 
les  arcanes  de  la  chair  et  du  sang,  indissolublement  liés 
à  l'évocation  des  mauvais  Génies  : 

«  Ces  esprils  (dit-il)  ne  sont  occupés  qu'à  tromper  par  tou- 
tes sortesd'illusions  et  de  prodiges.  Les  philtres  amoureux  sont 
de  leur  invention  :  l'intempérance,  le  désir  des  richesses, 
l'ambition  viennent  d'eux,  et  principalement  l'art  de  tromper; 
car  le  mensonge  leur  est  très  familier.  Leur  ambition  est  de 
passer  pour  dieux,  et  leur  chef  voudrait  qu'on  le  crût  le  grand 
Dieu.  Ils  prennent  plaisir  aux  sacrifices  ensanglantés  :  ce 
qu'il  g  adc  corporel  en  eux  s'en  engraisse,  car  ils  vivent  de 
vapeurs  et  d'exhalaisons  et  se  fortifient  parles  fumées  du  sang 
et  des  chairs.  C'est  pourquoi  un  homme  prudent  et  sage  se 
gardera  bien  de  ces  sacrifices,  qui  attireraient  ces  génies.  Il 
ne  cherchera  qu'à  purifier  entièrement  son  àme,  qu'ils  n'atta- 
queront point,  pane  qu'il  n'y  a  aucune  sympathie  entre  une 
àme  pure  et  eux  (I  ).  » 

Oii  pourrait  citer  vingt  passages  analogues  du  même 
Porphyre,  d'accord  sur  ce  point  avec  tous  les  adeptes  de 


et  le  sacrificateur,  ce  n'est  pas  loi  :  .le  meurs  assassinée  par  le  grand- 
pr.-tre  «le  Hélus!  »  (/hid.,  p. 

Cf.  l'histoire  tlAthalie  (Unis,  liv.  IV,  rliap.  i\  :  Parai i pointues,  liv. 
II.  eh.ip.  wiv).  A  Jérusalem,  comme  à  Ninive,  l'esprit  sacerdotal  reste 
identique. 

(I)  Traité  de  Porphyre,  touchant  l'Abstinence  de  la  choir  des  ani- 
nuiu.r.  arec  In  rie  de  Plot  in,  etc.,  et  une  dissertation  sur  les  dénies, 
par  M.  rie  Burigny.  (Paris,  de  Bure.  1717.  in  12.  pp.  IHî  t  i7). 


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1 

I 

r 


LA  KOL'E  DU  DEVENIR 


307 


la  haute  et  angélique  Théurgie.  Le  magiste  de  lumière 
conjure  les  Intelligences  du  Ciel  par  les  invocations,  les 
parfums  et  le  pentacle  étoilé.  Désireux  de  les  rendre  pré- 
sentes, non  plus  seulement  aux  sens,  mais  à  l'esprit,  — 
il  s'efforce  surtout  de  leur  devenir  semblable  par  la  pu- 
reté, l'amour  et  l'essor  intellectuel  :  car  il  n'est  pas  de 
plus  infaillible  secret  pour  évoquer  l'un  de  ces  êtres,  que 
de  s'assimiler  à  son  essence,  —  ce  qui  s'appelle,  en  Ma- 
gie, forcer  la  demeure  de  l'Ange,  ou  prendre  ascendant 
sur  lui  (1). 

Reste  la  théurgie  prestigieuse  dont  parle  Éliphas,  et 
qui,  même  au  service  du  Juste  et  du  Vrai,  garde  toujours 
un  caractère  d'ambiguïté,  de  violence,  et  comme  un  stig- 
mate de  réprobation. 

Cette  théurgie  est  celle  dont  s'enorgueillit  le  prêtre  fé- 
ticheur  des  tribus  sauvages,  et,  en  général,  tout  pontife 
d'idolâtrie,  lorsque,  baignant  l'autel  du  sacrifice  de  sang 
victimal  et  conjurant  les  Puissances  de  l'Invisible,  il 
semble  prêter  pour  une  heure  le  mouvement,  la  pensée 
et  la  vie,  —  qui  à  ses  Manitous  de  bois  ou  de  pierre,  qui 
à  ses  Belphégor  d'airain. 

Cette  théurgie  fut  encore  celle  des  mages  politiciens  de 
Babvlone  et  de  Ninive,  de  Suze  et  d'Ecbatane  :  instru- 
ment  de  domination  théocratique,  elle  servit  longtemps 


(1)  Méditer,  dans  V Initiation  du  l«r  octobre  1895  (pp.  7-25),  l'étude 
sur  Martine*  de  l'asqually  et  tes  Miroirs  magn/ues,  par  F. -Ch.  Barlet. 
—  On  y  verra  la  différence  essentielle  entre  les  pratiques  incomplètes 
de  niluminisme  proprement  dit  et  les  rites  de  la  Haute  Magic.  L'auteur 
de  ces  pages  péremptoires  est  sans  doute  aujourd'hui  le  plus  savant 
initié  de  celte  vaillante  lv-ole  française,  à  laquello  nous-méme  revendi- 
quons l'honneur  d'appartenir. 


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308 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


à  établir  sur  des  prestiges  cette  religieuse  terreur  dont 
les  sacerdoces  ambitieux  de  la  toute-puissance  ont  cou- 
tume de  frapper  le  populaire  et  d  éblouir  jusqu'aux 
grands  de  ce  monde,  jusqu'aux  monarques  qu'ils  se  flat- 
tent ou  d'asservir  ou  d'exploiter. 

Or,  si  nous  demandons  sur  la  vertu  de  quels  auxiliaires 
ces  adeptes  d'une  théurgie  cléricale  justifiaient  leur  foi 
et  fondaient  leur  puissance,  l'Ésotérisme  nous  répondra  : 
Sur  la  coopération  d'Entités  collectives,  qu'ils  appelaient 
leurs  dieux. 

Oui,  de  tels  prêtres,  amalgamant  leur  àme  et  celle  des 
multitudes,  au  moule  d'une  volonté  consciente  ou  d'un 
fanatisme  instinctif,  en  façonnaient  un  Ciel  à  l'image  de 
leur  commun  idéal;  — et  la  plus  essentielle  fonction  du 
Sacerdoce  consistait  à  créer,  à  nourrir,  à  entretenir  des 
dieux. 

On  sent  qu'il  n'est  point  question  d'idoles,  en  tant 
qu'etïigies  matérielles.  D'ailleurs,  idole  veut  dire  autre 
chose,  et  plus.  Le  vocable  «*o»Xov  n'exprime  pas  seule- 
ment en  grec  la  représentation,  l'image  ou  la  statue  d'un 
dieu;  il  signilie  surtout  un  spectre,  un  fantôme,  une 
Puissance  occulte,  enfui.  —  Même  sens  au  mot  latin 
Idolum. 

Sur  ce  point,  l'Antiquité  n'a  qu'une  voix,  et  la  Bible 
confirme  Hérodote  et  Pausanias,  Plutarque  et  Tite-Live. 

Ne  lit-on  pas  dans  les  Psaumes  que  tous  les  dieux  des 
nations  sont  des  démons  :  Omnes  dii  fjentium  dœ- 
monia  (  I  )  ? 

(I  )  Psaume  XCV.  ... 

Nous  avons  proposé  du  même  tcxle  une  interprétation  différente  (!.• 


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l.\  ROUE  DU  DEVENIR  3(J9 


Nous  savons  déjà  sous  quels  auspices  les  Collectifs  du 
Ciel  humain  prennent  naissance  et  accroissement. 

Pas  de  chaîne  magique  plus  irrésistiblement  efficace 
que  celle  des  volitions  adoratrices,  dynamisées  par  la 
Foi.  C'est  ici  surtout  que  le  Verbe  humain  réalise  d'em- 
blée ce  qu'il  affirme. 

Taxera-t-on  de  fabuleuses  les  voix  du  chêne  dodonien 
et  de  la  statue  de  Memnon?  L'antique  autel  a  pu  prophé- 
tiser sans  doute;  le  guéridon  spirite  se  mêle  bien  d'en 
faire  autant. 

Pontife  et  Mage  ont  été  longtemps  synonymes... 
Le  grand  œuvre  théocratique  serait-il  pas,  somme 
toute,  la  transposition  religieuse  et  l'extension  en  espace 
et  en  durée  de  cette  occulte  genèse,  —  animique  et  spi- 
rituelle et  fluidique,  —  d'où  émerge  encore  sous  nos 
yeux  l'Oracle  mensal?  La  danse  et  le  verbiage  des  tables 
n'équivaudraient-ils  point  à  une  réduction  démonstrative 
des  phénomènes  théurgiques  et  sybillins  :  de  même  qu'au 
laboratoire,  moyennant  une  forte  machine  de  Ramsden 
et  une  batterie  de  condensateurs,  l'électricien  reproduit 
la  foudre  en  miniature,  l'éclair  et  sa  détonation  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  éléments  demeurent  les  mêmes, 
et  pareille  la  loi  de  génération  collective  :  c'est  toujours 
un  cercle  de  Psychés  passives,  d'âmes  similaires  à  ten- 
dance uniforme,  éparses  faute  de  cohésion,  et  qu'une 
Volonté  énergique,  ou  un  groupe  de  telles  Volontés  uni- 
fiées synthétise,  évertue  et  féconde.  Ainsi,  à  la  faveur 


Temple  de  Sitin,  p.  65)  ;  mais  ces  deux  sens,  loin  de  s'exclure,  s'éclai- 
rent et  se  complètent  mutuellement. 


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311) 


LA  CLEF  DE  LA  M\G1E  NOIHE 


d'une  chaîne  sympathique  dûment  établie,  une  Entité 
collective  s'engendre. 

Mais,  une  fois  clos  le  circuit  d'enthousiasme  religieux, 
rien  ne  tend  à  le  rompre.  Le  courant,  loin  de  faiblir, 
s'accentue  avec  le  temps;  car  les  éléments  transitoires 
de  la  pile  psycho-dynamique,  non  seulement  se  rempla- 
cent à  mesure,  mais  encore  se  multiplient.  L'être  po- 
tentiel s'attirme,  se  développe  et  consacre  bientôt  son  au- 
tonomie, en  réagissant  d'une  sorte  despotique  sur  les 
membres  de  son  corps  social,  grouillant  et  divers. 

Car  ce  serait  une  étrange  erreur  que  de  croire,  avec 
certains  Kabbalistes  dévoyés,  que  la  Déité  s'incorpore  lit- 
téralement k  son  effigie  symbolique,  y  séjourne  à  de- 
meure; enlin,  pour  tout  dire,  qu'elle  hante  de  sa  pré- 
sence réelle  les  images  de  bois  ou  de  marbre,  d'or  ou 
d'airain.  Son  corps  véritable  n'est  point  là.  Quant  à  la 
forme  tluidique,  nous  verrons  plus  loin  ce  qu'elle  peut 
être,  lorsque  d'aventure  elle  se  manifeste  :  phénomène 
insigne  et  d'une  tout  exceptionnelle  rareté. 

Ici  se  dresse  une  objection,  facile  à  prévoir,  non  moins 
facile  à  rétorquer.  Les  voix  traditionnelles  de  l'Antiquité 
nous  attestent  que  de  multiples  apparitions,  —  totales  ou 
partielles,  splcndides  ou  monstrueuses,  ravissantes  ou 
terribles,  —  ont  pullulé  autour  des  autels  de  ces  dieux. 
Cicéron  en  rapporte  un  certain  nombre  de  cas  dans  son 
ouvrage  de  Satura  Deorum.  L'histoire  du  mysticisme 
alexandrin  abonde  en  constatations  analogues,  et  le  bon 
le  Loyer,  notant  d'après  Virgile  les  rites  d'usage,  lors 
des  sacrifices  solennels  en  l'honneur  des  grands  Olym- 


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LA  ROUE  DU  DEVENIR 


311 


piens,  observe  que  a  les  sacrificateurs  voiloient  leur 
teste,  de  crainte  que  pendant  qu'ils  sacrifioient,  ils  ne 
fussent  troublez  et  empeschez  de  quelque  visage  ou  face 
ennemie  qui  eust  peu  se  présenter  et  offrir  à  leur 
veue  (I)  ». 

Dans  les  temples  du  Polythéisme,  les  Immortels  ne 
furent  point  avares  de  leur  présence  visible,  et  depuis  le 
spectre  de  l'infernale  Hécate  glaçant  d'effroi  les  fidèles 
de  ses  orgies,  jusqu'aux  radieuses  visions  qui  signalaient 
TÉpiphanie  des  mystères  du  Samothrace  et  d'Éleusis,  il 
était  permis  à  l'initié  de  parcourir  du  regard  la  gamme 
lumineuse  des  dieux. 

Que  croire  de  toutes  ces  apparitions  qui  peuplaient 
l'ombre  des  sanctuaires  et  semblaient  liées  à  l'autel?  N'v 
peut-on  voir,  sinon  les  formes  astrales  des  divinités,  du 
moins  des  corps  fluidiques  d'emprunt,  que  s'adaptaient 
les  Entités  collectives  pour  se  manifester  aux  yeux  de 
chair?  Nous  ne  le  pensons  pas.  —  Si  nous  écartons  l'hy- 
pothèse de  supercherie  sacerdotale,  admissible  et  même 
probable  dans  un  certain  nombre  de  cas,  mais  que  la  cri- 
tique négative  des  modernes  a  le  tort  de  généraliser  (2)  à 


(1)  Histoire  des  Spectres,  in-4°  (t.  If,  pp  878). 

(2)  L'école  en  question  arbore  comme  un  étendard  cetabsurde  axiome 
de  Yimpossibilité  des  phénomènes  dont  la  science  contemporaine  est 
inapte  à  rendre  raison.  Un  pareil  a  priori  dispense  de  toute  contro- 
verse et  même  de  tout  examen  des  circonstances  et  des  témoignages. 

Il  est  d'ailleurs  vraisemblable  qu'en  quelque  occurrence  les  prêtres 
aient  utilisé  leurs  notions  d'optique,  pour  suppléer  aux  phénomènes 
réels  par  des  eiïets  de  fantasmagorie.  —  E  Salverte  cite  une  descrip- 
tion de  Damascius,  que  Photius  nous  a  conservée  en  sa  Bibliothèque 
(f,od.  242)  et  dont  les  termes  tendraient  à  le  faire  croire.  La  voici  : 
<  Dans  une  manifestation  qu'on  ne  doit  pas  révéler,...  il  apparaît  surla 


312  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


priori,  ces  formes  lémuriennes  se  décèleront  des  indigènes 
du  plan  astral,  évoluant  dans  le  nimbe  ou  l'atmosphère 
occulte  de  l'Égrégore  collectif.  Simples  Larves  le  plus 
souvent,  ou  encore  Èlémentaux,  ou  Concepts  vitalisés. 
Dans  les  sanctuaires  où  le  culte  des  ancêtres  a  rétabli  la 
grande  communion  des  vivants  et  des  morts,  les  âmes 
glorifiées  peuvent  s'irradier  aussi,  ou  du  moins  objectiver 
une  image  astrale  adéquate  à  leur  verbe  spirituel.  Très 
exceptionnellement,  les  substances  angéliques  manifeste- 
ront leur  gloire. 

C'est  qu'en  ces  murs  hospitaliers,  les  visiteurs  de  toute 
hiérarchie  trouvent  un  asile  convenable  à  leur  nature. 
Le  milieu  s'y  prête  à  miracle  :  soit  un  temple  voué  de 
temps  immémorial  aux  pérégrins  d'un  autre  monde,  — 
soit  la  crypte  des  mystères,  toute  saturée  du  triple  ma- 
gnétisme de  la  terreur,  de  l'enthousiasme  et  de  l'amour  î 
L'air  qu'on  y  respire  vibre  au  rythme  incessant  des  litur- 
gies, des  conjurations,  des  prières;  les  lourdes  volutes 
des  parfums  consacrés  se  tordent  et  se  déroulent  dans  la 
tiède  vapeur  du  sacrifice  quotidien. 

La  les  démons  souterrains,  les  Ombres  exhalées  du 
puits  de  l'abîme  trouveront,  comme  l'enseigne  la  Magie 
ténébreuse,  à  se  vêtir  de  sang  condensé;  —  là  de  même 
les  Visiteurs  d'outre-ciel  se  tisseront  un  corps  arômal  de 

paroi  «.lu  temple  une  masse  do  lumière  qui  semble  d'abord  très  éloignée; 
elle  so  transformo,  comme  en  se  rosserrant,  en  un  visage  évidemment 
divin  et  surnaturel,  d'un  aspect  sévère,  mais  mêlé  de  douceur,  et  très 
beau  à  voir.  Suivant  les  enseignements  d  une  religion  mystérieuse,  les 
Alexandrins  l'honorent  comme  Osiris  et  Adonis.  w  Eusèbo  Salverte 
ajoute,  après  avoir  rapporté  ce  passage:  «  Si  j'avais  à  décrire  une  fan- 
tasmagorie moderne,  m'expliquerais-jc  autrement  ?  »  (Des  Sciences 
occultes,  1829.  in-8o,  t.  I.  p.  309). 


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r 

LA  ROLE  DI'  DEVENU;  313 


lumière,  de  musique  et  d'encens,  selon  les  rites  de  la 
glorieuse  Théurgie. 

La  Divinité  locale  est  d'ailleurs  présente,  encore  qu'in- 
visible :  mais  le  halo  frémit  de  son  àme  collective  :  àme 
vivante  et  mouvante,  faite  des  âmes  de  milliers  ou  de 
millions  d'adorateurs,  et  toute  peuplée  de  rêves  lému- 
riens de  cette  multitude  fanatique. 

Pour  se  rendre  manifeste  aux  organes  de  la  vue,  par- 
fois de  l'ouïe  et  du  toucher,  les  Puissances  occultes  ont 
besoin  d'un  milieu  tout  imbu  de  force  psychique  disponi- 
ble :  soit  qu'elles  s'assimilent  le  fluide  vital  émané  des 
chairs  meurtries  ou  du  sang  répandu  ;  soit  qu'un  médium 
leur  prête  pour  un  temps  sa  propre  substance  biologique, 
qu'elles  lui  restitueront  dans  l'acte  de  se  dissoudre  et  de 
s'évanouir  aux  regards. 

Quant  aux  parfums  consacrés,  ils  n'offriraient  (du 
moins  par  eux-mêmes)  aux  Puissances  invisibles  que  la 
faculté  de  revêtir  un  contour  fallacieux  et  fugace,  une 
image  sans  consistance  et  sans  vie.  Mais,  si  les  fumiga- 
tions tiennent  une  très  large  place  dans  le  Rituel  théur- 
gique,  c'est  que  là  ne  se  borne  point  apparemment  leur 
secret  emploi.  Improviser  des  médiums,  par  l'extase 
qu'elles  provoquent  chez  les  sensitifs;  puis  épurer  les 
fluides  qui  s'exsudent  des  corps  sidéraux  abmatérialisés 
de  la  sorte  :  voilà  la  double  destination  de  ces  effluves 
aromatiques.  On  peut  en  dire  autant,  à  d'autres  égards, 
des  hymnes  religieuses  dont  la  magie  enchante  l'oreille, 
et  des  pompes  liturgiques  dont  l'ordonnance  charme  la 
vue. 


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I 

314  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Nous  verrons  plus  loin,  à  propos  des  décisives  expé- 
riences du  colonel  de  Rochas  d'Ayglun,  que  les  divers 
états  physiologiques  ressortissant  au  magnétisme  passif, 
au  somnambulisme  et  à  l'extase,  sont  liés  à  un  phéno- 
mène très  particulier  de  dilatation  extra-corporelle  de 
la  substance  vivante  et  sensible;  dilatation  qui  s'effectue 
par  couches  ou  zones  concentriques:  c'est  là  ce  que  le 
savant  physicien  entend  par  «  l'extériorisation  de  la 
sensibilité  (1)  ».  Celte  faculté  a  si  bien  disparu  de  la 
peau  du  sujet,  qu'on  peut  en  piquer  ou  en  échauder  la 
surface  sans  qu'il  s'en  aperçoive;  mais,  si  l'on  répète  les 
mêmes  expériences  sur  l'une  des  couches  sensibles,  dis- 
tantes du  corps  de  plusieurs  centimètres  ou  même  de 
beaucoup  plus,  l'hypnotisé  perçoit  la  sensation  doulou- 
reuse, et  l'accuse  aussitôt  (2).  Cette  sensibilité  abniaté- 
rialisée  est  sujette  h  se  dissoudre  en  certaines  substances, 
telles  que  la  cire,  par  exemple;  à  telles  enseignes  qu'une 
poupée  de  cire  imprégnée  du  fluide  vivant  devient  elle- 
même  sensible;  ou  plutôt  qu'un  lien  s'établit  entre  elle 


(1)  Peut  T'Uv  devrait-on  «lire:  e.rtèriorer,  e.rtrrioration,  par  analogie 
avec  améliorer,  amélioration.  Ces  mots  reposent  également  sur  des 
comparatifs  :  exterior  et  melior.  —  De  même,  il  conviendrait  d'écrire 
individuer,  individuation,  et  non  individualiser,  individualisation. 

Mais  ces  termes  d'un  détestable  aloi  sont  consacrés  par  l'usage,  en 
occultisme,  et  tout  souci  de  correction  doit  disparaître  devant  la  crainte 
de  provoquer  dans  lo  vocabulaire  de  nouvelles  contradictions  gramma- 
ticales Cette  appréhension  est  si  forte  chez  nous,  (pie  nous  n'hésitons 
même  pas  à  faire  usage  de  vocables  bâtards,  composés  d'un  radical 
grec  et  d'un  mot  latin,  en  cette  sorte  :  auto-suggestion,  auto-création, 
etc... 

K\cusons-nous  une  fois  pour  toutes,  au  sujet  de  ces  locutions  que 
los  délicats  trouveront  barbares,  et  mémo  quelque  chose  de  pis. 

(2)  Voy.  les  Ktats  profonds  de  l'Hypnose.  Paris.  1892,  in-8  (p.  57)- 


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I.A  HOUE  DU  DEVKMI»  d\o 


et  le  système  nerveux  du  sujet,  qui,  dès  qu'on  touche  la 
poupée,   perçoit  de  suite  la  sensation  telle  qu'il  l'eût 
éprouvée  à  l'état  de  veille,  si  Ton  avait  agi  sans  inter- 
médiaire sur  la  peau  même.  Bien  plus,  il  la  perçoit  a  la 
place  de  son  eorps  précisément  correspondante  à  celle 
où  Ton  a  touché  le  volt.  Enfin,  —  chose  plus  étrange 
encore!  —  de  mémorables  expériences  du  colonel  de 
Rochas  ont  établi  qu'une  plaque  photographique  étant 
imbue  de  la  sensibilité  du  sujet  en  hypnose,  dès  qu'on 
égratigne  la  pellicule  à  un  point  donné  de  l'image,  un 
stigmate  s'imprime  aussitôt  par  répercussion  sur  la 
chair  du  sujet  (1),  au  point  correspondant.  L'expérience 
a  réussi  d'une  chambre  à  l'autre,  en  des  conditions  de 
contrôle  et  de  publicité  qui  ne  peuvent  laisser  aucun 
doute.  Ainsi  M.  de  Rochas  a  scientifiquement  vérifié  le 
principe  de  l'envoûtement  à  distance. 

Fermons  cette  parenthèse,  pour  revenir  à  nos  mystères 
de  la  multitude. 

Nous  n'avons  mentionné  ces  étonnantes  constatations 
que  pour  faire  mieux  comprendre  comment,  —  à  for- 
tiori, —  des  Invisibles  peuvent  s'emparer  du  fluide  vi- 
vant épanché  par  les  sensitifs  dans  le  phénomène  de 
l'extase;  puisque  d'inertes  objets  qu'on  immerge  dans 
les  couches  de  ce  fluide  le  retiennent  en  s'en  imbibant. 

C'est  à  ce  titre  que  nous  avons  pu  dire,  que  les  parfums, 
en  provoquant  l'extase  chez  des  sensitifs,  improvisent 
des  médiums. 

Mais  il  faut  bien  convenir  que  les  authentiques  apo- 


(1)  Ce  phénomène  ne  réussit  bien  que  sur  des  sujets  très  sensibles. 


310  l\  CLF.F  DK  LA  M  AGIR  NOIR  F. 


théoses  flamboyaient  assez  rares  dans  les  temples  du 
vieux  monde  païen  :  les  spectres  de  la  lumière  négative 
y  étaient  surtout  chez  eux,  au  détriment  des  purs  Esprits 
de  la  lumière  de  gloire. 

Comme  un  prince  pervers  et  cruel  n'invite  et  ne  retient 
guère  à  sa  cour  que  des  hommes  hypocrites  ou  corrom- 
pus, l'Égrégorc  du  lieu,  rarement  pur,  attirait  de  préfé- 
rence à  soi  des  Entités  d'ordre  équivoque;  et  Vaura  san- 
glante des  victimes  aimantait  l'atmosphère  au  profit  des 
Larves,  des  Lémures  semi-conscients  et  des  dénions 
mauvais. 

La  loi  des  sacrifices  sanglants  gardait,  comme  on  Ta 
vu,  dans  l'antiquité  sacerdotale,  une  autorité  quasi-uni- 
verselle. 

Moïse,  sous  ce  rapport,  n'inaugura  point  d'exception  : 
son  culte  apparait,  dans  toute  la  force  du  terme,  un  culte 
de  sang. 

Le  grand  prêtre  de  sa  Loi  n'offrait  pas  seulement  à 
Jéhovah  des  prémices  d'huile  et  de  farine  en  fleur  :  nom- 
bre de  génisses,  de  béliers,  de  colombes  étaient  journel- 
lement immolés  sur  l'autel  des  holocaustes;  le  feu  sacré 
en  dévorait  la  graisse  et  les  entrailles,  le  sang  en  était 
répandu  tout  alentour.  On  aspergeait  le  voile  du  sanc- 
tuaire de  pourpre  vivante;  on  en  frottait  les  cornes  d'ai- 
rain, sur  l'autel  des  parfums,  «  pour  être  à  Ihôah  une 
oblation  de  très  agréable  odeur  »  !  Le  sang  enfin  parait 
un  Nectar  dont  Adonaï  seul  a  droit  d'être  abreuvé;  le 
sang  devient  la  propriété  du  Seigneur,  si  exclusive  et  si 
inviolable,  que,  contre  tout  homme  qui  mangerait  le  sang 


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LA  ROLE  DU  DEVENIR 


317 


des  animaux  avec  leur  chair,  Moïse  édicté  la  peine  de 
mort  (1)! 

Les  sacrifices  humains  ne  font  pas  défaut  en  Israël  :  k 
toutes  les  pages  de  la  Bible,  le  Seigneur  ordonne  des 
massacres  ou  des  holocaustes.  La  dévotieuse  barbarie 
est  une  tradition  qui  date  de  loin.  A  cette  postérité  d'A- 
braham, qui  devait  être  un  jour  plus  nombreuse  «  que 
les  étoiles  du  ciel  et  les  grains  de  sable  de  la  mer  »  (2), 
ce  saint  Patriarche  apparaît  constamment  dans  une 
gloire,  le  glaive  sacerdotal  levé  sur  son  propre  sang. 

Tantôt,  sur  l'ordre  dWdonaï,  c'est  Moïse  qui  fait  égor- 
ger vingt-trois  mille  Israélites  adorateurs  du  veau  d'or, 
et  qui  félicite  les  enfants  de  Lévi  «  d'avoir  consacré  leurs 
maitis  au  Seigneur  en  tuant  leur  /ils  et  leur  frère,  afin 
que  la  bénédiction  de  Dieu  leur  fut  donnée-  »  (3).  Et  de 
fait,  le  sacerdoce  est,  de  ce  jour-là,  exclusivement  acquis 
aux  Lévites  :  ils  ont  reçu  l'onction  !  Tantôt  c'est  Jephté, 
triomphateur  des  Ammonites,  qui  accomplit  un  vœu,  en 


(  !  )  Cette  loi  draconienne  est  répétée  à  plusieurs  reprises  dans  la 
Bible.  Nous  citerons  seulement  deux  passages  du  Lèritique:  •  Toute 
personne  qui  aura  mangé  du  sang  périra  du  milieu  de  son  peuple 
(vu,  27)  ;  »  o  Car  la  vie  de  toute  chair  est  dans  le  sang;  c'est  pourquoi 
j'ai  dit  aux  enfants  d'Israël  :  vous  ne  mangerez  point  du  sang  de  toute 
chair,  parce  que  la  vie  de  la  chair  est  dans  le  sang;  et  quiconque  en 
mangera  sera  puni  «le  mort  (xvii,  14).  »  (Traduction  Le  Maislre  de 
Sacy;  c'est  à  elle  que  nous  empruntons  nos  citations,  quand  il  s'agit 
d'une  version  exotérique). 

Rn  méditant  le  Traitp  de  l'Abstinence  de  Porphyre,  on  découvrira 
les  vrais  motifs  de  cette  interdiction  si  sévère.  La  raison  capitale  qui  a 
décidé  Moïse  était  hien  connue  des  platoniciens.  La  vérilé  e.«l  une.  et 
identique  à  elle-même  sur  l'Olympe  et  sur  le  Sinat. 

(2)  0'enese,  xxii,  V.  17. 

{'X)  E.rode,  \\\\\.  \\  2i». 


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1 

318  LA  CLKF  l)K  LA  MAGIE  NOIRE 


saeriliant  sa  propre  fille  au  dieu  dlsaae  et  de  Jacob. 
Quant  aux  ennemis  vaincus,  le  Seigneur  exige  leur  ex- 
termination jusqu'au  dernier  (1).  Chananccns,  Madiani- 
tes,  Amalèeites,  etc.,  ils  y  passeront  tous  :  Moïse  l'or- 
donne au  nom  d'Adonaï,  et  surveille  avec  un  zèle  jaloux 
l'exécution  de  cette  loi.  Le  successeur  du  théocrate  n'est 
pas  plus  débonnaire  :  les  habitants  de  Jéricho,  d'Azor  et 
des  autres  villes  que  ses  armes  ont  soumises  sont  passés 
au  (il  du  glaive,  et  Josué  accumule,  en  l'honneur  de 
Jéhovah  et  toujours  par  son  ordre,  une  hécatombe  de 
trente  et  un  monarques  !  Si  impérative  est  la  prescrip- 
tion de  tailler  en  pièces  les  Amalécites  et  de  tuer  tout, 
«  depuis  l'homme  jusqu'à  la  femme,  jusqu'aux  petits  en- 
fants et  ceux  qui  sont  encore  à  la  mamelle  »  (2),  que 
Samuel,  cinq  siècles  plus  tard,  vient  signifier  au  roi 
Saïil  son  anathème,  le  Seigneur  l'ayant  rejeté  pour  ce 
qu'il  a  fait  miséricorde  à  son  prisonnier  Agag,  roi  d'A- 
malce;  après  quoi  l'illustre  et  saint  Nabi,  sans  se  laisser 
attendrir  par  les  lamentations  du  malheureux  Agag,  «  le 
coupe  en  morceaux  devant  le  Seigneur,  à  Galgala  »  (3). 
Terminons  par  ce  trait  du  plus  grand  des  prophètes  : 
après  qu'à  sa  prière  le  feu  du  ciel  est  descendu,  Élie  or- 
donne l'immolation  des  prêtres  de  Baal,  ses  concurrents 


(  I  )  «  Mais  quant  à  ces  villes  qui  vous  seront  données  pour  héritage, 
vous  ne  laisserez  la  vie  à  aueun  de  leurs  habitants  ; 

«  Mais  vous  les  ferez  tous  passer  au  fil  de  I  epéc.  c'est-à-dire,  les 
llétérns.  les  Amoniiécns.  les  Chananéens.  les  Phérczécns,  les  Ilévéens. 
les  Jèbuséens.  et  les  liergeséens,  comme  le  Seigneur  votre  Dieu  vous 
l'a  commandé,  etc.  »  (Deutéronome,  xx,  >v.  16-17). 

(i)  Premier  livre  dus  Hoh,  w.  \\  ;i. 

{X)  ibhi.,  w,  y.  rs. 


i 

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r 

\.\  IIOL'K  DU  DEVKMIV  «ilO 


naladroits,  qui  s'«;taieiit  montrés  inhabiles  à  obtenir  le 
Tième  miracle,  et  les  fait  périr  jusqu'au  dernier  sur  le 
uord  du  torrent  de  Cison  (I). 

L'implacable  despote  qui  commande  toutes  ces  hor- 
reurs, qui  semble  se  complaire  à  ces  barbaries,  est-il 
bien  le  Dieu  vivant,  Ihôah  .Elohim?  Il  est  permis  d'en 
douter  un  peu. 

Réfléchissons  pourtant.  L'œuvre  mosaïque  n'est  pas 
une  œuvre  aimable;  sublime  et  nécessaire,  elle  l'a  été! 
Le  théocrate  des  Hébreux  a  déployé  une  force  écrasante, 
mais  pour  le  triomphe  du  plus  pur  Esprit...  De  brutalité 
plus  idéale,  il  n'en  fut  jamais. 

Moïse  ?  Un  saint,  mais  plus  encore  un  Titan.  Or,  si 
la  force  n'est  point  chose  sympathique,  même  exercée 
par  des  mains  surhumaines  et  pour  un  résultat  capital  ; 
gardons-nous  de  méjuger  d'un  homme  tel  que  Moïse,  non 
plus  que  de  l'autorité  céleste  dont  il  fut  le  mandataire  et 
le  porte-glaive,  ici-bas  ! 

Voyez  ce  puissant  Législateur,  cet  Épople  de  l'absolue 
Vérité,  dont  la  mission  exceptionnelle  est  de  pétrir  de  la 
glaise  humaine,  pour  y  imprimer  le  sceau  divin  ! 

Il  a  écrit  le  Livre  des  principes  cosmogoniques,  Scpher 
Berœshitli,  où  la  science  colossale  du  passé  (2)  dort  sous 

(  I  )  Troisième  livre  des  Rots,  wui,  ,Y.  40. 

it)  «  Fils  «lu  passé  et  gros  do  l'avenir,  ce  livre,  héritier  de  toute  la 
science  des  Kgypticns,  porte  encore  les  germes  des  sciences  futures. 
Fruit  d'une  inspiration  divine,  il  renferme  en  quelques  pages  et  les  élé- 
ments de  ce  qui  fut,  et  les  éléments  de  ce  qui  doit  être.  Tous  les  secrets 
de  la  nature  lui  sont  confiés.  Tous.  11  rassemble  en  lui,  et  dans  le  seul 
Herrrshith.  plus  de  choses  que  tous  les  livres  entassés  dans  les  biblio- 
thèques européennes.  Ce  (pie  la  nature  a  de  plus  profond,  de  plus 


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1 

320  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


un  triple  voile  d'hiéroglyphes  (1),  jusqu'au  prélîx  de  la 
manifestation. 

Il  a  érigé  l'Arche,  symbole  irrévélé  d'un  suprême  Ar- 
eane,  témoignage  cher  au  théurge  de  son  alliance  avec 
le  Ciel  et  point  d'appui  de  son  verbe  fulgurant;  l'Arche 
sainte,  redoutable  athanor  du  feu  céleste,  où  repose  la 
présence  réelle  de  son  allié  d'en  Haut,  la  SliéekJna/i 
dVKIohim! 

Et  il  a  placé  le  Livre  dans  l'Arche.  —  Comme  l'œuf 
d'Orphée  ou  le  coffre  d'Osiris,  l'Arche  contient  désormais 
le  germe  d'un  monde  futur,  la  graine  intellectuelle  qui 
doit  ensemencer  l'avenir. 

Maintenant,  cette  Arche  sainte,  il  faut  un  peuple  pour 
la  porter,  pour  la  servir  et  pour  la  défendre. 

Moïse  a  séleeté  ce  peuple  et  l'a  constitué  en  corps  de 
nation,  après  l'avoir  affranchi  de  la  servitude  :  puis, 
vingt  ans  et  plus,  il  l'a  traîné  de  désert  en  désert  jus- 
qu'au seuil  de  Chanaan! 

Pétrir  en  un  tout  homogène  une  foule  diverse  et  bario- 
lée (plus  dVunc  encore  que  d'aspect);  frapper  l'Israël  nou- 
veau d'un  cachet  indélébile  et  unique  au  monde,  en  lui 
révélant  l'Unité  de  Dieu,  dogmejusqu'alors  tout  ésotéri- 
que,  et  le  plus  secret  arcane  du  sanctuaire  des  nations  ; 
graver  au  cœur  sémite  le  nom  dVElohim  et  l'horreur  de 


mystérieux,  ce  que  l'esprit  peut  concevoir  de  merveilles,  ce  que  l  in 
telligence  a  de  plus  sublime,  il  le  possède...  »  (Fabrc  d'Olivet,  Langue 
hébraïque  restituée,  t.  II.  discours  préliminaire,  p.  6). 

(1)  «  Lo  sacerdoce  judaïque,  destiné  à  garderie  Sépher  de  Moyse. 
n'a  point  été  généralement  destiné  a  le  comprendre,  et  encore  moins  a 
l'impliquer...     f/t/.,  ihitl..  p  *>>. 


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r 

LA  ROUE  DU  DEVENIR  321 


l'Idolâtrie;  improviser  le  peuple  de  Dieu,  puis  enfin  l'é- 
purer, —  fût-ce  en  le  décimant!...  ce  n'était  point  une 
médiocre  tâche,  ni  de  celles  qu'on  peut  accomplir  par  la 
douceur,  la  mansuétude  et  le  pardon. 

De  toutes  parts  surgissent  autour  de  la  multitude  en 
marche  des  peuplades  vautrées  dans  les  abominations  du 
paganisme  le  plus  obscène,  et  les  revenants  d'un  exil 
égyptien  n'ont  pas  encore  désappris  le  culte  du  veau  d'or. 

Que  fera  Moïse?  Pour  éprouver  ce  métal  humain  qu'il 
façonne,  Moïse  le  fera  passer  au  creuset  de  l'épreuve  : 
dans  la  fournaise  du  désert,  il  jettera  sans  doute  un  mi- 
nerai d'âmes  bien  alourdi  de  gangue;  or,  il  veut  que  la 
statue  se  coule  en  pur  bronze,  pour  l'immortalité.  Coûte 
que  coûte,  il  va  falloir  que  l'impur  s'évanouisse  enfumée, 
ou  s'élimine  en  scories... 

—  Vous  avez  beau  dire,  objectera-t-on.  Rien  ne  jus- 
tifie ces  atrocités  dont  l'histoire  juive  est  tissue,  et  cette 
Loi  draconienne,  que  Moïse,  élu  de  Dieu,  instaura.  Pour 
transmuer  les  cœurs,  Dien  n'avait  qu'àfaire  unmiracle... 
Raisons  humaines,  que  toutes  vos  raisons  ! 

—  Ces  raisons  humaines  sont  des  raisons  divines  aussi, 
car  il  n'y  a  qu'une  Raison,  comme  il  n'est  qu'un  Dieu. 

Quand  l'homme  est  atteint  de  certaines  maladies,  une 
opération  devient  nécessaire,  et  le  chirurgien  ne  doit  pas 
craindre  de  débrider  la  plaie.  Lorsqu'un  membre  est 
perdu  de  gangrène,  qui  plus  est,  il  faut  l'amputer,  pour 
le  salut  du  corps  qui  reste.  Eh  bien  !  au  temps  de  Moïse, 
une  opération  pouvait  seule  garantir  laguérisondugrand 
malade  Humanité. 

Avant  Jésus-Christ,  Moïse  a  sauvé  le  monde  ! 

21 


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:\-2'2  LA  CLEF  DE  LA  M.UilK  NOIRE 


—  Soitî  admettons,  s'il  le  faut,  l'urgence  de  cette  lé- 
gislation terrible  et  aussi  de  eette  politique  sanguinaire 
dont  Machiavel  a,  depuis  lors,  consacré  le  principe  (1). 
Mettons  que  ces  violences  fussent  légitimes,  par  la  grâce 
non  point  du  Seigneur,  certes  !  mais  de  la  Nécessité,  cette 
norme  païenne,  que  les  Grecs  plaçaient  au-dessus  de  tous 
les  dieux.  Mais  une  objection  reste  debout,  spécieuse 
pour  le  moins. 

Pourquoi  ce  culte  de  sang,  en  Israël?  Pourquoi  ces 
sacrifices  pontificalement  inaugurés  par  Moïse,  et  ritua- 
listiquement  sanctionnés  par  sa  Loi?  S'il  faut  répandre  le 
sang,  qu'au  moins  ce  ne  soit  pas  sur  un  autel!  Abomi- 
nable holocauste  !  Quel  Adonai  de  contrebande  a  pu  s'y 
complaire? 

Point  assurément  Iod-hevê  (ou  Ihôah-.EIohim),  le  vé- 
ritable Seigneur  Dieu  des  dieux  :  nous  ne  ferons  nulle 
ditliculté  d'en  convenir. 

Selon  toute  vraisemblance,  ceux-là  seuls  s'y  complai- 
saient, que  la  vapeur  de  telles  offrandes  abreuve  et  ré- 
conforte :  Élémcntaux,  Larves  et  Lémures  de  tout  ordre. 
Moïse  savait,  comme  tous  les  maîtres  de  la  sagesse,  tirer 
parti  de  pareilles  forces.  Et,  si  notre  Lecteur  s'en  scanda- 
lisait, jugeant  celles-ci  équivoques,  nous  lui  ferions  ob- 
server qu'il  est  écrit  au  Rituel  kabbalistique  de  Salomon, 


(1)  Machiavel,  daus  AonLicre  du  Prince,  conseille  au  conquérant  de 
faire  tomber,  en  son  nouvel  empire,  toutes  les  tètes  qui  dépassent  ;  de 
ne  pas  laisser  vivre  un  seul  rejeton  de  la  souche  de  ses  anciens  rois,  et 
de  disperser  ou  de  massacrer  en  masse  le  peuple  qui  pourrait  avoir 
joui  de  la  liberté.  Mais,  dit-il,  mieux  vaut  anéantir  que  disperser  une 
telle  population. 


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LA  HOLE  DU  DEVENIR  323 


«  que  le  Sage  règne  avec  tout  le  Ciel,  et  se  fait  servir  par 
tout  l'Enfer  *  (1). 

Admettrons-nous  d'autre  part  que,  lors  de  l'exode  des 
hébreux  fugitifs,  ce  fut  le  Vrai  Dieu  encore  dont  la  Bible 
parle  en  ces  termes  :  «  Et  le  Seigneur  marchait  devant 
eux  pour  leur  montrer  le  chemin,  paraissant  durant  le 
jour  en  une  colonne  de  nuée,  et  pendant  la  nuit  en  une 
colonne  de  feu,  pour  leur  servir  de  guide  le  jour  et  la 
nuit  (2)?»  Le  tabernacle  du  témoignage  une  fois  construit, 
«  la  nuée  du  Seigneur  se  reposait  sur  le  tabernacle  durant 
le  jour,  et  une  flamme  y  paraissait  pendant  la  nuit  »  (3). 

A  l'égard  des  phénomènes  miraculeux  que  prodigua  la 
science  du  prêtre  d'Osiris,  chacun  peut  consulter  le  Pen- 
laleuque.  On  y  verra  comme  ce  théocrate,  éducateur  d'un 
peuple  récalcitrant  sous  la  verge  d'airain,  le  fit  marcher 
de  Mitzraim  à  la  Terre  promise  dans  un  feu  roulant  de 
miracles,  dont  l'instrument  immédiat  était  l'arche,  ce 
formidable  condensateur  des  forces  hyperphysiques. 

L'Arche  sainte  apparait  une  batterie  d'électricité  cé- 
leste (4),  construite  sur  un  plan  rigoureusement  scienti- 


(1)  Mss.  hébreu  cité  par  Éliphas  :  Dogme  et  Ilituel de  la  Haute  Magie, 
tome  I.  page  80  (troisième  prérogative  (a)  de  celui  qui  tient  les  clavi- 
cules de  Schlômoh  dans  sa  droite,  et  dans  sa  main  gauche  la  branche 
d'amandier  fleuri). 

(2)  Exode,  xm,  21. 

(3)  Exode,  \l,  36. 

(4)  «  L'électricité  est  là  (opine  le  marquis  de  Saint- Yves),  mais  sim- 
plement comme  force  intermédiaire  dans  notre  atmosphère  ;  il  y  a 
derrière,  d'autres  forces  encore,  enveloppant  ce  que  les  Indiens  appel- 
lent l'Akasa,  voile  elle-même  d'une  concentration  de  l'Ame  du  Monde 
et  de  l'Esprit  pur  sur  ce  tabernacle  et  sur  ce  théurge.  »  (La  Mission 
des  Juifs,  p.  440). 

Nous  partagerions  sans  réticences  l  avis  du  savant  auteur,  pourvu 


3-2; 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  KOI  RE 


fique.  L'étude  sagacc  des  prescriptions  relatives  au  ta- 
bernacle mettrait  sur  la  voie  de  bien  des  mystères,  inouïs 
pour  nos  contemporains.  Tout  a  son  importance,  l'orien- 
tation du  tabernacle,  la  structure  compliquée  de  l'Arche, 
le  Voile,  l'Autel  des  parfums  (qui  est  d  or),  l'Autel  des 
holocaustes  (qui  est  d'airain)  avec  sa  grille,  le  Chandelier 
aux  sept  branches  et  aux  vingt-deux  coupes,  le  Bassin 
des  ablutions  avec  sa  base,  et  les  Colonnes  du  temple  et 
les  Rideaux  du  parvis,  etc.,  et,  par-dessus  toute  chose, 
la  disposition  réciproque  de  ces  objets  consacrés.  Les 
indications  significatives  abondent,  que  souligne  encore 
le  Rituel  des  cérémonies. 

Les  ingénieurs  des  temples  thébains  et  memphites  sem- 
blent avoir  poussé  l'étude  approfondie  des  forces  fluidi- 
ques  ou  mystérieuses  bien  au  delà  du  possible  contrôle 


qu'il  convint  avec  nous  que  Ihùah  ou  lodhévè  (,T,T).  le  Dieu-Nature,  ne 
se  manifeste  aux  sens  physiques,  par  des  phénomènes  anormaux,  que 
moyennant  la  médiation  d'un  homme,  ou  d'une  collectivité  humaine 
(terrestre  ou  céleste);  d'une  Puissance  adamique  en  un  mot  :  laquelle 
Puissance  met  en  œuvre,  dans  une  intention  particulière  et  contingente, 
les  divers  agents  dont  la  Divinité  ne  dispose  que  pour  un  usage  uni- 
versel et  transccndantal. 

C'est  d'ailleurs  en  mrp  que  l'homme-synthèse  et  Dieu  manifesté 
révèlent  à  l'ésotéricien  leur  identique  essence  ;  mais  lo  Tout  divin  ne 
prend  l'initiative  que  de  l'ensemble  cosmique  ;  les  détails  sont  du  res- 
sort du  sous-multiple  hominal. 

M.  de  Saint- Yves,  après  avoir  détaillé  les  merveilles  théurgiques  ac- 
complies par  Moïse,  conclut  en  ces  termes  :  «  Telle  était  la  puissance 
de  la  Sagesse  et  de  la  Science  antiques,  au  sommet  de  l'initiation  do- 
rienne,  quand,  chose  rare,  l'Époptc  se  trouvait  être  un  homme  de 
génie,  capable  de  manifester  la  Divinité  d'une  manière  convenable.  » 
{Ibid.,  p.  464). 

Cette  phrase,  fort  significative,  semble  mettre  notre  opinion  d'accord 
avec  celle  de  leminent  occultiste,  et  nous  en  sommes  très  flatté. 


LA  ROLE  DU  DEVENIR 


325 


de  nos  savants  positivistes  du  jour;  mais  les  connaissan- 
ces que  Moïse  devait  à  la  culture  ésotérique  égyptienne 
n'étaient  pas  moins  positives  que  les  leurs. 

L'Être-des-Êtres,  que  ce  théurge  a  si  bien  connu 
(rpntf  HTS  rVHN)  (Aehïeh  ashev  Aehïeh),  l'universel 
Principe  mâle  dont  il  a  poursuivi  la  notion  jusqu'en  son  in- 
sondable Unité  (Hod  ou  Wodli),  n'a  rien  qui  soit  accessible 
aux  yeux  charnels.  Il  n'agit  sur  la  matière  que  par  les  lois 
préétablies...  Toute  Puissance  d'En  haut  qui  se  manifeste 
par  des  phénomènes  et  se  révèle  à  nous  par  d'autres  in- 
termédiaires que  la  lumière  occulte  des  Intelligences,  ne 
peut  être  qu'une  Divinité  de  remplacement. 

Quel  est  donc  cet  allié  divin  que  Moïse  évoque  dans  la 
détresse  ou  le  péril;  ce  céleste  Interlocuteur  qui  le  con- 
seille, le  réconforte  et  l'instruit?  avec  lequel  il  discute  et 
dont  il  détourne  la  colère  embrasée  (1)? 

Qu'on  lise,  au  chapitre  xxxm  du  Ueuteiwiome,  cette 


(1)  «  ...  Commo  la  sédition  se  formait  ot  que  le  tumulte  s'augmen- 
tait. Moise  et  Aaron  s'enfuirent  au  tabernacle  de  l'Alliance.  Lorsqu'ils 
y  furent  entrés,  la  nuée  les  couvrit,  et  la  gloire  du  Seignour  parut  de- 
vant tous. 

«  Et  le  Seigneur  dit  à  Moïse  :  «  Retirez-vous  du  milieu  île  cette  mul- 
«  titude,  je  vais  les  exterminer  tous  présentement.  »  Alors,  s'étant 
prosterné  contre  terre,  Moïse  dit  à  Aaron  :  a  Prenez  votre  encensoir, 
«  mettez-y  du  feu  de  l'autel  et  de  l'encens  dessus,  et  allez  vite  vers  le 
«  peuple,  afin  de  prier  pour  lui  ;  car  la  colère  est  déjà  sortie  du  trône 
«  de  Dieu,  et  la  plaie  commence  à  éclater.  » 

•  Aaron  Otce  que  Moïse  lui  commandait;  il  courut  au  milieu  du 
peuple  que  le  feu  embrasait  déjà,  il  offrit  l'encens,  et,  se  tenant  debout 
entre  les  morts  et  les  vivants,  il  pria  pour  le  peuple,  et  la  plaie  cessa. 

«  Le  nombre  de  ceux  qui  furent  frappés  de  cette  plaie  fut  de  qua- 
torze mille  sept  cents  hommes,  sans  ceux  qui  avaient  péri  dans  la 
sédition  de  Coré...  » 

(Nombres,  ch.  xvi,  (V\  42-49.  Traduction  Le  Maistre  de  Sacy.) 


! 


326  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

sublime  vision  du  Sinaï  :  des  milliers  d'Élus,  réintégrés 
aux  privilèges  de  la  divine  Essence,  se  pressent  en  une 
apothéose  colossale,  dans  la  fulgurante  lumière  d'Ihôah 
(t.  2).  Le  voilà,  l'Allié  céleste  :  il  s'est  levé  de  Séir  ! 

La  grande  Communion  des  Saints  de  l'initiation  do- 
rienne,  telle  est  donc  Y  Entité  collective  avec  qui  Moïse 
est  en  constant  rapport,  organique,  hiérarchique  et  ma- 
gique! 

Tel  est  le  Dieu  de  sa  Théurgie,  —  la  plus  haute,  la 
plus  sainte,  la  plus  légitime  qu'Épopte  ait  jamais  prati- 
quée. 

Voilà  l'Ame  de  lumière  et  l'Esprit  de  Vérité  que  vou- 
lait insuffler  Moïse  au  cœur  du  peuple  de  son  choix. 

Un  peuple  «  de  col  roide  (1)  »,  cet  Israël  nouveau; ré- 
sistant, indomptable,  mais  obstiné  et  inflexible  aussi  î 
L'incarnation  se  fait  mal...  Un  instant,  l'Allié  céleste 
perd  espoir  et  patience  et  se  désintéresse  de  la  race  juive  ; 
il  parle  de  la  sacrifier,  et  d'établir  Moïse  à  la  tête  d'un 
autre  peuple  plus  grand  et  plus  fort  (2).  C'est  Moïse  qui 
l'en  dissuade. 

Car  cette  race  est  brillante  de  vertus,  parmi  les  ténè- 
bres de  ses  vices.  Elle  pourra  se  vautrer  en  fait  dans  la 
plus  crapuleuse  idolâtrie  ;  rien  n'effacera  le  dogme  mo- 
nothéiste, imprimé  au  fer  rouge  dans  la  chair  de  son 
cœur  :  lliôah  JElohîm  est  un  Dieu  unique! —  Puis,  tel 
qu'un  dragon  commis  à  la  garde  d'un  inestimable  tré- 
sor, le  défend  sans  l'ouvrir  et  sans  le  connaître,  Israël, 


(1)  Exode,  xxxm,  fi.  3  et  ,H. 

(2)  Xombre»,  xiv,  12. 


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LA  ROUE  DU  DEVENU* 


327 


se  transmettant  de  génération  en  génération  le  précieux 
dépôt  de  la  Genèse,  cette  réserve  ésotérique  du  passé, 
grosse  de  l'avenir  intellectuel  d'un  monde,  Israël  va  mé- 
riter le  titre  de  gloire  hiéroglyphiquement  inclus  dans 
son  nom  :  Stf"fcO"U%  manifestation  rayonnante  de 
Dieu. 

L'essentiel  est  garanti  de  la  sorte  ;  la  race  juive  satis- 
fait à  sa  mission.  Dans  les  limbes  de  l'Inconscient  pro- 
phétique, jusques  aux  temps  prescrits,  sommeille  encore 
la  Parole  qui  sauve!... 

Cependant,  les  successeurs  du  grand  théocrate  seront 
la  plupart  au-dessous  de  leur  tâche,  si  facile  et  si  simple 
comparée  à  la  sienne.  La  lumière  d'/Elohim  va  d'abord 
s'affaiblir,  puis  s'éclipser  par  degrés  jusqu'à  totale  obs- 
curation.  Entre  la  Vérité  vivante  évoquée  par  Moïse  et  le 
Sacerdoce  même  élu  par  lui  pour  en  devenir  le  récepta- 
cle, un  rideau  de  brumes  s'interposera,  ténébreux.  A  la 
faveur  du  crépuscule,  les  pontifes  de  la  pire  Goëtie  por- 
teront l'abomination  dans  le  lieu  saint;  et  la  Lumière  de 
gloire  de  Sina  ne  se  fera  plus  connaître  aux  Nabis  que  par 
intermittences,  en  de  rares  éclaircies,  ou  parmi  les  om- 
bres et  les  reflets  d'une  épiphanie  orageuse. 

Revenons  à  Moïse  et  résumons-nous.  Ses  rapports 
religieux  avec  l'Invisible  apparaissent  multiples  et  di- 
vers. 

1°  Ce  prophète  a  surpris  et  extatiquement  pratiqué 
V Absolu  divin,  dans  le  tabernacle  de  son  incommunica- 
ble Unité. 

2°  Il  a  connu,  adoré,  glorifié  Ihôah  /Elohîm,  savoir 
Dieu  manifesté  dans  la  Nature  par  son  Verbe  éternel. 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Ihôah  n'est-il  point  resté  le  Dieu  d'Israël  par  excellence  ? 

3°  Moïse  a  fait  alliance  théurgique  avec  YÊgrc'gore  de 
la  grande  Communion  des  Élus.  —  Le  mystique  interlo- 
cuteur du  théurge,  l'Adonaï  personnel  réalisant  Y  Image 
divine,  n'est  autre  que  le  plus  sublime  des  Collectifs  hu- 
mains, réintégré  dans  la  Loi  du  Règne  de  Dieu. 

4°  Enfin,  certaines  prescriptions  du  culte  sanglant  de 
Moïse  donneraient  à  penser  qu'il  entretenait  de  massives 
colonnes  de  substances  élémentales  ou  lémuriennes,  qui 
devaient  lui  servir  pour  les  œuvres  de  sa  Magie  sacer- 
dotale, lorsqu'il  ne  jugeait  pas  à  propos  de  recourir  aux 
prérogatives  de  son  alliance,  et  d'évoquer  l'Égrégore. 

Voilà  des  nuances  bien  complexes  pour  le  discerne- 
ment des  sémites  «  au  col  roide  ».  Engagé  par  son  chef 
dans  ces  multiples  voies  de  l'Art  sacerdotal,  le  peuple 
hébreu,  ignorant  comme  il  l'était,  fût  tombé  prompte- 
ment  dans  l'idolâtrie.  Or  Moïse  voulait,  avant  tout,  im- 
primer le  verbe  monothéiste  dans  la  conscience  d'Israël  ; 
il  voulait  que  son  dogme  unitaire  fût  l'étoile  sainte  des 
destinées  juives.  Aussi,  réservant  pour  les  initiés  de 
tradition  orale  toutes  ces  périlleuses  distinctions,  il  se 
garda  bien  d'en  embarrasser  son  peuple. 

En  toutes  circonstances,  c'est  toujours  Ihôah  iElohim 
qu'il  met  en  avant.  11  est  Tunique  Adonai,  le  Seigneur, 
dieu  d'Israël. 

Des  ennemis  sont-ils  taillés  en  pièces  ?  Le  Seigneur 
les  a  livrés  au  bras  vengeur  de  son  peuple...  —  Un  pas- 
sage de  cailles  pourvoit-il  à  la  nourriture  des  juifs  au  dé- 
sert? Le  Seigneur  a  envoyé  des  cailles...  —  Une  dé- 
charge fluidique  a-t-elle  foudroyé  Nadab  et  Abiu,  cou- 


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LA  ROl'E  DU  DEYRNIH 


329 


pables  d'une  imprudence  en  offrant  l'encens?  Une  flamme 
sortie  du  Seigneur  les  a  dévorés  (i). 

Dans  les  envoyés  de  Dieu,  c'est  Dieu  que  le  rédacteur 
de  la  Genèse  enseigne  à  voir.  C'est  si  vrai,  que  Jacob, 
ayant  lutté  avec  l'Ange,  donne  au  lieu  de  la  rencontre 
«  le  nom  de  Phanuel  ou  Phcniel,  c'est-à-dire  la  face  de 
Dieu,  en  disant  :  J'ai  vu  Dieu  l'ace  à  face,  et  cependant, 
mon  âme  a  été  sauvée  (2).  » 

Presque  toujours,  quand  Moïse  parle  du  Seigneur  à 
propos  d'un  fait  historique  ou  d'une  prescription  sacer- 
dotale, et  non  point  au  sujet  des  mystères  cosmogoniques 
ou  théogoniques,  c'est  son  Allié  céleste  qu'il  entend  ; 
c'est-à-dire  la  plus  noble  Entité  collective  qui  puisse  hu- 
mainement représenter  et  divinement  suppléer  l'Ètre- 
des-Êtres. 

Si  l'on  insistait  pour  mieux  connaître  cet  Égrégore 
de  la  grande  Communion  des  Élus,  nous  n'hésiterions 
pas  à  le  désigner  par  son  vrai  nom  :  StfDS,  MICHAEL. 

Michaël  est  (pour  notre  tourbillon),  le  tabernacle  du 


(1)  Les  manifestations  ignées  ou  fulgurantes,  à  travers  quoi  le  Sei- 
gneur se  révèle  et  rend  des  oracles,  frappe  ou  guérit,  prononce  la  bé- 
nédiction ou  l'anathème,  etc.,  —  manifestations  qui  abondent  à  toutes 
les  pages  de  la  Bible,  —  ont  fait  délirer  bien  des  exégètes.  Jéhovah 
(ose  écrire  M.  Renan),  •  ce  bizarre  agent  électriforme  •»  (p.  290),  «  est 
le  Roûah  universel  sous  formo  globale,  uno  sorte  de  masse  électrique 
condensée  »  (p.  289».  (Histoire  d Israël,  t.  I.  passim.) 

Pareils  commentaires,  qui  témoignent  peut-être  chez  leur  auteur  de 
plus  de  naïveté  encore  que  de  malice,  somblent  la  mieux  éloquente 
critique  du  système  juif  d'exclusive  centralisation  diviniste.  Tout  ra- 
mener exotériquement  au  Jéhovah  personnel,  c'est  éluder  les  interpré- 
tations polythéistes  qui  pourraient  naître  en  l'esprit  des  foules...  Mais 
toute  médaille  a  un  revers. 

(2)  Genèse,  xxxu.  y.  30. 


330  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Seigneur  ;  or  il  est  écrit  :  «  In  sole  posuit  Deus  taberna- 
culum  suum...  »  Notons  ici  que  Michaël  n'est  qu'un 
/Eloha  d\4Slohim,  qu'un  membre  vivant  de  Ihôah  Ado- 
naï,  le  Verbe  éternel  ;  enfin»  qu'Adonai  même  n'est  que 
la  manifestation  de  Wodh  ou  d'Atn-Soph,  *pD  ,  le 
Dieu  suprême  et  irrévélé. 

Par  rapport  à  l'Absolu,  c'est-à-dire  contemplé  de  haut 
en  bas,  le  Verbe  universel  est  l'Homme  typique,  l'Adam 
Kadmon  du  Zohar;  relativement  à  nous,  c'est-à-dire 
conçu  de  bas  en  haut,  le  Verbe  est  Ihôah  lui-même,  ou 
Dieu  manifesté. 

Ainsi  l'homme-synthèse  et  Dieu  manifesté  se  confon- 
dent, et  dans  cette  identité  sublime  (1)  réside  un  des  plus 
profonds  mystères  de  la  tradition  kabbalistique.  o  Qui 
peut  accorder  ensemble  (dit  Éliphas)  le  Dieu  de  la  terre 
et  l'Homme  du  Ciel,  en  touchant  au  point  fixe  de  leur 
union  :  celui-là  a  trouvé  le  G.'.  A.*.;  arcane  indicible, 
puisque  c'est  l'alliance  du  Kether  humain  et  du  Rether 
divin,  figurée  par  la  lutte  de  Jacob  avec  l'ange.  Parcet 
arcane,  Lucifer  se  fait  Dieu,  non  plus  en  se  révoltant, 


(1)  «  La  lance  composée  de  quatre  métaux  (voy.,  pour  la  description 
de  ce  symbole,  Des  Erreurs  et  de  la  Vérité,  Edimbourg,  1775,  in-8», 
p.  35)  n'est  autre  chose  que  le  grand  nom  do  Dieu  composé  de  qua- 
tre lettres  nï.-p.  C'est  l'extrait  de  ce  nom  qui  constitue  l'essence  de 
l'homme;  voilà  pourquoi  nous  sommes  formés  à  l'image  et  à  la  res- 
semblance de  Dieu  :  et  ce  quaternaire  que  nous  portons,  et  qui  nous 
distinguo  si  clairement  de  tous  les  tUres  de  la  nature,  est  l'organe  et 
l'empreinte  de  cette  fameuse  croix,  dans  laquelle  l'ami  Bœhme  nous 
peint  si  magnifiquement  l'éternelle  génération  divine,  et  la  génération 
naturelle  de  tout  ce  qui  reçoit  la  vie,  soit  dans  ce  monde,  soit  dans 
l'autre.  •  (Correspondance  de  Saint-.\fartin  avec  le  baron  Kirchberger 
de  Liebistorff,  p.  45). 


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l\  ROUE  DU  DEVENIR 


mais  en  obéissant  librement  à  Dieu.  Qui  aures  habet 
audiendi  audiat!...  C'est  le  Non-ens  d'en-haut  équilibré 
par  celui  d'en-bas,  et  de  ces  deux  négations  jaillit  une 
affirmation  inattendue  et  immense,  qui  est  adéquate  à 
l'homme-dieu  (1).  » 

Pour  en  revenir  à  l'Allié  de  Moïse,  sa  déification  exoté- 
rique  se  légitime  par  une  frappante  analogie.  Puisque 
Chrishna,  manifestant  Wishnou  sur  la  terre,  a  pu  légiti- 
mement dire  :  Je  suis  Wishnou  !  —  pourquoi  Michaël, 
manifestant  Ihôah  au  Ciel  des  âmes,  ne  pourrait-il  pas 
dire  :  Je  suis  Ihôah? 

Si  quelque  Puissance  a  le  droit  de  prendre  exotérique- 
ment  le  nom  de  l'Étemel,  c'est  bien  cette  vivante  Syna- 
gogue de  ses  Élus,  la  plus  haute  expression  collective  du 
Verbe  humain  divinisé  ! 

Néanmoins,  en  donnant  le  Dieu  qui  se  manifestait  dans 
la  nuée  pour  l'éternel  Dieu-des-dieux,  Moïse  a  fait  en 
quelque  sorte  ce  dont  l'auteur  juif  du  Seplier  Toldos  in- 
crimina plus  tard  Jésus  de  Nazareth  :  d'avoir  montré 
aux  nations,  comme  étant  la  véritable  pierre  cubique  du 
Temple,  un  cube  d'argile  fait  à  la  ressemblance  de  cette 
mystérieuse  pierre  de  l'angle,  qu'il  n'était  parvenu  à  dé- 
rober... 

Il  ne  nous  appartient  pas  d'en  dire  davantage.  Nous 
n'avons  nulle  autorité  pour  juger  Moïse,  pas  plus  que  le 
Kabbaliste  auteur  du  Sepher  Toldos  Jeschu  n'était  qua- 
lifié, ce  semble,  pour  se  faire  l'arbitre  de  notre  Messie. 


(1)  Correspondance  de  l'Abbé  Constant  avec  le  baron  Spédaliéri, 
Mss.        Cahier,  p.  72). 


332 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Ce  grimoire  syro-chaldaïque,  presque  contemporain 
de  Jésus-Christ,  accuse  le  «  fils  de  Miriam  »  d'avoir  ac- 
compli tous  ses  prestiges  à  laide  du  Nom  incommunicable 
ttHHSOn  3^  (Schéma  Hamphorasch),  dérobé  au  temple 
de  Jérusalem,  dont  il  aurait  forcé  les  portes  par  de  cou- 
pables enchantements.Suivent  des  récits  de  prodiges  plus 
surprenants  encore  que  ceux  des  Évangiles...  Retenons 
ce  fait  au  passage,  que  les  miracles  de  Jésus  étaient 
chose  hors  de  doute  au  sentiment  des  Juifs  de  son  temps. 

Nous  aurions  pu  nous  étendre  beaucoup  plus  sur  le 
mode  de  génération  comme  sur  le  rôle  des  Entités  col- 
lectives humaines,  étudiées  soit  au  point  de  vue  reli- 
gieux, soit  au  point  de  vue  social.  Le  peu  d'exemples 
que  nous  avons  proposés  serviront  de  jalons  de  repère, 
pour  le  cadastre  d'une  région  peu  fréquentée  des  pen- 
seurs. Nous  nous  flattons  d'avoir  dit  à  ce  sujet  des  cho- 
ses assez  neuves  et  généralement  insoupçonnées. 

L'intégration  collective  est  une  réalité  aussi  constante, 
sur  les  plans  astral  et  psychique,  que  les  combinaisons 
de  la  chimie,  par  exemple,  sur  le  plan  matériel. 

Bien  des  questions  laissées  dans  l'ombre  à  dessein  s'é- 
claireront, si  l'on  sait  faire  usage  de  la  loi,  si  féconde 
en  imprévu,  dite  de  l'analogie  des  contraires. 

Ainsi,  la  Communion  des  Saints,  dont  Michaël  est  la 
personnification  lumineuse,  comporte  pour  antithèse  la 
Synagogue  des  pervers,  dont  l'incarnation  ignée  sera 
Samaël  SsDD,  le  Satan  ésotérique  de  la  Kabbale. 

Il  messiérait  de  confondre  ce  Collectif  caco-psychique 


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LA  ROUE  DU  DEVENU! 


333 


(d'une  réalité  formidable  à  de  certaines  époques,  quand 
des  divisions  intestines  ne  stérilisent  point  sa  vigueuren 
l'opposant  à  elle-même),  —  avec  le  Satan  légendaire, 
griffu  et  cornu,  digne  fils  des  imaginations  fanatiques  et 
qui  n'est,  comme  on  Ta  laissé  entendre  plus  haut,  qu'une 
Image  astrale  vitalisée... 

Nous  terminerons  ce  chapitre  par  quelques  strophes 
très  remarquables  du  marquis  de  Saint-Yves  (1),  tou- 
chant Samaël.  On  y  verra  la  description,  plus  vraie  que 
réslle,  du  phénomène  dont,  page  310,  nous  réservâmes 
l'examen  :  savoir,  ce  que  peut  être  le  corps  astral  totalisé 
d'une  Entité  collective,  aux  yeux  du  Voyant  admis  à  ce 
très  exceptionnel  spectacle  : 

c  Quand  la  nuit  vient,  Satan,  dans  la  forêt  de  chênes 
Sonne,  et  son  vrai  Sabbat  accourt,  éclairs  de  haines 

Roulant  des  sombres  monts. 
Les  Vosges,  répondant  aux  Alpes,  tonilrucnl, 
Et,  dans  cette  clairière  où  leur  chef  luit,  se  ruent 

Des  troupeaux  de  Démons. 

c  II  en  vient  de  partout;  ils  ont  toutes  les  formes 
Des  Vices  accouplés  aux  Passions  difformes, 

Eternel  rut  boueux  ; 
Il  en  vient  du  sommet  de  toute  Hiérarchie, 
II  en  jaillit  du  gouffre  où  gît  toute  Anarchie, 

Et  tous  sont  monstrueux... 

«  Au  milieu,  double  corne  au  front,  Monstre  électrique, 
Le  vrai  Satan,  celui  du  Rit  ésotérique, 
Météore  géant, 


( t )  Jeanne  d'A rc  victorieuse,  pages  113-114,  pastiiit . 


33  * 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  X01KE 


Assis  sur  un  Dolmen,  les  regarde  et  préside; 
Kl  tous  disent  :  —  c  Salut  au  premier  Homicide, 
Koi  des  rois  du  Néant  !  » 


c  A  ces  mots,  rayonnant,  Flamme  et  milliers  de  flammes, 
Satan  a  resplendi,  car  ces  Feux  sont  les  Ames 


Du  front  aux  pieds,  selon  le  crime  ;  et  sous  son  aile 
Droite  ou  gauche,  selon  que  TA  me  criminelle 
Fut  homme  ou  femme  ici  (i)...  • 


<h  L'auteur  aurait  pu  dire  aussi  justement: 

«<  ...  Selon  que  l'àmc  criminelle 
Est  homme  ou  femme  ici.  • 

Les  âmes  criminelles  des  vivants  font  aussi  bien  partie  du  corps  de 
Samaèl  que  les  âmes  perverses  des  morts,  —  cl  cela  est  un  grand 
mystère. 


Qu'il  s'incorpore  ainsi 


(Section  1 1  ) 

La  Force  (onze)  sa  Énergie  =  Ses  moyens 
de  déploiement  (Force  de  la  Volonté). 

Chapitre  IV 

FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


A  volonté! 

Le  Tarot  des  bohémiens  porte  inscrit,  sur 
son  feuillet  onze,  le  simple  et  majestueux  em- 
blème de  celte  déesse. 

On  y  voit  une  jeune  fille,  debout  dans  les  plis  d'un 
manteau  d'apparat,  et  coiffée  du  signe  cyeliquede  la  Vie 
universelle  00,  dompter  sans  le  moindre  effort  un  lion 
en  fureur,  dont  elle  dot  des  deux  mains  la  gueule  rugis- 
sante. Sur  son  visage  transparait  la  sérénité  de  la  Force 
consciente  d'elle-même  ;  l'altitude  est  si  calme  qu'on  y 
lirait  l'indolence,  si  la  virilité  de  F  acte  n'infligeait  un  dé- 
menti à  l'expression  placide  des  traits. 

Son  genou  fait  saillie  sous  la  robe,  il  semble  ployé  (l). 
Cet  indice  donne  à  penser  que  l'hiéroglyphe  original  la 
peignait  assise.  Sans  doute  un  cartier  malhabile,  repro- 

(1)  Voir  les  éditions  anciennes  du  Tarot. 

22 


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.'±38  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


duisant  l'emblème  primitif,  aura  cru  pouvoir  supprimer 
le  fauteuil,  sans  prendre  soin  de  redresser  entièrement 
la  posture  du  sujet. 

Ce  détail  fautif  se  trouve  corrigé  dans  le  Tarot  cTEt- 
teilla,  qui  date  de  la  fin  du  xviu*  siècle.  La  déesse  y  est 
peinte  sur  un  trône;  contre  son  genou  repose  la  tête  du 
lion  apaisé,  qui  va  s'endormir.  Une  fois,  par  hasard, 
Etteilla  nous  semble  avoir  vu  juste. 

Qui  ne  connait,  au  moins  de  nom,  ce  perruquier  gen- 
delcttres,  contemporain  de  Mesmer  et  de  Cagliostro  ? 
Peu  enthousiaste  de  son  gagne-pain  cosmétique,  il  s'en 
élut  un  autre,  et  cultiva  fructueusement  les  hautes 
sciences,  en  particulier  celle  du  Tarot,  que  le  savant 
Court  de  Gébelin  venait  de  mettre  à  la  mode  :  bref,  le 
digne  coiffeur,  qui  se  nommait  tout  simplement  Alliette, 
s'établit  astrologue,  devin  et  philosophe  hermétique, 
sous  son  nom  inversé  d'Etteilla.  Il  ne  manquait  ni  de 
clairvoyance  naturelle,  ni  d'une  certaine  érudition  tu- 
multueuse et  mal  digérée.  En  son  domicile  de  la  rue  de 
l'Oseille,  au  Marais,  Etteilla,  «  professeur  d'Algèbre 
(comme  il  s'intitulait) ,  astro-phil-astre  et  restaurateur 
de  la  cartonomancie  pratiquée  chez  les  Égyptiens,  » 
donna,  moyennant  salaire  honnête,  des  consultations  et 
des  leçons  particulières.  La  vogue  lui  futbientôt  acquise; 
il  fit  fortune  et  roula  carrosse.  Malheureusement,  il  se 
mêla  d'écrire,  et  ses  œuvres,  —  qu'on  réunit  d'ordinaire 
en  deux  forts  volumes,  ornés  de  figures  en  taille-douce,— 
ne  donnent  pas  l'idée  de  ce  que  pouvaient  être  ces  fa- 
meuses consultations  divinatoires,  qui  ont  fait  courir 
tout  Paris.  —  Doué  d'une  perspicacité  peu  commune,  et 


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FOUCE  DE  LA  VOLONTÉ 


d'une  grande  aisance  dans  le  maniement  des  nombres  et 
des  figures,  il  étonnait  chez  lui,  le  crayon  ou  le  compas 
à  la  main,  parmi  les  bizarreries  de  ses  diagrammes  et  le 
bariolage  de  ses  tarots.  Mais  l'illusion  tombe,  en  lace  de 
son  œuvre  écrite.  Cette  pénible  compilation,  sans  ordre 
ni  clarté,  trahit  le  manque  d'instruction  première  et  ne 
soutient  pas  la  lecture...  Etteilla  fit  pis  encore:  il  publia 
une  édition  expurger  du  Tarot  !  On  peut  dire  que  la  fan- 
taisie laborieuse  mais  biscornue  de  ce  singulier  correc- 
teur a  bouleversé  de  fond  en  comble  les  arcanes  du  Livre 
de  Thoth,  intervertissant  Tordre  des  lames,  el  parfois 
substituant  aux  vieux  symboles  magiques  les  caprices 
d'une  imagination  superlativement  brouillonne  et  déré- 
glée. Une  fois  ou  deux,  néanmoins,  il  a  rencontré  juste, 
—  et  c'est,  en  vérité,  le  cas  du  feuillet  qui  nous  occupe. 

La  onzième  clef  du  Tarot  s'explique  et  se  commente 
d'elle-même.  La  déesse,  assise  ou  debout,  signifie  tou- 
jours la  Volonté  vivante,  dont  la  vertu,  décuplée  par  Ten- 
trainement,  dompte  sans  effort  la  rébellion  des  forces 
instinctives  et  passionnelles. 

Le  lion,  qui  symbolise  ces  dernières,  figure  aussi  leur 
milieu  nourricier,  la  lumière  astrale,  dont  il  est  un  des 
plus  antiques  hiéroglyphes.  A  ce  point  de  vue,  le  pen- 
taclc  exprime  l'empire  qif exerce  la  Volonté  sur  les  fluides 
hyperphysiques,  les  Esprits  élémentaires  et  les  Lémures 
qui  hantent  la  région  sans  limite. 

L'apocryphe  des  Oracles  de  Zoroaslre,  que  nous  avons 
déjà  cité,  à  propos  des  mirages  errants,  désigne  le  lion 
comme  la  figure  synthétique  en  quoi  se  résument,  quand 
le  voyant  prolonge  son  extase,  toutes  les  Puissances 


340  LA  CLEF  Dfc  LA  MAGIR  NOIRE 


hallucinantes  du  royaume  astral.  «  Cernes  omnia  leo- 
nem  (1)  »,  dit  le  texte  latin. 

«  Le  signe  [zodiacal]  «lu  lion  (peui-on  lire  au  Irès  estimable 
traité  de  Liglit  of  Egypt),  symbolise  la  force,  le  courage  et  le 
feu...  Kubbalistiqtienieiit,  le  signe  du  Lion  ligure  le  cœur  du 
Grand  Homme, et  représente  le  centre  vital  du  système  circu- 
latoire lluidique  de  l'humanité.  C'est  aussi  le  tourbillon  de 
feu  de  la  vie  physique  (2).  * 

Telles  sont  les  forces,  également  insurrectionnelles 
dans  le  monde  et  chez  l'homme  (dans  les  sphères  du 
Macrocosme  et  du  Microcosme),  et  que  !a  Volonté  do- 
mine et  dirige  magiquement,  — comme  l'adepte  des  mys- 
tères chaldéens  faisait  des  lions  sacrés,  nourris  dans  le 


(1)  Le  chapitre  des  Démons  et  des  Sacrifices,  où  se  lit  cette  phraso. 
constitue  une  page  essentielle,  au  point  de  vue  des  rites  théurgiquos  : 
Kli plias  Lévi  en  a  donné  une  belle  traduction  (Histoire  de  la  Magie. 
pages  .ri8-60). 

Os  curieux  Oracles,  recueillis  dans  les  livres  des  alexandrins,  qui 
volontiers  s'y  réfèrent,  ont  été  imprimés  par  François  Patricius.  on 
tète  de  sa  Magia  Phitosnphica  (llaitibtirgi,  l.V.)3,  pet.  in-8o).  On  les 
trouve  également  in-extenso  dans  le  Trinum  magicum  (Fraucofurti. 
iOlO  ou  1603,  in-12,  pages  32040 1).  La  citation  que  nous  avons  faite 
se  trouve  à  la  page  315  de  ce  dernier  recueil. 

(2)  La  Lumirre  d'Egypte  (traduction  française),  Paris,  Chamuel, 
I8ÎK»,  in -4°,  fi  g.  (Page  18o,  passim). 

Cet  important  traité,  dont  nous  venons  de  prendre  connaissance 
(Décembre  189j)  est  à  la  fois  un  curieux  ouvrage  et  une  bonne  action. 
Il  n'est  pas  sans  tache?,  et  plusieurs  des  critiques  émises  à  son  sujet 
semblent  fondées.  Néanmoins,  bien  que  nos  vues  rie  concordent  pas 
sur  tous  les  points  avec  celles  de  l'auteur,  nous  nous  permettrons  de 
recommander  à  notre  public  la  Lumière  d'Egypte.  Certaines  pages  de 
ce  livre  nous  ont  paru  émaner  d'une  source  particulièrement  intéres- 
sante. Knfin.  pour  emprunter  une  expression  familière  à  Saint-Martin 
(comparant  les  diverses  nourritures  de  l'intelligence),  c'est  quelquefois 
«  du  très  bon  ». 


* 


m 

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\ 

FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  341 


temple  en  vue  des  épreuves,  et  qu'il  devait  rendre  do- 
ciles au  magnétisme  du  geste  et  de  la  voix. 

Quant  à  l'héroïne  symbolique  de  l'emblème,  nous  la 
préférons  assise,  car  elle  représente  alors  la  Volonté 
calme  et  robuste,  sur  le  trône  de  l'inébranlable  Raison. 
Et  le  fauve,  vaincu  par  le  double  prestige  de  la  fermeté 
jointe  à  la  douceur,  repose  son  mufïle  apprivoisé  sur  les 
genoux  de  l'Immortelle  î 

L'indication  n'est  point  négligeable  encore,  que  fournit 
le  signe  vital  universel  placé  sur  la  tète  de  la  déesse.  Il 
proclame,  —  ce  huit  renversé,  —  qu'en  tous  lieux  de 
l'univers  où  la  vie  étend  son  empire,  la  Volonté  humaine 
peut  saisir  le  sceptre,  et  (pie  sa  sphère  d'action  n'a  pas 
d'autres  frontières  que  celles  mêmes  de  l'existence  cos- 
mique, soit  occulte  ou  manifestée. 

La  Volonté  de  l'homme,  ainsi  que  Fabre  d'Olivet  l'a 
magistralement  établi,  constitue  l'une  des  trois  grandes 
Puissances  qui  régissent  l'Univers. 

Dans  l'individu,  comme  dans  l'être  collectif  humain, 
la  Volonté  embrasse  et  maîtrise  de  son  étreinte  unitaire 
les  trois  vies  instinctive,  animique  et  spirituelle,  qui  ali- 
mentent et  soutiennent  trois  modifications  de  la  Psyché  : 
l'àme  sensitive,  l'âme  passionnelle  et  l'àme  intelligente. 
Le  siège  central  de  la  Volonté  réside  en  la  partie  mé- 
diane de  l'Être  humain  ;  mais  cette  faculté  peut  s'amoin- 
drir ou  s'accroître,  descendre  dans  l'instinct  ou  ascendre 
dans  l'intelligence,  pour  y  séjourner  plus  ou  moins  à  de- 
meure. 

Ces  choses  remémorées  succinctement,  car  le  Lecteur 


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342  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


les  connaît  déjà,  notifions  encore  ce  fait  que  nous  atteste 
l'unanimité  des  traditions  sacerdotales  :  qu'en  la  sphère 
d'Kdcn,  avant  la  chute,  la  volonté  d'Adam-Ève  était  créa- 
trice, sans  restriction  ni  tempérament  à  ce  pouvoir  quasi  - 
divin.  L'homme  universel  exerçait  la  souveraineté  dans 
toute  Tétendue  de  l'enceinte  organique  dont  il  occupait 
le  centre  ;  il  y  régnait  au  même  titre  que  les  autres 
dieux,  — consubstantiels  au  Verbe  comme  lui, —  régnaient 
chacun  dans  sa  sphère  propre  ;  au  même  titre  enfin,  s'il 
le  faut  dire,  que  ce  Verbe  divin  lui-même  régnait  au  plé- 
rôme  intégral  de  la  Divinité. 

La  Volonté  d'Adam  était  le  seul  support  des  êtres  in- 
nombrables dont  il  avait  peuplé  son  domaine  ;  en  sorte 
qu'il  pouvait,  d'une  seule  volilion,  «  les  porter  en  un 
moment  de  l'être  au  néant  et  du  néant  à  l'être  ».  Cette 
formule  significative  est  de  Fabre  d'Olivet.  Nous  ne  ré- 
sistons pas  au  plaisir  de  citer  ici  quelques  lignes  de  ce 
grand  maître,  qui  met  dans  la  bouche  d'Adam  un  dis- 
cours où  notre  premier  père  décrit,  en  style  transparent 
encore  t\ue.rotérique>  les  conséquences  de  sa  témérité,  et 
toute  l'horreur  de  sa  déchéance. 

«  Lp  cours  (pio  suivait  ma  vie  dans  l'éternité  s'arrêta;  tout 
s'arrêta  autour  de  moi  ;  et  je  vis,  avec  une  indescriptible  stu- 
peur, (pie  toutes  les  productions  de  mon  Éden,  et  toutes  les 
créatures  que  j'y  avais  mises,  consolidées  par  une  force  qui 
m'était  inconnue,  ne  dépendaient  plus  des  actes  de  ma  vo- 
lonté. Un  mouvement  rétrograde  avait  tout  envahi.  Emporté 
avec  tout  le  reste  dans  ce  mouvement  épouvantable,  c'est  en 
vain  que  j'essayerais  de  te  peindre  mon  angoisse...  C'est  au 
milieu  de  cette  angoisse  que  la  voix  du  Très-haut  se  (il  en- 
tendre à  moi,  et  que  sa  miséricorde  daigna  y  mettre  un  terme 
en  changeant,  par  sa  toute-puissance,  le  mode  de  mon  exis- 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


tenoe,  que  rien  autre  ne  pouvait  changer.  Alors  je  pris  des 
formes  analogues  à  celles  que  mes  productions  avaient 
prises.  Je  devins  corporel  comme  elles.  L'Éternel  Dieu  aurait 
pu  sans  doute  anéantir  nies  productions  ;  mais  comme  la 
souffrance,  qui  était  la  suite  inévitable  de  ma  faute,  ne  pou- 
vait se  guérir  qu'en  se  divisant  à  l'infini,  et  que,  plus  elle 
était  partagée  et  divisée,  plus  elle  devenait  supportable,  et 
tendait  d'autant  plus  vite  à  s'elTucer,  il  daigna  faire  concourir 
a  ma  guérison  toute  la  nature  corporelle  qui  était  mon  ou- 
vrage. Ainsi  la  masse  de  douleurs  qui  devait  peser  à  l'avenir 
sur  la  totalité  des  hommes  à  naître  de  moi,  fut  allégée  dans  un 
très  grand  degré  par  le  partage  qui  en  fut  fait  sur  les  ani- 
maux... Ils  n'étaient  pas  plus  innocents  que  mes  descendants 
ne  le  seront  ;  car,  encore  une  fois,  tous  ces  êtres,  sous  quel- 
que point  de  vue  qu'on  les  considère,  ne  sont  que  moi,  que 
moi-môme,  dont  l'unité  est  passée  à  la  diversité  (I).  » 

Primordialement,  en  Éden,  les  volitions  de  l'homme 
s  objectivaient  donc,  dans  l'instant  qu'il  les  proférait.  — 
Depuis  la  chute  et  la  dissémination  d'Adam-Êve  en  de 
multiples  humanités  à  travers  le  temps  et  l'espace,  cette 
magnifique  prérogative  créatrice  semble  ravie  à  l'hom- 
me (2).  Aux  yeux  de  l'observateur  superficiel,  la  Volonté 
de  chaque  individu  n'a  plus  sur  la  matière  d'action 
réelle  et  directe  que  dans  les  limites  du  corps  matériel  ; 
même  en  cette  sphère  étroite,  son  autorité  ne  s'exerce 
que  sur  certains  organes;  le  système  nerveux  moteur 
reste  soumis  k  la  Volonté;  mais  sur  les  nerfs  sensitifs, 
son  empire  est  presque  nul. 


(1)  Caïn,  pages  211-212,  passim. 

(2)  L'être  qu'ici  nous  appelons  l'homme,  c'est,  —  qu'on  ne  s'y 
(rompe  pas,  —  le  sous-multiple  adamique,  Adam  halha-aretc 
yiXH  S?  au  degré  d  é%olution  où  il  se  trouve  actuellement  sur 
la  terre. 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Tel  est,  en  deux  mots,  —  à  première  vue,  —  le  misé- 
rable bilan  terrestre  de  cette  faculté  déchue... 

Mais,  à  observer  les  choses  de  plus  près,  pareille  dé- 
chéance ne  serait-elle  pas  plus  apparente  que  réelle?  Les 
cas  n'abondent-ils  point,  où  la  Volonté  reconquiert  spon- 
tanément quelque  influence  directe  sur  les  êtres  et  les 
choses  du  monde  extérieur?  Un  peu  d'entraînement  enfin 
ne  rend-il  pas  à  cette  faculté  une  part  de  son  énergie 
virtuelle?  N'en  peut-on  pas  alors  faire  magiquement 
usage,  pour  le  mal  ou  pour  le  bien?  —  Au  point  où 
nous  en  sommes  de  ce  travail,  la  réponse  n'est  plus  dou- 
teuse. C'est  elle  qui  fera  l'objet  du  présent  chapitre. 

Consultons  la  Genèse.  Quand  Ihôah  chasse  du  «  para- 
dis terrestre  »  le  couple  symbolique,  voici  les  termes  de 
la  sentence  qu'il  signifie  à  la  Femme,  type  expressif  de  la 
faculté  volitive  d'Adam  :  —  «  Je  multiplierai  le  nombre 
des  obstacles  physiques  de  toutes  sortes,  opposés  à  l'exé- 
cution de  tes  désirs,  en  augmentant  en  même  temps  le 
nombre  de  tes  conceptions  mentales  et  de  tes  enfantements. 
Avec  travail  et  douleur  tu  donneras  l'être  à  tes  produc- 
tions, etc.  (I)...  »  Telle  est  la  traduction  profonde  de 
Fabre  d'Olivet.  La  version  exotérique  de  Le  Maistre  de 
Sacy  renferme  un  sens  tout  pareil,  sous  une  image  plus 

■ 

enveloppée  :  «  Je  vous  affligerai  de  plusieurs  maux  pen- 
dant votre  grossesse;  vous  enfanterez  dans  la  douleur, 
etc.  (2)...  » 

Le  Seigneur  ne  frappe  donc  point  de  stérilité  la  puis- 

(1)  Langue  hébraïque  restituée,  tome  II,  page  316. 

(2)  Genèse,  chap.  m,  >v.  16. 


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FORCE  DK  LA  VOLONTÉ 


345 


sance  volitive  dont  Ève  est  le  svmbole;  il  la  condamne 
à  multiplier  de  laborieux  efforts,  pour  obtenir  un  moin- 
dre résultat. 

La  désintégration  de  l'Homme  universel,  et  l'empri- 
sonnement de  ses  sous-multiples  en  des  geôles  de  chair, 
opaques,  et  massives,  —  tels  sont  les  obstacles  qui, 
sous  la  loi  de  déchéance,  entraveront  dès  l'abord  la  fa- 
culté créatrice  dévolue  à  la  nature  humaine.  Tout  épar- 
pillement  substantiel  comporte  une  diminution  quanti- 
tative de  la  force  lice  à  cette  substance;  et  l'obseuration 
d'une  enveloppe  translucide  autour  d'un  centre  lumineux 
ne  va  point  sans  une  altération  qualitative,  au  moins  ap- 
parente, des  rayons  qui  émanent  de  ce  foyer. 

Mais  dans  l'acte  même  de  bâtir  cette  prison  temporaire 
—  le  corps,  —  quel  merveilleux  pouvoir  créateur  déploie 
la  Volonté!  Comme  elle  triomphe,  jusqu'en  son  humilia- 
tion !  Ici,  elle  est  collective  et  essentielle,  non  pas  encore 
individuelle  et  réfléchie. 

L'individu  qui  s'incarne  ne  se  doute  point,  —  plongé 
d'ailleurs  en  un  engourdissement  profond,  —  qu'un  ar- 
chitecte et  des  ouvriers  d'essence  identique  a  la  sienne 
travaillent  à  lui  construire  une  habitation  congruente  à 
son  nouvel  état.  L'édifice  s'élève,  en  d'autres  termes, 
sans  qu'il  en  ait  conscience  :  car  celui  qui  trace  le  plan 
comme  ceux  qui  l'exécutent  ressortissent  à  cette  moitié 
obscure  de  l'être  humain,  que  nos  psychologues  moder- 
nes commencent  à  soupçonner  sous  le  nom  (Y Inconscient. 

L'Inconscient  est  cette  Entité  absconse  qui  se  manifeste 
en  nous,  cet  alter  ego,  ce  Moi  non-moi  qui  pense,  veut 


■ 

346 


LA  f.LRF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


et  agit  dans  notre  intérieur,  sans  que  nous  ayons  nul 
sentiment,  parfois  nulle  notion,  de  ce  penser,  de  ce  vou- 
loir, de  cet  agir,  étrangers  et  nôtres  tout  ensemble.  Si  les 
philosophes  ont  assigné  pareille  dénomination  à  cette 
chose  si  malaisée  à  définir,  ce  n'est  point  quelle  appa- 
raisse inconsciente  en  soi,  ils  n'en  savent  rien;  c'est 
seulement  parce  que  nous  n'avons  point  conscience 
d'elle. 

Notre  Volonté  propre,  tout  d'abord,  consciente  lors- 
qu'elle s'élève  dans  les  modifications  supérieures  de  l'ê- 
tre (intelligence,  sagacité),  ou  qu'elle  se  maintient  dans 
l'entendement  et  la  raison,  —  ne  l'est  plus  quand  elle 
s'exerce  dans  le  sentiment  pur  ou  qu'elle  descend  dans 
l'instinct. 

Il  y  a  en  outre,  par  rapport  à  la  conscience  individuelle 
(qu'on  la  suppose  ou  non  développée),  deux  Inconscients 
collectifs  :  celui  d'en  haut  et  celui  d'en  bas.  L'architecte 
du  corps  appartient  à  l'Inconscient  supérieur,  à  l'Ame 
humaine  collective  par  quoi  l'Esprit  universel  se  mani- 
feste. Cet  architecte  est  la  Volonté  de  l'Espèce.  —  Quant 
aux  artisans,  ils  relèvent  de  l'Inconscient  inférieur  et  se 
meuvent  dans  le  rovaume  de  l'Instinct  :  ce  sont  les  éner- 
gies  moléculaires  que  le  Corps  astral,  cet  entrepreneur  de 
la  bâtisse,  évertue  en  les  unifiant,  et  qui  deviennent  les 
âmes  des  cellules  constitutives  de  l'organisme  physique 
en  voie  de  formation. 

Mais  entre  l'architecte  et  l'entrepreneur,  —  entre  la 
Volonté  de  l'Espèce  et  le  Corps  fluidique  de  l'individu,  — 
se  place  un  intermédiaire,  dont  il  faut  bien  toucher  un 
mot. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


347 


Puisque  nous  ébauchons  le  rôle  de  la  Puisssance  vo- 
litive,  dans  la  manifestation  des  individus  sur  les  plans 
astral  et  physique,  —  peut-être  l'instant  est-il  venu  de 
mentionner  l'importance  d'une  faculté  occulte  assez  peu 
connue,  et  qu'on  pourrait  définir  la  matrice  psychique 
du  corps  astral. 

Sa  notion  formelle  préservera  les  étudiants  en  Occulte 
de  bien  des  quiproquos. 

En  effet,  sans  mieux  s'expliquer,  les  Occultistes  ont 
coutume  de  dire  :  d'une  part,  que  le  corps  astral,  étant 
périssable,  doit  après  la  mort  se  dissoudre  lentement 
dans  l'atmosphère  terrestre;  —d'autre  part,  que  l'adepte 
doit,  dès  ici-bas,  élaborer  (prétendent  les  uns),  épurer 
(soutiennent  les  autres)  son  corps  lumineux  :  lequel,  à 
l'issue  de  la  terrestre  épreuve,  servira  de  char  à  l'âme 
affranchie,  pour  atteindre  la  Citadelle  ignée  et  parfaire  sa 
réintégration  dans  l'Unité  céleste...  On  s'y  perd! 

Le  malheur,  c'est  que  certains  enseignants  ont  tou- 
jours pris  soin  de  confondre  l'effet  avec  la  cause  :  le 
corps  astral  avec  la  faculté  plastique  d'appropriation, 
pour  ne  pas  dire  qu'ils  ont  entièrement  méconnu  la  na- 
ture de  celle-ci.  La  faculté  plastique  n'est  point  un 
moyen-terme  éventuel,  un  lien  d'éphémère  union  entre 
le  corps  et  l'àme  ;  elle  tient  d'une  manière  intime  à  l'es- 
sence de  la  Psyché,  dont  elle  constitue  l'instrument  de 
précision  et  de  mise  au  point  pour  les  milieux  où  elles 
séjourneront  ensemble. 

Notifions-le  donc  à  ceux  qui  l'ignorent  :  toute  âme  indi- 


348 


LA  CLEF  DK  LA  MAGIE  NOIRE 


viduelle  est  pourvue  d'une  faculté  plastique  (1)  invisible, 
qui,  docile  à  la  Volonté  cflieiente  de  l'Espèce  (essence 
elle-même  émanée  du  principe  ou  archétype),  tisse  sur 
ce  modèle  un  vêtement  fluidique  à  l'àme  :  un  corps  si- 
déral, plus  ou  moins  subtil,  selon  les  divers  milieux  as- 
traux qu'elle  traverse.  Si  l'àme  s'incarne  sur  une  planète, 
c'est  en  vérité  ce  corps  sidéral  qui  servira  de  patron  k 
l'organisme  matériel,  dont  les  cellules  s'agenceront  en  se 
juxtaposant  sur  les  traits  de  son  esquisse  ignée.  Mais, 
par  ce  fait,  les  deux  formes  corporelles,  la  visible  et  l'in- 
visible, consomment  un  indissoluble  hymen  :  la  destinée 
leur  est  commune  désormais,  jusqu'à  l'heure  où  la  mort 
de  la  première  sonnera  l'agonie  de  la  seconde. 

C'est  alors  que,  l'àme  émigrant  toute  nue  vers  un 
autre  séjour,  la  faculté  plastique  qui  lui  est  inhérente 
aura  mission  d'élaborer  pour  elle  un  nouveau  corps  sub- 
til, vêtement  approprié  aux  nouvelles  ambiances.  Jusque- 
là,  celte  faculté  se  bornait  au  rôle  de  régulatrice  k  l'é- 
gard de  l'ancien. 

En  effet,  tant  que  l'àme  humaine  passe  d'un  milieu  as- 
tral dans  un  autre  sans  s'incarner  physiquement,  le  corps 
éthéré,  expression  actuelle  de  la  faculté  plastique,  se  subti- 
lise tour  à  tour  ou  se  condense,  afin  de  demeurer  en  har- 
monie avec  le  milieu  nouveau  qui  le  baigne.  Mais  si  l'àme, 


(1)  Ce  que  nous  désignons  par  faculté  plastique  est  connu  des  théo- 
soplii-s  védantins  sous  un  nom  différent  —  Cf.,  à  V Appendice  du 
présent  tonn\  la  iiot«-  brève,  mais  substantielle,  où  M.  Paul  Sédir  a  ré- 
sume les  enseignements  de  l'Ksotérisine  adwaïti  sur  ce  point  de  doc- 
trine. On  constatera  qu'il  n'y  a  guère  de  différence  entre  la  notion 
védantine  du  Corps  causal  et  notre  conception  de  la  faculté  plastique 
efficiente. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  349 


emportée  au  torrent  des  générations,  s'engouffre  en  un 
corps  de  chair,  où  son  élastique  forme  astrale,  captive 
et  comprimée  à  haute  tension,  va,  par  son  dynamisme 
expansif  guidant  le  travail  cellulaire,  pourvoira  la  crois- 
sance de  l'organisation  corporelle  :  une  invincible  affi- 
nité relie  dès  lors  les  deux  effigies  ;  l'objective  et  la  sub- 
jective. L'union  terrestre  est  consommée  entre  elles; 
leurs  destins  sont  inséparables  désormais. 

Notre  Public  s'en  souvient  à  coup  sûr  :  Si  loin  que  le 
corps  astral,  abmatérialisé  durant  le  sommeil  ou  l'extase, 
s'éloigne  de  sa  coque  matérielle,  une  chaîne  sympathique 
reste  tendue  entre  elle  et  lui.  Sa  rupture  occasionnerait 
la  mort.  Corps  physique  et  corps  astral  appartiennent 
tous  deux  à  l'orbe  de  la  terre,  et  quoi  qu'on  en  ait  dit, 
ni  l'un  ni  l'autre  n'en  peut  outrepasser  les  secrètes 
limites  :  ceux  qui  savent  ne  nous  démentiront  pas. 

Lorsqu'un  adepte,  —  mais  le  cas  est  si  rare!  —  s'é- 
lance au  delà  de  ces  bornes,  sur  les  ailes  d'un  corps 
éthéré,  ce  véhicule  n'est  point  la  forme  astrale  propre- 
ment dite.  C'est  le  corps  glorieux  qu'a  su  élaborer  cet 
adepte,  réintégré  dès  ici-bas  dans  la  plénitude  de  ses 
droits  d'en  haut:  si  bien  qu'avant  même  de  mourir,  il 
est  ressuscité  d'entre  les  morts.  Le  corps  glorieux  (1),  ce 

(1)  Le  corps  astral  est  formé  de  la  substance  fluidique  empruntée 
telle  quelle  au  nimbe  de  la  planète  :  car,  —  bien  que  nous  soutcnions> 
à  rencontre  de  certains  magistes.  que  le  corps  astral  préexistait  à  la 
conception  du  fœtus,  —  il  reste  certain  pour  nous  qu'au  cours  de  la 
gestation,  sa  substance  lluidique  se  renouvelle  entièrement,  par  des 
échanges  avec  l'astral  terrestre.  C'est  une;  conséquence  nécessaire  de 
son  commerce  avec  le  corps  matériel  qu'il  informe.  —  Il  ne  s'agit  plus 
d'une  adaptation  provisoire  au  milieu,  comme  quand  le  corps  astral 
changeait  d'atmosphère  sans  s'incarner:  il  s'agit  d'une  modification 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


4  char  subtil  de  l  ame  »,  comme  l'appelaient  les  Pythago- 
riciens, n'est  point  captif  de  l'attraction  terrestre;  mais 
son  acquisition,  posthume  chez  le  plus  grand  nombre, 
ne  peut  s'effectuer  sur  cette  terre  qu'au  bénéfice  d'une 
rare  élite.  Quiconque  y  parvient  ressemble  au  prisonnier 
qui  réussirait,  dans  son  cachot  même,  à  construire  l'ap- 
pareil aérostatique  de  son  évasion. 

Ce  cas  est  d'ordre  exceptionnel  ;  voici  la  règle.  — 
Chaque  fois  qu'après  une  mort  physique,  l'àme  émigré 
vers  un  autre  monde,  elle  abandonne  un  cadavre  visible 
à  la  voirie  terrestre  et  un  cadavre  invisible  à  l'atmosphère 
occulte  de  la  planète.  Ce  dernier  est  le  corps  astral,  qui 
se  dissout  lentement,  comme  nous  le  disons  au  chapitre 
vi  (la  Mort  et  ses  Arcanes).  L  ame  alors,  transférée  en  un 
autre  séjour,  se  revêt  d'une  enveloppe  neuve,  appropriée 
aux  conditions  hyperphysiques  du  milieu  nouveau  qui  la 
reçoit.  Et  c'est  encore  la  faculté  plastique,  intimement 
liée  d'une  part  à  la  Puissance  volitive  de  l'espèce,  d'au- 
tre part  à  la  propre  nature  individuelle  de  la  Psyché,  — 
c'est  la  Faculté  plastique  qui  élabore  et  qui  adapte  à 
l'àme  pérégrine  tel  corps  astral  de  rechange,  plus  dense 


profonde,  d'une  appropriation  définitive  du  corps  astral  à  l'orbe  plané- 
taire, dont  il  ne  pourra  plus  s'affranchir  désormais. 

Lo  corps  astral,  tel  quo  nous  le  connaissons  ici-bas,  est  donc  fait  de 
lumière  astrale  spécialisa. 

Mais  le  corps  spirituel,  glorieux,  est  tissu  de  la  pure  substance 
édénale,  agathomorphe  ;  alias  de  l'élément  adamique  (ÎT27N  de  Moïse), 
ou  originelle  Lumière  de  gloire. 

L'un  appartient  au  inonde  de  la  déchéance;  l'autre  ne  relève  que  du 
monde  céleste,  où  s'épanouit  Y  Éternelle  Sature  de  b\ehmc. 

Ce  corps  glorieux,  cVst  l'expression  définitive  de  lu  faculté  plasti- 
que ;  son  expression  adéquate  au  pur  éther  reconquis. 


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I 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  351 


ou  plus  épuré,  mais  toujours  en  proportion  de  la  sidéra- 
lité  ambiante. 

Nous  venons  de  dire  que  cette  faculté  obéissait  tout 
d'abord  à  la  Puissance  volitive  de  l'Espèce  :  cela,  pour 
les  traits  généraux  ;  mais  quelle  se  conformait  aussi  à  la 
nature  individuelle  de  l'âme  :  ceci,  pour  les  traits  parti- 
culiers. Les  différences  de  physionomie  sont  dues,  en  très 
notable  proportion,  à  l'influence  irréfragable  du  Karma. 
Or  si  le  Karma  terrestre,  tout  d'alluvion  fluidique  etd'ap- 
port  lémurien,  réside  au  corps  astral,  il  n'en  saurait  être 
de  même  du  Karma  intercyclique,  produit  d'une  réper- 
cussion prolongée  des  corps  astraux  d'existences  précé- 
dentes, sur  la  pure  substance  de  l'âme  ;  celui-là  se  loca- 
lise précisément  dans  la  faculté  plastique  individuelle. 

Cette  mystérieuse  faculté,  dont  l'homme  n  a  pas  le 
monopole,  sculpte  ou  modèle  la  forme  extérieure  de  tous 
les  êtres;  et,  ce  faisant,  traduit  leur  nature  propre  en 
hiéroglyphes  révélateurs  desinnéités  latentes  en  elle. 

Ainsi,  à  quelque  Règne  qu'il  appartienne,  chaque  être 
vivant  se  manifeste  au  monde  des  effigies  et  s'élit  une 
apparence  corporelle  adéquate  à  ses  vertus  intimes,  par 
l'entremise  de  sa  faculté  plastique,  obéissante  à  la  vo- 
lonté de  l'espèce. 

En  cette  dernière,  on  doit  voir  une  modification  de  la 
Volonté  cosmique,  —  c'est-à-dire  humaine,  puisque  de 
l'Univers  à  l'homme,  l'essence  est  identique.  La  tradition 
unanime  des  sanctuaires  nous  désigne  l'Homme,  conçu 
dans  son  universalité,  comme  (Haut  Y  âme  du  Cosmos  in- 
tégral; et  toute  âme  de  vie  comme  émanée,  en  mode  di- 


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352  I.A  CLEF  DK  LA  MAGIE  NOIRE 


rect  ou  indirect,  (le  la  substance  biologique  humaine 
(Adamah). 

«  Ihùah  (lit-on  au  deuxième  chapitre  de  la  Genèse)  avait 
formé  hors  de  Vêlement  adamique  (1)  toute  l'animalité  de  la 
nature  terrestre  et  toute  l'espèce  volatile  des  cieux  ;  il  les  fit 
venir  vers  Adam,  pour  voir  quel  nom  relatif  à  lui-même  cet 
Homme  universel  assignerait  à  chaque  espèce  ;  et  tous  les 
noms  qu'il  assigna  aces  espèces,  dans  leurs  rapports  avec  lui, 
furent  l'expression  de  leurs  rapports  avec  I  âme  vivante  uni- 
verselle (2). 

Ce  verset  du  Berœshitli  a  trait  au  mystère  que  nous 
dévoilons. 

En  nommant  les  animaux,  Adam  détermine  les  natures 
volitives  qui,  —  au  regard  de  sa  propre  nature  univer- 


(1)  C'est-à-dire,  l'Elément  homogène  d'où  provient  la  substance 
d'Adam.  —  Mais  Ihùah  n'avait  créé  les  animaux  qu'en  principes  ;  c'é- 
tait à  l'homme  de  les  faire  passer  de  puissance  en  acte. 

Rien  d'ailleurs  n'est  moins  facile  que  de  pénétrer  ces  arcanes  du 
Gan-bi-Hédcn.  Sur  toute  chose,  il  importe,  pour  ne  se  point  égarer 
dans  un  labyrinthe  de  contradictions  vocabulaires,  d'avoir  toujours 
présent  à  l'esprit,  que  Ihùah-.Elohim  constitue  l'Adam  Céleste  absolu. 
—  et  qu'Adam  représente,  en  Edeii,  un  organe  vivant  de  Ihùah,  un 
/Eloha  dVKlohim. 

Par  suite  de  sa  déchéance,  Adam  se  divise;  la  matière  est  l'instru- 
ment passif  de  cette  division.  L'homme  matériel  et  tous  les  êtres  vi- 
vants sont,  (a  des  degrés  plus  ou  moins  proches),  des  sous-multiples 
d'Adam  déchu,  dont  le  corps  matériel  intégral  n'est  autre  que  l'Uni- 
vers physique  lui-même. 

(i)  IJerœshith,  chap.  n,  ï.  1<)  (Lant/ue  hébraïque  restituée,  tome  11, 
pages  8i.  et  31. ï). 

Nous  avons  donné  la  version  ésotérique  de  Fabre  d'Olivet  :  nous 
allons  transcrire  en  regard  l'a  peu  près  littéral  de  M.  Sylvestre  deSacy  : 
«  Le  Seigneur  Dieu  ayant  donc  formé  de  la  terre  (!)  tous  les  animaux 
terrestres  et  tous  les  oiseaux  du  ciel,  il  les  amena  devant  Adam,  alin 
qu'il  vit  comment  il  les  appellerait.  Kt  le  nom  qu'Adam  donna  à  chacun 
des  animaux  est  son  nom  véritable.  ». 


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r 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  353 

selle,  —  caractérisent  ces  êtres  émanés  de  son  verbe. 
Les  facultés  plastiques  des  individus  se  conforment  à 
l'essence  volitive  de  chaque  espèce.  Toute  eftigie  parti- 
culière, bestiale,  va  donc  dépendre  de  la  virtualité  plas- 
tique où  viennent  s'inscrire  ces  essences. 

Les  animaux  peuvent  être  conçus  comme  personnifi- 
cations incarnées  des  passions  divergentes,  et  souvent 
contradictoires,  qui  se  disputent  l'àme  inférieure  de 
l'homme;  ou,  plus  exactement,  comme  monades  adami- 
ques  déviées  en  tous  sens,  vers  les  extrémités  polaires 
du  dynamisme,  dont  Adam  occupe  le  point  central  d'é- 
quilibre. 

De  telles  notions,  délicates  à  saisir,  semblent  d'ailleurs 
inédites.  Soulignons-les. 

Ainsi,  les  âmes  bestiales  consistent  en  modalisations 
outrancières  et  désharmoniques  de  l'àme  humaine,  jadis 
harmonieuse  en  Éden.  Mais  l'accord  parfait  est  rom- 
pu... 

Productions  indirectes  d'Adam,  antérieurement  à  sa 
chute,  —  les  animaux  sont  depuis  lors  (au  même  titre 
que  les  êtres  incorporés  des  autres  Règnes),  autant  d'a- 
tomes dispersifs  de  sa  substance  corrompue,  autant  de 
sous-multiples  dégénérés  de  son  unité  dissoute.  Car  lui- 
même  s'est  emprisonné  sous  l'écorce  de  ses  productions. 
Ce  n'est  qu'au  fur  et  à  mesure  d'une  évolution  progres- 
sive, que  les  monades  de  pure  substance  adamique, 
émergeant  des  âmes  minérale,  végétale,  animale,  pour 
revêtir  les  états  nominal,  puis  spirituel,  puis  angélique, 
vont  consommer  leur  céleste  réintégration. 

L'humanité  terrestre  achève,  à  l'heure  où  nousparlons, 

2.1 


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1 


354  LA  CI-EK  DE  LA  MAGIE  N01UK 


de  dépouiller  la  nature  bestiale  d'où  elle  est  issue  :  mais 
cette  âme  inférieure  ne  desserre  point  son  étreinte;  il 
s  en  faudra  violemment  arracher. 

VAnhna  bruta,  cette  région  basse  de  la  psyché  hu- 
maine et  cosmique  tout  ensemble;  cet  empire  où  Xahàsh 
règne  en  despote  ;  cet  orbe,  réel  et  symbolique  à  la  fois, 
qui  encercle  la  planète  et  gravite  autour  de  nous  ;  le  sa- 
tellite obscur  (ainsi  le  nomment  les  adeptes  d'une  savante 
fraternité  occidentale)  :  voilà  le  commun  réservoir  des 
âmes  d'animaux  non  incarnés,  —  et  le  magique  récep- 
tacle d'une  pseudo-spiritualité,  plus  meurtrière  à  l'âme 
que  le  matérialisme  abject  des  savants  théophobes  con- 
temporains. 

La  digression  qu'on  vient  de  lire  importait  pour  l'in- 
telligence, et  de  la  faculté  individuelle  que  nous  nom- 
mons plastique,  et  de  son  rôle  à  l'égard  de  l'essence 
volitive  spécifiée. 

D'ailleurs,  ces  considérations  nous  amènent  à  la  théo- 
rie des  signatures,  qui  sont  les  empreintes  naturelles  où 
la  faculté  plastique  de  tout  être  frappe,  à  même  les 
corps,  ses  sceaux  révélateurs. 

a  Les  secrets  de  la  Nature,  dit  l'hiérophante  de  la  Thréïcie, 
sont  les  mûmes  que  ceux  de  la  religion,  et  il  ne  peut  y  avoir 
(prune  doctrine,  puisqu'il  n'y  a  qu'un  principe  des  êtres.  Nous 
sentons,  par  l'impulsion  de  notre  génie,  que  l'homme  est  né 
pour  eonnoitre  ;  aussi  nous  devons  lire  la  nature  et  la  qualité 
des  êtres  sur  leurs  enveloppes. Savoir  lire  ces  caractères  est  le 
premier  degré  de  la  science  ,  mais  ces  natures  et  ces  qualités 
ont  des  rapports  entre  elles,  qu'on  doit  aussi  savoir  lire  :  les 
caractères  en  sont  plus  déliés,  plus  difficiles  à  lire  ;  c'est  là  le 
second  degré  de  la  science  :  mais  dépouiller  les  êtres  de  leurs 
enveloppes,  les  voir  tels  qu'ils  sont,  esl  le  dernier  degré  de  la 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


388 


science  ;  peu  d'hommes  y  parviennent.  C'est  alors  que  l'homme 
est  puissant  en  paroles  et  en  œuvres...  (  I  )  » 

La  théorie  des  signatures  est  de  tradition  dans  les  dif- 
férentes écoles  d'occultisme. 

Les  adeptes  de  l'Astrologie,  qui  attribuent  aux  orbes 
célestes  des  vertus  distinctes,  et  voient,  dans  les  rayons 
dorés  qui  pleuvent  sur  notre  terre,  des  influences  fastes 
ou  néfastes  émanant  des  planètes  et  des  constellations 
zodiacales,  dans  le  jeu  mutuel  de  leurs  aspects  contrastés, 
—  les  astrologues  relèvent,  à  l'examen  des  êtres  physi- 
ques des  quatre  règnes,  les  signatures  des  astres  qui 
concoururent  le  plus  à  la  formation  de  leurs  etiigies. 

Il  parait  superflu  d'insister  sur  l'attribution  classique 
des  sept  métaux  de  l'ancienne  chimie,  dont  chacun  repré- 
sentait l'adaptation  parfaite  de  l'un  des  sept  termes  pla- 
nétaires du  système  de  Ptolémée.  Les  substances  miné- 
rales comportaient  aussi  une  filiation  astrologique,  sou- 
vent plus  complexe.  Végétaux,  animaux  ont  subi  le 
même  classement. 

Sur  cette  base  dogmatique  des  correspondances  et  des 
analogies,  ont  été  calculés,  formulés  et  prescrits  le  sym- 
bolisme cérémonial  des  grandes  religions,  et  pareille- 
ment les  rituels  de  la  plus  secrète  magie,  blanche  ou 
noire  (2).  Il  y  aurait  un  beau  livre  à  faire,  sur  l'ésoté- 


(1)  La  Thréïcie,  page  246. 

(2)  Cf.  la  Philosophie  occulte  d'Agrippa,  Dogme  et  Rituel  de  la 
Haute  Magie,   par  Kliphas  Lévi,  et  l'excellent  ouvrage  de  Papus  : 
Traité  élémentaire  de  Marjie  pratique.  On  y  trouvera  des  listes,  tri  - 
précises  et  satisfaisantes,   des  correspondances  planétaires  sur  quo 
repose  le  Cérémonial  kabbalistiquc. 


356 


IX  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


risme  du  culte  catholique  et  ses  correspondances,  — 
dont  l'estimable  essai  du  F.*.  Ragon,  la  Messe  et  $&> 
Mystères  (I),  est  loin  d'offrir  la  nomenclature  exacte,  et 
surtout  complète. 

Les  Magistes  de  tous  les  temps  ont  voulu  déchiffrer  le 
langage  des  signatures. 

Elles  jouent  un  rôle  de  première  importance  dans  les 
œuvres  de  Paracelse  et  de  son  école.  Ce  prodigieux  génie 
universel  de  la  science  au  xvie  siècle,  infatigable  expéri- 
mentateur qui  savait  tant  de  choses,  et  devinait  ce  qu'il 
n'avait  pu  ni  apprendre  ni  découvrir,  Paracelse  interro- 
geait à  un  triple  point  de  vue  la  physionomie  des  choses, 
révélatrice  pour  lui,  et  du  principe  qui  les  avait  formées, 
et  des  vertus  latentes  sous  leur  écorce.  Astrologue,  chi- 
miste et  médecin  d'une  égale  transcendance,  il  étudiait 
l'histoire  de  la  x\ature  au  miroir  des  hiéroglyphes  où  se 
trahit  la  Pensée  créatrice;  et  pour  peu  que  l'expérience 
et  la  sagacité  lissent  défaut  au  savant,  le  Mage  forçait 
alors  Uranie,  Hermès  et  Esculape  à  se  rencontrer  en  son 
laboratoire,  pour  y  forger  de  concert  la  triple  clef  des 
arcanes  où  il  aspirait. 

Les  livres  de  Paracelse  seront  consultés  avec  fruit, 
pour  ce  qui  a  trait  aux  signatures.  Son  contemporain, 
Cornélius  Agrippa  est  explicite  à  cet  égard,  dans  sa  Phi- 
losophie occulte.  Enfin,  sous  le  titre  de  «  Signatura  re- 
rum  (2;  »,  le  glorieux  mystique  Jacob  Bœhme  a  publié 


(1)  Cf.  la  Messe  et  la  Magie,  par  Paul  Sëdir,  Cbamuol,  éditeur 
(sous  presse). 

(2)  Il  n'existe  de  cet  ouvrage  allemand  qu'une  seule  traduction, 
dirons-nous  lïanraise  ?  Elle  est  en  quelque  sorte  illisible.  Klle  a  paru  à 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  357 


un  traité  où  ceux-là  trouveront  plaisir  et  profit,  que  ne 
rebutent  point  la  méthode  insolite,  le  style  rocailleux  et 
la  terminologie  barbare  du  théosophe  de  Gœrlitz. 

Mais  le  nom  qui  s'impose  à  la  plume,  dès  qu'il  est 
question  des  hiéroglyphes  naturels,  est  celui  d'Oswald 
Crollius,  auteur  de  la  Royalle  Chymie  (1),  à  la  suite  de 
laquelle  on  trouve  un  opuscule  assez  considérable,  sous 
ce  titre:  Traictédes  signatures,  ou  vraye  etviue  anato- 
mie  du  grand  et  du  petit  monde. 

«  Crollius  (dit  Éliphas,  qui  résume  en  une  curieuse  page 
les  conclusions  de  cet  auteur)  Crollius  cherche  à  établir  que 
Dieu  et  la  Nature  ont,  en  quelque  sorte,  signé  tous  leurs  ou- 
vrages, et  que  tous  les  produits  d'une  force  quelconque  de  lu 
nature  portent,  pour  ainsi  dire,  l'estampille  de  cette  force 
imprimée  en  caractères  indélébiles,  en  sorte  que  l'initié  aux 
écritures  occultes  puisse  lire  à  livre  ouvert  les  sympathies  et 
les  antipathies  des  choses,  les  propriétés  des  substances  et 
tous  les  autres  secrets  de  la  création  (2).  Les  caractères  des 


Francfort,  sous  le  titre  de  Miroir  temporel  de  V Éternité,  1664,  pet. 
in-8o. 

Cn  jeune  occultiste  du  plus  sérieux  mérite,  M.  Paul  Sédir,  initié  des 
hauts  grades  martinistes  et  rosi-cruciens,  prépare  de  la  Signatura 
rerum  une  version  exacte  et  française. 

(1)  Publiée  en  latin  sous  ce  titre  :  Jiasifica  Chemica,  Francofurti, 
i(iu4,  in-4°  (souvent  réimprimé).  La  traduction  française,  dont  il  existe 
quatre  éditions,  est  de  l.  Marcel  de  Boulene.  Nous  en  avons  extrait,  au 
ehap.  I,  quelques  passages  très  significatifs,  touchant  le  corps  astral  et 
la  puissance  magique. 

(2)  «  ...  Les  charactéres  et  signatures  naturelles  (dit  Crollius  en  sa 
Préface)  lesquelles  nous  auons  dès  nostre  création,  non  marquées  auec 
l'ancre,  ains  auec  le  doigt  de  Dieu  (ehasque  créature  estant  un  liuro  do 
Dieu),  sont  la  meilleure  partie  par  laquelle  les  choses  occultes  sont 
rendues  visibles  et  dcscouuertcs.  » 

Sans  dédaigner  les  signatures  purement  astrologiques,  Oswald  Crollius 
s'attache  de  préférence  aux  indications  médicinales  que  lui  suggèrent 


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LA  CLEF  DK  LA  MAG1K  NOIRE 


•  lifîérentes  écritures  seraient  primitivement  empruntés  à  ces 
signatures  naturelles  qui  existent  dans  les  étoiles  et  dans  les 
lleurs,  sur  les  montagnes  et  sur  le  plus  humble  caillou.  Les 
figures  des  cristaux,  les  cassures  des  minéraux,  seraient  les 
empreintes  de  la  pensée  que  le  créateur  avait  en  les  for- 
mant (1).  Cette  idée  est  pleine  de  poésie  et  de  grandeur,  mais 
il  manque  une  grammaire  à  cette  langue  mystérieuse  des 
inondes,  il  manque  un  vocabulaire  raisonné  à  ce  verbe  primi- 
tif et  absolu.  Le  roi  Salomon  seul  passe  pour  avoir  accompli 
<  e  double  travail  ;  mais  les  livres  occultes  de  Salomon  sont 
perdus:  Crollius  entreprenait  donc,  non  pas  de  les  refaire, 
mais  de  retrouver  les  principes  fondamentaux  de  cette  langue 

universelle  du  Verbe  créateur. 

«  Par  ces  principes  on  reconnaîtrait  que  les  hiéroglyphes 

primitifs  formés  des  éléments  mêmes  de  la  géométrie  corres- 


les  analogies  de  forme,  souvent  très  frappantes,  qui  homologuent  les 
produits  de  la  Nature  et,  en  particulier,  les  plantes  (leurs  fleurs,  leurs 
fruits,  leurs  tiges,  leurs  racines),  soit  au  corps  humain  pris  dans  son 
ensemble,  soit  à  telle  de  ses  parties,  à  tel  de  ses  organes.  Quand  la 
ressemblance  s'impose,  l'usage  de  la  plante  est  indiqué  pour  la  guë- 
rison  des  organes  de  pareil  aspect.  Notre  auteur  donne  une  nomen- 
clature complète  de  cette  pharmacie,  que  nous  révèlent  le  doigt  de 
Dieu  et  le  sourire  en  lleurs  do  la  Nature.  Quelquefois  les  inductions  de 
Crollius  se  fondent  aussi  sur  l'analogie  des  contraires.  L'ouvrage  se 
termine  par  une  table  détaillée  do  la  notation  hiéroglyphique  des 
corps  :  ces  signos  crochus  et  bizarres  sont  autant  de  petits  pentacles. 
par  quoi  l'adepte  d'Hermès  révèle  à  ses  initiés  les  propriétés  chimiques 
ou  physiologiques  des  substances,  cependant  qu'il  les  dérobe  du  même 
coupa  la  curiosité  profane. 

(1)  Ne  nous  lassons  pas  de  le  redire  :  ïElohim  n'a  rien  créé  qu'en 
principe,  en  archétypo.  —  La  mission  édénale  de  l'Homme  universel 
était  d'extérioriser  les  êtres,  en  les  faisant  passer  du  principe  idéal  à 
l'essence  réelle,  et  de  l'essence  à  la  manifestation  sensible,  par  la  seule 
magie  de  sa  volonté.  C'était  donc  Adam  le  créateur  véritable,  au  sens 
que  l'on  attribue  à  ce  mot;  car  il  produisait  les  êtres  au  dehors,  les 
rendait  patents,  en  les  tirant  d'un  principe  occulte,  interne  et  latent. 

Mais  il  tomba  lui-mémo  dans  les  entraves  de  sa  création  ;  et,  se 
subdivisant  à  son  tour,  il  se  revêtit  de  matière,  à  l'instar  de  ses  pro- 
duits... 


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f 

i 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  3&9 


pondraient  aux  lois  constitutives  et  essentielles  des  formes 
déterminées  parles  mouvements  alternés  ou  combinés  que 
décident  les  attractions  équilibrantes  ;  on  reconnaîtrait,  à  leur 
seule  figure  extérieure,  les  simples  et  les  composés,  et  par  les 
analogies  des  figures  avec  les  nombres,  on  pourrait  faire  une 
classification  mathématique  de  toutes  les  substances,  révélées 
par  les  lignes  de  leurs  surfaces.  Il  y  a  au  fond  de  ces  aspira- 
tions, qui  sont  des  réminiscences  de  la  science  édénique,  tout 
un  monde  de  découvertes  à.  venir  pour  les  sciences.  I'aracelse 
les  avait  pressenties,  Crollius  les  indique,  un  autre  viendra 
pour  les  réaliser  et  les  démontrer.  La  folie  d'hier  sera  le  génie 
de  demain,  et  le  progrès  saluera  ces  sublimes  chercheurs  qui 
avaient  deviné  ce  monde  perdu  et  retrouvé,  cette  Atlantide  du 
savoir  humain  (I  )  !  o 

Notons,  en  attendant  l'accomplissement  de  cette  géné- 
reuse prophétie,  que  les  moins  aléatoires  d'entre  les 
modes  de  divination,  énumérés  au  précédent  chapitre,  se 
réclament  de  principes  invariables,  et  que  leurs  règles 
reposent  tout  entières  sur  la  lecture  et  l'interprétation  des 
signatures  naturelles. 

La  Chiromancie,  par  exemple,  charriée  jusqu'à  nous 
par  la  tradition  des  siècles,  puis  épurée  naguère  et  ra- 
jeunie par  Desbarrolles,  enfin  passée  par  les  soins  de 
Papus  au  crible  d'une  savante  critique,  —  la  Chiromancie 
attribue  un  sens  absolu  aux  lignes  de  la  main.  Ajoutons 
qu'elle  est  rarement  trompeuse,  lorsqu'on  la  pratique 
avec  prudence  et  discernement.  Il  est  parfaitement  logi- 
que d'admettre,  en  effet,  que  certaines  passions  —  pre- 
nons l'avarice  —  se  traduisent  par  tels  mouvements  cou- 
tumiers  des  muscles  de  la  main.  L'homme  rapace  a  les 


(\)  Histoire  de  ta  Magie,  pages  370-371. 


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1 

360  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

doigts  crochus,  et  sa  main  s'exerce  volontiers  au  £resti 
eonvulsif  de  saisir.  Cette  habitude  peut  déterminer  telh 
ligne  spéciale,  ou  telle  croix,  ou  telle  étoile,  expressive* 
de  rapacité,  au  regard  exercé  du  chiromancien.  Nouï 
supposons  à  priori  ce  qui  précède,  sans  même  nous  en- 
quérir si,  en  fait,  l'avarice  se  traduit  de  cette  façon.  Cela 
importe  peu  pour  notre  raisonnement...  Allons  plus  loin. 
Imaginons  un  sujet  qui  apporte  en  naissant  ce  stigmate, 
dans  le  bagage  de  son  Karma.  L'hypothèse  n'a  rien  que 
de  vraisemblable,  puisqu'on  sait  déjà  que  le  corps  physi- 
que se  brode,  pour  ainsi  dire,  cellule  par  cellule,  sur  le 
canevas  de  la  forme  astrale,  (cette  adaptation  de  la  fa- 
culté plastique,  strictement  adéquate  au  milieu).  Voilà 
donc  l'avarice,  avec  tout  ce  qui  s'ensuit,  inscrite  dans  la 
main  du  sujet,  et  clairement  lue  par  l'expérimentateur. 
C'est  un  premier  résultat.  Quant  au  surplus,  qui  empê- 
chera l'habile  chiromancien  de  bâtir,  sur  cette  donnée 
psychologique,  renforcée  de  plusieurs  indications  adja- 
centes, tout  un  édifice  de  conjectures,  moyennant  un 
calcul  de  probabilités?  Et,  pour  peu  qu'il  soit  intuitif 
par  surcroit,  ou  lucide,  la  vraisemblance  des  prédictions 
ne  s'érigcra-t-elle  pas  en  quasi-certitude?...  Rien  n'in- 
terdit à  la  Raison  la  plus  méfiante  d'admettre  ces  con- 
clusions-là. Mais  si  l'on  veut,  sur  la  foi  d'un  grand 
nombre  de  vieux  auteurs,  faire  de  la  «  Chiromance  »  un 
infaillible  critérium  de  l'avenir  du  consultant,  fixé  dans 
ses  moindres  détails,  et  lui  prédire  des  naufrages  sur  mer, 
par  exemple,  ou  remploi  de  grand  vizir,  ou  la  mort  dans 
un  incendie  :  les  initiés,  qui  savent  comment  l'avenir  s'en- 
gendre et  dans  quelle  mesure  la  libre  Volonté,  jointe  à 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  361 


l'influence  providentielle,  modifie  la  trame  fatidique  des 
■événements  futurs  (si  difficile  elle-même  à  augurer,  fut-ce 
[>ar  à  peu  près!)  les  initiés  ont  peine  à  s'interdire,  —  la 
politesse  étant  de  stricte  obligation  chez  eux,  —  un  doux 
l  faussement  d'épaules.  On  peut  raisonner  mèmement,  à 
l'rgard  de  tous  procédés  divinatoires,  dont  l'interpréta- 
tion des  hiéroglyphes  naturels  fournirait  la  clef. 

Mais  il  est  d'autres  signatures  spontanées,  que  l'occul- 
tiste déchiffre  et  interprète  à  l'heure  même  de  leur  ma- 
nifestation (souvent  fugace)  au  monde  des  effigies. 

L'art  divinatoire  en  tire  également  parti,  non  sans 
succès;  à  ce  point  de  vue,  les  principes  demeurent  tou- 
jours les  mêmes,  et  nous  n'avons  rien  à  dire  de  parti- 
culier. Ce  qui  précède  trouve  son  application  dans  tous 
les  cas... 

Les  phénomènes  de  cet  ordre  valent  d'ailleurs  d  être 
signalés.  Ils  sont  dus  invariablement  à  des  formes  as- 
trales, et  touchent  aux  problèmes  de  la  faculté  plastique 
et  de  la  volonté  efficiente. 

Notre  Public,  mis  au  courant  des  propriétés  essen- 
tielles de  la  Lumière  astrale  par  nos  ouvrages  antérieurs 
et  les  précédents  chapitres  du  présent  tome,  n'a  eu  garde 
d'oublier  l'une  des  plus  caractéristiques  et  des  plus 
étranges:  sa  vertu configurative  et  conservatrice  des  for- 
mes et  des  reflets,  des  arômes  et  des  sonorités  mêmes. 

Ses  courants  charrient  d'innombrables  êtres  fluidiques, 
dont  le  corps  astral  est  sujet  à  se  manifester  sur  le  plan 
sensible,  soit  à  titre  d'instable  apparence,  soit  sous  un 


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362  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


mode  d'illusion  plus  prolongée.  Nous  avons  nommé  les 
principaux  d'entre  eux.  Les  formes  astrales  d'animaux, 
de  plantes  et  de  substances  minérales  aussi,  flottent  et 
circulent  en  ces  ondes  striées  d'énergies  diffuses  et  satu- 
rées rie  mirages  errants  (fantômes  de  choses  abolies  et 
d'événements  lointains).  Chaque  vague  de  lumière  astrale 
est  une  page  révélatrice  du  livre  universel  des  vies. 

Concevez  présentement,  Lecteur,  que  ces  comparses 
de  l'existence  subjective  se  décèlent  pour  la  plupart,  — 
du  moins  en  ces  régions  basses  de  l'atmosphère  hyper- 
physique  où  nous  les  observons,  —  avides  d'objectiva- 
tions  même  passagères,  affamés  de  corporéité  sensible, 
assoiffés  d'illusoire  réalité.  C'est  que  les  êtres  en  période 
durable  de  subjectivisme,  et  bien  vivants  de  cette  vie 
arômale,  répugnent  à  la  frontière  mitoyenne  des  deux 
existences,  au  cercle  inférieur  de  l'Astral  planétaire:  un 
autre  séjour  leur  est  assigné.  Mais  ceux-là  seuls  se 
pressent  aux  portes  de  la  citadelle  physique,  qui,  mori- 
bonds de  la  vie  subjective,  se  trouvent  en  instance  de 
très  prochaine  incarnation.  (Exceptons  pourtant  les  Larves 
et  certains  daïmones,  abrutis  ou  sensuels,  ou  pervers, 
qui  se  tiennent  sans  trêve  à  l'affût  d'un  morceau  de  ma- 
tière à  conquérir  ou  à  posséder). 

Si  les  âmes  en  quête  d'incarnation  trouvent  de  suite  à 
s  'incorporer  normalement,  elles  paraissent  au  monde 
matériel,  sous  une  effigie  revêtue  de  signatures  conformes 
a  leur  essence.  Dans  le  cas  inverse,  ces  âmes,  dépaysées 
au  seuil  de  la  matière  comme  au  pied  d'une  muraille 
qu'elles  ne  peuvent  franchir,  s'acharnent  à  y  grimper  et 
plaquent  leur  empreinte  sur  la  surface  de  tout  objet  ca- 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  AiYA 


pable  de  la  recevoir:  tel  un  voleur,  qui  a  tenté  l'escalade 
d'une  propriété,  laisse  sur  le  plâtre  ou  le  crépi  du  mur 
le  témoignage  de  son  infructueux  effort:  on  y  relève 
l'empreinte  de  sa  main,  la  marque  de  son  pied,  etc.. 

C'est  ainsi  que  des  Invisibles,  dont  le  savant  Aksakofl 
expérimenta  la  présence,  plongeant  leur  main  tluidique 
en  un  vase  de  paraffine  liquéfiée,  puis  dans  un  bain 
d'eau  froide,  ont  fourni  des  moulages  d'une  surprenante 
perfection. 

C'est  ainsi  que  la  forme  sidérale  d'orties  brûlées  a  pu 
s'imprimer  dans  un  bloc  de  glace,  en  des  circonstances 
d'ailleurs  toutes  fortuites,  que  Jacques  Gaffarel  relate  en 
ces  termes  : 

a  Comme  M.  du  Chesne,  sieur  de  la  Violelte...  s'amusoit 
auec  M.  de  Luynes,  dit  de  Formentières,  conseiller  au  Parle- 
ment de  Paris,  à  voir  la  curiosité  de  plusieurs  expériences, 
ayant  tiré  de  sel  de  certaines  orties  bruslées,  et  mis  la  lesciue 
au  serein  en  hyuer,  le  matin,  il  la  trouua  gelée,  mais  auec 
cesle  merueille,  que  les  espèces  des  orties,  leur  forme  el  leur 
figure  estoient  si  naïvement  et  si  parfaictemenl  représentées 
sur  la  glace,  que  les  viuantes  ne  l'estoyenl  pas  mieux.  Cet 
homme  estant  comme  rauy,  appela  ledit  sieur  Conseiller  pour 
estre  tesmoin  de  ce  secret,  dont  l'excellence  le  fit  conclure  en 
ces  termes  : 

Secret  dont  on  comprend  que,  quoi/  que  le  corps  meure. 
Les  formes  font  pourtant  awr  cendres  leur  demeure. 

■  A  présent  ce  secret  n'est  plus  si  rare,  car  M.  de  Claues,  vn 
des  excellens  chimistes  de  nostre  temps,  le  faiet  voir  tous  les 
iours  (I).  » 


(1)  Curiosité:  inouyes  sur  ta  Sculpture  ta fismanique  des  Persans, 
Horoscope  des  Patriarches  et  Lecture  des  Estoilles,  par  I.  Gaffarel. — 
Paris,  1629,  in-8°  (pages  211-212). 


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364 


LA  CLEF  DE  LA  MAC1E  NOIRE 


Gaflarel,  qui  était  plus  initié  qu'il  ne  seyait  d'en  con- 
venir, à  une  époque  où  le  bûcher  de  Gauffridy  fumait 
encore  en  Provence,  tandis  qu'on  apprêtait  à  Loudun 
celui  d'Urbain  Grandier,  —  prêtres  tous  deux  comme 
l'auteur  des  Curiositez  inouyes,  perdus  l'un  et  l'autre  sur 
l'éternel  grief  de  sorcellerie,  —  Gaflarel  lire  de  ce  qui 
précède  une  induction  logique  et  fort  bien  amenée.  Quel 
prétexte,  qu'une  inoffensive  expérience  de  «  physique 
végétative  »,  pour  lui  permettre  d'aborder  tout  naturelle- 
ment le  terrain  brûlant  de  la  spectrologie  !  Dans  l'espèce, 
la  similitude  doctrinale  s'impose  à  tel  point,  que  toute 
transition  semble  superflue  : 

«  D'iYv  (poursuit  l'Astrologue  du  grand  Cardinal)  d'icy  on 
peut  tirer  ceste  conséquence,  que  les  ombres  des  Trespassez, 
qu'on  void  sonnent  paroistre  aux  cimetières  sont  naturelles, 
estant  la  forme  des  corps  enterrez  en  ces  lieux,  ou  leur  figure 
extérieure,  non  pas  l'aine  (i),  ny  phantosmes  bastis  par  les  dé- 
mons, comme  plusieurs  ont  creu...  Estant  très  certain  qu'aux 
armées,  où  plusieurs  se  meurent,  pour  estre  à  grand  nombre, 
on  void  assez  souuent,  principalement  après  vne  bataille,  do 
semblables  ombres,  qui  ne  sont  (comme  nous  auons  dit)  que 
les  figures  des  corps  excitées  ou  esleuées,  partie  par  vne  cha- 
leur inter  ne,  ou  du  corps,  ou  de  la  terre,  ou  bien  par  quelque 
externe  comme  celle  du  soleil,  onde  la  foule  de  ceux  qui  sont 
encore  en  vie,  ou  par  le  bruit  et  chaleur  du  canon  qui  es- 
ehaufîc  l'air  (2)  » 


(!)  Cela  est  parfaitement  correct  au  point  de  vue  occulte.  Il  s'agit 
là  de  coi/ues  i  nattes,  de  corps  astraux  en  phase  de  dissolution,  ombres 
vaquant  autour  de  leur  dépouille  mortelle,  à  quoi  les  rattache  une 
secrète  affinité.  Ces  values  formes  peuvent  être  encore  quelque  chose 
de  moins:  la  phosphorescence  de  la  vitalité  cellulaire,  étroitement  liée 
au  cadavre  (Jiva  des  théosophes  bouddhistes). 

Cf.  chap.  Il,  page  202.  et  chap.  VI.  passim, 

(2)  Curiosités  inouïes,  pages  213  21  i. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


Il  y  aurait  à  glaner,  au  livre  de  Gaffarel,  un  nombre 
notable  d'observations  singulières;  il  traite  assez  perti- 
nemment du  plus  constant  et  du  moins  croyable  des  phé- 
nomènes de  signature  spontanée:  nous  voulons  dire  — 
ces  figures  naturellement  gravées  au  cœur  des  cailloux 
et  des  marbres  les  plus  denses,  et  qu'il  nomme  Gamahez, 
ou  camaïeux.  On  en  a  vu  de  délicatement  peintes  et 
comme  modelées  en  ronde-bosse  parcouches  multicolores, 
dans  la  substance  même  du  marbre  ou  du  granit;  si  bien 
que,  pour  sculpter  la  figurine,  en  rejetant  la  gangue  ou 
l'enveloppe  adhérente,  on  n'aurait  qu'à  suivre  avec  le  ci- 
seau les  veines  intérieures  coloriées  :  on  obtiendrait  ainsi  — 
et  Ton  a  obtenu  —  des  statuettes  polychromes  qui  sem- 
bleraient en  mosaïque,  si,  de  toute  évidence,  elles  ne 
formaient  une  seule  masse  avec  la  pierre  environnante  ; 
masse  compacte  qu'il  fallut  scier  en  deux,  afin  d'obtenir 
une  coupe,  ou  difficultueusement  tailler  à  vif,  pour  dé- 
gager la  statue  enganguée  en  un  caillou  fort  dur. 

Le  prodige,  en  vérité,  c'est  que  ces  figurines,  inexpli- 
cablement empreintes  au  centre  de  la  pierre,  ne  repré- 
sentent point  toujours  des  objets  tels  que  la  nature  les 
produit;  mais  de  véritables  compositions  artificielles,  — 
on  le  jurerait  du  moins,  —  et  que  l'intelligence  humaine 
semble  avoir  pu  seule  concevoir,  la  main  de  l'homme 
seule  exécuter  :  «  comme  est  ceste  colomne  (écrit  Pierre 
de  Lancre)  que  i'ay  veuë  en  l'Eglise  Sainct-Georges  à 
Venize,  dans  laquelle  on  void  l'image  prétieux  d'vn 
lesus-Christ  crucifié,  qui  s'est  trouué  miraculeusement 
dans  le  marbre,  si  bien  graué  dans  sa  durté,  qu'il  n'y  a 
peintre  qui  le  sçeût  mieux  figurer.  Et  vue  autre  colomne 


l\  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


de  la  flagellation,  auec  une  teste  de  mort,  en  ceste  pienv 
ou  marbre  qui  sert  d'ornement  au  deuant  de  l'autel. 
Lancre  cite  encore  quelques  exemples  analogues  ;  il  dé- 
crit entre  autres,  d'après  Pline  et  Solin,  «  l'Agathe  du 
Roy  Pyrrhus,  dans  laquelle  se  voyoit  naturellement 
emprainte  l'image  d'vn  Apollon  qui  sonnoit  de  la  Cy thare 
au  milieu  des  neuf  Muses,  qui  paroissoient  toutes  dis- 
tinctement, auec  leurs  enseignes;  etc..  »  Enfin,  à  lu 
page  39  de  notre  exemplaire  de  Y  Incrédulité  et  Mescreatur 
du  Sortileye  (Paris,  Buon,  1022,  in-4'),  d'où  nous  avons 
transcrit  ces  lignes  du  conseiller  de  Lancre,  on  peut  lire 
en  marge  une  note  manuscrite,  d'une  très  lisible  écriture 
xviii*  siècle,  ainsi  rédigée  :  «  Un  Christ  crucifié  étoit  aussy 
représenté  dans  un  caveau  de  marbre  rembruni,  emplacé 
dans  la  muraille  de  clôture  du  cœur  («/V),  dans  l'aile 
droite  de  la  Cathédrale  de  Paris.  Je  l'ay  vu  le  22  août 
1769.  —  Pr  C.  A.  B.  »  On  trouve,  dans  les  ouvrages  latins 
du  Père  Kircher,  jésuite  (1),  plusieurs  reproductions  en 
taille  douce  de  camaïeux  analogues. 

Quelles  Puissances  du  royaume  astral  ont  pu  donner 
lieu  à  de  pareils  phénomènes?  Le  Lecteur  l'a  déjà  deviné. 

—  Halte-là!  s'exclamerait  ici  un  théologien  primaire. 


(I)  Voy.  outre  autres  le  tome  II  du  Mundus  Subterraneus (Amstero- 
dami,  apud  Jansonium,  1664,  2  vol.  in-folio),  pages  27  à  48. 

Un  auteur  presque  oublié,  en  qui  l'on  peut  voir,  à  de  certains  égards, 
l'ancêtre  intellectuel  de  Darwin,  —  J.-B.  Robinet,  reproduit  la  ligure 
de  certaines  productions  spontanées,  très  analogues  aux  camaïeux.  — 
Voir  la  planche  n°  IV,  à  la  page  iiu  de  son  remarquable  ouvrage,  dont 
le  seul  titre  est  bien  significatif:  Vue  philosophique  de  la  gradation 
naturelle  des  /ormes  de  l'Etre,  ou  les  Essais  de  la  \a titre  qui  ap- 
prend a  faire  l'homme  (Amsterdam,  1 768.  in  8°.  fig  ). 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  367 


N'avez- vous  point  honte  de  parler  phénomènes  naturels, 
quand  le  miracle  vous  crève  les  yeux?  — Quel  miracle? 
répliquerons-nous...  Miracle  divin,  sans  doute,  pour 
chaque  fois  que  la  Force  créatrice  inconnue  a  l'ait  con- 
currence aux  fabricants  de  bondieuseries  de  la  place 
Saint-Sulpice;  mais  miracle  diabolique,  apparemment, 
à  l'égard  decetteagathe  païenne  de  l'idolâtre  roi  d'Épire? 
Tant  il  est  vrai,  qu'en  bonne  théologie,  des  causes  non 
seulement  divergentes,  mais  radicalement  contradictoires 
produisent  des  effets  d'une  rigoureuse  identité î... 

L'origine  de  ces  singularités  physiques  dépend  h  coup 
sûr,  quel  que  soit  l'esprit  de  leur  composition,  d'une  loi 
productrice  invariable  :  loi  de  nature,  comme  toutes  les 
lois,  et  pas  plus  divine  que  diabolique.  L'idée  première 
provient  de  sources  différentes,  soit;  mais  l'exécution 
est  une,  et  tous  les  gamahés  ou  camaïeux  portent  même 
marque  de  fabrique.  Si  l'artiste  inventeur  change,  l'ar- 
tisan graveur  ne  change  point.  C'est  toujours  la  lumière 
astrale,  configurative  et  plastique. 

Quant  h  l'auteur  du  croquis,  il  faut  distinguer.  Il  y  a 
camaïeux  et  camaïeux.  —  S'agit-il  de  simples  images 
d'êtres  ou  de  choses,  tels  que  la  nature  les  produit? 
Point  de  ditîiculté  bien  grande  :  ce  sont  photogravures  de 
mirages  errants,  fortuitement  imprimés  dans  quelque 
substance  réceptive.  —  Il  n'en  va  pas  ainsi  de  la  genèse 
des  camaïeux  d'une  composition  savante,  d'un  agence- 
ment en  quelque  sorte  réfléchi,  comme  nous  en  avons 
cité  plusieurs  exemples. 

Que  l'hypothèse  d'une  empreinte,  —  sigillée  à  même  la 
pierre  selon  l'esquisse  sidérale  d  êtres  particuliers,  —  ne 


3GS 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


justifie  point  de  tels  phénomènes  d'iconogénie  complexe  : 
voilà,  nous  en  conviendrons,  ce  qui  tombe  dès  l'abord 
sous  le  sens...  Mais  ne  serait-ce  point  le  cas  d'invoquer 
notre  théorie  des  Êtres  potentiels,  des  Dominations  théur- 
giques,  —  ces  mouvantes  âmes  collectives  où  tant  de 
Psychés,  ravies  au  même  tourbillon  exalté  ou  fanatique, 
cherchent  et  trouvent  leur  unité  religieuse?  où  pullulent 
tant  de  Larves  simiesques,  et  modelées  à  l'imagination 
des  fidèles?  où  tant  de  concepts  vitatisés,  tant  de  mirages 
errants  roulent  et  se  succèdent,  sous  apparences  con- 
formes, nécessairement,  aux  rêves  de  leurs  géniteurs?  Le 
toutmù  en  d'irrésistibles  courants  de  foi,  d'enthousiasme 
et  d'amour;  influx  de  création,  s'il  en  fut  jamais,  et 
dociles  à  la  Volonté  consciente  de  ces  Égrégores  domina- 
teurs? 

Les  Potentiels  collectifs,  on  s'en  souvient,  présentent 
des  types  de  toute  sorte  et  de  toute  hiérarchie,  —  depuis 
Michaël,  allié  céleste  de  Moïse  et  archange  totalisant  en 
soi  la  grande  communion  dorienne,  jusqu'à  l'Esprit  sau- 
vage qui  rend  ses  oracles  sous  la  tente  du  sacrifice,  où  les 
Indiens  scalpeurs  couronnent  de  chevelures  sanglantes 
l'autel  de  Guiché-Manitou. 

Autant  Moïse  diffère  du  sacerdote  peau-rouge,  autant 
diffèrent  les  deux  Égrégores.  L'àme  fluidique  de  l'un  n'a 
pas  la  même  qualité  arômale  que  le  nimbe  éthéré  de  l'au- 
tre. Les  Ascendants  font  contraste  :  le  cycle  d'images 
familières  qui  s'y  déploie  ne  se  ressemble  point.  Chaque 
religion  a  ses  rites,  ses  symboles,  ses  superstitions,  ses 
hiéroglyphes,  — ses  signatures  propres,  en  un  mot.  Ajou- 
tons, ses  serviteurs  lémuriens,  aimantés  soit  du  Vouloir 


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FOIICE  DE  LA  VOLONTÉ 


309 


des  thaumaturges,  soit  de  celui  qu'émet  l'Entité  collec- 
tive d'unification. 

C'est  avec  le  concours  de  ces  éléments  divers  que  s'en- 
gendrent des  courants  d'images,  ou  spontanés  et  soumis 
à  d'inflexibles  lois,  ou  que  provoque  et  dirige  la  magie 
consciente  des  prêtres.  A  tels  points  donnés  d'intersec- 
tion, sur  le  parcours  fluidique,  lémures  et  mirages  se 
coagulent  en  apparitions  béatifiques  ou  en  spectres  terri- 
fiants. Qu'à  ces  points  précis,  mathématiquement  déter- 
minâmes, une  matière  se  rencontre,  malléable  et  récep- 
tive, ou  sujette  à  se  modifier  quant  à  la  couleur  et  au 
grain,  selon  les  angulaisons  du  magnétisme  radiant  ou 
les  intersections  de  plans  dynamiques  :  et  des  emprein- 
tes de  figures  variées,  —  emblèmes,  pentacles,  caractères 
hiératiques  ou  démotiques,  —  s'imprimeront  dans  le 
cœur  de  la  substance  modifiable,  à  la  haute  édification 
des  fidèles,  transportés  de  ferveur  et  de  foi. 

On  sait  d'ailleurs  que  les  plus  durs  granits  «  s'éthéri- 
sent  »,  lorsqu'un  adepte  leur  applique,  dans  les  condi- 
tions voulues,  VAlkafiest  spiritueux,  autrement  dit  l'Agent 
universel  dynamisé  par  le  vouloir  humain.  A  la  faveur 
d'une  extrême  distension  moléculaire,  ces  corps  sont 
susceptibles  de  traverser  d'autres  matières  solides,  que 
leur  porosité  rend  perméables;  puis  ils  se  rétablissent 
dans  leur  état  primitif,  dès  que  la  vertu  dilatante  cesse 
de  les  actionner...  Or,  quelques  secondes  d'éthérisation 
suffisent  h  rendre  plastiques  et  réceptifs  à  la  photogra- 
vure astrale,  les  substances  normalement  les  plus  ré- 
fractaires. 

24 


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370 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Ce  phénomène  de  gravure  occulte,  qui  donne  nais- 
sance aux  gamahés  dans  le  règne  minéral,  fournit,  appli- 
qué à  un  arbre  de  l'Asie,  l'un  des  exemples  les  plus  in- 
téressants que  nous  puissions  retenir.  Le  R.  Père  Hue  a 
vu  cet  arbre,  qui  lleurit  dans  l'enceinte  de  la  lamaserie 
de  Koun-boum,  au  Thibet.  La  légende  veut  qu'il  soit  né 
de  la  chevelure  de  Tsong-Kaba,  fameux  réformateur 
bouddhiste  au  xivc  siècle,  et  fondateur  de  la  grande  la- 
maserie de  Kaldan,  sise  k  trois  lieues  de  Lha-Ssa,  la  ca- 
pitale de  l'Empire.  Nous  ne  changerons  pas  un  mot  à  la 
relation  du  digne  missionnaire,  qui  a  pu  inspecter  de  très 
près  Y  Arbre  aux  dix  mille  images. 

«  Oui,  (nous  atteste  le  Père  Hue)  cet  arbre  existe  encore  et 
nous  eu  avions  entendu  parler  trop  souvent,  durant  notre 
voyage,  pour  que  nous  ne  fussions  pas  quelque  peu  impatients 
d'aller  le  visiter.  Au  pied  de  la  montagne  où  est  bâtie  la  la- 
maserie, et  non  loin  du  principal  temple  bouddhique,  est  une 
grande  enceinte  carrée,  formée  par  des  murs  en  brique.  Nous 
entrâmes  dans  cette  vaste  cour  et  nous  pûmes  examiner  à 
loisir  l'arbre  merveilleux  dont  nous  avions  déjà  aperçu  du  de- 
hors quelques  branches. 

«  Nos  regards  se  portèrent  d'abord  avec  une  avide  curiosité 
sur  les  feuilles,  et  nous  fûmes  consternés  d'étonnement,  en 
voyant,  en  clîet,  sur  chacune  d'elles,  des  caractères  tbibétains 
très  bien  formés  ;  ils  sont  d'une  couleur  verte,  quelquefois 
plus  foncée,  quelquefois  plus  claire  que  la  feuille  elle-même. 
Notre  première  pensée  fut  de  suspecter  la  supercherie  des 
Lamas;  mais  après  avoir  tout  examiné  avec  l'attention  la 
plus  minutieuse,  il  nous  fut  impossible  de  découvrir  la  moin- 
dre fraude.  Les  caractères  nous  parurent  faire  partie  de  la 
feuille,  comme  les  veines  et  les  nervures;  la  position  qu'ils 
alTectent  n'est  pas  toujours  la  même  ;  on  en  voit  tantôt  au  som- 
met ou  au  milieu  de  la  feuille,  tantôt  à  la  base  et  sur  les 
côtés;  les  feuilles  les  plus  tendres  présentent  le  caractère  en 


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FORCE  DE  I.A  VOLONTK 


371 


rudiment,  à  moitié  formé  ;  l'écorce  du  Ironc  et  des  branches, 
qui  se  lève  à  peu  près  comme  celle  des  platanes,  est  également 
chargée  de  caractères.  Si  Ion  détache  un  fragment  de  vieille 
écorce,  on  aperçoit  sur  la  nouvelle  les  formes  indéterminées 
de  caractères,  qui  déjà  commencent  à  germer,  et,  chose  sin- 
gulière, ils  di lièrent  assez  souvent  de  ceux  qui  étaient  par 
dessus.  Nous  cherchâmes  partout,  mais  toujours  vainement, 
quelque  trace  de  supercherie  :  la  sueur  nous  en  montait  au 
front... 

o  L'arbre  des  dix  mille  images  nous  parut  très  vieux  :  son 
tronc,  que  trois  hommes  pourraient  à  peine  embrasser,  n'a 
pas  plus  de  huit  pieds  de  haut  ;  les  branches  ne  montent  pas, 
mais  elless  étendent  en  panache  et  sont  extrêmement  loulîues; 
quelques-unes  sont  desséchées  et  tombent  de  vétusté  ;  les 
feuilles  demeurent  toujours  vertes  ;  le  bois,  d'une  couleur 
rougeâtre,  a  une  odeur  exquise  et  qui  approche  un  peu  celle 
de  la  cannelle.  Les  Lamas  nous  dirent  que,  pendant  l'été, 
vers  la  huitième  lune,  il  produisait  de  grandes  fleurs  rouges 
d'une  extrême  beauté. 

«  On  nous  a  assurés  que  nulle  part  il  n'existait  d'autre  ar- 
bre de  cette  espèce  ;  qu'on  avait  essayé  de  le  multiplier  par 
des  graines  et  des  boutures  dans  plusieurs  lamaseries  de  la 
Tartarie  et  du  Thibet,  mais  que  toutes  ces  tentatives  avaient 
été  infructueuses  (1).  » 

Prêtre  aussi  recommandable  par  son  intelligence  que 
par  son  caractère,  l'observateur  qui  se  porte  garant  du 
prodige  de  Koun-Boum  n'est  point  de  ceux  dont  il  con- 
viendrait de  récuser  le  témoignage.  Son  récit,  au  reste, 
respire  la  franchise  et  commande  le  respect... 

Le  phénomène  relaté  parait  moins  incroyable,  lorsqu'on 
songe  à  celui  (contrôlé  maintes  fois)  des  écritures  secrè- 
tes, soit  crayonnées  à  dislance  ou  obtenues  par  précipi- 

(1)  Souvenirs  de  voyage  dans  la  Tartarie  et  le  Thibet,  parle  mis- 
sionnaire line.  —  Paris,  18o7,  2  vol.  in-12  (tome  II.  pages  HG-117). 


372 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


lation.  C'est  une  des  expériences  favorites  de  nos  mé- 
diums. Home  en  était  coutumier,  et  l'ardoise  de  Slade 
est  passée  en  proverbe  chez  les  Spi rites.  On  se  rappelle 
d'ailleurs  les  virulentes  controverses  motivées  naguère 
par  la  correspondance  du  «  mahatma  »  Koot-Hoomi, 
avec  madame  Blavatzkv,  son  élève. 

Mais  il  y  a  quarante  ans  que  le  Baron  de  Guldenslubbé 
avait  étudié  et  signalé  ce  phénomène.  A  la  suite  du  livre 
curieux  qu'il  publia  dès  1857,  la  Râilité  des  Esprits  et 
leur  écriture  directe,  se  succèdent  un  grand  nombre  de 
planches  où  Ton  a  reproduit  en  fac-similé  des  spécimens 
d'écritures  occultes,  obtenues  par  l'auteur  et  plusieurs 
de  ses  amis,  non  pas  les  premiers  venus.  Citons  entre 
autres  MM.  le  comte  d'Ourches,  le  général  baron  de 
Brewern,  le  colonel  de  Kollmann,  le  professeur  Georgii, 
le  baron  Boris  d'Uexkiïll,  etc.  —  M.  de  Guldenstubbé  a 
pu  suivre  le  procédé  de  précipitation,  qu'il  attribue  aux 
esprits  des  morts  illustres  que  son  désir  évoque.  Il  pla- 
çait primitivement  un  crayon  avec  une  feuille  de  papier 
dans  une  petite  cassette  dont  la  clef  ne  quittait  pas  sa 
poche;  il  ne  rouvrait  la  boite  que  pour  vérifier  la  réus- 
site de  ses  tentatives.  Un  jour  pourtant,  qu'il  avait  laissé 
la  boite  ouverte,  il  put  constater  que  les  caractères  s'im- 
primaient d'eux-mêmes,  en  noir  sur  blanc,  sans  que  le 
crayon  y  fût  pour  rien. 

«c  Depuis  ce  moment,  l'auteur,  voyant  l'inutilité  du  crayon, 
a  cessé  de  le  mettre  sur  le  papier  ;  il  place  simplement  un  pa- 
pier blanc  sur  une  table  chez  lui,  ou  sur  le  piédestal  des  sta- 
tues antiques,  sur  tes  sarcophages,  sur  les  urnes,  etc.,  au 
Louvre,  n  Saint-Denis,  à  Vêgtise  Saint- Ëtiennc-du-Mont. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTK 


etc.  Il  en  est  de  même  des  expériences  faites  dans  les  diffé- 
rents cimetières  de  Paris  (I).  » 

Uien  n'est  plus  réel  que  le  phénomène  des  caractères 
sanglants  qu'obtenait  Vintras,  empreints  dans  la  subs- 
tance même  des  hosties  consacrées  par  lui  ou  par  les 
prêtres  de  sa  secte  :  hiéroglyphes  le  plus  souvent  blas- 
phématoires, et  signatures  kabbalistiques  des  Forces  dé- 
sordonnées, aveugles  ou  malfaisantes  de  l'antique  Goctie. 

Que  dire  des  cas  de  stigmatisation,  mille  fois  avérés 
en  mystique?  La  cr  folie  de  la  croix  •  consomme  le  mi- 
racle. La  Foi  et  le  Désir,  ces  modes  indirects  de  la  Vo- 
lonté, réagissant  sur  d'ardentes  imaginations,  n'impri- 
ment-ils pas  à  la  forme  astrale,  —  et,  par  son  intermé- 
diaire, au  corps  physique,  —  les  cicatrices  de  la  Passion 
de  Notre-Seigneur  :  l'empreinte  de  la  couronne  d'épines, 
et  la  marque  des  clous  aux  pieds  et  aux  mains,  et  l'ap- 
parence contuse  de  la  flagellation,  et  le  stigmate  du  coup 
de  lance  au  tlanc  droit?  —  Les  témoignages  abondent. 

Rappelons  pour  mémoire,  en  confirmation  analogique 
du  phénomène  de  la  stigmatisation,  l'expérience  décisive 
de  MM.  Focachon  et  Liébeault,  qui  réalisèrent  la  pose 
d'un  vésicatoire  imaginaire,  par  simple  suggestion? 
Uépispas tique  idéal  «  prit  »  à  merveille  :  le  derme  se  sou- 
leva, s'emplit  de  sérosité  laiteuse,  enfin  l'escarre  apparut: 
une  suite  d'épreuves  photographiques  en  fait  foi,  où  l'on 


(I)  Pneutnaiologie  positive  et  expérimentale.  —  La  Réalité  des 
Esprits  et  le  phénomène  merveilleux  de  leur  écriture  directe,  dé- 
montrées, parle  baron  L  de  GuMenstubbé.  —  Paris,  Franck,  18o7, 
in-8°  (page  68). 


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37; 


peut  suivre  la  marche  et  les  progrès  de  la  vésication  (  1). 

Que  si  nous  rapprochons  de  ces  derniers  faits  la  dé- 
couverte déjà  mentionnée  du  colonel  de  Rochas,  sur 
F  «  Extériorisation  de  la  sensibilité  »  et  le  phénomène  do 
l'Envoûtement  (2),  il  semble  que  nous  puissions  entre- 
voir  le  mécanisme  parfaitement  naturel  des  écritures 
spontanées,  sous  leurs  principaux  modes  de  manifesta- 
tion. 

La  stigmatisation  prouve  en  effet  que,  dans  les  limites 
du  corps  humain,  le  médiateur  plastique  peut,  docile  à 
Fessor  du  Désir,  objectiver  les  signatures  de  l'imagina- 
tion. Et  les  expériences  du  savant  Rochas  démontrent, 
d'autre  part,  qu'en  des  conjonctures  définies,  ce  même 
médiateur  plastique  est  parfaitement  capable  d'outrepas- 
ser les  frontières  anatomiques  de  la  chair,  pour  mani- 
fester à  l'extérieur  les  propriétés  dont  il  dispose. 

La  Lumière  astrale  terrestre,  âme  physique  et  Imagi- 
native de  la  planète,  roule  en  ses  ondes  les  simulacres 
de  son  rêve  d'évolution  ;  elle  est  de  plus  le  réceptacle 
de  la  vie  (ou,  pour  mieux  dire,  de  l'agonie  posthume) 
des  Écorces.  Plusieurs  races  d'indigènes  la  hantent,  dont 
nous  avons  détaillé  la  nature...  Elle  a  enfin  ses  grands 
flux  et  reflux  polaires,  et  ses  vents  et  ses  tempêtes 
comme  l'Océan,  —  courants  dont  peut  se  servir  la 
Volonté  humaine,  soit  individuelle  ou  collective,  quand 
elle  a  su  les  calculer.  (Il  existe,  en  magie,  des  instru- 


(1)  Voy.  Fabart,  Histoire  de  l'Occulte,  Appendice  (Lettre  à  M.  Fo- 
cachon,  pharmacien  à  Charmes),  pages  330-337. 

(2)  Voy.  pages  453  et  suiv.  du  présent  tome. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


373 


mentsdont  c'est  la  seule  destination).  La  Volonté  peut 
faire  plus  :  elle  peut  créer  des  courants  nouveaux.  C'est 
le  mystère  de  la  chaine  magique.  Il  en  a  été  question 
déjà  au  sujet  des  Entités  collectives;  nous  y  reviendrons 
encore  par  la  suite. 

Toute  force,  en  magie,  réside  essentiellement  dans  la 
Volonté  et  dans  la  Foi. 

Volonté  et  Foi  sont  les  deux  termes  antinomiques  d'une 
même  Force,  en  ses  modes  spontané  et  passif.  La  Foi  en 
soi-même  et  en  sa  puissance,  voilà  la  base  de  la  volonté 
individuelle.  — La  confiance  en  la  volonté  infaillible  et 
bénéfique  des  dieux,  voilà  la  base  de  la  Foi  collective. 

Homme  de  volonté,  le  héros,  dont  Napoléon  peut  ser- 
vir de  type  contemporain,  témoigne  d'une  aveugle  con- 
fiance en  «  son  étoile  »,  ce  qui  revient  à  dire  qu'ignorant 
les  lois  fatidiques,  il  s'appuie  cependant  sur  le  Destin.  Un 
tel  tempérament  objectif  heurte  de  front  tous  les  obsta- 
cles et  les  brise  ;  jusqu'au  jour  où  lui-même,  se  heurtant 
à  quelque  Destin  plus  rigide  que  le  sien  propre,  en  est 
écrasé.  —  Le  héros  se  jette  en  avant  et  paie  de  sa  per- 
sonne :  en  un  mot,  agit  par  soi-même. 

Homme  de  foi,  le  mystique  entre  en  communion  avec 
un  cercle  de  pensée  et  d'action  où  domine  une  Volonté, 
bonne  ou  mauvaise.  Un  tel  tempérament  subjectif  laisse 
agir  en  lui,  soit  Dieu,  manifesté  par  le  concours  de  ceux 
qui  veulent  le  bien  et  y  aspirent;  soit  Satan  même, 
qu'on  peut  définir  à  ce  point  de  vue  la  Volonté  collective 
dans  le  mal.  —  Le  mystique,  en  un  mot,  agit  par  au- 
trui. 


37 G  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01RK 


Homme  de  volonté  el  de  foi  tout  ensemble,  le  véritable 
adepte  n'ignore  point  que  dans  l'accord  équilibré  de  ces 
deux  puissances,  réside  la  suprême  force  magique  :  le 
Magnes  intérieur  et  occulte  n'est  pas  autre  chose.  Un  tel 
tempérament  harmonique  entre  dans  un  cercle  de  volontés 
unies,  sans  abdiquer  en  rien  la  sienne  propre.  Addition- 
nant sa  force  et  celle  de  ses  adelphes,  il  commande  en 
son  nom  comme  au  leur.  Il  prend  empire  sur  les  fluides 
et  met  l'embargo  sur  l'escadre  des  volontés  adverses.  — 
L'adepte  agit,  en  effet,  par  lui-même  et  par  les  autres. 

Il  est  écrit  que  la  Foi  transporte  les  montagnes,  il  n'est 
pas  moins  certain  que  rien  ne  résiste  à  l'emprise  de  la 
Volonté.  Que  dire  de  l'etticacité  où  parvient  la  Volonté 
adeptale,  qui  participe  harmonieusement  des  deux? 

Le  Désir  même  est  créateur,  parce  qu'il  procède  indi- 
rectement aussi  de  Tune  et  de  l'autre  :  il  tient  de  la  Vo- 
lonté, par  le  despotisme  inconscient  de  son  coup  d'aile, 
et  de  la  Foi  par  sa  confiance  irraisonnée  et  souvent  dé- 
raisonnable en  la  satisfaction  où  il  appète. 

Nous  avons  insisté  sur  le  problème  des  signatures 
naturelles,  traductions  hiéroglyphiques  très  précises  des 
spécialités  innées,  dont  la  Faculté  plastique  reçoit  le  pro- 
tocole de  la  part  des  Vouloirs  collectif  et  individuel  :  à 
l'effet  d'en  transmettre  l'empreinte  à  la  forme  sidérale. 
Celle-ci  élaborera  le  corps  physique  en  conséquence. 

Ce  mécanisme  de  la  virtualité  créatrice,  impliquant  la 
volonté  pour  point  de  départ  et  la  matière  pour  ultime 
aboutissement,  importait  à  bien  connaître,  premier  que 
d'entreprendre  ce  qui  nous  reste  à  dire,  sur  l'emploi  de 
la  volonté  humaine,  en  magie  cérémoniale. 


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377 


Gomme  transition,  Saint-Martin  nous  offre  un  épisode 
singulièrement  instructif,  et  dont  notre  Public  est  invité 
à  faire  son  profit.  Les  quelques  pages,  d'apparence  bi- 
zarre, que  nous  allons  lui  faire  connaître,  renferment,  en 
pratique  aussi  bien  qu'en  théorie,  plus  de  valables  secrets 
que  tant  d'ouvrages  fort  massifs,  sérieux  et  solennels  à 
en  bâiller,  et  qui  traitent  ex  professo  de  sciences  occul- 
tes. Le  Lecteur  se  tienne  pour  averti! 

Quel  amateur  d'occultisme,  en  conscience,  (et  nous 
n'exceptons  pas  la  postérité  intellectuelle  de  Saint-Martin), 
a  pris  la  peine  de  méditer  «  Le  Crocodile,  ou  la  guerre 
du  Bien  et  du  Mal,  poëme  épico-magique  en  102  chants, 
œuvre  posthume  d'un  amateur  de  choses  cachées?  »  ... 
Par  un  tacite  accord,  les  nombreux  admirateurs  du  grand 
mystique  s'abstiennent  même  de  critiquer  cette  «  erreur 
d'un  maître  »  (c'est  le  cliché  reçu).  —  Hé  bien,  nous  l'at- 
testons ici,  —  et  pas  un  initié  véritablement  instruit  ne 
nous  démentira,  —  le  Crocodile  est  ime  prodigieuse  épo- 
pée burlesque,  où  se  trouve  la  révélation  du  Grand  Ar- 
cane,  du  Mysterium  magnum  de  Jacob  Bœhme. 

Tous  les  personnages  sont  allégoriques  :  Madame  Jof, 
épouse  du  Joaillier  des  mondes, n'est  autre  que  la  Foi,  la  Sa- 
gesse ou  la  Sophia  céleste  ;  —  Scdir,  c'est  V  «  homme  de  dé- 
sir», qui  cherche  la  Vérité  sainte,  sans  abdiquer  son  rôle 
d'hommed'action,  par  quoi  il  se  rend  utile  à  ses  conci- 
toyens; —  le  volontaire  Ourdeck  (Aourd\-Esch  Ttf  d'^tf, 
la  Lumière  du  Feu),  représente  le  Médium  naturel  qui 
devient  adepte,  et  dont  les  facultés  astrales  s'affinent  et 
se  subliment  dans  la  Lumière  de  gloire;  —  enfin  Hache! 


.HT  8 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIR  F. 


i 


(Stf"^*0  Raesch-.El,  le  principe  divin  [de  l'àme]), 
Rachcl,  fille  de  l'adepte  Éléazar  (1),  sera  la  fiancée  pro- 
mise h  Ourdeck,  etc... 

Le  Crocodile  (ou  Typhon),  personnification  égyptienne 
de  l'Astral  inférieur,  reptile  igné  où  s'incarne  Nahàsh,  a 
englouti  les  deux  armées  du  Bien  et  du  Mal.  Expliquer 
le  sens  caché  de  cette  aventure  rabelaisienne,  serait  une 
tâche  qui  nous  mènerait  trop  loin.  Il  suffira,  pour  l'intel- 
ligence de  l'épisode  où  nous  voulons  en  venir,  de  noter 
qu'Ourdeck,  l'explorateur  des  mondes  mystérieux,  est  du 
nombre  des  nouveaux  Jonas.  Les  merveilles  dont  il  est 
témoin  dans  le  ventre  du  reptile,  ont  trait  aux  mystères 
des  diverses  régions  hyperphysiques  du  Macrocosme, 
dans  leurs  rapports  avec  le  Microcosme  nominal. 

Enfin,  après  plusieurs  péripéties  symboliquement  fort 
significatives,  le  volontaire  Ourdeck  débouche  en  un  es- 
pace souterrain,  voûté  de  roche  vive  et  clos  de  toutes 
parts.  Un  jour  incompréhensible  y  brille.  Là  se  présente 
k  ses  regards  une  cité  antique,  engloutie  à  la  suite  d'un 
tremblement  de  terre,  Tan  425  avant  Jésus-Christ.  Le 
frontispice  d'une  porte  de  marbre  révèle  à  Ourdeck  le 
nom  de  cette  ville  :  ATALANTE. 

Le  fléau  a  tout  respecté  :  les  maisons  et  les  palais  sont 
intacts,  les  rues  entièrement  libres  et  nettes  de  décom- 
bres ;  les  citoyens,  foudroyés  comme  ils  vaquaient  k  leurs 
affaires,  sont  debout,  dans  l'attitude  où  la  mort  les  a  sur- 
pris... Ourdeck  visite  en  détail  cette  curieuse  nécropole, 

(1)  Il  est  très  vraisemblable  que  Saint-Martin  ait  voulu  peindre  son 
maître  Martinès  de  Pasqually,  sous  les  traits  du  juif  portugais  Éléazar. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


379 


qu'on  pourrait  nommer  la  capitale  du  monde  astral. 
Les  prodiges  qu'il  observe,  nous  ne  pouvons  les  détailler 
par  le  menu,  mais  nous  engageons  très  fort  les  amateurs 
de  choses  curieuses  à  méditer  d'un  bout  à  l'autre  cette 
fabuleuse  narration,  où  le  théosophe  d'Amboise,  plus  que 
nulle  autre  part,  a  décrit,  sous  une  allégorie  transparente, 
les  mystères  d'une  région  qu'il  connaît  si  bien  :  la  région 
hyperphysique. 

La  puissance  confîgurative  du  fluide  astral  y  est  d'abord 
caractérisée  en  traits  de  vigueur.  Rien  n'est  plus  facile  au 
jeune  soldat  que  de  prendre  connaissance  des  mœurs  de 
ce  peuple,  de  son  esprit,  du  caractère  enfin  de  chaque 
habitant. 

«  Car  la  même  loi  de  physiquequi  a  fait  que  toutes  les  sub- 
stances et  tous  les  corps  renfermés  hermétiquement  dans  celle 
ville,  n'ont  point  soutlert  à  l'extérieur,  a  étendu  son  pouvoir 
conservateur  sur  les  paroles  mêmes  des  citoyens  d'Atalante,  et 
a  fait  que  les  traces  en  sont  corporisées  et  sensibles,  comme  le 
sont  tous  les  autres  objets  renfermés  dans  cette  malheureuse 
enceinte  (1).  » 

Ourdeck  entre  successivement  chez  le  gouverneur  de 
la  ville,  puis  chez  un  philosophe;  chez  un  médecin  mou- 
rant qui  accuse  un  énigmatique  personnage,  «  l'hiéro- 
phante de  la  rue  des  Singes  »,  de  l'avoir  envoûté;  Our- 
deck assiste  encore  à  l'examen  des  mémoires  couronnés 
par  une  académie  scientifique  :  suprême  séance  que  le 
cataclysme  a  interrompue.  Il  pénètre  enfin  dans  un  tem- 
ple où  prêche  le  redoutable  Hiérophante,  grand-maître 
d'un  cercle  de  magiciens  pervers;  guidé  par  l'influx  ma- 


(1)  Le  Crocodile,  page  263. 


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380  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


gnétique  de  ce  mage  ténébreux,  notre  volontaire  s'aven- 
ture jusqu'au  laboratoire  occulte  du  malfaiteur,  et  détaille 
les  merveilles  dont  il  a  été  témoin. 

Allégorie  tellement  révélatrice,  —  soit  au  point  de  vue 
des  courants  astraux  gouvernés  parle  Vouloir  humain, 
soit  à  l'égard  des  sortilèges  collectifs  et  des  lois  terribles 
présidant  au  choc  en  retour  comme  à  la  ruine  muluelk 
des  éléments  mauvais,  —  qu'on  nous  saura  gré  de  repro- 
duire les  pages  essentielles  de  cette  histoire. 

Voici  le  péristyle  d'un  temple,  dédié  à  la  Vérité  ;  fran- 
chissons-en le  seuil,  en  compagnie  d'Ourdeck,  auquel  il 
est  temps  de  laisser  la  parole. 

«  J'entre  (dit-il),  je  trouve  un  grand  concours  de  peuple  as- 
semblé et  paroissant  écouler  un  homme  qui  éloit  assis  dans 
une  chaire  el  qui  leur  parloit.  Je  pus,  à  mon  aise,  lire  toutes 
les  paroles  de  son  discours,  purce  que,  comme  il  parloit  seul, 
elles  s'étoienl  conservées  d'une  manière  très  distincte  ;  et  je 
puis  dire  que  ce  discours  renfermoit  tout  ce  que  la  plus  sage 
philosophie  du  Portique  et  du  Pyrée  a  jamais  enseigné  de  plus 
pur  et  de  plus  imposant,  quant  à  la  sévérité  des  principes  et  à 
la  sainteté  de  la  doctrine. 

«  Mais,  chose  étonnante  !  indépendamment  de  ces  paroles 
visibles,  et  qui  étoient  sorties  de  la  bouche  de  l'orateur,  j'en 
appercevois  dans  son  intérieur  qui  étoient  un  peu  moins  mar- 
quées, mais  qui  l'étoient  assez  pour  que  je  pusse  les  lire  et 
les  discerner;  c'étoit  comme  des  germes  de  paroles,  dont  les 
uns  étoient  presque  entièrement  développés,  d'autresà  moitié, 
d'autres  au  tiers  (I).  Ce  qui  me  confondit  et  me  remplit  d'in- 
dignation, ce  fut  de  voir  que  ces  parolesque  j'appercevois  dans 
l'intérieur  du  corps  de  l'orateur,  avoient  un  sens  absolument 
opposé  à  celles  qui  éloienl  sorties  de  sa  bouche;  autant  celles- 


(1)  Cf.  la  description  de  Yarbre  mia- dix  mille  images,  pages  370- 


- 


■ 

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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


381 


ci  étoient  sensées,  sages  et  édifiantes,  autant  les  autres  étoient 
impies,  extravagantes  et  blasphématoires,  de  façon  que  je  ne 
pus  douter  alors  que  cet  orateur  en  avoit  imposé  audacieuse- 
ment  à  son  auditoire,  et  qu'il  ne  crovoit  pas  un  mot  de  ce  qu'il 
lui  avoit  débité  

•  Comme  cet  orateur  traitoitde  matières  saintes  et  divines, 
et  qu'il  les  traitoit  publiquement,  il  falloit  qu'il  ftt  tous  ses 
e (Torts,  non  seulement  pour  ne  pas  scandaliser  son  monde, 
mais  encore  pour  l'édifier;  d'un  autre  côté,  ces  efforts  eux- 
mêmes  contrariant  ses  sentiments  intérieurs,  il  redoubloit 
aussi  d'efforts  en  dedans,  pour  faire  le  contre-poids  de  ce  qu'il 
étoit  obligé  de  débiter  tout  haut  ;  et  ce  sont  ces  efforts  secrets, 
qui,  donnant  à  ses  pensées  sacrilèges  un  plus  grand  degré  de 
fermentation,  donnoient  en  même  temps  aux  paroles  internes 
qui  en  naissoient,  une  forme  plus  déterminée  et  un  caractère 
plus  marqué... 

•   A  force  de  l'examiner  avec  attention,  je  remarquai 

encore  qu'il  sortoit  de  son  cœur  comme  un  courant  de  ces 
mêmes  paroles  impies  et  sacrilèges. 

-  Ce  courant  étoit  d'une  couleur  sombre  et  bronsée  :  il  étoit 
double,  c'est-à  dire  qu'il  y  en  avoit  un  rentrant  et  l'autre  sor- 
tant ;  et  le  cœur  de  l'orateur  étoit  à  la  fois  comme  le  fover  et  le 
terme  de  ce  double  courant  :  ces  effluves  se  succédoient  avec  ra- 
pidité, et  s'étendoient  dans  le  temple  et  mérne  au  delà,  car  elles 
passoient  outre  par  la  grande  porled'enlrée  ;  mais  commeje  les 
voyois  aussi  rentrer  parcelle  même  porte,  je  présumai  qu'il 
devoit  y  avoir  un  second  foyer  à  l'autre  extrémité  de  ce  cou- 
rant, et  je  résolus  de  le  chercher  à  l'instant,  en  suivant  les 
traces  très  sensibles  de  cet  extraordinaire  phénomène. 

«  Je  parcours  donc,  non  sans  souffrir,  celte  longue  chaîne 
de  paroles  impies  sortant  du  cœur  de  l'orateur;  je  détourne 
mes  yeux  de  tout  autre  objet,  tantj'avois  envie  de  satisfaire 

ma  curiosité        En  sortant  de  la  grande  porte  du  temple,  je 

vis  ce  courant  infect  tourner  à  gauche  dans  une  grande  rue, 
au  bout  de  laquelle  se  trouvoit  une  place  elliptique  assez  vaste  ; 
il  la  traversoit  par  le  milieu,  et  delà  entroil  dans  une  petite 
rue  sombre,  mal-propre,  mal  alignée  et  d'une  longueur  à  m'en- 
nuyer;  au  bout  de  cette  rue.  il  en  en  fi  loit  une  autre,  qui  me 


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] 


M82  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIR  F. 


parut  encore  plus  désagréable,  plus  sale  et  plus  tortueuse. 

a  Mais  ces  dégoûts  furent  tempérés,  en  partie,  par  la  joie  et 
l'espoir  de  trouver  ce  que  je  désirois  avec  tant  d'ardeur  ;  car 
enfin,  en  regardant  l'inscription  de  cette  vilaine  rue,  je  vis 
qu'elle  s'appeloit  la  rue  des  Singes  ;  et  je  n'eus  pas  atteint  la 
vingtième  maison  de  celle  rue,  que  ce  double  courant  de  paro- 
les qui  m'y  avoit  conduit,  entra  dans  une  porte  au-dessus  de 
laquelle  je  vis  écrit  :  l'hiérophante. 

«Jugez  de  ma  satisfaction.  Je  ne  doutai  point  que  cet  hié- 
rophante ne  fût  ce  même  personnage  dont  les  paroles  du  mé- 
decin mourant  m'avoient  donné  quelques  indices,  et  qu'ainsi 
il  ne  fût  le  môme  que  je  venois  devoir  prêchant  dans  le  temple. 

«J'entre  précipitamment  dans  cette  porle:je  traverse,  tou- 
jours à  la  lumière  sombre  du  double  courant,  une  pelite  allée 
obscure,  au  fond  de  laquelle  se  trouvoit  un  escalier,  dont  une 
partie  monloit  à  des  appartemens  supérieurs  ;  mais  dont  l'au- 
tre, recouverte  seulement  par  une  trappe,  descendoit  dans 
une  cave;  le  courant  se  dirigeoit  sur  celte  trappe,  je  la  lève 
ot  je  le  suis  jusque  dans  la  cave,  où  j'arrive  après  avoir  des- 
cendu cinquante  marches. 

«  Là,  je  trouve  un  grand  emplacement  de  forme  pentago- 
nale.  Quatorze  personnes  éloient  rangées  tout  autour  sur  des  siè- 
ges de  fer,  ayant  chacune  au-dessus  de  leur  tète  un  nom  écrit, 
qui  indiquoit  leur  fonction  et  leur  emploi  dans  celte  assemblée; 
au  fond  de  cette  cave  et  sur  une  estrade  élevée  de  deux  gra- 
dins, étoit  un  autre  siège  de  fer  plus  ample  que  les  autres  et 
mieux  travaillé,  mais  vuide  ;  et  au-dessus  de  ce  siège  éloit 
écrit  en  grande  lettre  :  l 'hiérophante.  J'eus  alors  une  pleine 
conviction  que  j'avois  trouvé  ce  qui  étoit  l'objet  de  mes  recher- 
ches. 

ci  Indépendamment  de  ce  courant  de  paroles  qui  m'a  voit 
conduit  jusqu'à  cette  cave  et  qui  avoit  précisément  le  fauteuil 
de  l'hiérophante  pour  second  centre,  il  y  avoit  de  semblables 
couransqui  alloient  depuis  ce  fauteuil  derhiérophantejusqu'à 
la  bouche  de  chacun  des  quatorze  assistans.et  qui  retournoienl 
de  leur  bouche  à  ce  fauteuil  ;  de  façon  que  je  jugeai  que  cet 
hiérophante  étoit  comme  l'âme  de  leurs  paroles,  et  qu'ils  n'en 
étoient  que  les  organes  et  les  inslrumens. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTK 


«Au  milieu  de  la  place éloit  une  grande  table  de  fer,  ayant 
la  forme  pentagonale  comme  la  cave,  et  sur  celte  table  une 
espèce  de  lanterne  de  papier,  transparente,  également  penta- 
gonale, et  dont  les  côtés  répondoicnl  aux  côtés  delà  table  et  ù 
ceux  de  la  cave  ;  au  centre  de  cette  lanterne,  il  y  avoil  une 
pierre  brune,  mais  luisante,  et  qui  iaissoit  voir  à  chaque  as- 
sistant, des  mots  et  des  phrases  tout  entières,  écrites  sur  les 
faces  du  papier  qui  lui  étoient  correspondantes;  et  ces  phrases 
répondoient  aux  paroles  que  j'avois  lues  dans  l'intérieur  de 
I*  hiérophante. 

<  Devant  son  fauteuil,  il  y  avoit  une  autre  table  oblongue, 
aussi  de  fer,  et  sur  cette  table,  deux  singes  de  fer  qui  avoienl 
chacun  à  chaque  patte  et  au  col,  une  chaîne  de  fer  rivée  sur 
cette  table;  ce  qui  faisoit  dix  chaînes.  Devant  ces  deux  singes 
de  fer,  il  y  avoit  un  gros  livre  dont  les  feuillets  étoient  aussi  de 
fer,  et  que  je  pouvois  remuer  et  lire  à  mon  gré. 

<  J'y  lus  clairement  les  traités  des  diilérens  émissaires  des 
docteurs  occultes,  avec  plusieurs  conquérans  de  la  terre,  et  les 
horribles  conditions  souslesquellesils  leur  livraient  les  nations 
de  ce  monde  

«J'y  lusque  ces  entreprises  avoienl  pour  but  défaire  anéantir 
l'ordre  de  toutes  choses,  et  d'établir  à  sa  place  un  ordre  fictif 
qui  ne  fût  qu'une  fausse  figure  de  la  vérité.  On  devoit  renver- 
ser tous  les  calculs  connus  depuis,  sous  le  nom  de  calculs  de 
IMhagore,  et  tellement  les  confondre,  que  l'esprit  le  plus 
simple  et  le  mieux  conservé  ne  pût  jamais  en  retrouver  les 
traces» 

•  On  devoit  ramener  par  cette  même  loi  tous  les  règnes  de 
la  nature  et  del'esprit,à  un  seul  règne  ;  toutes  les  substances, 
soit  élémentaires,  soit  spirituelles,  aune  seule  substance; 
toutes  les  actions  visibles  ou  occultes  des  êtres  à  une  seule 
action  ;  toutes  les  qualités,  bonnes  ou  mauvaises,  vivantes  ou 
mortes,  à  une  seule  qualité  ;  et  ce  seul  règne,  celte  seule  sub- 
stance, cette  seule  action,  cette  seule  propriété  devoit  résider 
dans  ce  chef  de  rassemblée,  ou  dans  cet  hiérophante,  quialloit 
bientôt  lancer  hautement  dans  le  monde  celte  doctrine,  et  exi- 
ger pour  récompense,  dès  son  vivant,  les  honneurs  de  l'apo- 
théose et  sa  divinisation,  à  l'exclusion  de  tout  autre  Dieu...  » 


IX  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Ourdeck,  frémissant  d'indignation,  lit  dans  ce  Gri- 
moire l'annonce  de  tous  les  malheurs  qui  devaient  fondre 
sur  l'Europe;  il  apprend  qu'un  mage  de  lumière,  désigné 
comme  l'implacable  adversaire  du  théurgiste  mauvais, 
doit  seul  découdre  au  vif  de  ses  horribles  trames  et  fo- 
menter la  ruine  d'aussi  exécrables  projets. 

Alors  Ourdeck  se  sent  naître  au  cœur  le  violent  désir 
que  le  nom  de  cet  auguste  personnage  lui  soit  révélé. 

«  Ce  désir  (poursuit-il)  s'empara  tellement  de  moi, qu'il  fui 
comme  un  feu  brûlant  dans  mon  sein  ;  mais  bientôt  ce  feu  ne 
pouvant  plus  se  contenir  en  moi,  il  en  sortit  une  lumière  d'une 
blancheur  ravissante  (1  ),  au  milieu  de  laquelle  je  vis  clairement 
le  nom  iVÉléazar,  et  cela  par  trois  fois  consécutives... 

«  Sachez  donc  qu'à  l'instant  où  ce  nom  d'Éléazar  fut  ainsi 
manifesté  dans  celte  enceinte  souterraine,  les  quatorze  hom- 
mes qui  étoient  assis  sur  des  sièges  de  fer  reprirent  la  vie,  en 
faisant  des  grimaces  et  des  contorsions  épouvantables  ;  sachez 
que  les  courants  particuliers  qui  les  lioient  au  fauteuil  de 
l'hiérophante,  se  détachèrent  de  ce  fauteuil,  et  rentrèrent  dans 
ces  quatorze  hommes,  ce  qui  sembla  rendre  leur  état  plus  vio- 
lent :  sachez  que  les  deux  singes  de  fer  qui  étoient  enchaînés 
sur  la  petitetable,  furent  détachés  à  l'instant;  qu'ils  devinrent 
vivans  et  engendrèrent  aussitôt  chacun  six  autres  singes  vi- 
vans  comme  eux;  que  ces  quatorze  singes  se  jetlèrent  comme 
des  éperviers,  chacun  sur  un  des  quatorze  hommes,  et  les  dé- 
vorèrent tous. 

«  Sachez  que  l'hiérophante  même,  par  une  violente  attrac- 
tion, fut  amené  en  un  clin  d'œil,  depuis  le  temple  jusque  sur 
son  fauteuil,  où  il  me  parut  à  lui  seul  plus  tourmenté  que  les 
quatorze  autres  ;  sachez  que  les  quatorze  singes  se  précipilè- 


(1)  Cf.  Ba'hme,  les  trois  Principes  de  /'Essence  dirine,  tome  I. 
chapitres  i  et  n.  et  particulièrement  pages  14-15  (la  Lumière  engendrée 
ilu  feu). 


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FORCE  DE  LA  VOLONTK 


383 


rent  aussitôt  sur  lui,  et  le  dévorèrent,  après  lui  avoir  arraché 
les  yeux;  sachez  que  les  quatorze  singes,  après  avoir  mangé 
tout  le  monde,  finirent  par  se  manger  les  uns  les  autres,  sans 
qu'il  en  restât  vestige  devant  mes  yeux... 

•  Sachez  enfin,  qu'il  se  fit  un  tremblement  de  terre  si  vio- 
lent, que  tout  sembla  prêt  à  s'écrouler  sur  moi.  Maisau  milieu 
de  ces  scènes  si  efîrayantes,  une  main  invisible  s'est  emparéo 
de  moi...;  et  elle  ru 'a  transporté,  je  ne  sais  par  où  ni  par  quel 
moyen,  jusqu'à  cet  égout  de  la  rue  Mont  martre,  où  vous  savez 
que  j'ai  pris  terre  (1).  » 

Nous  osons  croire  notre  Public  trop  avancé  sur  la  voie, 
pour  méconnaître  l'importance  de  l'allégorie  que  nous 
avons  tenu  à  mettre  sous  ses  yeux. 

Cet  épisode  est  la  description  symbolique  d'un  cercle 
de  magiciens  noirs,  saisi  et  crayonné  sur  le  vif  de  leurs 
opérations  scélérates.  La  pile  génératrice  d'influences 
mauvaises  est  amorcée,  la  chaine  magnétique  tendue  :  le 
Crime  fonctionne. 

Examinons  les  principaux  détails  de  la  scène. 

La  machine  infernale  est  disposée  dans  une  cave...  De 
temps  immémorial,  partout  où  l'homme  a  maudit  l'homme 
et  secoué  sur  la  tête  de  son  frère  les  foudres  de  Vulcain, 
TExécrateur  a  choisi  pour  ses  opérations  une  retraite 
souterraine,  comme  la  forge  du  dieu  de  Lcmnos.  Depuis 
la  crypte  de  la  théurgie  sanglante,  au  plus  lointain  des 
cycles  préhistoriques,  jusqu'aux  cavernes  de  l'infernale 
Hécate  et  la  cave  cintrée  des  envoûteurs  au  moyen  âge, 
ce  fut  toujours  en  sous-sol  que  les  œuvres  de  colère,  les 


(1)  J>  Crocodile,  papes  3.^9-369.  paxxim. 


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386 


LA  CLEF  DR  LA  MAGIE  NOIR  F. 


pratiques  de  Shatan,  de  Se ih  (1),  de  Saturne  ont  été  ac- 
complies. Le  rituel  magique  le  veut  ainsi  :  un  double 
motif,  d'analogie  d'abord,  d'empirisme  occulte  ensuite, 
justifieraient  sans  nul  doute  cette  prescription  universel- 
lement reçue. 

On  descend  en  cette  cave  par  une  trappe  qui  s'ouvre 
sur  cinquante  marches  d'ombre,  antithèse  figurative  des 
cinquante  Portes  de  Lumière,  ou  de  l'Intelligence. 

V emplacement  de  forint '  pentagonale  équiv aut  à  l'Etoile 
flamboyante  renversée,  emblème  de  la  volonté  crimi- 
nelle. On  sait  que  le  Pentagramme,  où  s'inscrit  la  figure 
du  microcosme  humain  (Vouloir,  Intellect,  Amour,  Puis- 
sance et  Beauté)  constitue  un  hiéroglyphe  convertible  : 
dans  sa  position  normale,  une  seule  pointe  en  haut,  il  est 
le  bouclier  du  mage  de  lumière,  et  traduit  les  vertus 
bienfaisantes  et  les  glorieuses  prérogatives  de  l'Intelli- 
gence, volontairement  ralliée  au  plan  providentiel;  les 
cinq  lettres  du  nom  de  l'homme-dieu  PTONT  scintillent 
aux  rayons  de  l'Étoile.  —  Mais  orienté  en  sens  inverse, 
l'Astre  pentagrammatique  n'est  plus  qu'un  symbole  d'ini- 
quité, de  perdition,  de  blasphème  :  ses  deux  pointes  en 
l'air  deviennent  les  cornes  du  Bouc  immonde  menaçant 
le  Ciel,  et  dont  la  tète  s'encadre  au  pentacle  stellaire, 
avec  ses  oreilles  basses  dans  les  branches  latérales,  et 
sa  barbe  en  désordre  dans  l'unique  pointe  inférieure. 
Notons  du  reste  que  le  système  particulier  du  théosophe 
d'Amboise  assigne  au  nombre  cinq  des  attributs  néfastes 
et  funèbres  :  au  Livre  universel  de  l'Homme,  qui  a  dix 

(I)  Typhon- Seth  (Kgypte). 


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388 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


feuillets,  le  cinquième  est  celui  «  de  l'idolâtrie  et  de  la 
putréfaction  (I).  * 

La  forme  pentagonale  de  la  table  de  fer  et  de  la  lan- 
terne de  papier  comporte  le  même  sens  secret.  En  ma- 
gie cérémoniale,  blanche  ou  noire,  les  opérateurs  s'en- 
ferment en  un  cercle,  symbole  des  volontés  amies  : 
communion  des  saints  ou  synagogue  des  pervers.  —  Ici 
le  pentagone  mauvais  supplée  au  cercle  des  évocations. 

Les  trois  figures  concentriques  forment  une  citadelle 
occulte,  à  triple  rempart,  autour  de  h  pierre  noire  qui,  du 
centre  de  la  lanterne,  darde  une  lumière  pâle.  C'est  Éla- 
(jabale  (2),  la  pierre  philosophale  d'iniquité,  emblème 
héliaque  d'idolâtrie.  Elles  viennent  du  soleil,  mais  réfrac- 
tées et  froidies  par  la  Lune  infernale,  ces  fausses  lueurs 
qui,  s'effluant  de  cette  pierre,  font  reluire  les  hiérogram- 
ines  d'imposture  tracés  sur  les  faces  de  la  lanterne.  Le 
caillou  noir  est  phosphorescent  d'une  lumière  morte,  et  le 
papier  mi-opaque  la  rend  plus  incertaine  encore  :  c'est 
Aôb  21**,  le  fluide  négatif  où  glissent  les  Larves,  où  na- 
gent les  écorces  de  la  Nécromancie. 

Quatorze  auxiliaires  de  l'hiérophante  sont  assis  en  cer- 
cle sur  des  sièges  de  fer,  autour  d'une  table  de  fer.  Joi- 
gnez le  maître  aux  disciples,  et  le  total  donnera  le  nom- 
bre de  la  Perversité  collective  et  des  courants  fatals  de 
l'Instinct  :  quinzième  clef  du  Tarot  —  le  Diable.  Quant  à 
la  table,  aux  sièges  et  autres  objets,  tous  de  fer,  ils  mar- 


(1)  Des  Erreurs  et  de  la  Vérité,  ou  les  hommes  rappelés  au  principe 
universel  de  la  Science,  Edimbourg  (Lyon),  1775,  in  8»  (page  256). 

(2)  V.  Éliphas,  Dogme  de  la  /faute  Magie,  page  336. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  389 


quent  le  caractère  de  rassemblée  que  gouverne  Mars  ; 
or  cette  planète,  maléficiée  par  le  voisinage  de  Saturne  £ , 
dont  nous  relevions  tantôt  la  signature,  annonce  perver- 
sité froidement  implacable,  orgueil  sauvage  et  chagrin, 
et,  grâce  à  Dieu,  ruine,  écroulement  final. 

L'estrade  élevée  de  deux  gradins,  où  se  dresse  le  fau- 
teuil de  l'hiérophante,  n'est-il  point  l'emblème  du  Binaire 
impur,  principe  de  tout  antagonisme,  de  toute  division, 
de  tout  pouvoir  schismatique  et  arbitraire?  La  table  oblon- 
gue,  avec  ses  deux  singes  de  fer  enchainés,  confirme  cet 
emblème,  en  le  précisant.  Rien  ne  peut  offrir  de  la  sor- 
cellerie une  plus  parfaite  image  que  ces  deux  singes, 
occupant  les  deux  foyers  de  l'ellipse  mensale,  en  face  du 
fauteuil  de  l'hiérophante. 

Satan,  singe  de  Dieu,  apparaît  binaire,  incapable  qu'il 
est  d'une  entente,  même  avec  les  siens,  d'un  accord,  fut- 
ce  avec  lui-même  !  Sa  magie  de  ténèbres  ne  présente 
rien  d'original  :  imitation  servile  de  la  Religion-sagesse 
défigurée,  ses  rites  sont  ceux  d'une  théurgie  à  rebours. 
L'hiérophante  aussi  est  un  singe  :  pontife  de  l'ombre,  il 
se  déguise  en  prêtre  de  lumière;  et  sectaire  du  mensonge, 
il  va  faire  son  édifiante  grimace  au  temple  de  la  Vérité. 
Hypocrisie  simiesqueî...  La  table  elliptique  figure  le  cer- 
cle mauvais  qu'il  a  fondé.  Les  deux  singes,  aux  deux 
foyers  de  l'ellipse,  peignent  la  volonté  du  misérable, 
rectrice  de  la  chaîne  sympathique  tendue  par  ses  mains  ; 
sa  volonté  double  et  ambiguë,  qui  se  stérilise  presque 
toujours  en  s  opposant  sans  cesse  à  elle-même,  comme 
c'est  la  sentence  rendue  contre  tout  principe  d'Erreur  et 
d'Iniquité.  On  doit  comprendre  à  présent  ce  qu'entend 


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300 


LA  CLEF  DE  LA  MAlilE  N01IIK 


Saint-Martin,  par  «  l'hiérophante  de  la  vue  des  Singes...  * 

Le  secret  de  la  chaîne  magique  se  résume  en  un  apho- 
risme dont  voici  les  termes  :  créer  un  point  fixe  où  pren- 
dre appui;  y  établir  sa  batterie  psycho-dynamique;  et, 
de  ce  point  élu  pour  centre,  faire  rayonner  à  travers  le 
inonde  la  lumière  astrale,  évertuée  par  un  vouloir  net- 
tement défini  et  formulé. 

C'est  là  une  application  de  la  célèbre  devise  androgy- 
nique  d'Henry  Khunrath  :  Coagula, Sol ve.  —  «  Coagule  *, 
c'est-à-dire,  concentre  le  fluide  à  haute  tension  autour  d'un 
centre  équilibrant;  —  «  dissous  »,  c'est-à-dire,  répands 
au  loin  le  fluide  dynamisé  et  soumis  à  ton  vouloir:  darde- 
le  vers  l'objet  sur  quoi  tu  veux  agir.  Le  fameux  arcane 
de  la  Magnésie  universelle  docile  aux  adeptes  n'est  pas 
autre  chose.  La  Magnésie  est  la  traduction  extérieure, 
rendue  patente  par  ses  eflets,  du  Magnes  intérieur  et  ca- 
ché dans  son  essence. 

La  lumière  astrale  spécialisée  aux  mains  de  l'adepte 
devient  le  véhicule  de  sa  volonté  ;  —  disons  mieux  : 
de  son  verbe  (1).  Voilà  le  sens  du  double  courant  de  pa- 
roles qui  se  propage  en  ondulations  magnétiques,  de 
l'hiérophante  en  chaire  aux  aflidés  de  son  cercle  occulte; 
puis,  centuplé  d'énergie,  fait  retour  à  son  point  de  dé- 
part. 

Les  principes  émis  au  précédent  chapitre,  à  propos  de 
l'Oracle  mensal,  pourraient  trouver  ici  leur  place;  mais 


(1  )  Nous  verrons  tout  à  l'heure,  à  propos  du  Signe  et  de  son  impor- 
tance en  magie,  comment  définir  le  Verbe  humain,  qui  est  la  Volonté 
formulée  et  traduite  par  le  signe. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


il  suffira  d'y  renvoyer.  A  coup  sûr,  notre  Lecteur  en  a 
déjà  fait  l'adaptation  (car  elle  s'impose)  ;  et  décerné  la  men- 
tion négative  au  groupe  des  quatorze  auxiliaires,  occu- 
pant le  pourtour  de  la  table  pentagonale;  tandis  qu'il  ré- 
serve pour  l'hiérophante  la  qualité  d'élément  positif,  dont 
le  rôle  est  d'unifier  les  âmes  passives  de  son  cercle,  sous 
la  prédominance  d'un  vouloir  impérieux  et  dominateur. 

Disons  tout  de  suite  que  l'établissement  de  la  chaîne 
secrète  est  rarement  aussi  méthodique,  aussi  voulu,  aussi 
savamment  combiné.  Il  arrive  que  ses  éléments  constitu- 
tifs, spontanément  fournis,  —  nous  dirions  par  le  ha- 
sard, s'il  existait  pour  les  initiés,  —  se  trouvent  ou  mal 
proportionnés  entre  eux,  ou  compromis  par  un  mélange 
d'éléments  hétérogènes.  L'appareil  fonctionne  alors  tant 
bien  que  mal  ;  mais  il  n'atteint  qu'un  minimum  de  rende- 
ment. C'est  la  répétition  de  ce  qu'on  a  pu  lire,  section  X, 
au  sujet  des  tables  parlantes  et  de  la  génération  des  êtres 
collectifs... 

Rien  n'est  plus  certain  que  la  plupart  des  grandes 
choses  qui  se  font  ici-bas,  s'accomplissent  par  les  spé- 
cialités de  chaînes  magiques,  —  tendues  consciemment 
ou  non,  avec  la  Providence  ou  sans  elle,  à  travers  les 
enchevêtrements  de  circonstances  plus  ou  moins  favo- 
rables. 

Ils  sont  rares,  les  grands  Initiés  (l)  qui,  —  tels  Chri- 

(I)  Voyez  le  beau  livre  de  M.  Edouard  Schurô  :  les  Grands  Initiés, 
Esquisse  de  l'histoire  secrète  des  Religions  (Paris,  Pcrrin,  1889,  in-8°). 
—  A  vrai  dire,  nos  idées  diffèrent  do  celles  de  M.  Schurô  sur  certains 
points  ;  mais  nous  n'hésitons  pas  à  signaler  son  ouvrage  comme  un 
des  travaux  les  plus  forts  et  les  plus  complets  qui  proposent  une  solu- 
tion sur  ces  hauts  problèmes. 


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I 

1 


392  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


shna,  Moïse,  Apollonius  (1),  et  d'autres  qu'il  ne  semble 
point  convenable  de  nommer, — ont  établi  délibérément, 
et  d'accord  avec  les  plans  de  la  divine  Sagesse,  des 
chaînes  magiques  idoines  à  renouveler  la  face  de  la  terre. 

Ils  se  comptent  aussi,  les  puissants  magiciens  de  lu- 
mière ou  d'ombre,  qui,  —  tel  Jacques  Molay,  tel  Ignace 
de  Loyola,  —  ont  sciemment  créé,  dans  un  esprit  ou 
moins  sublime  ou  moins  pur,  des  chaines  d'une  étendue 
également  immense. 

Mais  les  auteurs  ne  se  comptent  pas,  de  chaines  sym- 
pathiques instinctivement  tendues  ;  et  ce  sont  eux  dont 
l'œuvre,  garantie  et  perpétuée  grâce  au  concours  des 
grands  Collectifs  qu'ils  évoquèrent  ou  même  engendrè- 
rent sans  le  savoir,  nous  étonne  après  tant  de  siècles  par 
leur  sève  prodigieusement  vivace  encore.  Exemples, 
beaucoup  d'ordres  religieux,  certaines  corporations  ci- 
viles, les  Fénians,  etc. 

Alors,  objectera-t-on,  les  «  profanes  »  font  souvent  de 
la  magie,  comme  M.  Jourdain  de  la  prose,  —  sans  le 
savoir?  Mais  assurément,  cher  Lecteur.  Ètcs-vous  encore 
au  point  de  vous  en  étonner? 

Voyez  les  grands  hommes,  —  et  les  hommes  extraor- 
dinaires, —  qui  ont  fanatisé  leur  époque  :  d'une  part 
Napoléon,  de  l'autre  Cagliostro.  Si  vous  compulsez  leur 
histoire  au  flambeau  de  l'Ésotérisme,  vous  vous  convain- 


(1)  La  mission  d'Apollonius  peut  parait™  moins  féconde  au  premier 
examen  :  c'est  qu'elle  fut  tout  ésotérique.  Les  résultats,  —  immenses 
en  vérité,  —  se  localisent  dans  la  sphère  d'action  des  sociétés  secrètes, 
où  les  mystères  de  Pythagore  et  des  fraternités  platoniciennes  se  sont 
perpétués,  pour  le  salut  du  monde  a  venir. 


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r 


FORCL  DK  LA  VOLONTÉ  393 


rrez  que,  tous  prodiges  à  part  (prodiges  de  génie  chez 
l'un,  de  ...  fakirisme  chez  l'autre)  la  souveraineté  leur 
fut  acquise  sur  l'opinion  par  la  mise  en  œuvre,  ou  sa- 
vante ou  instinctive,  de  la  chaine  sympathique  tendue 
sur  leur  entourage  immédiat  (1).  Seulement,  après  eux, 
la  fascination  qu'ils  exerçaient  ne  s  est  point  perpétuée 
avec  le  même  empire,  parce  qu'elle  reposait  moins  sur 
le  principe  que  sur  l'homme. 

Celte  digression  close,  il  sied  d'en  finir  avec  l'épisode 
d'Atalante  et  son  commentaire. 

Le  double  courant  de  blasphèmes  comporte  d'autres 
interprétations  que  nous  avons  tues...  Abstenons-nous 
de  trop  souligner,  afin  de  laisser  quelque  chose  à  faire  à 
la  sagacité  du  Lecteur. 

Pourquoi  l'effluve  magnétique  tourne-t-il  à  gauche,  en 
sortant  du  temple?  La  réponse  est  trop  facile  vraiment. 
Il  n'en  est  pas  de  même  de  celle  qui  pourrait  justifier  la 
forme  elliptique  d'une  place  qu'il  traverse  par  le  milieu  : 
l'énigme  vaut  la  peine  d'être  levée,  et  nos  préalables  ex- 
plications peuvent  contribuer  h  l'éclaircir... 

Désignerons-nous  par  son  vrai  nom  le  Livre  aux  feuil- 
lets d'acier,  où  l'explorateur  d'Atalante  épèle  avec  des 
frissons  le  sortilège  qui  trahit  l'Avenir  ?  Les  initiés  ont 
déjà  reconnu  le  a  Livre  de  sang,  toujours  ouvert  »  de 
l'éternel  Illuminisme  noir  !  Ce  cercle  infâme  de  «  frères 
inversifs  »  ou  mages  d'abomination,  tend,  comme  tou- 


(I)  •  Napoléon,  (dit  très  remarquablement  Fabre  d'Olivet).  homme 
fatidique,  dominé  par  l'opinion  qu'il  se  créait  de  lui-nn'rne  et  qu'il  sa- 
vait imposer  aux  autres...  »  {Histoire  philosophique,  tome  II,  page  334). 


394  LA  CLEK  DE  LA  MAiîlE  .NOIRE 


jours,  à  deux  buts  capitaux  qu'ils  se  flattent  d'atteindre, 
per  fus  et  nefas  (c'est  leur  devise),  et  grâce  à  leur  chaîne 
d'influx  :  un  résultat  dogmatique,  l'assassinat  de  la  Vérité  : 
—  un  résultat  social,  regorgement  de  la  Justice. 

Politiquement,  ces  hommes  n'hésitent  jamais,  en  retour 
de  quelques  garanties,  à  vendre  les  nations  au  Despotisme, 
comme  Judas  vendit  son  Maitre,  —  pour  trente  deniers. 
De  longue  date,  ils  connaissent  Nemrod,  leur  vieux  com- 
plice, un  pantin  formidable  et  sanglant  dont  ils  savent 
jouer  ;  car,  dans  l'instant  qu'ils  baisent  la  poudre  de  ses 
sandales,  ils  tiennent  et  pratiquent  à  leur  gré  les  ficelles 
qui  le  font  mouvoir.  Tel  est  le  pacte  d'iniquité  entre  la 
Tyrannie  adoratrice  du  Diable  et  les  sacerdoces  prodi- 
teurs  de  l'Homme-Dieu. 

Dogmatiquement,  c'est  l'Idolâtrie  et  la  Corruption  que 
les  mages  noirs  veulent  installer  au  sanctuaire,  en  place 
du  pur  spiritualisme  de  Diaus-pitar,  de  Zw;tr«rr,p,  du 
Dieu  suprême.  Par  exemple,  aux  Indes,  c'est  la  doctrine 
désolante  de  l'inconscience  originelle  et  du  faux  Nirvana 
qu'ils  substitueront  à  celle  du  pur  Vedisme  ésotérique. 
Au  cas  particulier,  leur  chef  est  un  faux  Épicure  assoiffé 
d'apothéose,  —  une  contradiction  vivante,  —  qui  s'im- 
patroniscra  aux  lieu  et  place  de  Pythagore  aboli. 

Une  chose  pourtant  inquiète  l'hiérophante.  Il  est  écrit 
au  Livre  de  fer  qu'un  sage  fera  tout  échouer  :  c'est  un 
adepte  de  la  haute  et  divine  magie,  issu  de  la  postérité 
du  théosophe  de  Samos.  Il  est  mandataire  d'un  auguste 
collège  d'Enfants  du  Ciel,  d'où  il  tient  ses  pouvoirs  et  ses 
droits  mystiques.  Sous  le  nom  de  Société  des  Indépen- 
dants, S  tint- Martin  décrit  en  effet  le  sublime  Aréopage 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


des  élus  réintégrés  à  l'Unité  céleste  (I).  lîlrazar,  qui 
n'en  fait  pas  encore  partie,  doit  y  recevoir  la  palme  d'é- 

(1)  Cf.  les  vues  d'EcIcartshausen.  très  correctes  et  fort  analogues. 
Voici  quelques  fragments  détachés  du  dernier  livre  qu'il  publia  : 

«  La  religion  se  divise  en  une  religion  extérieure  et  intérieure...  Les 
écoles  de  sagesse  se  divisent  aussi  en  des  écoles  extérieures  et  inté- 
rieures. Les  écoles  extérieures  possèdent  la  lettre  des  hiéroglyphes,  et 
les  écoles  intérieures  l'esprit  elle  sens. 

•  La  religion  extérieure  est  liée  avec  la  religion  intérieure  par  les 
cérémonies.  L'école  extérieure  «les  mystères  se  lie  parles  hiéroglyphes 
avec  l'intérieure... 

-  Fils  de  la  Vérité,  il  n'y  a  qu'un  ordre,  qu'une  confrérie,  qu'une 
association  d'hommes  pensants  do  même,  qui  a  pour  but  d'acquérir  lu 
lumière.  Do  ce  centre,  le  malentendu  a  fait  sortir  des  ordres  innom- 
brables... Le  multiciple  est  dans  le  cérémonial  de  l'extérieur,  la  vérité 
n'est  que  dans  l'intérieur.  La  cause  delà  multiplicité  des  confréries  esl 
•lans  la  multiplicité  de  l'explication  des  hiéroglyphes,  d'après  le  temps, 
les  besoins,  et  les  circonstances.  La  vraie  communauté  de  lumière  ne 
peut  être  qu'une... 

«  Toutes  les  erreurs,  toutes  les  divisions,  tous  les  malentendus,  tout 
ce  qui,  dans  les  religions  et  les  associations  secrètes,  donne  lieu  à  tant 
d'égarements,  ne  regarde  que  la  lettre  ;  l'esprit  reste  toujours  intact  et 
saint:  tout  ne  se  rapporte  qu'au  rideau  extérieur  sur  lequel  les  hiéro- 
glyphes, les  cérémonies  et  les  rites  sont  écrits  ;  rien  ne  touche  à  l'in- 
térieur... 

a  Notre  volonté,  notre  but,  notre  charge  est  de  vivitier  partout  Ih 
lettre  morte  et  de  donner  partout  aux  hiéroglyphes  l'esprit,  et  aux 
signes  sans  vie  la  vérité  vivante  :  de  rendre  partout  l'inactif  actif,  le 
mort  vivant;  nous  ne  pouvons  pas  tout  cela  de  nous-mêmes,  mais  par 
l'esprit  de  lumière  de  celui  qui  est  la  Sagesse.  l'Amour  et  la  Lumière 
du  monde,  qui  veut  devenir  aussi  votre  esprit  et  votre  lumière. 

«  Jusqu'à  présent,  le  sanctuaire  le  plus  intérieur  a  été  séparé  du 
temple,  et  le  temple  assiégé  de  ceux  qui  étaient  dans  les  parvis  ;  le 
temps  vient  où  le  sanctuaire  le  plus  intérieur  doit  se  réunir  avec  le 
temple,  pour  que  ceux  qui  sont  dans  le  temple  puissent  agir  sur  ceux 
qui  sont  dans  les  parvis,  jusqu'à  ce  que  les  parvis  soient  jetés  dehors. 

«  Dans  notre  sanctuaire,  qui  est  le  plus  intérieur,  tous  les  mystères 
de  l'esprit  et  de  la  vérité  sont  conservés  purement:  il  n'a  jamais  pu 
être  profané  des  profanes,  ni  taché  par  les  impurs.  Ce  sanctuaire  est 
invisible,  comme  l'est  une  force  que  l'on  ne  connaît  que  dans  l'ac- 
tion... 

o  Dans  notre  école,  tout  peut  être  enseigné,  car  notre  maître  est  la 


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390  LA  CI.EK  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


lection  ;  Sédir  et  Ourdeck  lui-même  y  seront  admis  un 
jour.  -  Voilà  donc,  bien  nettement  posée,  la  vivante 
Providence  de  notre  planète  :  la  fraternité  lumineuse, 
en  face  de  la  fraternité  de  ténèbres  et  d'iniquité  ;  voilà 
les  enfants  du  Soleil,  en  face  des  missionnaires  du  Satel- 
lite obscur  (I). 

Une  notion  vive  illumine  Ourdeck;  un  violent  désir 
l'embrase,  de  connaître  celui  par  qui  crouleront  les  con- 
seils des  mauvais.  Ourdeçk,  médium  d'influences,  objec- 
tive son  désir:  le  nom  d'Éléazar  est  manifesté...  Aussitôt 
l'équilibre  instable  du  mal  est  rompu.  La  foudre  occulte 
ayant  manqué  son  but,  la  loi  de  choc  en  retour  intervient  : 
les  misérables  alïiliés  doivent  ravaler  leur  haine  et  leurs 
imprécations  ;  l'influx  blasphématoire  est  un  poison  qui 
rentre  en  eux,  et  les  torture  avant  de  les  tuer. 

Cependant,  le  Mal  se  multiplie  dans  l'enceinte  du  Mal 
même  ;  les  volitions  perverses  pullulent  en  désordre  :  les 
deux  singes  détachés  reprennent  vie;  ils  accouchent  cha- 
cun de  six  autres  singes  vivants  comme  eux,  et  ces 
quatorze  animaux  dévorent  les  quatorze  sorciers,  ce  qui 
revient  à  dire  que  chaque  auxiliaire  du  Mal  périt,  victime 
de  sa  volonté  mauvaise. 


Lumière  même  et  son  esprit...  Nos  sciences  sont  l'héritage  promis  aux 
élu?  ou  à  ceux  qui  sont  capables  île  recevoir  la  lumière,  et  la  pratique 
de  nos  sciences  est  la  plénitude  de  la  divine  alliance  avec  les  enfants 
des  hommes...  Maintenant,  nous  avons  rempli  notre  charge  et  nous 
vous  avons  annoncé  l'approche  du  grand  midi,  et  la  réunion  du  sanc- 
tuaire le  plus  intérieur  avec  le  temple...  »  {La  .Xuée  sur  le  Sanctuaire, 
ou  quelque  chose  dont  la  philosophie  orgueilleuse  de  notre  siècle  ne  se 
doute  pas.  —  Paris,  1819,  pet.  in  8,  pages  67  à  84,  passim. 
(i)  Cf.  la  Lumière  d'Egypte,  pages  112  et  suivantes. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


Une  trombe  répercussive,  s'abattant  sur  l'Hiérophante, 
s* en  empare  et  le  rejette  irrésistiblement  au  centre  de  sa 
chaîne  infâme  :  le  voilà  qui  apparait  sur  son  fauteuil, 
plus  tourmenté  que  ses  quatorze  disciples.  11  a  dû  ravaler, 
era  effet,  non  seulement  son  propre  poison  volitif,  mais 
le  boucon  des  quatorze  volontés  discipulaires,  dont  il  est 
responsable,  en  sa  qualité  de  maître  inspirateur  :  tous 
les  singes  l'attaquent  à  la  fois.  Peut-être  eût-il  pu  sau- 
ver sa  vie  par  un  nouveau  crime,  en  dirigeant  le  reflux 
mortel  sur  une  victime  substituée  pour  mourir  à  sa  place  ; 
mais  il  perd  la  tête,  assailli  qu'il  est  par  tant  de  forces 
adverses,  et  sa  lucidité  habituelle  lui  fait  défaut  :  parti- 
cularité que  symbolise  pour  nous  ce  fait,  des  singes  qui 
lui  crèvent  les  yeux  à  titre  de  prélude...  Dès  lors,  c'en 
est  fait  ;  il  reçoit  le  prix  de  ses  maléfices  et  meurt  dé- 
voré... 

Enfin,  ô  miracle  !  la  multiplication  des  singes  n'a  pré- 
cédé que  de  peu  d'instants  leur  anéantissement  total  ; 
car,  ne  voyant  plus  d'êtres  humains  à  dépecer,  leur  rage 
se  tourne  contre  eux-mêmes  et  ils  se  dévorent  les  uns  les 
autres.  El  voici  qu'il  n'en  reste  plus  vestige.  Ainsi  en  est- 
il  des  volontés  perverses  :  le  jour  où  le  Mal  se  multiplie 
et  pullule,  marque  souvent  la  veille  de  son  suicide  ou  de 
sa  mutuelle  destruction. 

Telle  est  l'interprétation  ésotérique  de  cette  page  sur- 
prenante, qui  nous  témoigne  que  le  marquis  de  Saint- 
Martin,  si  détaché  des  rites  théurgiques  de  sa  première 
école,  et  se  confinant  avec  Bœhme  sur  les  vierges  cimes 
de  la  Théosophie  transcendante,  répugnait  au  monde 
astral,  non  par  incompétence,  mais  par  antipathie  ;  et 


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.»98  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

—   —  .  

qu'il  aurait  été,  s'il  l'eût  bien  voulu,  un  très  grand  adepte 
de  la  magie  pratique  et  cérémoniale. 

Un  peu  négligée  par  Saint-Martin,  cette  branche  n'en 
brille  pas  moins  entre  les  plus  enviées,  sur  l'arbre  lumi- 
neux des  hautes  sciences.  Le  premier  initiateur  du 
«  Philosophe  inconnu  »,  Martinèsde  Pasqually  en  faisait 
l'objet  capital  de  son  enseignement,  comme  notre  ami  le 
Docteur  Papus  l'a  fait  ressortir  dans  une  admirable 
étude  (i).  Nul  doute  qu'en  idéalisant  son  vieux  maître 
sous  les  traits  d'Éléazar,  l'auteur  du  Crocodile  n'ait  tenu 
à  lui  solder  une  dette  de  gratitude,  en  même  temps  qu'il 


(\)  L'Illuminisme  en  France  (1767-1774).  Martinès  de  Pasqually. 
etc.,  d'après  des  documents  entièrement  inédits.  —  Paris,  Chaïuuel. 
1895,  in  M,  lig. 

Ce  livre,  où  le  Président  actuel  du  suprême  Conseil  martiniste  a 
mis  en  œuvre,  avec  une  critique  sagacc,  plusieurs  liasses  d'importantes 
notices  et  de  lettres  autographes,  provenant  en  ligne  directe  de  Martinès 
et  de  son  disciple  Wuillermoz,  —  ce  livre  accomplit  une  révolution 
dans  l'histoire  du  mysticisme.  Il  infirme  une  bonne  part  des  notions 
que  l'on  croyait  positives,  sur  la  doctrine  du  thëosophe,  et  redresse 
un  certain  nombre  d'inexactitudes  généralement  accréditées,  touchant 
sa  personne. 

Ainsi,  don  Martinès,  qu'on  estimait  juif  et  d'origine  portugaise,  est 
bel  et  bien  catholique  et  espagnol  :  comme  en  font  foi  son  nom  même, 
d'un  côté;  et  de  l'autre,  l'acte  de  baptême  de  son  fils. 

Ce  nom,  généralement  orthographié  de  la  sorte  :  Dom  Martinec- 
Pascalis,  et  que,  sur  la  foi  de  ses  disciples  immédiats  (Saint-Martin  et 
l'abbé  Fournié),  nous  avions  personnellement  coutume  d'écrire  Marti- 
nets  de  Païqunllys,  s'écarte,  en  réalité,  de  ces  deux  transcriptions. 

Don  (et  non  p  is  Dom)  Martinès  de  Pasqually  de  la  Tour.  —  telle 
serait  la  véritable  orthographe,  d'après  la  signature  même  du  théurge. 
Notons  d'ailleurs  qu'à  l'époque  où  il  vécut,  l'orthographe  des  noms 
propres  n'était  pas  lixée:  on  voyait  très  souvent  deux  frères  signer 
différemment  le  nom  de  leur  famille. 

F. -Ch.  Barlet,  en  sa  judicieuse  critique,  publiée  par  Y  Initiation  (oc- 
tobre 1891»),  sous  ce  titre  :  Martinès  de  Pasqually  et  les  miroirs  magi- 
ques, discute  le  fort  et  le  faible  de  la  théurgie  martinésiste. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


lui  rendait  l'hommage  spontané  de  son  admiration 
filiale. 

L'épisode  symbolique  d'Atalante,  dont  nous  avons 
transcrit  et  commenté  quelques  pages  décisives,  sera  le 
meilleur  trait  d'union  entre  ce  qui  précède  et  ce  qui  va 
suivre,  touchant  la  force  de  la  Volonté,  dans  l'homme  et 
dans  l'univers. 

Comment  la  volonté  collective,  —  dont  l'individu  n'est 
point  conscient,  puisqu'elle  appartient  à  l'espèce,  — 
exerce  son  empire  sur  la  matière,  l'informe  et  1  élabore, 
(grâce  à  l'action  médiatrice  de  la  faculté  plastique  indivi- 
duelle, façonnant  un  corps  astral  approprié  aux  milieux 
que  l'âme  traverse),  —  nous  l'avons  dit. 

Comment,  ici-bas  même,  la  volonté  individuelle  de 
l'homme  peut  récupérer,  sciemment  ou  non,  son  privi- 
lège édénal,  et  devenir  créatrice,  sur  les  plans  hyper- 
physique  et  par  suite  matériel  :  voilà  le  problème  dont,  à 
maintes  reprises,  nous  avons  fait  pressentir  la  solution, 
et  qu'il  nous  reste  maintenant  à  bien  fixer  en  ses 
termes. 

C'est  dans  l'exercice  de  ce  pouvoir  créateur  que  réside, 
à  proprement  parler,  la  MAGIE. 

La  Magie  se  pratique  :  ou  directement,  par  l'action  du 
corps  éthéré  sur  les  fluides  impondérables,  (soit  que  l'a- 
depte fasse  naître  des  courants  dans  la  masse  de  l'Astral, 
soit  qu'il  en  utilise  les  marées  existantes),  —  ou  bien  in- 
directement, par  l'empire  que  la  Volonté  peut  étendre 
sur  certains  êtres  de  l'Invisible. 


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400 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


L'un  et  l'autre  ordre  d'opérations  supposent  des  pou- 
voirs qui  ne  s'acquièrent  (disons  mieux  :  ne  se  dévelop- 
pent) que  par  une  méthode  graduelle  d'entrainemenL 
dont  tous  les  hommes  ne  sont  pas  susceptibles. 

Cette  règle  générale,  comme  toutes  les  règles,  com- 
porte des  exceptions.  Quelques  individus  naissent  ma- 
giciens, c'est-à-dire  médiateurs  actifs,  ou  médiums, 
c'est-à-dire  magiciens  passifs. 

Nous  avons  déjà  traité  de  ceux-ci,  en  notre  premier 
tome,  —  le  Temple  de  Satan  (I)  —  ;  nous  y  reviendrons 
encore  au  chapitre  V  de  la  présente  septaine,  relatif  à 
Y  Esclavage  magique.  Là  trouveront  leur  place  quelques 
remarques  tangentes  aux  questions  controversées  du  ma- 
gnétisme et  du  spiritisme,  sur  quoi  notre  opinion  est 
déjà  connue  (2). 

Le  Magnétisme  et  la  Suggestion  peuvent  être  envisagés 
sous  deux  modes,  actif  et  passif  :  soit  au  regard  de  Pex- 
périmentateur  qui  agit,  soit  au  regard  du  sujet  qui 
(comme  son  nom  l'indique)  subit  l'action.  Le  premier 
point  de  vue  ressortirait  au  présent  chapitre.  Jl  suffira 
d'en  toucher  quelques  mots,  pour  éclaircir  bien  des  phé- 
nomènes dits  magiques  (tels  que  la  fascination,  le  mau- 
vais œil  et  plusieurs  autres),  qui  se  réduisent,  en  somme, 
à  des  cas  déguisés  d'influence  magnétique  ou  sug- 
gestive. 

M.  le  Baron  du  Potet  généralise  un  peu  trop  sa  for- 


(1)  Le  Temple  de  Satan,  pages  121,  et  399-408.  —  Cf.  en  cette  Clef 
de  la  Magie  noire,  les  pages  71-78,  169  171,  185,  192-196.  etc. 

(2)  Le  Temple  de  Satan,  pages  376-377.  393-427,  etc. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


mule,  quand  il  proclame  que  «  le  Magnétisme  est  la  clef 
de  la  science  occulte  de  tous  les  temps  et  de  tous  les 
pays  (1)  *  ;  et,  contraint  plus  tard  d'admettre  l'existence 
d'êtres  invisibles  doués  d'intelligence  et  de  vouloir,  le 
même  auteur  dut,  loyalement  et  de  la  meilleure  grâce, 
convenir  que,  si  loin  qu'on  élargit  le  domaine  du  magné- 
tisme animal,  certaines  manifestations  en  outrepassaient 
les  rationnelles  frontières  (2).  Mais  il  en  est  certain  qu'un 
très  grand  nombre  de  faits  réputés  occultes  seraient  jus- 
ticiables de  cette  science,  telle  que  ses  champions  la  dé- 
finissent, et  voire  qu'ils  la  pratiquent. 

En  effet  Mesmer,  dans  son  résumé  théorique  des 
XXVII  Propositions,  comme  en  ses  écrits  ultérieurs, 
ébauche  un  système  intégral  du  Magnétisme,  dont  la 
formule,  maladroite  et  confuse  à  quelques  égards,  n'en 
trahit  pas  moins  l'intuition  positive  qu'il  parait  avoir 
eue,  de  la  doctrine,  traditionnelle  en  occultisme,  de  l'uni- 
versel Aôr. 

Le  fluide  cosmique  baigne  toutes  choses.  —  Véhicule 
de  la  vie,  il  est  substance  et  force  à  la  fois;  et,  par  sa 


(1)  La  Magie  dévoilée,  ou  Principes  de  Science  occulte,  Saint-Ger- 
inain,  1875,  in-4°,  flg.  (page  08). 

(2)  «  LTn  jour,  pendant  que  j'écrivais  ma  Magie  dévoilée,  je  me 
sentis  saisi  fortement  en  arrière,  par  ma  cravate.  Je  levai  forcément 
la  tète  et  j'aperçus  trois  individus  groupés  derrière  moi.  Tout  était 
clos  chez  moi  ;  je  ne  savais  pas  comment  ces  gens  étaient  là,  et  mon 
premier  mouvement  fut  de  me  défendre.  Je  donnai  un  violent  coup  de 
poing  à  celui  qui  me  tenait:  ma  main  et  mon  bras  passèrent  au  travers 
de  son  corps.  —  C'était  un  esprit,  qui  alors  posa  son  doigt  sur  sa 
bouche,  et  me  dit  :  «  Tu  dis  dans  ton  livre  des  choses  qu'il  faut  taire  :  • 
et  après  cela,  les  trois  hommes  disparurent,  t  (Baron  du  Pofel,  cité 
par  M.  Dunand,  Révolution  en  philosophie,  page  :t7(î). 

26 


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402 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


double  polarité,  conséquente  à  sa  double  nature,  il  crée, 
vivifie,  renouvelle  tous  les  corps.  —  Impulsion  et  ré- 
sistance, forces  centrifuge  et  centripète  :  tel  est  le  mode 
binaire  de  sa  manifestation.  —  Un  double  courant  uni- 
versel en  procède,  flux  et  reflux  :  les  astres  s'attirent  et 
se  repoussent  ;  de  là  résulte  la  gravitation  des  orbes.  — 
Cet  agent  se  décèle,  particulièrement  dans  le  corps  hu- 
main, par  des  propriétés  analogues  à  celles  de  l'aimant 
(magnétisme).  —  Le  système  nerveux,  docile  à  lu  Volonté, 
l'emmagasine  et  le  répartit.  —  Le  magnétisme  peut  se 
communiquer  aux  objets,  vivants  ou  inanimés,  selon  leurs 
réceptivités  respectives.  — L'action  fluidique  peut  s'exer- 
cer à  de  grandes  distances,  sans  intermédiaire  visible. 
—  Cette  force  peut  être  accumulée,  concentrée,  trans- 
portée. —  Comme  la  lumière,  elle  est  réfléchie  et  mul- 
tipliée par  les  glaces.  —  Le  son  la  propage  en  la  dyna- 
misant. —  Chez  les  êtres  vivants,  la  santé  résulte  de 
l'équilibre  fluidique  ;  l'équilibre  venant  à  se  rompre,  la 
maladie  s'ensuit.  —  Par  l'effet  de  la  volonté  et  l'emploi 
des  passes,  l'homme  peut  dissoudre  les  accumulations 
excessives;  concentrer  du  fluide,  où  ce  véhicule  delà  vie 
fait  défaut;  faire  circuler  celle-ci  à  grandscourantsdans 
l'organisme...  L'homme  peut,  en  un  mot,  guérir  son 
semblable,  en  rétablissant  l'équilibre  en  lui. 

Voilà,  singulièrement  réduite,  mais  éclaircic  et  filtrée 
en  revanche,  la  théorie  du  Dr  Mesmer  :  on  sait  quelles 
additions  lui  ont  apportées  les  découvertes  de  ses  succes- 
seurs. 

Avec  M.  de  Puységur,  le  magnétisme  parut  se  res- 
treindre aux  bornes  de  la  thérapeutique  :  la  phase  de 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


403 


vivification  paisible  remplaça  les  crises  et  les  convul- 
sions naguère  à  la  mode  ;  on  suppléa  très  avantageuse- 
ment au  fameux  baquet  condensateur  des  fluides,  par 
l'orme  magnétisé  de  la  grand'place  de  Buzancy  :  des 
centaines  de  malades  vinrent  chaque  jour  se  suspendre 
aux  branches  de  l'arbre  séculaire,  entre  les  racines  du- 
quel semblait  sourdre  la  fontaine  de  Jouvence...  Mais 
tout  à  coup,  un  phénomène  insoupçonné  se  déclare  parmi 
les  malades  en  traitement  :  le  sommeil  magnétique  î 
Grande  révolution  dans  le  royaume  de  Mesmer  :  avène- 
ment du  somnambulisme.  A  sa  remorque,  toutes  les 
merveilles  de  la  lucidité  viennent  confondre  les  savants, 
qui  trouveront  plus  simple  de  méconnaître  les  faits,  ce  qui 
dispense  de  les  expliquer.  «  Ignoramus(s  écrie  l'un  d'eux), 
et  ignorabimus!  »  Depuis  lors,  c'est  un  feu  roulant  de 
prodiges.  —  Faria,  d'un  seul  mot  impérieusement  pro- 
féré, frappe  de  sommeil  des  groupes  entiers  de  scepti- 
ques. Un  geste  de  lui  transmue,  au  gré  des  sujets,  l'eau 
pure  en  liqueurs  délicieuses  et  variées.  Puis  d'autres 
expérimentateurs  réalisent  la  clairvoyance,  la  clairau- 
dience,  la  seconde  vue,  l'intuition  diagnostique,  jointe  à 
celle  des  remèdes  appropriés,  etc.  Consulté  dans  son 
sommeil  par  le  magnétiseur,  le  malade  même  devient 
son  propre  médecin.  —  De  nos  jours,  Liébeault  et  Foca- 
chon  réussissent  par  suggestion  la  pose  d'un  vésicatoire 
imaginaire;  tandis  que  le  Colonel  de  Rochas  démontre 
l'extériorisation  des  couches  sensibles  et  la  réalité  du  phé- 
nomène répercussif ([inexpliqué  l'envoûtement. Mais  nous 
touchons  à  la  frontière  des  faits  attribuables  au  seul  ma- 
gnétisme; avec  Crookes,  nous  l'eussions  dépassée.  Quant 


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404  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

à  la  théorie  stupéfiante  de  la  Suggestion  (1),  que  l'école 
de  Nancy  a  portée  à  son  extrême  et  rigoureuse  formule, 
—  son  mécanisme  apparent,  si  strict  et  (peut-on  dire)  si 


(1)  La  théorie  de  la  Suggestion  oc  date  point  d'hier,  pas  plus  que 
les  découvertes  prétendues  de  bien  des  docteurs  magnétistes. 

Écoutons  la  voix  d'un  moine  du  xiii*  siècle  :  «  Il  est  un  prodige 
(dit  Roger  Bacon)  qui  l'emporto  sur  tous  les  autres.  Lame  raisonnable, 
qui  ne  peut  être  asservie,  puisqu'elle  possède  la  liberté,  peut  cependant 
être  oflicaceinent  circonvenue,  dominée  et  disposée  de  telle  sorte, 
qu'elle  changera  volontiers  ses  habitudes,  ses  affections,  ses  volitions, 
selon  la  volonté  d'un  autre;  et  non  seulement  on  peut  ainsi  dominer 
une  personne,  mais  encore  une  armée,  une  cité,  tout  un  peuple.  Arîs- 
tote,  dans  son  livro  des  Secrets,  enseigne  la  manière  de  faire  celte 
expérience,  aussi  bien  sur  un  peuple  ou  une  armée,  que  sur  les  indi- 
vidus. L'on  peut  dire  que  c'est  là  l'extrême  limite  de  la  nature  et  de  la 
science.  »  (Lettre  sur  les  prodiges  de  la  nature  et  de  l'art,  traduite  et 
commentée  par  Albert  Poisson,  Paris,  Chamuel,  1893,  in-12,  pages 
40-41). 

Puisque  nous  sommes  sur  le  chapitre  des  légitimes  revendications 
de  la  science  d'autrefois,  contre  le  naïf  aplomb  des  novateurs  contem- 
porains, produisons  encore  deux  exemples,  piquants,  en  vérité. 

Que  diraient  MM.  les  Docteurs  Bourru  et  Burot,  qui  se  croient  très 
légitimes  inventeurs  de  «  l'action  des  médicaments  à  distance»,  s'ils 
lisaient  dan3  Agrippa  (ou  dans  tout  autre  auteur  qui  le  relate)  le  cas 
observé  par  Guillaume  de  Paris,  d'un  homme  qui,  chaque  fois  qu'il 
sentait  le  besoin  do  prendre  médecine,  se  contentait  de  regarder  la 
drogue,  et  tout  aussitôt  se  sentait  purgé?  (Voy.  Philosophie  occulte, 
chap.Lxiv,  page  183  du  tome  1  de  la  traduction  française  de  1727).  — 
Cf.  le  cas  analogue  rapporté  par  Bagon  (Orthodoxie  maçonn ique,  Paris. 
1853,  in  8.  page  501).  Là,  de  toute  évidence,  il  y  a  suggestion  :  ce 
n'est  pas  la  drogue,  mais  bien  l'idée  de  la  drogue,  qui  agit  sur  le  sujet. 

On  parlait,  l'an  dernier,  d'une  nouvolle  découverte  d'Kdison,  qui 
devait  porter  à  son  comble  la  gloire  de  l'illustre  inventeur.il  s'agissait 
d'un  instrument  très  simple,  grâce  auquel,  d'un  bout  à  l'autre  du 
inonde,  deux  amis  pourraient  correspondre  télégraphiquement  :  nul 
lil  conducteur;  l'électricité  secrète  dégagée  par  la  volonté  de  l'«  expé- 
diteur» doit  suffire  à  actionner  l'appareil  de  réception.  (Cette  décou- 
verte —  entre  parenthèses  —  fait-elle  pas  songer  aux  Escargots  sympa- 
thiques, dont  nos  pères  se  sont  moqués  de  si  bon  cœur?) 

Eh  bien,  ouvrons  la  même  traduction  d 'Agrippa,  mentionnée  plus 
haut.  Qu'y  lisons-nous,  page  17  du  tomo  premier?  Voici  :  «  ...  l'n 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


405 


mathématique,  est  bien  fait  pour  satisfaire  les  esprits 
positifs  en  même  temps  qu'elle  les  confond  ;  mais  la  rai- 
son d'être  occulte,  le  pourquoi  du  phénomène  suggestif 
est  profondément  ignoré,  de  ceux-là  même  qui,  d'un 
soin  studieux,  observèrent  le  comment,  et  en  induisirent 
la  loi,  avec  autant  de  sagacité  que  de  logique.  Or,  ce 
pourquoi  réside  en  un  arcane  terrible.  Nous  ne  ressas- 
serons point  ici  les  observations  émises  au  tome  précé- 
dent, pas  plus  qu'il  ne  convient  d'empiéter  sur  les  ma- 
tières du  chapitre  qui  va  suivre.  Le  Lecteur  retiendra 
seulement  que  toute  suggestion  infligée  à  un  être  pen- 
sant et  volilif,  équivaut  au  sortilège  d'une  possession 
réelle,  encore  que  limitée  dans  sa  tyrannie;  et  que  tout 
suggestionneur  professionnel  apparaît  un  cnvoûteur  au 
petit  pied,  un  maléficiant  en  détail,  —  c'est-à-dire, 
sciemment  ou  non,  un  sorcier.  Il  aliène  l'âme  de  ses 
sujets,  en  la  peuplant  de  Larves,  de  concepts  vitalisés  ou 
de  mirages  astraux,  suivant  les  cas;  heureux,  quand  il 
ne  la  voue  point  à  des  vampires  dévorants. 

Toute  âme  pense;  et  toute  pensée  est  elle-même  une 
âme,  à  titre  infinitésimal  ;  et  toute  âme,  sur  la  terre,  cher- 
che à  s'incarner  :  c'est  encore  une  des  formes  de  la  lutte 
pour  l'existence...  Que  la  pensée  émise  tâche  donc,  par 
la  persuasion,  de  conquérir  sa  place  dans  les  cerveaux 
étrangers,  c'est  son  rôle,  et  rien  de  plus  juste.  Mais  que  le 


homme  peut  naturellement  et  sans  aucune  superstition,  sans  le  secours 
d'aucun  esprit,  communiquer  sa  pensée  à  un  autre,  quelque  éloignés 
qu'ils  soient,  en  moins  de  vingt-quatre  heures,  quoique  l'on  ne  puisse 
précisément  fixer  le  temps  :  c'est  une  chose  quo  j'ai  vu  fairo,  et  que 
j'ai  faite  moi-même;  c'est  aussi  ce  qu'a  fait  autrefois  l'abbé  Trithème.  » 


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^ 

406  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


père  de  cette  pensée  l'impose  au  cerveau  d'un  être  ma- 
giquement dépossédé  de  son  libre  arbitre,  quoi  de  plus 
pesant  à  la  responsabilité  morale  !  Faut-il  être  assez  sùr 
de  soi,  pour  l'oser  entreprendre,  non  pas  une  fois,  dans 
un  cas  donné,  après  mûre  délibération  et  en  vue  d'un 
résultat  capital  ;  mais  quotidiennement,  par  profession 
ou  par  habitude,  ou  par  manie,  et  en  pleine  sécurité  de 
conscience  !... 

Le  phénomène  de  la  fascination  s'opère  par  vertu  sug- 
gestive. 

Un  jour,  nous  conte  Bodin,  le  fameux  sorcier  Deses- 
chelles  (1)  avise  un  brave  homme  de  curé  au  milieu  de 
ses  paroissiens  :  —  Voyez  l'hypocrite,  s'exclame-t-il. 
Vous  pensez  que  c'est  un  bréviaire  qull  porte  là,  sous 
son  bras?  Vous  n'y  êtes  point,  c'est  un  jeu  de  cartes  î... 
Le  digne  ecclésiastique,  pour  confondre  le  mauvais  plai- 
sant, exhibe  un  objet  que  toutes  ses  ouailles  et  lui-même 
le  premier  reconnaissent  pour  un  jeu  de  cartes  :  si  bien 
qu'il  s'esquive,  tout  confus,  non  sans  avoir  jeté  par  terre 
ce  profane  objet...  Peu  après,  des  passants  ramassent  le 
prétendu  jeu  de  cartes  :  c'est  bel  et  bien  le  bréviaire  du 
curé...  «  En  quoy  on  apperceut,  (conclut  Bodin)  que 
plusieurs  actions  de  Sathan  se  font  par  illusions  (2)...  * 

Nos  hypnotiseurs  du  jour  se  feraient  un  jeu  de  renou- 
veler cette  expérience.  Couramment,  ils  en  produisent 
d'analogues. 


(t)  Probablement  Trois-Iiclielles,  célèbre  sorcier  sous  Charles  IX;  il 
fut  exécut»;  on  1  Ml . 

(2)  Dèmonomanie  des  sorciers  (Paris.  1587,  in-4,  feuillet  454). 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  407 


La  forme  extérieure  de  l'objet  en  litige  n'a  point 
changé;  son  image  vraie  se  réfléchit  fidèlement  sur  la 
rétine  du  sujet;  mais  c'est  le  cas  de  dire  que,  voyant, 
celui-ci  ne  voit  pas  :  comme  percevant  des  sons,  il  n'en- 
tendrait point,  si  l'expérience  portait  sur  un  phénomène 
auditif,  au  lieu  d'avoir  trait  à  la  fonction  visuelle. 

Qu'a  donc  fait  le  sorcier  ?  —  Il  a  évoqué  le  mirage  as- 
tral d'un  jeu  de  cartes,  et  imposé  ce  mirage  à  l'imagina- 
tion des  personnes  présentes  :  si  bien  que  l'image,  reflé- 
tée au  translucide  (I  )  des  spectateurs,  et  se  superposant 
à  celle  du  bréviaire  que  le  regard  percevait  normalement, 
a  masqué  celle-ci  pendant  toute  la  durée  du  phénomène. 

Voici  un  autre  exemple  de  fascination,  rapporté  par 
le  médecin  Jean  de  Nynauld,  (premières  années  du  xvne 
siècle).  Un  hobereau  magicien,  natif  de  Granson  en 
Suisse,  le  sieur  de  la  Pierre, 

«...  estant  en  la  nopee  d'vn  certain  Gentil-homme,  où  il  y 
auoit  plusieurs  Dames  et  Damoiselles  qui  dançoient  seules  en 
vne  chambre  à  part,  print  vn  petit  tambour  qu'il  gardoit  à 
cest  usage,  puis  s* estant  approché  contre  la  porte  pour  le  tou- 
cher doulcement,  au  premier  son  d'iceluy,  les  Dames  croyoient 
que  ce  fust  le  bruit  d'vn  ruisseau  qu'elles  virent  à  l'instant  sor- 
tir de  la  muraille,  comme  il  leur  sembloit,  loquel  s'accroissoit 
ou  appetissoit  selon  qu'il  touchoit  fort  ou  bellement  le  tam- 
bour. Ce  voyant,  les  Dames,  comme  rauies  et  ensorcelées, 


(i  )  En  magie,  on  nomme  translucide,  ou  encore  diaphane,  l'instru- 
ment de  la  vision  sur  le  plan  astral  C'est,  en  quelque  sorte,  la  rétine 
de  l'àme,  miroir  où  se  viennent  réfléchir  les  formes  de  l'existence  sub- 
jective, —  lesquelles  n'ont  de  réalité,  ou  mieux  de  virtualité,  que  dans 
l'atmosphère  seconde. 

Le  translucide  peut  se  définir  l'organe  réceptif  des  images,  le  milieu 
propre  de  Y  imagination. 


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408 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


leuoient  peu  ii  peu  leurs  robbes  de  peur  de  les  mouiller,  el 
enfin  le  ruisseau  s' accroissant  déplus  en  plus,  furent  contrain- 
tes de  leuer  et  robes  et  chemises  iusques  au  nombril  ;  dpquoy 
estant  content  ledit  de  la  Pierre  et  les  Spectateurs  qui  estoient 
en  dehors  avec  luy,  le  fit  diminuer  peu  à  peu,  et  à  la  tin  dis- 
paroir  entièrement.  Car  s'il  eust  continué  à  le  faire  aggrandir, 
elles  se  fussent  espouuantées  et  peut  estre  fussent  defaillies 
par  la  crainte  de  se  submerger  (I).  » 

Ce  nouveau  cas  de  puissance  fascinatoire  semble  plus 
complexe  que  le  premier,  (il  est  plus  simple,  au  con- 
traire) ;  mais  l'un  et  l'autre  seront  également  vraisem- 
blables, pour  qui  connaît  les  phénomènes  de  suggestion 
mentale,  et  la  potentialité  occulte  des  signes  analogiques. 

Les  initiés  de  la  Doctrine  secrète  n'ignorent  pas  que, 
de  toutes  les  modifications  fluidiques  de  l'Agent  universel, 
te  Son  (2)  est  peut-être  la  plus  foudroyante  d'occulte  in- 
flux; c'est  aussi  l'une  des  plus  hautes  dans  la  hiérarchie 
des  forces  sensibles.  Une  volonté  d'adepte,  portée  sur  des 
ondulations  sonores  d'un  certain  ordre  rhythmique, 
constitue  une  Force  intelligente,  à  quoi  nul  ne  résiste. 


(1)  I.  de  Nynauld,  de  la  Lycanthropie,  transformation  et  extase 
des  sorciers,  Paris,  1615,  in-8  (pages  59-60). 

(2)  Dans  le  système  de  Louis-Michel  de  Figannières,  —  mystique 
hétérodoxe,  illuminé  par  d«  brusques  éclairs,  et  qui  voit  juste  et  loin, 
quand,  d'aventure,  il  n'exlravague  pas.  —  le  •  Huido  sonique  »  occupa 
lu  sommet  de  la  hiérarchie  des  forces  naturelles;  au-dessus,  Michel  m- 
mentionne  plus  que  lo  «  fluide  divin  ».  (Cf.  Clé  de  la  Vie,  Paris.  1858. 
in-8,  page  52.) 

Cela  concorde  en  quelque  manière  avec  le  système  du  grand  Bœhme. 
qui  qualifie  (symboliquement,  il  est  vrai)  de  Son.  la  6«  et  pénultième 
propriété  (ou  forme  génératrice)  de  l'originelle  Nature:  il  ne  place  au 
delà,  dans  l'ordre  des  réalisations,  que  la  septième  forme,  qui  est  la 
substance  en  soi,  l'être,  la  chose,  ou  plutôt  l'essence  de  la  réalité. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


409 


—  ni  rien,  dans  les  mondes  astral  et  matériel.  Elle  dé- 
ploie les  virtualités  les  plus  énergiques  et  diverses  tout 
ensemble  :  une  véritable  gamme  d'effluves  nuancés. 

Le  son  est  le  meilleur  véhicule,  et  le  mieux  flexible,  de 
la  magnésie  universelle  des  Sages. 

Bien  des  légendes  en  témoignent,  où  Ton  peut  voir  à 
la  fois  des  symboles  et  des  réalités...  La  lyre  d'Orphée 
enchantait  les  fauves  attendris,  et  donnait  une  àme  sen- 
sible aux  choses  immobiles  ;  aux  arbres  inclinés,  d'har- 
monieuses flexions.  Ses  accords  un  instant  ressuscitèrent 
Eurydice!...  — -  Sur  un  plan  régulateur,  les  pierres  éver- 
tuées se  superposaient  en  cadence,  aux  hymnes  créa- 
trices d'Amphion  :  ainsi  s'édifia  la  Thèbes  dorienne,aux 
cent  portes,  la  cité  du  mystère. 

Ni  le  culte  officiel,  ni  la  magie  n'ont  méconnu  jamais 
la  puissance  mystique  du  chant.  Actuellement  encore, 
aux  Indes,  c'est  par  des  Mentras  psalmodiés  à  mi-voix 
que  les  Fakirs  obtiennent  leurs  phénomènes,  si  incroya- 
bles aux  Européens.  —  Les  illuminés  de  Saint-Joachim 
utilisaient  en  leurs  séances  les  sonorités  dissolvantes  de 
l'harmonica  :  c'est  là  que  Mesmer  dut  emprunter  l'usage 
de  cet  instrument,  presque  aussi  fameux  que  son  baquet, 
et  physiologiquement  plus  efficace,  peut-être. 

Les  cloches  et  les  carillons  des  églises,  des  chapelles  et 
des  couvents,  dont  l'importance  diminue  chaque  jour 
dans  les  pompes  du  culte,  jouaient  au  moyen  âge  un  rôle 
capital.  Pour  peu  qu'on  examine,  aux  lumières  de  la 
Symbolique  et  de  la  Liturgie,  l'histoire  des  cloches,  et 
qu'en  regard  des  propriétés  mystiques  que  leur  prêtaient 
nos  ancêtres,  Ton  étudie  les  rites  traditionnels  de  leur 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


fonte,  de  leur  baptême  et  de  leur  consécration,  Ton  se 
persuadera  sans  peine  du  caractère  hautement  occulte 
des  cérémonies  qui  les  concernent  (t). 

Pour  désintégrer  en  quelques  secondes  les  roches  les 
plus  dures,  le  savant  américain  Keeley  a  construit  un  ap- 
pareil portatif,  générateur  de  sa  «  force  inter-éthérique  », 
et  que  le  son  prolongé  d'un  fort  diapason  suffit  à  mettre 
en  activité. 

Bref,  sous  l'empire  d'un  vouloir  exercé,  le  Son  peut 
tout  on  magie.  Le  son  met  en  extase  ou  procure  des 
convulsions,  il  tue  ou  guérit.  Il  dispense  le  bien-être  ou 
l'angoisse,  rend  héroïque  le  soldat  craintif  ou  démora- 
lise le  plus  vaillant.  Il  intègre  la  matière  par  masses  énor- 
mes, ou  la  réduit  en  impalpables  atomes. 

Deux  mots  du  phénomène  relaté  par  Nynauld  vont 
nous  ouvrir  de  curieux  horizons. 

Les  vibrations  du  tambourin,  la  sonorité  imitative  de 
l'eau  qui  jaillit  d'une  fontaine,  et  susurre  et  s'écoule,  — 
remplacent  au  cas  présent  la  suggestion  de  la  parole, 
par  celle,  non  moins  etticace,  du  signe  analogique,  con- 
forme ù  la  pensée.  La  parole  elle-même  n'apparait-elle 
pas  un  signe  de  la  pensée,  un  truchement  d'icelle,  — 
abstractivement  plus  explicite,  mais  figurativement  moins 
expressif? 

La  volonté  de  l'homme  au  tambourin,  appuyée  sur  un 
signe  sensible  qui  la  représente,  évoque  dans  Tatmo- 


(I)  M.  Hùvsmans  a  réuni  dans  Là-Bas  (Paris  1891,  in-12)  quelques 
détails  curieux  et  instructifs  sur  les  cloches.  (Voy.  pages  52-58,  101 
10H.  187-181»,  28;i  286,  329-331.  et  passiin.) 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


sphère  astrale  le  mirage  animé  d'une  source  vive,  et  en 
réfléchit  l'image  dans  le  translucide  des  spectateurs,  sur 
qui  tout  d'abord  le  magicien  a  pris  ascendant.  Nos  Lec- 
teurs savent  ce  qu'expriment  tous  ces  vocables; il  est 
inutile  d'y  revenir. 

Nous  voici  en  face  de  la  théorie  des  signes  d'appui  dont 
a  besoin  la  Volonté  humaine, pour  agir  au  dehors:  théo- 
rie complémentaire  de  celle  des  signatures  spontanées, 
où  la  Nature,  (déchue  parallèlement  à  l'homme  dans 
leparpillementdes  sous-multiples  adamiques),  inscrit,  du 
haut  en  bas  de  l'échelle  des  effigies,  le  barrême  de  ses 
déviations. 

Au  miroir  des  signatures  naturelles,  on  peut  étudier 
l'essence  propre  des  choses,surprendre  la  pensée  qui  pré- 
sidait à  leur  concrétion.  Ainsi  est-ce  la  loi  de  ce  monde 
somatique,  que  les  essences  ne  s'y  peuvent  manifester 
qu'à  la  faveur  d'une  forme  adéquate,  qui  leur  serve  d'en- 
veloppe et  de  garant. 

D'où  il  résulte  que  l'essence  volitive  de  l'homme,  pour 
devenir  créatrice  à  l'extérieur  de  sa  geôle  corporelle,  doit 
prendre  appui  sur  un  signe,  analogiquement  correspon- 
dant à  la  volition  proférée. 

Affermi  sur  un  signe  proportionnel  à  sa  nature,  et  qui 
en  est  la  traduction  parfaite  et  l'absolu  symbole,  le  Vou- 
loir devient  Verbe,  et  la  virtualité  édénale  lui  semble  à 
nouveau  dévolue. 

Ainsi  qualifions-nous,  à  ce  point  de  vue,  le  Verbe  hu- 
main: une  volition  définie,  étayée  sur  un  emblème  qui  la 
confirme. 


412  LA  CLEF  DR  LA  MAGIE  NOIRE 


«  Le  siïne  (dit  quelque  part  Éliphas  Lévi),  le  signe  ex- 
prime la  chose.  —  La  chose  est  la  vertu  du  signe. 

<•  Il  y  a  correspondance  analogique  entre  le  signe  et  la  chose 
signifiée. 

«  Plus  le  signées!  parfait,  plus  la  correspondance  est  en- 
tière. 

«  Dire  un  mol,  c'est  évoquer  une  pensée  et  la  rendre  pré- 
sente. Nommer  Dieu,  par  exemple,  c'est  manifester  Dieu. 

«  La  parole  agit  sur  les  Ames  et  les  âmes  réagissent  sur  les 
corps;  donc  on  peut  effrayer,  consoler, rendre  malade,  guérir, 
tuer  même  et  ressusciter  par  des  paroles. 

«  Proférer  un  nom,  c'est  créer  ou  appeler  un  être. 

a  Dans  le  nom  est  contenue  la  doctrine  verbale  ou  spirituelle 
de  l'être  même. 

*  Quand  l'âme  évoque  une  pensée,  le  signe  de  cette  pensée 
s'inscrit  de  lui-même  dans  la  lumière. 

«  Invoquer,  c'est  adjurer,  c'est-à-dire  jurer  par  un  nom  : 
c'est  faire  un  acte  de  foi  en  ce  nom,  et  c'est  communiera  la 
vertu  qu'il  représente. 

«  Les  paroles  sont  donc,  par  elles-mêmes,  bonnes  ou  mau- 
vaises, vénéneuses  ou  salutaires... 

a  Les  choses  sont  pour  chacun  ce  qu'il  les  fait  en  les  nom- 
mant. Le  verbe  de  chacun  est  une  imprécation  ou  une  prière 
habituelle. 

«  Bien  parler,  c'est  bien  vivre.  —  Un  beau  style  est  une 
auréole  de  sainteté  (!).  » 

On  ne  saurait  trouver  formule  plus  claire  et  plus  juste. 

Éliphas  Lévi,  sans  contester  positivement  la  rigueur  de 
cette  doctrine,  observe  qu'elle  a  égaré  certains  Kabba- 
listes  superstitieux,  qui  en  tiraient  des  conclusions  d'un 
réalisme  immédiat  et  grossier.  Mais  l'auteur  de  Dogme  et 
Rituel  ne  saurait  oublier  que  ces  principes  sont  ceux-là 
mômes  qui  ont  fourni  la  pierre  angulaire  de  son  édifice, 

(!)  La  Clef  de*  Grands  Mystères,  pages  205-206. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  413 


lorsqu'il  ritualisait  la  magie  cérémoniale.  Au  demeurant, 
il  ne  pouvait  bâtir  sur  d'autres  fondations. 

La  doctrine  absolue  des  signes  et  des  correspondances 
de  la  Volonté  constitue  la  clef  de  voûte  de  la  magie  cé- 
rémoniale. Nous  sommes  contraint  d'ajouter  —  la  clef  de 
voûte  de  tous  les  cultes  ;  puisque  les  religions  mettent 
en  œuvre  officiellement  la  magie  cérémoniale,  à  dessein 
de  faire  voir,  sentir,  toucher  Dieu  à  leurs  fidèles.  Le  rituel 
sacerdotal  et  le  rituel  kabbalistique  sont  expressifs  d'une 
doctrine  commune,  invariable,  unique  ;  et  dans  l'applica- 
tion, l'identité  des  deux  méthodes  ne  laisse  rien  à  dési- 
rer non  plus. 

En  un  autre  de  ses  ouvrages,  Éliphas  définit  avec  pro- 
fondeur la  Superstition  :  ce  substantif  «  vient  d'un  mot 
latin  qui  signifie  survivre.  C'est  le  signe  qui  survit  à  la 
pensée  ;  c'est  le  cadavre  d'une  pratique  religieuse  »(!).— 
Alors,  dirons-nous  au  savant  Maître,  qu'importe  que  des 
Kabbalistes  superstitieux,  c'est-à-dire  des  initiés  de  la 
lettre  morte,  aient  tiré  de  ces  principes  éternels  de  fausses 
conséquences,  injurieuses  à  la  Divinité  ou  répugnant  à 
la  Raison?  La  lettre  tue,  et  l'esprit  vivifie...  Il  faut  que 
le  néophyte  des  mystères  sache  entrer  dans  l'esprit 
vivificateur  de  l'enseignement  ésotérique.  —  Fruit  de 
l'arbre  du  Bien  et  du  Mal,  la  Haute  Science  perd  ceux 
qu'elle  ne  sauve  pas.  Ceux-là  qui  se  nourrissent  de 
la  lettre  morte  deviendront  à  leur  tour  la  pâture  des 
Écorces  de  la  lumière  morte  :  Kliphôth  rns^p.  Toujours 
la  loi  des  correspondances... 

(1)  Dogme  et  Rituel  de  la  haute  Magie,  pa^e  332. 


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414  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Ainsi,  toute  chose  spirituelle  veut  être  traduite  ici-bas 
par  signes,  afin  de  devenir  transmissible  d'un  être  à  l'au- 
tre, d'acquérir  sa  naturalisation  au  monde  des  effi- 
gies. 

Avant  la  chute,  la  transmission  verbale,  d'une  pure 
Intelligence  à  l'autre,  fut  possible  en  mode  essentiel  et 
direct.  Ce  nonobstant,  il  faut  croire  qu'au  royaume  d'Éden 
même,  la  pensée,  la  volition,  le  verbe  gagnaient  à  se  ma- 
nifester à  l'extérieur  :  puisque  Adam,  selon  la  mythologie 
kabbalistique,  trouvait  du  plaisir  à  objectiver  ses  con- 
cepts; qu'autrement  dit,  il  prenait  soin  de  leur  faire  pro- 
duire au  dehors  le  symbole  morphique  de  leur  essence, 
et  de  les  en  vêtir  ! 

Mais  sous  la  loi  de  nature  déchue,  comment  les  Intelli- 
gences emprisonnées  dans  la  matière  correspondraient- 
elles  directement,  par  communication  d'essence  pro- 
pre (1)  ?  Elles  ont  recours  au  signe,  traduction  rigoureuse 
et  nécessaire  des  pensées  dans  le  langage  des  formes. 
Nous  pourrions  dire  — traduction  naturelle,  —  puisque 
chaque  effluenec  spirituelle  se  vêt  aisément  de  son  pro- 
pre symbole,  évolué  au  dehors  (2).  Supposez  deux  amis 
que  l'Atlantique  sépare: l'un  habite  Bordeaux,  l'autre 


(1)  Nous  no  (lisons  pas  que  la  communication  directe  soit  magique- 
ment impossible,  d'un  individu  à  l'autre.  Mais  l'adepte  qui  la  réalise 
est  des  ici -bas  réintégré  dans  la  norme  édénale,  et  il  exerce  les  préro- 
gatives do  cet  état  glorieux. 

(2)  Il  y  a  des  signes  absolus  et  des  signes  relatifs.  —  Nous  appelle- 
rons signe  absolu  celui  que  l'effluenec  spirituelle  pousse  spontanément 
hors  d'ello-méme  et  dont  elle  se  vêt;  signe  relatif,  le  symbole  plus  ou 
moins  adéquat  qu'on  peut  imaginer,  pour  suppléer  au  signe  absolu. 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


415 


New- York.  Toute  communication  directe  leur  étant  inter- 
dite par  la  distance,  comment  correspondront-ils  sur  le 
plan  matériel  ?  Ils  s'écriront,  sans  nul  doute,  ou  s'enver- 
ront une  dépêche:  la  lettre,  le  télégramme  seront  signes 
intermédiaires,  entre  eux.  —  De  même,  la  matière  iso- 
lant les  âmes  humaines  Tune  de  l'autre,  celles-ci  commu- 
niqueront en  revêtant  d'un  signe  matériel  leur  pensée, 
en  l'incorporant  à  un  symbole  significatif. 

Le  signe  peut  être  transmis,  une  fois  fixé,  par  le  véhi- 
cule des  fluides  impondérables,  sur  quoi  la  Volonté  com- 
mande par  l'intermédiaire  du  corps  astral  ou  médiateur 
plastique  ;  alors  c'est  exactement  le  mécanisme  du  télé- 
graphe Brett  et  Bain. 

Sur  ce  principe  se  fondent  la  Télépathie  et  tous  les 
arts  similaires,  la  précipitation  des  écritures  et  la  télé- 
graphie psychique,  telle  que  la  pratiquèrent  l'abbé  Tri- 
thème  et  son  élève  Agrippa,  comme  nous  l'avons  marqué 
dans  une  note.  L'illustre  inventeur  Édison  pourrait  seul 
nous  dire  si  la  nouvelle  découverte  que  la  Presse  annon- 
çait naguère  en  relève  également.  La  chose  est  vraisem- 
blable.Édison  aurait  construit  un  instrument  grâce  auquel 
pourraient  correspondre,  sans  fil  conducteur,  deux  amis 
séparés  par  l'énormes  distances.  Le  seul  vouloir  de  l'un 
suffirait  pour  actionner  l'appareil  récepteur  de  l'autre... 

La  parole  articulée  est  un  signe;  le  geste  est  un  signe 
confirmatif  de  la  parole,  et  plus  celle-ci  apparaît  imagée, 
plus  vigoureusement  elle  traduit  l'effort  mental  ou  voli- 
tif  ;  plus  elle  le  transmet  efficace  et  réalisable. 

Pourquoi,  dans  les  conjonctures  décisives  de  la  vie, 
quand  l'homme  veut  accomplir  un  acte  de  conséquence, 


m 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  N01KK 


s'exprime-t-il  volontiers  en  larges  métaphores,  et  souli- 
gne-t-il  en  outre,  par  l'ampleur  de  son  geste,  la  portée  de 
sa  parole? —  Pourquoi  lève-t-il  la  main  devant  le  cruci- 
fix, pour  attester  en  justice?  A  quel  instinct  obéit  Ponce- 
Pilate,  lorsque  après  d'infructueux  efforts  pour  sauver 
l'Auguste  Victime,  il  tint  à  se  laver  cérémonialement  les 
mains  du  sang  précieux  qui  allait  couler  ?  —  Songez  au 
père  ému,  qui,  bénissant  son  fils  au  départ,  éprouve  le 
besoin  de  lui  imposer  les  mains  sur  la  tète.  —  Rappelez- 
vous  le  tableau  de  Greuze  :  la  Malédiction  paternelle  : 
quel  geste  emphatique  de  réprobation  ! 

Il  est  bon  de  consulter  parfois  les  clichés  de  la  vie  et 
des  mœurs  :  ces  poncifs  nous  insupportent,  ainsi  que  des 
airs  moulus  par  quelque  odieux  orgue  de  barbarie  ;  mais 
qui  pourrait  dire  si  telles  habitudes  n'ont  point  dégénéré 
en  clichés,  proportionnellement  à  leur  valeur  secrète  : 
comme  souvent  les  mélodies  n'ont  subi  l'outrage  de  la 
boite  à  musique  qu'en  raison  du  charme  même  qui  les  a 
rendues  populaires  ? 

Un  livre  serait  à  écrire  sur  la  vertu  du  geste,  comme 
signe  expressif  d'idées  et  de  volitions...  Le  pontife  offi- 
ciant multiplie  les  gestes  mystérieux  et  solennels,  qui 
contribuent  pour  une  grande  part  à  la  magie  du  sacer- 
doce. C'est  ce  qu'en  général  ignore  trop  le  clergé,  comme 
Musset  le  reproche,par  la  bouche  de  Fortunio,  à  son  mé- 
chant abbé  Cassius  : 

«  Eh  quoi,  loi  confesseur,  toi  prêtre,  toi  romain, 
Tu  crois  qu'on  dit  un  mot,  qu'on  fait  un  geste  en  vain  ? 
Un  geste,  malheureux  !  Tu  ne  sais  pas  peut-être 
Que  la  Religion  n'est  qu'un  gesle,  et  le  prêtre 


FORCE  DE  I.A  VOLONTÉ 


417 


Qui,  l'hostie  à  la  main,  lève  le  bras  sur  nous, 

Un  saint  magnétiseur  qu'on  écoute  à  genoux  (1)  !...  » 

Mais  c'est  à  l'égard  du  Vouloir  impératif  et  de  sa  vir- 
tualité créatrice,  que  le  signe  devient  un  puissant  auxi- 
liaire, soit  en  Magie,  soit  en  Religion. 

Il  sert  d'abord  à  préciser  la  Volonté,  à  la  circonscrire 
en  la  formulant. 

Une  fois  celle-ci  fixée  et  traduite,  il  sert  encore  d'ap- 
pui pour  la  projeter  à  distance,  dans  la  direction  voulue. 

Il  sert  enfin,  et  c'est  sa  plus  haute  vertu,  à  dynamiser 
l'effort  solitaire  du  théurge,  en  multipliant  cet  effort  par 
tous  ceux  analogues  des  Volontés  amies,  qui  font  usage 
du  môme  signe.  L'intelligent  emploi  du  signe  crée  en  un 
instant  la  chaîne  magique  dans  un  cercle  déterminé,  et 
sitôt,  évoque  YÊgrégore  qui  régit  cette  communion. 

Se  couvrir  du  signe  de  la  croix,  par  exemple,  c'est 
participer  aux  biens  spirituels  de  toute  la  communauté 
de  croyants,  pour  qui  ce  signe  a  été  l'étendard  du  rallie- 
ment religieux,  en  même  temps  que  l'hiéroglyphe  de  la 
rédemption  et  le  schéma  de  la  Doctrine. 

D'autre  part,  le  magicien  qui,  s'enfermant  au  cercle 
pentaculaire  des  évocations,  tient  en  sa  main  l'Étoile  du 
Microcosme,  —  communie  de  volonté,  de  science  et  d'in- 
tention avec  tous  les  initiés,  morts  ou  vivants,  qui  ont 
fait  emploi  du  cercle  à  titre  de  symbole  de  la  communion 
adelphale,  et  se  sont  fiés  à  la  vertu  kabbalistique  du 
pentacle  étoile  :  deux  emblèmes  classiques  d'une  vérité 
invariable,  au  cérémonial  universel  de  la  Science. 


(1)  Alfred  de  Musset,  Premières  Poésies  (Suzon). 

27 


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418 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Religieux  ou  magiques,  les  rites  constituent  dans  leur 
ensemble  des  guirlandes  de  signes  évocateurs,  des  sym- 
phonies d'emblèmes  thaumaturgiques. 

Est-il  vraiment  besoin  d'expliquer,  à  cette  heure,  pour- 
quoi ces  minuties  ritualistiques,  et  cette  norme  inflexible 
qui  préside  à  l'agencement  du  Cérémonial?  —  Qu'alors 
on  nous  pardonne  une  comparaison  bien  profane.  Sup- 
posons que  les  maitres  du  sanctuaire  aient  pourvu  la 
porte  du  tabernacle  d'une  serrure  de  sûreté,  comme  nos 
gens  de  finances  en  apposen  t  à  leurs  coffres-forts.  L'hom  me 
de  Dieu  monte  à  l'autel  :  c'est  l'heure  de  faire  resplendir 
sur  les  fronts  courbés  des  fidèles  l'ostensoir  de  mystique 
alliance...  Demandera-t-on  pourquoi  le  prêtre  s'attarde 
au  soin  minutieux  de  restituer,  lettre  par  lettre,  le  mot 
de  passe  qui  commande  à  la  serrure  et  va  permettre  de 
l'ouvrir?  Telle  se  dévoile  analogiquement  la  première 
raison  d'être  du  cérémonial. 

Les  initiés  de  tous  les  sanctuaires  n'ont  qu'une  voix 
pour  justifier  la  rigueur  des  prescriptions  à  cet  égard  ; 
et  pour  peu  que  nous  interrogions  l'esprit  des  antiques 
sacerdoces,  il  confirmera  sur  ce  point  l'esprit  du  nou- 
veau. C'est  un  épopte  des  mystères  païens  qui  va  nous 
répondre  : 

«  Aucun  rite  religieux  ne  doit  se  négliger  ;  ils  sont  tous 
l'expression  de  ce  qui  est  ;  ils  descendent  tous  du  Ciel...  Si 
vous  en  négligez  volontairement  un  seul,  qui  sont  ceux  que 
vous  négligerez,  qui  sont  ceux  que  vous  conserverez?  Si  vous 
en  négligez  volontairement  quelqu'un,  qui  vous  dira  où  vous 
devez  vous  arrêter?  Les  anciens  disoient  que  la  négligence  de 
quelque  rite  religieux  étoit  un  crime  inexpiable,  parce  qu'elle 


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FORCE  DE  LA  VOLOMF. 


419 


attaque  directement  ce  qui  est,  le  Ciel  d'où  ils  émanent...  (1). 

«  Mais  je  vois  venir  encore  à  moi  des  nuées  de  philoso- 
phâtes, pour  me  dire  :  pourquoi  des  rites  extérieurs  ?  tout  ne 
pourroit-il  pas  se  passer  dans  l'intérieur?  Non,  parce  que  tout 
n'est  pas  resté  dans  l'intérieur  de  l'entendement  divin  ;  tout  a 
été  manifesté  ;  tout  doit  s'exprimer,  et  nous  devons  être  actifs 
dans  les  analogies  de  l'Univers:  nous  devons  être  avec  ce  qui 
est,  sinon  nous  n'y  serons  point  compris  (2).  Mais  peut-être, 
direz-vous,  ces  rites  nous  paroissent  minutieux?  Hélas  !  je  le 
conçois,  vous  êtes  de  si  grands  hommes  !  Cependant  ces  rites 
sont  l'expression  de  ce  qui  est  ;  ces  rites  sont  ceux  qui  ont  été 
pratiqués  scrupuleusement  par  les  plus  grands  héros,  —  par 
les  Hector,  les  Énée  ;  par  les  plus  grands  philosophes,  les 
Platon,  Cicéron,  Xénophon,  Plutarque:  puisque  vous  êtes 
difTérens  de  ces  grands  hommes,  ce  dont  nous  convenons  éga- 
lement, demandez  aux  Dieux  des  rites  qui  conviennent  à  votre 
grandeur.  Vains  phitosophisles,  vous  dont  la  vanité  et  l'envie 
de  se  distinguer  est  la  vie  ;  nation  frivole  et  opiniâtre,  car 
vous  conciliez  les  extrêmes  ;  vous  n'êtes  que  de  vains  philoso- 
phistes, et  je  suis  un  prophète  qui  vous  parle  des  choses 
divines  :  comment  pourrons-nous  nous  entendre?...  Eh  hien  ! 
puisque  vous  êtes  si  bons  raisonneurs,  je  n'ai  qu'un  mot  à 
vous  dire.  Outre  ce  qui  est,  rien  n'est;  hors  de  l'Unité,  rien 
n'existe,  et  sous  ce  point  de  vue,  vous  n'existez  déjà  plus  (3).  » 


(1)  La  Thréïcie,  pages  376-377  (passim). 

(2)  Quantius  Aucler  fait  allusion  ici  au  terrible  arcane  de  l'impasse 
finale,  qui  est  aux  antipodes  de  la  réintégration  dans  l'éternelle  Unité. 
C'est  là  que  se  dresse  la  cité  dolente,  où  il  n'y  a  plus  d'espoir  pour  la 
gent  perdue.  Il  est  permis,  au  reste,  d'affirmer  que  cet  épouvantable 
destin  (nous  en  toucherons  un  mot  au  chapitre  vi)  sera  le  partage 
d'un  très  petit  nombre,  de  ceux-là  qui  l'auront  tout  à  fait  voulu. 

(3)  La  Thréïcie,  pages  403-404  (passim), 

À  côté  de  quelques  vaines  observances.  Quantius  Aucler  donne  des 
rites  occultes  d'une  grande  logique,  et  d'une  riche  et  simple  beauté. 
Citons,  à  titre  d'exemple  : 

c  Vous  ne  ferez  aucune  adoration,  aucune  invocation,  aucun  sacri- 
fice, sans  vous  être  purifié,  en  vous  lavant  le  corps  ou  au  moins  les 
mains  :  la  religion  est  l'expression  de  ce  qui  est,  et  ces  actes  sont  les 


420 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Nous  avons  tenu  à  citer  ce  très  curieux  passage,  en 
dépit  de  son  style  décousu;  mais  qu'on  se  garde  d'en 
prendre  la  doctrine  au  pied  de  la  lettre.  Elle  n'est  vraie, 
—  et  d'une  vérité  toute  frappante,  —  qu'entendue  dans 
son  esprit  général.  Exclusivement  appliquée  aux  rites  du 
paganisme  romain,  comme  Quantius  Aucler  l'entendait 
peut-être  (mystagogue  un  peu  fanatique,  malgré  sa 
grande  érudition),  cette  doctrine  serait  même  tout  à  fait 
erronée... 

Les  cérémonies  tiennent  à  l'essence  du  culte,  et  rien 


symboles  qui  expriment  les  actes  invisibles  et  qui  les  opèrent...  Si 
l'eau  vous  manque,  vous  vous  purifierez  au  feu  ;  si  vous  n'avez  ni  eau 
ni  feu,  vous  vous  purifierez  à  l'air,  en  demandant  que  l'eau  qui  emporte 
tout,  emporte  votre  souillure.  Dans  l'eau  dont  vous  vous  laverez,  vous 
mettrez  du  sel  de  sapience... 

<  Pour  adorer,  vous  vous  présenterez  d'abord  devant  les  dieux,  tourné 
le  matin  du  côté  de  l'orient,  a  midi  et  le  soir,  du  côté  du  midi  et  du 
couchant;  là  est  le  cœur  du  monde  et  son  foyer...  Vous  porterez  en- 
suite la  main  droite,  qui  est  la  main  de  la  puissance,  le  pouce  appuyé 
sur  l'index,  ce  qui  la  désigne,  à  votre  bouche  :  parce  que  c'est  votre 
verbe  qui  doit  adorer  le  verbe  des  dieux  et  leur  parler  leur  langage, 
ab  ore  orare;  puis  vous  vous  prosternerez  devant  eux;  vous  tournerez 
ensuite  en  rond,  en  traçant  un  cercle.  Les  Romains  tournoient  de 
droite  à  gauche  ;  les  Celtes,  vos  ancêtres,  ô  Européens,  tournoient  de 
gauche  à  droite  :  je  vous  dirois,  choisissez  :  mais  vous  avez  vu  que  ce 
sont  les  rites  romains  que  vous  devez  avoir;  vous  n'êtes  que  des  dé- 
membremens  de  l'empire  romain.  Ainsi  vous  verrez  les  dieux  et  vous 
en  serez  vu,  et  vous  vous  assoierez  ensuite  dans  leur  repos  et  dans 
leur  unité.  Grande  Déesse,  je  ne  crois  pas  divulguer  vos  mystères  en 
disant  ces  choses  !  Et,  soit  que  vous  offriez  des  parfums,  soit  les  par- 
ties de  la  victime  que  vous  devez  brûler,  qui  sont  les  graisses  et  les  in- 
testins, vous  les  agiterez  en  croix  de  l'orient  à  l'occident,  du  midi  au 
septentrion.  Vous  tracerez  une  croix  par  qui  tout  se  fait,  qui  est  le 
symbole  de  la  puissance  des  dieux,  de  la  vie  future  et  éternelle;  la 
croix  dans  la  capacité  du  cercle  faisant  quatre  angles  droits  :  c'est  ce 
que  les  anciens  nommoient  fercium  obmovere.  »  (Pages  377-379, 
passim). 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


421 


ne  leur  supplée,  àcause  de  la  débilité  mentale  de  la  foule, 
en  tout  temps  incapable  d'atteindre  à  la  hauteur  de  la 
mystique  abstraite.  Il  n'est  pas  de  religion  sans  rites. 
L'on  peut  dire  que,  leur  ensemble  constituant  la  guirlande 
d'efficace  transmission,  en  omettre  un  seul,  c'est,  en 
quelque  sorte,  rompre  la  chaîne  d'or  qui  relie  la  Terre 
au  Ciel. 

On  peut  même  en  dire  autant,  à  certains  égards,  du 
cérémonial  magique,  où  le  néophyte  surtout  doit  scru- 
puleusement s'astreindre. 

Mais  qu'on  ne  s'y  trompe  pas  :  toutes  ces  règles  ritua- 
listiques  ne  sont  promues  que  pour  l'humanité  moyenne, 
et  en  raison  de  sa  nature  imparfaite.  Ce  qui  le  fait  bien 
voir,  c'est  la  vertu  réelle  attribuable  à  divers  symbolis- 
mes,  et  l'efficacité  possible  de  cultes  différents  et  même 
contradictoires  dans  la  forme.  Que  si  la  minutieuse  pra- 
tique des  cérémonies  était  de  nécessité  absolue  pour  tous, 
il  ne  pourrait  donc  y  avoir  qu'un  seul  symbolisme  et  qu'un 
seul  culte  efficaces  :  car  l'Absolu,  c'est  l'unité,  et  le  Re- 
latif comporte  seul  le  multiple  et  le  divers. 

Il  importe  de  le  bien  comprendre.  Sans  la  chute,  l'em- 
ploi du  signe  extérieur  ne  serait  point  indispensable  aux 
intelligences  pour  correspondre.  Libre  aux  Régénérés  de 
s'en  affranchir  :  les  Yoghis  n'ont  pas  besoin,  même  ici- 
bas,  du  signe  matériel,  pour  se  faire  comprendre  l'un  de 
l'autre.  Le  sage  n'a  que  faire  de  rites  pour  plonger  aux 
océans  de  la  divine  Essence,  non  plus  que  de  cérémonial 
pour  déployer  son  activité  sur  les  plans  supérieurs  de  la 
vie  spirituelle  et  céleste. 

Si  la  Magie  enfin  comporte  un  cérémonial  nécessaire, 


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422 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


le  motif  en  est  dans  l'imperfection  des  êtres  sur  qui  L'ac- 
tion magique  doit  s'exercer.  Les  pensées  et  les  volitions 
du  Mage  sont  contraintes  de  prendre  un  corps  sensible  et 
de  s'appuyer  sur  des  signes  sensibles,  afin  d'acquérir 
droit  de  cité  et  de  magistrature  dans  le  monde  inférieur, 
où  vivent  ces  hommes  sur  qui  le  mage  veut  agir.  Car  il 
faut  bien,  selon  l'adage  fameux  des  Kabbalistes,  que  l'es- 
prit se  vête  pour  descendre,  comme  il  faudra  qu'il  se  dé- 
pouille pour  monter. 

Cela  dit,  on  comprendra  mieux  que  le  disciple  de  la 
Science  puisse  simplifier  les  rites,  à  mesure  qu'il  gravit 
l'escalier  lumineux,  et  que  son  objectif  magique  s'élève 
avec  son  effort.  Cependant,  si  haut  qu'il  monte,  l'initié 
ne  répudiera  jamais  l'usage  de  certains  signes  —  ne  fût-ce 
que  l'emploi  kabbalistique  des  pentacles,  ces  schémas 
de  toute  une  synthèse  doctrinale.  Ce  sont  symboles  d'une 
splendeur  et  d'une  vertu  trop  suprêmes,  pour  qu'on  se 
résigne  à  les  dédaigner  ainsi. 

Paracelse,  un  grand  Maître,  réduisait  les  signes  essen- 
tiels de  la  magie  à  deux  souverains  pentacles,  les  Étoiles 
du  Macrocosme  et  du  Microcosme,  plus  connues  sous  les 
noms  de  Pentagramme  et  de  Sceau  de  Salomon.  Voyez 
quelle  minutieuse  description  il  en  donne,  au  discours  de 
la  Philosophie  Occulte.  C'est  une  page  curieuse  et  qu'on 
nous  saura  gré  de  traduire;  car  de  ce  traité  du  fameux 
théosophe,  il  n'existe  encore,  que  nous  sachions,  aucune 
version  française. 

«  Il  y  a  (dit  Paracelse)  deux  pentacles  principaux,  qui  l'em- 
portent sur  tous  autres  caractères,  sceaux  et  hiéroglyphes 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


«  Imaginez  deux  triangles 
entrecroisés,  si  bien  que  l'es- 
pace intérieur  est  partagé  en 
sept  fractions,  et  que  les  six 
angles  font  saillie  au  dehors. 
Dans  ces  six  angles,  on  ins- 
crit en  ordre  convenable  les 
six  lettres   du   nom  divin 
AD0NA1.  Voilà  pour  le  pre- 
mier pentacle.  —  L'autre  le 
dépasse  de  beaucoup  ;  ses 
vertus  et  son  étonnante  effi- 
cacité lui  valent  un  rang  plus 
sublime.  Il  se  compose  ainsi  : 
trois  angles  ou  crochets  s'y 
entrecroisent  et  s'y  compli- 
quent; l'espace  intérieur  se 
trouve  divisé  de  la  sorte  en 
six  parties,  et  cinq  angles 
font  saillie  au  dehors.  Dans 
ces  cinq  angles,  on  trace  et 
l'on    répartit    dans  l'ordre 
voulu  les  cinq  syllabes  du 
très  illustre  et  très  éminent  nom  divin  TE-TRA-GRAM-MA- 
TON... 

t  Les  Kabbalistes  et  les  nigromans  juifs  ont  accompli  bien 
des  choses  par  la  vertu  de  ces  deux  caractères.  Aussi  plus  d'un 
en  fait  aujourd'hui  le  plus  grand  cas,  et  les  conserve  soigneu- 
sement en  secret...  (I).  » 


Nous  épargnerons  à  nos  Lecteurs  déjà  initiés  l'analyse 
bien  connue  de  ces  hiéroglyphes  primordiaux.  Un  com- 
mentaire serait  ici  presque  une  impertinence.  Il  suffira 


(1)  Paracehi  opéra  omnia...  —  Genevœ,  1636,  3  vol.  in-folio,  fig. 
(Tome  U,de  Occulta philosophià,  pages  484-485,  patsim.) 


424 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


de  rappeler  que  rétoile  lumineuse  du  Macrocosme  est  le 
symbole  absolu  du  dogme  universel  d'Hermès  :  Quod  su- 
perius,  sicut  et  quod  inferius,  et  vice  versa;  tandis  que 
l'étoile  flamboyante  du  Microcosme,  dont  nous  avons 
parlé  plus  haut  (1),  constitue  le  parfait  emblème  du  mys- 
tère qui  est  le  corollaire  du  grand  Arcane,  divin  et  hu- 
main :  Inconscient  et  Volonté,  Chute  et  Réintégration, 
Épreuve  et  Béatitude;  Dieu  se  faisant  homme,  pour  que 
rilomme,  à  son  tour,  se  fasse  Dieu;  la  Mort  physique, 
enfin,  motif  discordant  qui  prélude  au  concert  de  la  Vie 
éternelle... 

Ce  qui  explique  un  peu  la  vertu  merveilleuse  qu'ac- 
quièrent ces  pentacles  dans  la  main  d'un  adepte,  c'est 
qu'expressifs,  de  temps  immémorial,  de  la  domination 
que  le  Mage  exerce  sur  les  Esprits  élémentaires  et  sur 
d'autres  races  encore  des  Royaumes  de  l'Invisible,  de  tels 
caractères  constituent  comme  les  signaux  convenus  du 
maître  incarné  à  ses  serviteurs  d'outre-monde.  Diverse- 
ment  efficaces,  selon  le  mode  d'emploi  et  la  volonté  du 
magiste,  l'aspect  de  ces  diagrammes  peut  porter  l'enthou- 
siasme, ou  la  terreur,  ou  l'amour,  parmi  les  phalanges 
turbulentes  de  l'Astral;  surtout  quand  l'expérimentateur 
a  pris  soin  de  «  précipiter  l'image  »  dans  l'atmosphère 
seconde  :  soit  en  consumant,  sur  l'autel-des-parfums,  le 
parchemin  où  ces  signes  furent  tracés  (non  pas  avec  de 
l'encre,  mais  avec  les  substances  requises)  ;  soit  en  réali- 
sant l'esquisse  ignée  de  ces  pentacles,  au  moyen  de  la 
machine  de  Holtz  (ou  d'une  forte  bobine  d'induction), 


(1)  En  ce  môme  chapitre,  pages  386-387. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTE 


425 


sur  une  plaque  de  verre  ponctuée  de  fines  découpures 
métalliques,  que  rejoint  l'étincelle  en  jaillissant  de  Tune 
àt  l'autre  (1).  L'instrument  en  usage  à  cet  effet  rappelle 
le  tableau  magique  ou  carreau  fulminant  de  nos  labora- 
toires. 

L'étoile  du  Macrocosme  s'électrise  ainsi  à  permanence, 
pour  qu'elle  scintille  avec  la  majesté  calme  de  l'Ordre 
universel  dont  elle  est  l'emblème;  —  l'étoile  microcos- 
niique,  à  l'inverse,  doit  fulgurer  par  brusques  intermit- 
tences, comme  l'éclair  d'iElohîm  ou  le  verbe  dévorant 
de  Michaël  :  aussi  l'électrise-t-on  par  saccades. 

«  Ignescunt  signa  deorum  »,  disaient  les  anciens  adep- 
tes... L'homme  affranchi  est  un  dieu,  éclipsé  dans  les 
ténèbres  corporelles;  mais  quand  sa  volonté  fulgure  au 
dehors,  les  Esprits  élémentaires  obéissent  en  tremblant... 

Paracelse  d'ailleurs,  malgré  sa  prédilection  pour  les 
deux  signes  qui  sont  comme  la  synthèse  radicale  des  au- 
tres, ne  négligeait  point  ceux-ci,  surtout  en  matière  de 
médecine  occulte.  Ses  sept  livres  des  Archidoxes  magi- 
ques (2)  présentent  une  interminable  série  de  caractères 


(1)  La  précipitation  électrique  servit  vraisemblablement  à  Martinès 
de  Pasqually,  pour  projeter  en  astral  les  hiéroglyphes  lumineux  qu'il 
faisait  apparaître  à,  ses  disciples  travaillant  dans  leur  «  quart  de  cercle  ». 
Cf.  le  livre  de  Papus,  Martinès  de  Pasqually,  pages  92-93,  109  et 
patsim. 

(2)  On  trouve  dans  les  Opéra  omnia  de  Paracelse,  publiées  à  Ge- 
nève, en  4636  (3  vol.  in-folio),  deux  recueils  d' Archidoxes  (ou  Prin- 
cipes doctrinaux),  relatifs  à  des  sciences  très  distinctes.  Il  faut  se 
garder  de  confondre  les  Archidoxes  magiques,  en  sept  livres,  qui  ter- 
minent le  tome  II,  avec  les  Archidoxes  hermétiques,  en  dix  livres,  qui 
se  trouvent  au  début  du  même  tome. 


< 


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4Î6 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


presque  inintelligibles  au  prime  abord,  et  que  Ton  ne  dé- 
chiffre qu'à  force  de  patience,  et  sous  condition  de  bien 
connaître  le  tour  d'esprit  de  cet  homme  étrange,  et  ses 
caprices  d'abréviations.  Chacun  de  ces  pentacles  consti- 
tue une  amulette,  pour  préserver  ou  guérir  de  telle  ou 
telle  maladie.  C'est  un  signe,  à  la  fois  de  direction  et 
d'appui,  où,  comme  en  une  citadelle  imprenable  aux  in- 
telligences profanes,  il  a  inclus  telle  volition  curative, 
circonscrite  et  dynamisée  par  sa  correspondance  avec  les 
influx  astrologiques  de  similaire  vertu,  que  le  signe  ré- 
sume abrégés,  dans  sa  concision  monogrammatique. 

L'arcane  d'où  dépend  l'efficacité  des  pentacles,  amu- 
lettes et  talismans,  n'est  point  autre. 

Prenons  pour  exemple  une  médaille-  talismanique  du 
soleil  (1).  —  L'influence  céleste  y  est  doublement  évo- 

(1)  Nous  relevons,  dans  les  œuvres  de  ce  brouillon  d'Etteilla,  une 
explication  des  talismans  qui,  pour  être  matérialiste  et  naïve  à  l'excès, 
ne  laisse  point  que  d'exprimer  /tgurativement,  d'une  sorte  assez  frap- 
pante, la  nature  du  talisman  et  ses  propriétés.  Mais  c'est  ici  surtout 
qu'il  faut  se  garder  de  «  la  lettre  qui  tue  ». 

<r  A  Etteilla.  —  Est-il  vrai,  Monsieur,  que  vous  fabriquiez  des  mé- 
dailles que  l'on  nomme  talismans,  pour  avoir  du  bonheur?  Si  cela  est, 
faites-m'en  passer  une  demi-douzaine. 

«  Réponse.  —  Madame,...  ceux  qui  ne  sont  pas  profonds  se  figurent 
que  je  peux,  pour  huit  à  dix  louis,  vendre  à  mon  gré  le  bonheur,  et 
de  cette  conséquence,  ils  vont  jusqu'à  m'avouer  la  puissance  de  faire 
le  malheur  des  autres...  Pour  qu'un  talisman,  et  non  une  demi-dou- 
zaine, porte  bonheur,  c'est-à-dire  pour  qu'il  conduise  et  prévienne  celui 
pour  qui  il  est  établi,  il  faut  que  les  souhaits  du  requérant  soient  dans 
sa  sphère,  et  que  ces  souhaits  soient  légitimes,  enfin  qu'ils  n'aient 
rien  contre  la  science  et  la  sagesse. 

«  Figurez-vous,  Madame,  qu'un  talisman  est  un  creux,  qui  reçoit 
pures  les  influences  des  astres,  comme  le  creux  reçoit  la  cire  que  le 
figuriste  en  retire;...  que  ces  influences  se  reportent  sur  celui  pour 
qui  est  fait  le  talisman. 

«  Figurez-vous  à  présent  que  ces  influences  talismaniques  ont  une 


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FORCE  DE  LA  VOLOMK 


427 


quée  :  en  mode  passif,  par  le  choix  de  For,  pour  métal 
correspondant  au  soleil,  et  réceptif  de  ses  rayons  occul- 
tes; en  mode  actif,  par  l'apposition  des  figures  astrologi- 
ques que  l'opérateur  y  burine.  La  pensée  du  magiste  s'y 
inscrit  dans  le  choix  et  la  disposition  des  caractères;  son 
vouloir  est  sigillé  à  même  le  métal  par  l'effort  matériel 
de  la  gravure,  qu'il  doit  exécuter  lui-môme.  Enfin,  les 
deux  Puissances  génératrices  du  talisman,  influx  astral 
et  volonté  humaine,  célèbrent  leur  union  secrète  dans  la 
cérémonie  de  la  consécration,  effectuée  par  le  magiste, 
à  T heure  astrologique  voulue,  avec  l'aide  des  élémentaux 
et  des  génies  planétaires  invoqués. 

Presque  toujours  le  fabricateur  du  talisman,  de  l'amu- 
lette ou  du  pentacle  n'en  est  pas  l'inventeur  premier  ;  il 
faut,  en  ce  cas,  pour  obtenir  un  résultat  efficace,  que  la 
pensée  et  le  vouloir  potentiels  de  l'inventeur  (déjà  liés  à 
l'hiéroglyphe  astral),  passent  en  acte,  réactionnès  par 
l'intention  et  la  volonté  conformes  du  magiste,  qui,  tirant 
d'un  ancien  modèle  un  exemplaire  nouveau,  consacre  ce 
dernier  pour  son  usage  (!). 

odeur  agréable  qui,  portée  par  l'homme  au  talisman,  se  fait  sentir  de 
tous  ceux  sur  qui  ses  desseins  sont  jetés  ; ...  que  cette  même  odeur 
puissante  renvoyé  naturellement  le  venin  qui  veut  approcher  le  pos- 
sesseurdu  talisman,  sur  celui  qui  le  lui  lanco,  etc..  »  (Etteilla,  Philo- 
sophie  des  hautes  Sciences.  Amsterdam,  1785,  pages  137-138,  passim). 

(1)  Les  talismans  peuvent  être  aussi  fabriqués  et  consacrés  pour 
autrui. —  Les  charlatans  du  plus  bas  étage  en  procurent  volontiers  aux 
badauds,  ■  pour  huit  ou  dix  louis  «,et  même  pour  beaucoup  moins... 
Quand  donc  ces  excellentes  dupes  comprendront-elles,  qu'un  soi-disant 
occultiste  qui  exploite  fructueusement  sa  science  et  fait  payer,  fût-ce 
un  sou,  les  services  qu'il  rend,  ne  peut  être  à  coup  sûr  qu'un  impos- 
teur ou...  un  pauvre  diable? 

La  Doctrine  et  ses  bienfaits  se  donnent  ou  se  refusent,  mais  ne  se 
tendent  jamais. 


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428 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  >OIRE 


La  vertu  secrète  attribuée  très  anciennement  aux  Ca- 
maïeux ou  talismans  naturels,  nous  marque  l'origine  pro- 
bable des  talismans  créés  par  l'artifice  humain,  et  frap- 
pés au  cachet  de  la  volonté  humaine.  En  toute  chose,  et 
surtout  en  magie,  la  Nature  a  toujours  été  l'institutrice 
de  l'homme. 

Ces  longues  dissertations  qu'on  vient  de  lire,  tant  sur 
l'origine  des  signatures  physiques,  que  sur  la  vertu  des 
signes  d'appui,  permettent  de  comprendre  l'usage  ma- 
gique de  la  Volonté,  soit  dans  le  bien,  soit  dans  le  mal. 
Car,  —  nous  ne  nous  lassons  pas  de  le  redire,  —  la 
Magie  n'est  rien  autre  que  l'exercice  du  pouvoir  créateur, 
récupéré  dès  cette  vie  terrestre;  et  si  l'homme,  ayant 
reconquis  cette  prérogative,  peut  l'exercer  ici-bas  même, 
c'est  parla  magie  cérémoniale,  dont  le  symbolisme  com- 
porte pour  base  la  science  des  signatures,  et  dont  la  pra- 
tique exige,  pour  condition  primordiale,  l'emploi  du  signe 
d'appui. 

Point  de  limite  alors,  pour  ainsi  dire,  à  la  royauté  que 
le  Vouloir  humain  peut  étendre  sur  le  plan  matériel. 

C'est  ainsi  qu'on  peut  voir  l'adepte  entraîné  produire 
de  toutes  pièces  des  corps  sensibles,  par  objectivation  de 
la  substance  universelle,  qu'il  aura  spécifiée  en  une  ma- 
tière et  moulée  en  une  forme  également  voulues  delui.  La 
première  condition  d'un  tel  phénomène  est,  pour  le  thau- 
maturge, d'imaginer  nettement  l'objet  qu'il  veut  obte- 
nir; puis,  l'image  étant  bien  évoluées  dans  sa  pensée,  la 
deuxième  condition  sera  de  savoir  compacter  la  lumière 
astrale  en  mode  voulu,  sur  la  forme  évoquée  cérébrale- 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


ment,  —  laquelle  sera  tout  ensemble,  et  le  signe  d'appui 
de  la  Volonté  créatrice,  et  le  patron  idéal  de  l'objet  créé. 

Ce  tour  de  force  occulte  s'observe  rarement,  soit  que 
les  thaumaturges  capables  de  le  réussir  soient  eux- 
mêmes  assez  rares,  soit  pour  tout  autre  motif.  On  peut 
considérer  d'ailleurs  ce  phénomène  comme  le  nec  plus 
ultra  de  la  puissance  magique. 

A  l'inverse,  il  est  loisible  au  magicien  de  désintégrer 
tout  objet  matériel,  en  ramenant  la  matière  qui  le  com- 
pose à  l'unitédela  substance  radicale  et  non  différenciée. 

Il  peut  aussi  rendre  l'objet  invisible,  en  «  l'éthérisant  * . 
Dans  cet  état,  la  matière  passe  aisément  à  travers  la 
matière,  quitte  à  reprendre  son  apparence  concrète  et 
impénétrable,  dès  que  l'Agent  universel  qui  la  subtilisait 
cesse  de  lui  être  appliqué.  C'est  le  phénomène  qui  se 
produit  autour  de  certains  médiums,  par  le  ministère 
des  Élémentaux,  dont  le  pouvoirsur  l'Astral  est  si  grand. 
Un  pot  de  fleurs,  placé  sur  une  table,  s'évanouit  sou- 
dain aux  regards  des  assistants  qui  ne  l'ont  pas  perdu 
des  yeux  une  seconde;  puis,  au  même  instant,  le  bruit  se 
fait  entendre  sous  la  table,  d'un  léger  choc  contre  le  par- 
quet :  c'est  le  pot  de  fleurs  qui,  en  phase  d'éthérisation,  a 
traversé  les  pores  du  bois,  et  qui  se  rétablit  aussitôt  de 
toutes  pièces,  dans  sa  forme  et  sa  matière  primitives. 

Ce  que  le  médium  obtient  avec  l'aide  des  Invisibles 
évoluant  dans  son  nimbe,  l'Adepte  le  peut  réaliser,  soit 
par  la  même  voie,  soit  par  l'application  pure  et  simple,  à 
l'objet,  de  la  Lumière  astrale  au  rouge,  Aôd,  dont  sa  vo- 
lonté dirige  la  vertu  expansive  et  dilatante. 

L'action  du  vouloir  sur  les  fluides  impondérables  se 


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430  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


traduit  par  un  grand  nombre  de  phénomènes  prodigieux, 
qu'on  n'aura  garde  de  détailler  tous,  leur  mécanisme 
occulte  ne  variant  guère. 

Tels  sont  les  apports  d'objets  matériels,  ces  «  bouquets  » 
de  rigueur,  au  terme  de  toute  séance  spirite  un  peu 
réussie.  L'apport  s'effectue  d'ordinaire  invisiblement . 
c'est-à-dire  que  l'objet  subit,  pendant  le  transport,  la 
métamorphose  moléculaire  de  l'éthérisation,  jusqu'au 
point  d'arrivée  où  il  redevient  visible,  l'Agent  astral  cessant 
de  lui  être  appliqué.  Tant  qu'agit  cette  force  sur  les  corps, 
il  sont  réduits  à  l'état  de  formes  fluidiques,  impondéra- 
•  bles  :  nulle  matière  en  apparence  dure  et  compacte,  qui 
ne  devienne,  grâce  à  ses  pores  invisibles,  perméable  à  la 
matière  rendue  subtile  pour  un  temps.  Le  métal  même 
passe  à  travers  le  métal.  Enfin,  —  merveille  qui  se  con- 
çoit à  peine,  mais  se  vérifie  par  l'expérience,  —  les 
corps  organisés  et  vivants  se  désintègrent  et  se  réin- 
tègrent ainsi,  sans  souffrir  la  moindre  altération  ;  un 
bouquet  de  fleurs  récemment  cueillies  se  reconstitue 
dans  toute  sa  fraîcheur,  avec  une  goutte  de  pure  rosée 
au  creux  de  chaque  corolle!... 

Des  témoins  dignes  de  foi  affirment  avoir  vu  le  mé- 
dium Dunglas  Home,  en  chair  et  en  os,  se  fondre  et 
disparaître  au  seuil  d'une  porte  close;  quelques  instants 
après,  ils  relevaient  le  téméraire  expérimentateur  de 
l'autre  côté  de  la  porte,  profondément  évanoui,  mais  sans 
une  égratignure  ni  même  une  ecchymose.  Or,  que  les 
tissus  vivants  et  délicats,  constitutifs  du  corps  humain, 
se  réintègrent  de  la  sorte  après  s'être  soudain  désinté- 
grés, et  qu'il  n'en  résulte  aucun  dommage,  la  chose  est 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


431 


déjà  bien  difficile  à  concevoir;  maisqu'un  homme  survive 
à  pareille  épreuve,  que  le  6ang  se  remette  à  circuler 
normalement,  que  chaque  organe  reprenne  aussitôt  sa 
fonction  coutumière,  voilà,  nous  le  déclarons,  qui  nous 
semble  passer  les  limites  de  l'intelligence  et  braver  la 
raison.  Et  pourtant,  cela  est. 

Combien  de  phénomènes,  du  reste,  bien  constatés  par 
les  savants,  portent  à  l'intelligence  et  à  la  raison  d'aussi 
formidables  défis  !  Prétendra-t-on,  de  bonne  foi,  com- 
prendre le  mécanisme  de  la  génération  spontanée  ?  L'ex- 
pliquer, on  le  tentera  peut-être  ;  mais  le  comprendre  /... 
Et  quand  la  vue  mentale  se  porte  aux  confins  sacrés  du 
temps  et  de  l'espace  :  cette  conception  de  l'éternité, 
d'une  part,  qui,  en  deçà  et  au  delà  de  l'instant  actuel, 
semble  créer  deux  infinis  ;  d'autre  part,  ce  fait  universel 
de  la  vie  dans  la  vie,  qui  s'affirme  et  s'observe  du  haut 
en  bas  de  l'échelle  des  êtres,  et  de  cercle  concentrique 
en  moindre  cercle,  jusqu'à  l'atome  (réduit  peut-être  au 
point  géométrique,  c'est-à-dire  à  n'exister  pas!)  Sont-ce 
point  là  autant  de  mystères,  révulsant  la  logique  et  l'en- 
tendement humains      Ne  nous  hâtons  jamais  trop,  en 
matière  phénoménale,  de  crier  à  l'impossible,  à  l'absurde. 
L'impossible  nous  assiège,  l'absurde  nous  étreint;  et  la 
raison  de  l'homme,  lorsqu'elle  veut  tout  contrôler  par 
A-f  B,  est  alors  plus  cruellement  victime  de  l'inexpli- 
cable; car  l'absurde  l'investissait  naguère,  et  maintenant 
il  est  en  elle. 

L'apport  magique  peut  s'effectuer  visiblement  aussi, 
soit  par  extériorisation  partielle  du  corps  astral,  soit  par 
1  l'office  des  Élémentaux. 


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432 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Fabre  d'Olivet,  chez  qui  la  science  était  doublée  d'un 
entraînement  magique  considérable,  affectionnait  ce  genre 
d'expériences.  L  empereur  Napoléon,  son  ennemi  per- 
sonnel, avait  pourvu  à  ce  que  nul  message  de  la  part  du 
théosophe  n'arrivât  jusqu'à  son  cabinet  des  Tuileries. 
L'auteur  des  Vers  dorés  de  Pythagore  ayant  intérêt,  lors 
de  la  publication  de  ce  chef-d'œuvre,  à  forcer  le  blocus, 
fut  lui-même,  en  corps  astral,  porter  une  lettre  à  TEm- 
pereur.  Napoléon  crut  qu'on  avait  violé  la  consigne  et 
s'en  irrita  fort  ;  mais  il  ne  put  jamais  découvrir  le  coupa- 
ble. On  trouve  une  allusion  à  ce  fait  curieux,  dans  le 
deuxième  tirage  des  Notions  sur  le  sens  de  l'ouïe  (1  i 
(1819,  in- 8°).  —  Cet  opuscule,  publié  d'abord  en 
1811,  sous  ce  titre  :  Guérison  de  Rodolphe  Grivel,  relate 
et  commente  six  cures  de  sourds  et  muets  de  naissance, 
opérées  par  l'auteur,  d'après  les  procédés  des  mages 
de  l'Egypte,  dont  Moïse  a  condensé  la  science  aux  dix 
chapitres  du  Sépher.  Toutes  les  pièces  à  conviction  dési- 
rables font  suite  au  texte  principal  :  elles  ne  peuvent  lais- 
ser aucun  doute  sur  la  réalité  de  ces  guérisons  magiques. 
D'Olivet  les  avait  entreprises  sur  le  défi  de  M.  de  Mon- 
talivet,  alors  ministre  de  l'Empire,  qui  avait  mis  le  magiste 
en  demeure  de  justifier,  par  quelque  phénomène  décisif, 


(  1  )  «  Mais  ce  n'était  pas  tout  de  l'avoir  écrit  (ce  livre  des  Vers  dorés), 
il  fallait  le  faire  imprimer,  et  Napoléon  y  consentirail-il  ?  Je  le  sondai 
par  une  lettre  flatteuse,  qui,  malgré  les  obstacles  qu'il  opposait  à  ce 
que  rien  do  moi  lui  pût  parvenir,  lui  arriva  néanmoins  par  une  rouie 
tout  extraordinaire,  et  faite  pour  piquer  sa  curiosité.  Il  jeta  ma  lettre 
au  feu  après  l'avoir  lue  ;  et,  quoique  je  le  priasse  instamment  de  me 
répondre  oui  ou  non,  il  ne  me  répondit  ni  l'un  ni  l'autre.  »  (Notions 
sur  le  sens  de  l'oufe,  pages  20-21 J. 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


de  la  science  qu'il  prétendait  incluse  au  seul  Berœshith. 
L'impression,  aux  frais  de  l'État,  du  grand  ouvrage  qui  ne 
vit  le  jour  qu'en  1815,  la  Langue  hébraïque  restituée,  de- 
vait être  le  trophée  de  la  victoire.  Une  préface  ajoutée  à 
l'édition  de  1819,  Notions  sur  le  sens  de  Vouïe,  relate  les 
détails  de  cette  piquante  aventure. —  Nous  lisons  d'autre 
part,  dans  la  Notice  biographique  la  plus  complète  que 
nous  connaissions  sur  Fabre  d'Olivet,  ces  lignes  signifi- 
catives :  «  Il  attachait  une  si  grande  foi  au  pouvoir  de  la 
Volonté,  qu'il  assurait  avoir  souvent  fait  sortir  un  volume 
de  sa  bibliothèque  en  se  plaçant  en  face,  et  cri  s'imagi- 
nant  fortement  qu'il  avait  l'auteur  devant  les  yeux.  Cela, 
dit-il,  lui  arriva  souvent  avec  Diderot  (1).  »  Nous  citons 
sans  commentaires  cette  allégation,  certainement  vraie 
pour  le  fond  des  choses,  bien  que  sans  doute  incorrecte 
dans  les  termes  que  nous  avons  transcrits... 

La  lévitation,  ou  déplacement  visible  et  suspension 
aérienne  des  objets,  par  l'acte  de  neutraliser  leur  pesan- 
teur,  s'obtient  en  réfrénant  Hereb,  le  principe  de  la  force 
centripète. 

On  connaît  les  expériences  célèbres  de  Daniel  Dunglas 
Home,  s'élevant  sans  appui  jusqu'au  plafond  de  la  salle 
où  il  donnait  ses  séances.  Le  médium  Eglington  renou- 
velait naguère  (1887),  à  la  cour  de  Russie,  le  même  pro- 
dige, entre  beaucoup  d'autres.  Nous  empruntons  quel- 


(I)  Dictionnaire  de  la  conversation  et  de  la  lecture.  Paris,  1837, 
in-8*  (Tome  XLi,  page  16).  La  notice  concernant  Fabre  d'Olivet  a 
paru  sous  la  signature  <le  M.  Charles  <hi  Rozoir. 

28 


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- 1 

434  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


ques  lignes  au  récit  très  circonstancié  et  certainement 
sincère  que  lui-même  en  publiait  à  cette  époque. 

«  1/1  mpératrice  prit  place  à  ma  gauche.  la  Grande-Duchesse 
d'Oldenbourg  à  ma  droite.  A  gauche  de  l'impératrice,  le  Grand- 
Duc  d'Oldenbourg,  puis  le  Czar,  la  Grande-Duchesse  Serge,  le 
Grand-Duc  Vladimir,  le  Général  Richter,  le  Prince  Alexandre 
d'Oldenbourg  et  le  Grand-Duc  Serge.  Nous  joignîmes  nos 
mains,  l'Impératrice  saisit  fortement  la  mienne,  puis  les  lu- 
mières furent  éteintes.  Aussitôt,  les  manifestations  commen- 
cèrent ;  la  plus  frappante  fut  une  voix  qui  s'adressa  à  l'Impé- 
ratrice, et  avec  qui  elle  s'entretint  pendant  quelques  minutes. . . 
Une  forme  de  femme  se  matérialisa  entre  le  Grand-Duc  Ser^e 
et  la  Princesse  d'Oldenbourg,  mais  elle  ne  resta  qu'un  instant 
et  disparut.  Je  ne  menlionne  pas  les  phénomènes  moins  impor- 
tants, si  familiers  aux  spiritualisles;je  dirai  seulement  qu'une 
énorme  boîte  à  musique,  pesant  au  moins  40  livres,  fut  trans- 
portée autour  du  cercle,  jusqu'à  ce  qu'elle  se  posât  sur  la  main 
de  l'Empereur,  qui  demanda  alors  qu'on  l'enlevât,  ce  qui  fut 
fait  de  suite.  Pendant  ce  temps,  les  nombreuses  bagues  qui 
couvraient  les  doigts  de  l'Impératrice  s'enfonçaient  dans  ma 
chair,  si  bien  que  je  dus  la  prier  de  ne  pas  serrer  si  fort  nia 
main.  Je  commençai  à  m'èlever  en  l'air;  l'Impératrice  et  la 
Princesse  d'Oldenbourg  me  suivirent.  La  confusion  devint 
indescriptible,  à  mesure  que  je  m'élevai  plus  haut  et  plus  haut, 
et  que  mes  voisins  grimpaient  comme  ils  pouvaient  sur  des 
chaises.  II  n'était  guère  favorable  à  l'équilibre  mental  du 
médium  de  savoir  qu'une  Impératrice  se  livrait  à  une  gymnas- 
tique si  insensée  et  qu'elle  pourrait  se  blesser  ;  et  je  ne  cessai 
de  demander,  tout  en  m'élevant  en  l'air,  que  l'on  me  permît 
de  mettre  fin  à  la  séance.  C'était  en  vain,  et  je  continuai  à 
m'élever  jusqu'à  ce  qu'à  la  fin,  mes  pieds  se  trouvassent  en 
contact  avec  deux  épaules  sur  lesquelles  je  restai,  et  qui  se 
trouvèrent  être  celles  de  l'Empereur  et  du  Grand-Duc  d'Olden- 
bourg. Comme  une  personne  le  fit  remarquer  malicieusement 
après:  «  ("était  la  première  fois  que  l'Empereur  de  Russie  se 
trouvait  sous  les  pieds  de  quelqu'un  !  »  Lorsque  je  descendis, 
la  séance  prit  lin... 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  435 


(Suit  la  narration  d'autres  phénomènes). 

«...  L'Empereur  se  leva  de  son  siège,  et  me  serrant  forte- 
txient  la  main,  il  médit:  -  Tout  cela  est  vraiment  extraordi- 
<c  uaire  et  je  vous  remercie  d'avoir  été  l'occasion  de  me  faire 
<*  voir  ces  manifestations...  »  J'ajouterai  qu'avant  de  quitter 
la.  Russie,  je  reçus  deux  paires  de  solitaires  en  diamant  et  en 
saphir,  que  je  porte  en  souvenir  des  événements  que  je  viens 
de  raconter,  et  à  cause  de  l'honneur  qui  y  est  attaché...  (1).  » 

Il  n  est  pas  rare  d'assister  dans  l'Inde  à  des  expériences 
analogues.  Ces  phénomènes  que  nos  médiums  réussissent 
quelquefois  avec  l'aide  des  Élémentaux,  les  Fakirs  et  les 
Voghis  les  réalisent,  soit  en  s'assurant  des  mêmes  auxi- 
liaires, soit  par  l'action  directe  de  h  volonté  sur  l'Akasa. 
11  est  juste  d'observer  pourtant  que  plusieurs  de  ces 
thaumaturges  hindous  prétendent  avoir  recours  à  l'assis- 
tance des  Pitris,  ou  des  âmes  de  leurs  ancêtres...  Bien 
des  voyageurs  ont  pu  vérifier  ce  surprenant  prodige  de 
l'élévation  sans  support.  M.  Louis  Jacolliot,  qui  a  été 
longtemps  magistrat  dans  nos  possessions  françaises  de 
PInde,  a  publié  un  livre  des  plus  curieux,  où  il  relate,  entre 
autres  merveilles  accomplies  par  les  Fakirs,  ce  phéno- 
mène, si  rare  en  Occident,  de  la  soi-lévilation  (2). 

Nous  aurions  fort  à  faire,  s'il  nous  fallait  rechercher 
l'emploi  magique  de  la  Volonté  partout  où  elle  joue  un 
rôle,  puisqu'il  n'est  point  d'œuvre,  soit  de  lumière,  soit 
de  ténèbres,  où  elle  n'intervienne  :  tantôt  pour  exercer 
son  empire  (ainsi  procèdent  les  adeptes),  et  tantôt  pour 

(1)  Le  Spiritualisme  en  Russie,  par  W.  Eglington  [V Aurore  du  i\\ 
juillet  1887,  pages  432-434,  passim). 

(2)  Le  Spiritisme  dans  h  monde.  L'Initiation  et  les  Scienres  accu t tes 
dans  l'Inde  ;  Paris,  Larroix.  1871».  in-8  (pages  287-288  et  307-308). 


W)  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


l'abdiquer  au  profit  des  Larves  et  des  lémures  (dont  le 
sorcier  devient  finalement  l'esclave). 

D'autre  part,  notre  intention  n'est  aucunement  de  dis- 
séquer par  le  menu  les  œuvres  mauvaises,  ni  d'enrichir 
de  gloses  le  Rituel  du  Mal,  en  sorte  de  rendre  sa  pratique 
ou  plus  facile,  ou  moins  dangereuse.  Si  Ton  trouve  en  ee 
tome,  comme  au  précédent,  l'analyse  de  certains  malé- 
fices, nous  ne  la  proposons  que  pour  exemple  des  lois 
occultes,  saisies  sur  le  vif  de  leur  application  ;  non  point 
à  titre  de  commentaire  cérémonial,  offrant  des  armes  au 
service  des  passions  coupables  ou  des  mauvaises  curio- 
sités. 

La  Justice  immanente  des  choses  édicté  et  exécute, 
dès  ici-bas,  la  sentence  du  maléficiant.  La  norme  du  choc 
en  retour,  presque  impossible  à  éluder  pour  lui,  le  frap- 
pera sur  cette  terre,  —  sans  préjudice  des  abominables 
horizons  karmiques  dont  il  s'ouvre  le  cycle  posthume. 
Le  sorcier  ne  l'ignore  point  :  assurance  d'un  présent  mi- 
sérable et  pressentiment  d'un  sinistre  futur,  —  il  y  a  là 
un  frein  salutaire.  Dieu  nous  garde  de  l'affaiblir! 

Celui-là  serait  déçu,  qui  demanderait  à  notre  Clef  de 
la  Magie  Noire  des  moyens  pratiques  de  nuire  au  pro- 
chain, tout  en  réduisant  pour  soi  les  risques  au  mini- 
mum. Ceux  qui  savent  nous  rendront  ce  témoignage,  que 
dans  le  détail  des  plus  perverses  opérations,  mentionnées  | 
en  ce  livre,  nous  primes  soin,  —  sans  rien  omettre  du 
nécessaire  à  l'intelligence  doctrinale,  —  de  négliger  tou- 
jours l'indication  de  quelque  procédé  pratique,  de  nature 
soit  à  garantir  le  succès  expérimental,  soit  à  en  suppri- 
mer le  péril,  au  prolit  de  l'opérateur. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  437 


Chez  le  commun  des  hommes,  les  passions  animiques 
sont  assez  intenses  pour  réactionner  la  volonté  et  la  ren- 
dre magiquement  efficace.  Rien  n'est  plus  fréquent,  d'un 
individu  à  l'autre,  ou  d'un  groupe  humain  à  une  commu- 
nauté soit  amie,  soit  rivale,  que  les  volitions  bienveillan- 
tes ou  hostiles,  exprimées  ou  tacites,  sous  la  forme  de 
bénédictions,  d'anathèmes,  de  souhaits,  d'imprécations, 
le  «  •  « 

S'il  suffisait  de  lever  le  doigt  au  ciel  pour  frapper  son 
ennemi  à  distance,  on  verrait  bien  des  morts  soudaines. 
On  n'a  pas  oublié  l'hypothèse  fantasque  d'un  philosophe 
du  siècle  dernier,  peut  être  Jean-Jacques  :  il  suppose 
qu'un  simple  geste,  exécuté  par  Paul,  toutes  portes  closes, 
au  fond  de  son  cabinet,  ait  la  vertu  de  faire  mourir  aux 
antipodes  un  très  riche  mandarin,  dont  l'héritage  soit 
acquis  à  Paul,  sans  que  nul  puisse  jamais  soupçonner  la 
cause  de  cette  mort(l).  Combien  de  civilisés,  conclut  le 
sophiste,  répudieraient  pareille  tentation?  Qui  oserait, 
en  semblable  occurence,  répondre  de  sa  prud'homie?... 


(  i  )  Voici  la  phrase  attribuée  à  Jean-Jacques  par  Balzac  et  Protat  : 
«  S'il  suffisait,  pour  devenir  le  riche  héritier  d'un  hoiniiie  qu'on  n'au- 
rait jamais  vu,  dont  on  n'aurait  jamais  entendu  parler,  et  qui  habite- 
rait le  fin  fond  de  la  Chine,  de  pousser  un  bouton  pour  le  faire  mourir, 
qui  de  nous  ne  pousserait  ce  bouton  et  ne  tuerait  ce  mandarin?  » 
C'est  presque  en  termes  identiques  que  Chateaubriand  formule  cette 
même  hypothèse,  qu'il  semble  présenter  comme  de  lui  (Génie  du 
Christianisme.  f«  partie,  vi,  2).  D'autre  part,  M.  Jules  Claretie.  faisant 
allusion  a  ce  célèbre  paradoxe,  remarque  avec  raison  que  jamais  on 
n'a  su  au  juste  qui  l'avait  inventé  (Cf.  Jean  Montas,  page  13).  —  Un 
fait  constant,  c'est  que  la  locution  *  tuer  le  mandarin  •  est  passée  en 
proverbe,  dans  le  sens  de  «  commettre  une  mauvaiso  action,  avec  la 
certitude  de  n'être  jamais  soupçonné.  » 


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LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIUK 


Nous  avons  de  la  majorité  des  humains  une  opinion 
meilleure.  Mais  à  écarter  ce  mobile  ignoble  de  la  cupi- 
dité motivant  un  lâche  assassinat,  —  resteraient  la  liaine, 
l'envie,  la  colère,  la  jalousie  d'amour,  toutes  passions 
très  capables  d'égarer  la  Volonté  jusqu'au  crime,  ainsi 
qu'on  le  voit  tous  les  jours.  Un  froid  calcul  déciderait  les 
natures  mauvaises  à  se  venger  ainsi  sans  risques;  quel- 
ques natures  généreuses  même  subiraient  l'entrainement 
au  crime,  dans  un  premier  mouvement  d'indignation,  de 
fureur  ou  de  dépit. 

Héritage  et  impunité  à  part,  le  maléfice  peut  faire  une 
réalité  terrible  de  la  folle  hypothèse  du  mandarin.  —  Voilà 
encore  une  de  ces  choses  qu'ignoraient  profondément, 
avec  Rousseau,  tous  ces  «  génies  universels  du  xvnie  siè- 
cle  »,  badineurs  des  superficies  philosophiques  et  mora- 
les, à  qui  le  bel  esprit,  l'ironie  facile  ou  le  paradoxe  élo- 
quent tinrent  lieu  si  souvent  de  science  et  de  conscience. 

Supposons  la  possibilité  du  maléfice  universellement 
admise,  comme  elle  le  sera  peut-être  à  la  fin  du  xxe  siè- 
cle. De  cette  conviction  à  l'essai  curieux,  puis  à  l'essai 
profitable,  sans  doute  pour  le  plus  grand  nombre  n'y  au- 
rait-il pas  très  loin.  Spontauée  ou  préméditée,  l'intention 
ne  manquerait  pas;  c'est  le  détail  pratique,  le  procédé 
immédiat  qui  feraient  défaut  à  beaucoup  d'hommes,  pour 
exercer  la  magie  noire. 

Non  qu'il  y  faille  grande  science  :  quand  bien  même 
de  dangereuses  recettes  ne  traîneraient  pas  dans  les  gri- 
moires populaires,  à  la  portée  de  chacun,  —  la  malice 
humaine,  l'intuition  perverse,  l'ingéniosité  de  la  haine  et 
de  l'envie  suffiraient  à  y  suppléer.  Malheureusement  au 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


439 


gré  des  mauvais,  pour  eux  la  mêlée  occulte  n'est  pas 
sari  s  risque  à  courir  :  c  est  donc  du  bouclier  qu'i  ls  seraient 
en  peine,  bien  plus  que  de  la  lance  ou  du  poignard.  Le 
privilège  de  l'impunité  immédiate,  le  moyen  pratique  et 
sûrement  eftieace  de  conjurer  le  péril,  voilà  ce  que  les 
grimoires  ne  fournissent  guère,  et  ce  que  les  adeptes  de 
la.  science  pourraient  seuls  garantir  au  maléficiant.  Mais 
eeux-ci  ne  parleront  pas.  Que  la  loi  formidable  du  choc 
en  retour  demeure  suspendue  sur  qui  veut  mal  faire, 
comme  le  glaive  sur  Damoclès  ! 

Quant  à  la  théorie  générale,  elle  est  la  même  pour 
l'œuvre  à  accomplir  par  le  mage,  le  sorcier  ou  le  thau- 
maturge sacerdotal.  L'intention  seule  varie,  et  le  décor, 
et  les  accessoires  prescrits;  mais  le  fond  des  choses  ne 
saurait  changer.  En  toute  opération  magique,  la  volonté 
de  l'homme,  exprimée  par  un  signe  qui  lui  sert  à  la  fois 
de  formule  et  d'appui,  agit  sur  les  fluides  impondérables 
ou  sur  les  Invisibles,  à  la  faveur  du  médiateur  plastique 
ou  corps  astral. 

La  Volonté  dans  le  Bien  s'exerce  presque  toujours  col- 
lective, parce  que  la  division,  l'isolement,  la  limite,  cons- 
tituent en  quelque  sorte  l'essence  même  du  Mal;  ce  qui 
revient  à  dire,  les  qualités  susdites  étant  privatives,  que 
le  Mal  est  dépourvu  de  réelle  essence. 

Dans  le  Mal,  souvent  le  Vouloir  individuel  tente  d'agir 
isolé;  mais  ce  Vouloir  s'exerce  aussi  collectivement. 

Alors  il  faut  compter  sur  TÉgrégore,  ainsi  que  nous 
l'avons  expliqué  au  chapitre  précédent.  L'Êgrégore  a 
une  volonté  propre;  il  exploite  et  utilise,  sans  les  consul- 


MO 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NolîlK 


ter,  les  individualités  de  son  groupement;  il  se  joue  de 
leurs  douleurs  ou  de  leurs  joies,  et  jongle  à  son  caprice 
avec  leurs  existences;  mais  en  retour,  ces  infimes  vou- 
loirs individuels  peuvent  évoquer  l'Égrégore  et  s'en  ser- 
vir. —  Solidarité  et  réversibilité  magiques. 

Est-il  besoin  de  revenir  sur  nos  enseignements  anté- 
rieurs? —  Rappelons  alors  que  les  grands  courants  de 
vertu  ou  de  perversité,  de  fanatisme  ou  de  foi,  dont  une 
chaîne  magique  plus  ou  moins  artistement  tendue  est  tou- 
jours la  pile  génératrice,  sont  régis  par  les  Dominations 
collectives  de  l'Invisible,  ces  anges  du  Ciel  humain. 

De  ces  arcanes  relève  la  création  des  grandes  religions, 
comme  la  genèse  des  associations  ténébreuses. 

Les  verbes  créateurs  :  bénédictions,  anathèmes,  puisent 
là  leur  force  et  leur  efficacité.  On  ne  bénit,  on  ne  réprouve 
qu'au  nom  de  quelque  Principe,  et  conséquemment  de 
quelque  Puissance,  traduction  vivante  du  Principe  abs- 
trait. Par  ces  actes  solennels,  enfin,  l'on  attache  à  celui 
qui  en  est  l'objet  la  protection  ou  la  vengeance  de  l'É- 
grégorc,  recteur  de  la  Collectivité  au  nom  de  laquelle  on 
prononce. 

L'excommunication  est,  à  la  lettre,  l'acte  d'expulser 
un  homme  du  groupe  vivant  auquel  il  participait  jusqu'a- 
lors :  communion  des  saints  ou  communion  des  pervers. 
C'est  l'élimination  d'une  cellule  animée,  hors  de  l'orga- 
nisme à  quoi  elle  se  rattachait.  L'analogie  est  exacte; 
car,  si  les  Églises  et  les  Associations  occultes  possédaient 
encore  la  sève  et  la  virtualité  de  leur  prime  jeunesse;  si 
TÉgrégore  qui  constitue  leur  âme  ne  s'abâtardissait  ou 
ne  se  civilisait  à  la  longue,  tandis  que  leur  corps  social 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


441 


se  débilite  à  sommeiller  dans  la  nécropole  de  la  lettre 
morte,  —  l'excommunication  serait  encore,  comme  elle 
Ta  été,  une  sentence  capitale,  à  délai  plus  ou  moins  bref. 

Que  d'exemples  on  pourrait  citer,  qu'il  vaut  mieux 
taire!... 

L'excommunié  d'une  collectivité  quelconque,  soucieux 
de  conjurer  le  verbe  de  réprobation  qui  pèse  sur  lui,  ne 
doit  point  rester  dans  l'isolement.  Il  convient,  ou  qu'il 
se  réconcilie  de  suite  avec  ses  frères,  si  tant  est  qu'on 
l'admette  à  résipiscence;  au  cas  contraire,  ou  encore  lors- 
qu'en  son  for  intérieur,  il  juge  néfaste  l'œuvre  à  laquelle  il 
avait  cru  devoir  collaborer  jusque-là,  il  devient  urgent 
qu'il  s'attilie,  de  fait  ou  d'intention,  dans  un  groupe  si- 
non positivement  hostile  au  premier,  du  moins  autre. 

L'individu  qui  brave,  isolé,  une  Puissance  collective 
adverse,  sera  fatalement  brisé,  —  ou  converti,  —  en  un 
mot,  vaincu. 

C'est  pour  le  soustraire  aux  courants  des  volontés  ad- 
verses, et  lui  permettre  de  délier  le  pouvoir  des  Collec- 
tifs qui  les  gouvernent,  que  la  Magie  ordonncà  l'opérateur 
de  s'enclore  dans  un  cercle,  avec  les  hiéroglyphes  de  sa 
religion  gravés  au  pourtour.  Ces  cercles,  véritables  for- 
teresses  pentaculaires,  symbolisent  la  communion  spiri- 
tuelle dont  il  fait  partie,  et  la  protection  ctîicace  que  lui 
vaut  son  adhésion  au  verbe  collectif.  Toujours  le  signe 
d'appui  de  la  Volonté!  S'il  sait  bien  en  tirer  parti,  l'oc- 
cultiste centuple  sa  force  en  la  multipliant  par  celle  de 
tous  ses  adelphes  vivants;  et  même,  comme  nous  l'avons 
énoncé  ci-dessus,  il  peut  évoquer  l'Égrégore  qui  régit  la 
collectivité,  et  se  couvrir  de  son  égide. 


44-2 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIHK 


Le  baron  de  Gleichen,  dont  les  Souveyiirs  posthumes 
sont  si  précieux  pour  l'histoire  de  l'Ésotérisme  au 
xvme  siècle,  raconle  un  fait  des  plus  significatifs,  qu'on 
sera  bien  aise  de  nous  voir  enregistrer  à  l'appui  de  nos 
dires.  Il  en  tient  le  récit  de  la  bouche  du  sieur  de  la 
Chevallerie,  le  personnage  même  de  l'aventure.  Les  lec- 
teurs du  livre  très  documenté  de  Papus  sur  Pllluîninisme 
en  France(\)  n'ignorent  point  comment  Martinès  de  Pas- 
qually  prescrivait  à  ses  disciples  de  disposer  le  local  de 
leurs  évocations.  Rappelons,  en  deux  mots,  que  chaque 
néophyte  «  travaillait  »  seul,  dans  un  segment  ou  quart  de 
cercle  tracé  à  l'Orient,  avec  de  mystérieux  monogrammes 
inscrits  et  des  cierges  allumés  aux  angles.  A  l'opposite  oc- 
cidentale, se  trouvait  un  cercle  plus  grand,  dit  Cercle  de 
retraite,  qui  symbolisait  le  Maitre  absent  et  la  Puissance 
suprême  de  la  chose  (2).  .  Les  œuvres  magiques  de  l'Ordre 
consistaient  surtout  en  d'opiniâtres  luttes  contre  les  forces 
inversives  des  cercles  mauvais.  Ces  batailles  se  livraient 
aux  solstices  et  aux  équinoxes  (3).  Or,  il  advint  qu'un 


(i)  L'/ffuminisme  en  France,  Martinès  de  Pasquatly.  etc..  (pages 
XO-82). 

{i)  Les  disciples  de  Martinès  désignaient  sous  cette  énigmatique 
appellation  le  Collectif  invisible  de  l'Ordre,  et  généralement  tout  prin- 
cipe des  manifestations  occultes  :  «  la  Chose  veut  (disaient-ils  volon- 
tiers), la  Chose  permet,  la  Chose  a  défendu...,  Obéissons  à  la  Chose. 

etc.  » 

(3)  «  Les  travaux  magiques  de  ces  Messieurs  ont  pour  objet  sur- 
tout de  combattre  les  démons  et  leurs  satellites,  sans  cesse  occupés  à 
répandre  les  maux  physiques  et  spirituels  sur  toute  la  nature  par  leur 
magie  noire.  Les  combats  se  font  particulièrement  aux  solstices  et  aux 
équinoxes,  de  part  et  «l'autre.  Ils  travaillent  sur  des  tapis  crayonués, 
sur  lesquels  ils  établissent  leurs  citadelles,  qui  consistent  en  un  grand 
cercle  au  milieu  pour  le  grand  maître,  et  deux  ou  trois  plus  petits  pour 


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FORCE  DE  LA  VOLONTE 


jour,  la  Chevallerie,  contrevenant  aux  prescriptions  de 
FÉcole,  voulut  accomplir  les  saints  rites  en  dépit  d'une 
souillure  récemment  contractée.  C'était  une  imprudence; 


ses  assistants.  Le  chef,  quoique  absent,  voit  toutes  les  opérations  de 
ses  disciples,  quand  ils  travaillent  seuls,  et  les  soutient.  »  (Souvenirs- 
dé  Charles- Henri,  Baron  de  Gteichen  ;  Paris,  Techenor,  1868,  in-8, 
page  152.) 

Quelques  détails  diffèrent,  si  l'on  compare  les  renseignements  four- 
nis par  Gleichen  et  ceux  que  donne  Papus.  Mais  ce  ne  sont  pas  des 
contradictions.  La  place  assignée  au  grand  cercle  variait  certainement, 
d'après  le  grade  de  l'affilié  et  la  nature  des  opérations  :  il  n'y  a  donc 
rien  d'étonnant  à  ce  que  l'un  de  ces  auteurs  le  localise  au  centre,  et 
l'autre  à  l'occident  Quant  aux  petits  cercles  mentionnés  par  Gleichen, 
ils  correspondent  certainement  aux  quarts  fie  cercle,  ou  segments,  de 
la  correspondance  de  Martinès,  éditée  en  substance  par  les  soins  de 
Papus.  U  est  d'ailleurs  vraisemblable,  et  c'est  l'hypothèse  que  nous 
avons  admise,  qu'un  petit  cercle  était  inscrit  dans  chaque  segment,  et 
devenait  ainsi  la  citadelle  du  néophyte.  De  la  sorte,  tout  est  concilié. 

Les  œuvres  magique*  des  disciples  de  Martinès  ne  variaient  pas  seu- 
lement d'après  le  grade,  mais  aussi  selon  l'idiosyncrasie  occulte  de 
chaque  disciple.  Quelques-uns  pratiquaient  la  Sortie  en  corps  astral, 
comme  nous  le  témoigne  la  correspondance  de  Saint-Martin  avec  Liebis* 
torff.  Le  Bernois  écrit  à  son  maître,  à  la  date  du  25  juillet  1792  : 
«  L'Ecole  par  laquelle  vous  avez  passé  pendant  votre  jeunesse  me  rap- 
pelle une  conversation  que  j'ai  eue,  il  y  a  deux  ans,  avec  une  personne 
qui  venoit  d'Angleterre  et  qui  avoit  eu  des  relations  avec  un  franeois 
habitant  ce  pays,  nommé  M.  d'Hauterive.  Ce  M.  d'Ilauterive,  d'après  ce 
qu'elle  me  disoit,  jouissoit  de  la  connoissance  physique  de  la  Cause 
active  et  intelligente;  qu'il  y  parvenoit  à  la  suite  de  plusieurs  opéra- 
tions préparatoires,  et  cela  pendant  les  équinoxes,  moyennant  une 
sorte  de  désorganisation  dans  laquelle  il  voyoit  son  propre  corps  sans 
mouvement,  comme  détaché  de  son  àme  ;  mais  que  eette  désorganisa- 
tion étoit  dangereuse,  à  cause  des  visions  qui  ont  alors  plus  de  pou- 
voir sur  lame  ainsi  séparée  de  son  enveloppe,  qui  lui  servoit  de  bou- 
clier contre  leurs  actions,  etc...  »  ( Cor resp.,  page  19).  —  Saint-Martin 
répond,  à  la  date  du  25  août:  <«  M.  de  Hauterive,  qui  a  eu  le  mémo 
maître  que  moi,  s'est  donné  plus  que  moi  à  cette  partie  opérative,  et 
quoiqu'il  enaitreru  plus  de  fruits  que  plusieurs  de  nous,  je  vous  avoue 
cependant  que  je  n'en  ai  pas  vu  de  sa  façon  qui  m'aient  engagé  à  chan- 
ger d'idées.  U  a  assez  d'autres  mérites  à  mes  yeux.  »  (Ibid.,  page  30). 
—  Dans  une  lettre  ultérieure,  du  6  septembre,  Saint-Martin  explique 


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Ui  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


il  ne  tarda  guère  à  s'en  repentir.  A  peine  avait-il  engagé 
le  combat,  dans  son  quart  de  cercle,  qu'il  sentit  la  vie 
refluer  de  son  cœur,  et  une  mortelle  angoisse  l'envahir 
et  1  etreindre.  La  force  de  ses  adversaires  l'accablait,  il 
était  près  de  succomber.  Soudain,  une  brusque  inspira- 
tion se  lit  jour  en  lui,  et  il  trouva  la  force  de  s'élancer 
dans  le  cercle  de  retraite.  Dès  qu'il  y  fut,  une  réaction 
s'opéra,  salutaire  :  son  cœur  se  remit  à  battre,  la  cons- 
cience lui  fut  rendue  avec  la  vie.  En  même  temps,  une 
délicieuse  sensation  de  tiédeur  moite  et  parfumée  l'enve- 
loppa comme  un  bain...  Le  péril  était  passé...  A  quel- 
ques jours  de  là,Martinès  écrivit  à  son  disciple  qu'il  veil- 
lait sur  lui  de  loin,  et  l'avait  assisté  dans  sa  détresse,  en 
lui  suggérant  de  se  jeter  ainsi  «  dans  le  grand  cercle  de 
la  Puissance  Suprême  (l)  ». 

L'emploi  du  cercle  magique  est  indiqué,  toutes  les  fois 
qu'on  affronte  des  colères  ou  des  haines  collectives,  et 
qu'on  s'expose  en  butte  à  la  réprobation  d'une  Puissance 
constituée  (2). 

L'aphorisme  bourgeois  qu'/7  ne  faut  pas  braver  Vopi- 


que  la  séparation  du  corps  et  de  l'àrue  ne  saurait  être  absolue  qu'à  la 
mort,  et  qu'ainsi  «  il  y  a  quelque  chose  d'exagéré  »  à  soutenir  que  M.  de 
Hauterive  se  dépouillait  de  son  enveloppe  corporelle  :  «  l'âme  ne  sort 
du  corps  qu'à  la  mort;  mais  pendant  la  vie,  les  facultés  peuvent  s  étendre 
hors  do  lui  et  communiquer  à  leurs  correspondants  extérieurs  sans 
cesser  d'être  unies  à  leur  centre,  etc..  »  (Ibid.,  page  38).  ïci,  Saint- 
Martin  est  au-dessous  de  la  vérité,  et  l'on  voit  bien  qu'il  ne  connait  que 
par  ouï-dire  le  phénomène  dont  il  parle. 

(!)  Cf.  Souvenir*  du  Baron  de  Gleichen  (pages  152-153). 

[i)  On  entend  bien  que  nous  parlons  occultisme,  et  qu'il  ne  s'agit 
point  d'enfermer  dans  un  cercle  un  gros  propriétaire  en  bisbille  avec 
le  Conseil  municipal  de  ça  commune,  ni  un  braconnier  rebelle  au 
garde-champétre. 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  445 


nion,  n'est  point  aussi  ridicule  qu'on  serait  tenté  de  le 
croire.  La  Volonté  active  détermine  sur  le  plan  astral 
des  courants  fluidiques  évaluables,  si  Ton  peut  dire,  en 
Toits  et  en  ampères  :  aussi,  —  magiquement  parlant, 
—  un  vouloir  isolé,  si  énergique  soit-il,  ne  brave  pas  sans 
risques  un  faisceau  de  vouloirs  hostiles,  groupés  avec  in- 
telligence et  dirigés  selon  la  norme  dont  nous  avons  dit 
la  formule.  La  volonté  humaine  est  une  puissance  formi- 
dable; mais  il  est  dans  sa  nature  de  se  diviser  aisément  : 
alors  elle  s'oppose  volontiers  à  elle-même,  cependant 
qu'elle  croit  encore  agir  dans  une  direction  unique.  C'est 
ce  qui  arrive  quelquefois  dans  les  ententes  pour  le  bien, 
toujours  et  presque  aussitôt  dans  les  coalitions  pour  le 
mal. 

Voilà  qui  nous  ramène  de  nouveau,  ainsi  que  le  Lecteur 
Ta  sans  doute  compris,  au  mysière  de  la  chaîne  sympa- 
thique. Lorsqu'un  concours  de  Volontés  unanimes  ne 
produit  que  de  faibles  résultats,  et  n'a  point  raison  d'un 
Vouloir  isolé,  c'est  que  les  éléments  de  la  batterie  hu- 
maine sont  anormalement  disposés.  La  chaîne  est  mal 
tendue  :  c'est  comme  si,  en  amorçant  des  piles  électriques 
de  Daniel,  le  garçon  de  laboratoire  reliait  les  zincs  aux 
zincs  et  les  cuivres  aux  cuivres,  au  lieu  d'alterner,  sui- 
vant la  règle.  Dans  ce  cas,  les  courants  se  neutralisant, 
le  résultat  est  nul. 

Quand,  à  l'inverse,  les  multiples  Vouloirs,  correcte- 
ment agencés  en  chaîne  d'influx,  réalisent  leur  maximum 
de  rendement,  l'être  isolé  qui  veut  leur  tenir  tète  n'a 
d'autre  ressource  que  d'entrer  virtuellement  dans  une 
autre  chaîne  :  soit  qu'il  s'enferme,  s'il  veut  combattre, 


446  "         LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

dans  une  citadelle  occulte  (le  cercle);  soit  en  mode  pas- 
sif, et  s'il  lui  suffit  de  se  garantir,  qu'il  se  fie  à  la  vertu 
d'autres  signes,  également  expressifs  des  Puissance 
collectives  amies,  tels  quepentacles,  talismans,  rites  sa- 
cramentaux,  etc.. 

L'excommunication  majeure,  telle  qu'on  la  prononce 
dans  le  catholicisme,  ressemble  fort  à  un  maléfice  sacré, 
avec  les  anathèmes  imprécatoires  et  le  lugubre  cérémo- 
nial dont  on  l'accompagne. 

Il  n'était  point  rare,  aux  époques  de  foi  militante  et 
d'intransigeance  religieuse,  de  voir  le  malheureux  que 
l'Église  avait  frappé  de  ses  foudres  (c'est  le  terme  reçu) 
dépérir  en  des  maladies  singulières  et  terrifiantes,  où  la 
vengeance  du  Ciel  semblait  s'inscrire  et  transparaître. 
On  cite  des  cas  de  mort  soudaine  :  d'autres  fois,  c'est  la 
lèpre  qui  ronge  le  réprouvé,  ou  des  vers  qui  le  dévorent 
tout  vif. 

Combien  l'histoire  ecclésiastique  n'enregistre-t-elle 
point  de  cas  analogues!  Bien  avant  la  consolidation  du 
Pouvoir  pontifical,  les  premiers  Pères  relatent  plusieurs 
exemples  des  anathèmes  d'un  thaumaturge,  sentences 
immédiatement  exécutoires  et  traduites  en  mortelles 
catastrophes;  et  sans  sortir  du  Nouveau  Testament  (ni 
redescendre  à  l'ancien,  où  les  épisodes  similaires  abon- 
dent), les  Actes  des  Apôtres  nous  montrent  Ananias  el 
Saphira  foudroyés,  dans  l'instant  que  Saint  Pierre  leur 
signifie  la  sentence  du  Ciel. 

M.  Joséphin  Péladan,  ce  grand  artiste  excentrique  de 
qui  les  œuvres,  inégales  et  de  rédaction  trop  hâtive, 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


U7 


étincellent  d'étranges  et  captivantes  beautés,  propose 
dans  Istar  un  procédé  de  chaîne  monastique  bissexueile, 
pour  l'extermination  des  ennemis  de  l'Église,  —  concep- 
tion moins  paradoxale  qu'il  n'y  parait  à  l'abord.  On  nous 
permettra  de  transcrire,  à  titre  de  curiosité,  ces  lignes 
assurément  peu  banales. 

DBS  CONDAMNATIONS  CAPITALES 

<f  Lorsqu'il  sera  nécessairede  frapper  un  ennemi  de  l'Eglise, 
—  et  pour  cela  il  faudra  le  double  assentiment  du  Sacré-Col- 
lège cardinalice  et  du  collège  gnostique  des  vingt-deux,  —  on 
réunira  deux  cents  moines  et  nonnes,  cent  de  chaque  sexe  ; 
ils  se  tiendront  tous  par  la  main  ;  au  moment  où  le  prêtre 
élève  l'hostie,  ils  s'uniront  de  volonté  avec  Pofliciant  :  celui- 
ci  alors  élèvera  l'hostie  contre  le  condamné,  —  qui  tombera 
roide  mort  en  n'importe  quel  lieu  du  monde  où  il  sera. 

«  Attendu  que  la  somme  de  force  nerveuse  de  cent  volontés 
bissexuelles  représente  un  mouvement  électrique  d'une  force 
déterminable,  et  que  l'officiant  est  à  la  fois  le  point  convergent 
•H  l'excitateur  électrique,  il  projettera  un  courantd'une vitesse 
énorme  et  de  la  puissance  d'étincelle  d'une  pile  excitable  à 
vingt  mètres. 

c  Ceci  est  de  la  physique  pure  :  en  hyperphysique,  il  y  a 
bien  autre  chose  (I).  » 

Cette  ébauche  de  magie  sacerdotale  (2)  donnerait  à 


(1)  Istar,  Paris,  1888,  2  vol.  in- 8  (page  130). 

La  théorie  apparaît  claire  et  correcte,  en  dépit  de  quelque  inexacti- 
tude dans  l'expression  scientifique.  Ce  qui  parait  plus  critiquable,  c'est 
l'emploi  de  l'hostie  rédemptrice  comme  arme  de  mort. 

(2)  Une  autre  théorie  d'envoûtement  sacré  so  peut  lire  dans  l'ouvrage 
d'un  initié,  d'ailleurs  sujet  à  caution,  M.  Adolphe  Bcrtet,  qui  a  cru 
trouver  dans  Y  Apocalypse  de  Saint  Jean  le  rituel  complet  de  cette  œuvre 
de  colère. 

Cette  page,  dont  chacun  peut  penser  ce  qu'il  veut,  est  incontestable- 


U8 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIR  F. 


rêver  de  quelque  Grégoire  VII,  dont  Técusson  portât  en 
sautoir  les  clefs  d'Hermès  croisées  avec  celles  de  Saint- 
Pierre.  Mais  quand  un  politique  doublé  d'un  adepte  s'as- 


ment  très  curieuse,  et  comme  le  volume  est  fort  difficile  à  trouver, 
nous  la  reproduirons  sous  toutes  réserves.  Il  est  bon  de  prévenir  qu*» 
l'auteur  commente  le  vin«  chapitre  de  l'Apocalypse,  et  que  par  *  U- 
Microcosme  »,  il  entend  le  Mage  officiant,  vicaire  du  Christ... 

«  Ici  (dit  M.  Bertet),  comme  nous  allons  le  voir,  il  ne  s'agit  pas 
d'une  œuvre  de  miséricorde.  Il  faut,  au  contraire,  rompre  l'équilibre 
de  la  balance  qui  est  entre  les  mains  de  Dieu,  forcer  le  plateau  qui  re- 
présente la  miséricorde  à  céder  à  celui  qui  représente  la  justice,  qui 
est  chargé  de  tous  les  crimes  qui  ont  lassé  la  patience  des  saints. 

«  Pour  déterminer  l'œuvre  magique  de  justice  et  de  vengeance,  le 
Microcosme  réunit  dans  son  encensoir  tout  le  feu  qui  est  resté  dans  la 
cassolette  sur  l'autel  des  parfums  ;  puis  il  le  répand  sur  la  terre,  en  de- 
hors du  cercle  magique  dont  il  a  eu  soin  de  s'entourer,  en  invoquant 
le  bras  ou  l'appui  du  Très-Haut  pour  le  châtiment  des  coupable*. 
(Echesiel,  chapitre  x,  verset  2;  ch.  wiv,  v.  3  et  suivants;  chap  iv. 
v.  3). 

«  Le  cercle  doit  servir  à  graver  dans  le  souvenir  des  anges  chargés 
de  l'exécution  de  la  vengeance,  qu'en  frappant  les  hommes,  ils  doivent 
épargner  tous  ceux  qui  sont  marqués  au  front  du  signe  de  la  ré- 
demption, et  qui  sont  mentalement  censés  placés  dans  le  cercle,  sous 
l'égide  et  la  protection  immédiate  du  Microcosme:  c'est  là  l'égide  ou  le 
bouclier  du  Seigneur,  qui  doit  préserver  toute  sa  milice  sainte  sur  la 
terre  des  atteintes  de  l'armée  de  Satan.  C'est  là  une  opération  analogue 
a  celle  que  Jésus  enseigne  à  ses  apôtres,  lorsqu'il  leur  dit  de  secouer, 
en  signe  de  malédiction,  la  poussière  de  leurs  souliers  contre  ceux  qui 
les  rebuteront  (Matthieu,  chap.  \,  v.  14). 

.(  C'est  là  la  plus  redoutable  et  la  plus  périlleuse  des  opérations  ma 
ffiques:  elle  est  analogue  à  celles  par  lesquelles  nous  avons  vu  précé- 
demment Élie  attirer  le  feu  du  ciel  sur  l'autel,  et  faire  tomber  la  foudre 
sur  deux  compagnies  de  cinquante  hommes  chacune;  Jésus  sécher  le 
figuier,  et  les  apôtres  demander  à  Jésus  la  permission  de  foudroyer  ceux 
qui  refusaient  de  les  recevoir,  lorsqu'il  les  gourmanda  vertement  sur 
l'abus  qu'ils  se  préparaient  à  faire  de  cette  vertu  ou  puissance  [Luc, 
chap.  i\,  v.  ,'i;i). 

«  Si  la  prière  est  agréée  par  la  justice  de  Dieu,  des  signes  se  mani- 
festeront à  l'instant  dans  le  ciel  :  les  éclairs  sillonnent  les  nues  ;  la 
foudre  éclate  ;  les  vents  soufflent  avec  impétuosité  îles  quatre  points 


■ 

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FORCE  DE  LA  VOLONTK 


449 


seoira-t-il  sur  le  trône  du  Prince  des  Apôtres  ?  La  chose 
serait-elle  heureuse  et  désirable,  à  tout  prendre?  Ce 
rôle  de  théocrate  agressif  apparaitrait-il  congruent  au 
caractère  d'un  pontife  romain?...  Le  césarisme  et  l'a- 
gression ne  furent  point,  sans  doute,  incompatibles  avec 
la  tiare  :  l'histoire  est  là  pour  en  témoigner.  Toutefois- 
la  question  semble  de  droit  strict,  nullement  de  coutume 
reçue... 

Nous  ne  disputerons  point  si  l'essence  du  Christianisme 
comporte  le  despotisme  théocratique  tel  que  Moïse  l'ins- 
taura, ou  même  si  elle  le  tolère  sous  un  mode  plus  adouci, 
Il  y  a  deux  points  de  vue  à  prendre  en  considération  : 
celui  de  l'absolutisme  divin  et  celui  des  possibilités  hu- 
maines... «  Quiconque  frappera  du  glaive  (a  dit  le  grand 
Maître)  périra  par  le  glaive;  —  Si  l'on  te  donne  un  souf- 
flet sur  la  joue  droite,  présente  l'autre  joue...  »  Ces 
maximes  se  passent  de  commentaires.  Il  n'est  pas  moins 
évident  d'ailleurs,  qu'à  considérer  les  choses  de  moins 
haut,  tout  gouvernement  a  le  droit  et  le  devoir  de  se  dé- 
fendre. Or,  en  fait,  la  hiérarchie  romaine  est  couronnée 
par  un  Pouvoir  centralisateur,  qui  est  un  gouvernement 
au  premier  chef.  Et  si  les  armes  mystiques  sont  jamais 


cardinaux  ;  un  grand  tremblement  de  terre  semble  annoncer  la  fin  du 
monde  (Luc,  ch.  xxi.  v.  25)... 

«  Si,  au  contraire,  la  prière  est  rejetée,  comme  téméraire,  le  châti- 
ment retombe  sur  celui  qui  a  vainement  invoqué  le  nom  cl  le  courroux 
du  Très-Haut,  suivant  ce  précepte  du  Décalogue  :  a  Dieu  en  vain  tu  ne 
jureras  ou  conjureras...  » 

(Apocalypse  du  Bienheureux  Jean. ..,  dévoilée,  par  Adolphe  Bertet, 
Docteur  en  droit  civil  et  en  droit  canonique,  avocat  près  la  Cour 
d'Appel  de  Chambéry.  —  Paris,  Arnauld  do  Yresse,  1861,  in-8,  chap. 
vin.  v.  5  et  suiv.,  pages  170-172). 

29 


450 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


1 


légitimes,  c'est  assurément  au  service  d'une  théocratie. 
Telles  semblent  se  balancer  les  raisons ,  pour  et 
contre. 

L'ancien  monde  a  vu  plus  d'une  fois  l'épée  flamboyante 
de  Michaël  dans  la  main  du  pontife  ou  du  prophète  thau- 
maturges. L'antinomie  ne  s'accusait  pas  plus  alors  entre 
l'Ésotérisme  et  la  Religion,  que  l'antagonisme  entre  la 
loi  humaine  et  le  droit  divin  :  toutes  ces  choses  n'en 
faisaient  qu'une,  —  la  Vérité,  —  dont  l'arche  était  le 
tabernacle.  L'hiérophante  cumulait  dès  lors  tous  les  droits 
du  prêtre  qui  officie,  du  Docteur  qui  enseigne,  du  juge 
qui  statue  et  du  monarque  spirituel  qui  gouverne  les 
intelligences...  Toute  la  question  est  de  savoir  si  le  Droit 
sacerdotal  s'est  périmé  à  Pavènement  du  Fils  de  l'homme, 
et  si  leglaive  magique  est  fait  pour  le  bras  du  Serviteur 
des  Serviteurs.  Ce  problème,  un  pape  initié  pourrait  le 
résoudre,  avec  l'aide  d'un  Sacré-Collège  qui  prit  sa  part 
delà  responsabilité  qui  découlerait  d'une  solution,  pro- 
mulguée dans  un  sens  ou  dans  l'autre. 

La  solution  positive  ne  semblerait  acceptable  qu'à  la 
condition  qu'on  fit  voir,  à  la  lumière  supérieure  de  l'Éso- 
térisme, (dont  l'Église  transfigurée  se  réserverait  le 
flambeau),  l'accord  non  seulement  possible,  mais  néces- 
saire, entre  la  Science  et  la  Foi.  Leurs  enseignements  de 
la  veille,  trop  analytiques  d'une  part,  et  de  l'autre  enve- 
loppés de  symboles  à  l'usage  des  peuples  adolescents, 
trouveraient  leur  harmonieuse  synthèse  dans  l'initiation 
progressive,  désormais  offerte  aux  hommes  de  race 
adulte.  Tous  seraient  appelés,  et  non  plus,  comme 
aux  siècles  antiques,  quelques-uns.  Ainsi  se  trouverait 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


rétablie,  et  resplendirait  après  une  longue  éclipse, 
l' Unité  Doctrinale,  qui  est  la  sanction  lumineuse  et  le 
sceau  divin  de  la  Vérité.  Alors  seulement  le  pape,  vi- 
vant sommet  de  la  hiérarchie  spirituelle,  exercerait  l'em- 
pire légitime  sur  les  intelligences  :  bien  plus,  la  souve- 
raineté dans  sa  plénitude  impliquant  droit  de  vie  et  de 
mort,  ne  deviendrait-il  pas  juste  que  le  Pontife  se  pût 
servir,  contre  les  irréconciliables  adversaires  de  la  Vérité, 
des  armes  que  la  Vérité  môme  place  entre  ses  mains  ? 

Qu'on  ne  s'y  trompe  point,  du  reste.  Le  Souverain 
Pontife  n'exercerait  un  tel  pouvoir  qu'en  des  conjonc- 
tures exceptionnellement  graves,  dans  l'hypothèse  d'un 
péril  collectif  imminent.  Un  gouvernement  fort  ne  sup- 
pose pas  de  toute  nécessité  une  suite  de  mesures  violen- 
tes, et  les  actes  tyranniques  sont  souvent  les  indices 
d'un  gouvernement  faible.  Nous  ne  concevons  la  théo- 
cratie, (ou,  pour  parler  comme  Saint-Yves,la  Synarchie) 
qu'assurant  aux  individus  la  plus  grande  somme  de  li- 
berté compatible  avec  la  vie  organique  de  l'État  social. 
—  Si  nous  allons  plus  loin  dans  l'ordre  actuel  des  choses, 
(mettons  le  désordre,  pour  peu  qu'il  vous  plaise)  ;  si, 
n'admettant  d'autres  bornes  à  la  licence  individuelle  que 
le  préjudice  directement  causé  à  autrui,  nous  revendi- 
quons la  liberté  absolue,  non  pas  seulement  de  parler 
et  d'écrire,  mais  d'entreprendre,  même  contre  les  pré- 
rogatives de  l'autorité,  c'est  que  celle-ci  nous  apparaît 
dépourvue  de  sanction  légitime;  c'est  que  la  plus  large 
initiative  laissée  aux  individus  est  la  première  condition 
qui  permette  à  quelques-uns  d'entre  eux  l'espoir  de 
substituer  un  jour  l'ordre  absolu  à  l'ordre  relatif;  et  l'au- 


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45-2 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


torité  radicale  et  légitime  à  la  pseudo-autorité  légale  et 
contingente. 

Étant  donnée  la  réalisation  d'un  État  synarchique  fondé 
sur  les  lois  mêmes  de  l'Universelle  Nature,  on  conçoit 
qu'un  Souverain  Pontife  aurait  le  droit  de  brandir  le 
glaive  du  Kéroub  contre  les  ennemis  de  l'Ordre  social... 

Si  jamais  le  siège  apostolique  était  occupé  de  la  sorte, 
nous  ne  doutons  pas  que  les  apôtres  à  redingote  de  qua- 
ker, les  petits  Jésus  du  Messianisme  huguenot,  —  veni- 
meux, au  demeurant,  comme  pas  un  !  —  ne  qualifiassent 
un  tel  pape  d'Antéchrist,  et  n'étiquetassent  ses  œuvres 
de  légitime  défense  :  lâche  assassinat,  opérations  satani- 
ques,  envoûtement... 

Ce  dernier  mot  nous  fait  songer  qu'à  part  l'analyse  et 
le  commentaire  des  sortilèges  décrits  et  symbolisés  tout 
ensemble  par  le  *  Philosophe  inconnu  »,  dans  son  épo- 
pée du  Crocodile,  nous  avons  omis  de  passer  en  revue 
les  multiples  efforts  de  la  Volonté  mauvaise.  Nous  ne  le 
regrettons  pas,  n'ayant  été  précédemment  que  trop  ex- 
plicite à  cet  égard. 

Néanmoins,  entre  les  innombrables  opérations  que  l'on 
peut  cataloguer  sous  celte  rubrique  de  la  Volonté  dans 
le  Mal,  nous  retiendrons  à  l'étude  un  exemple,  —  l'En- 
voûtement, —  dont  il  est  traité  assez  au  long  déjà  dans 
notre  précédente  Septaine. 

L'Envoûtement  constitue  bien  le  maléfice. par  excel- 
lence. 

Multiforme  comme  le  Mal  même,  variable  de  siècle  eu 
siècle  et  de  climats  en  climats,  il  se  retrouve  partout 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


453 


sous  un  mode  ou  sous  l'autre.  Le  Temple  de  Satan  en  a 
fait  connaître  quelques-uns  ;  à  les  énumérer  tous,  il  fau- 
drait une  patience  de  bénédictin  glossateur  et  plusieurs 
rames  de  papier  blanc. 

On  sait  qu'un  savant  physicien  français,  le  colonel 
Albert  de  Rochas,  administrateur  de  l'École  polytechni- 
que, a  scientifiquement  contrôlé  et  reproduit  ce  phéno- 
mène, dont  le  nom  seul  faisait  pouffer  naguère  les  princes 
de  la  Science.  A  cette  heure,  ils  secouent  la  tète  d'un  air 
pensif,  mais  ils  ne  rient  plus,  —  ou  c'est  d'un  rire  qui 
sonne  faux.  Dans  cinquante  ans,  peut-être,  ils  enseigne- 
ront gravement  du  haut  des  chaires  officielles  la  possi- 
bilité de  nuire  à  distance,  par  l'envoûtement.  Rien  ne 
manquera  sur  leurs  lèvres  à  l'exposé  de  la  vieille  tradi- 
tion magique  ressuscitée  par  Rochas,  sauf  le  nom  de  la 
chose,  qu'on  aura  pris  soin  de  changer,  et  le  nom  de 
l'inventeur,  dont  on  escamotera  plus  soigneusement  en- 
core la  mention. 

Nous  comptons  transcrire,  pour  clore  ce  chapitre,  quel- 
ques extraits  d'une  relation  où  M.  de  Rochas  a  consigné 
son  étonnante  découverte  :  c'est  la  démonstration  du 
sortilège  célèbre  par  le  volt  ou  l'image  de  cire,  tel  qu'ail- 
leurs nous  l'avons  détaillé  (1).  Mais  il  nous  parait  cu- 
rieux d'esquisser  auparavant  quelques  variétés  pittores- 
ques et  moins  connues  de  l'Envoûtement. 

On  mène  grand  bruit,  aux  environs  de  Naples,  de  la 
Jettatura,  ou  sort  jeté  par  le  regard  ;  c'est  le  mauvais 


(!)  Le  Serpent  de  la  Genèse,  I.  Le  Temple  de  Satan  (pages  185 
et  suîv.). 


454 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIR  F. 


œil,  également  redouté  en  d'autres  pays.  Cette  pratique 
peut  constituer  l'envoûtement  par  suggestion  :  mais  elle 
ne  sert  d'habitude  qu'à  établir  le  contact,  à  créer  le  rap- 
port, à  tendre  le  lien  fluidique  entre  le  maléficiant  et  le 
maléficié. 

Il  résulte  d'un  rapport  officiel,  rédigé  par  ordre  des  au- 
torités françaises  en  Annam,  qu'un  envoûtement  fort 
étrange  a  fait  nombre  de  victimes  dans  la  province  de 
Quangbinh.  Le  sorcier  qui  en  est  coutumier  annonce  à 
jour  fixe,  plusieurs  mois  d'avance,  la  mort  de  ceux  qu'il 
va  frapper.  Il  se  promène  toujours  armé  d'un  sabre  ou 
d'une  lance  indigène.  Sous  un  prétexte  quelconque,  il 
engage  la  conversation,  en  plein  soleil,  avec  sa  future 
victime,  que,  durant  l'entretien,  il  dévisage  avec  persis- 
tance ;  puis,  dès  qu'elle  tourne  le  dos  pour  s'éloigner,  il 
fiche  vivement  son  arme  en  terre,  sur  l'emplacement 
où  se  découpe  encore  l'ombre  de  son  interlocuteur. 
Quelques  paroles  marmottées  à  voix  basse  accompagnent 
ce  geste  et  en  soulignent  l'intention.  Il  est  remarquable 
que  ce  n'est  point  alors  que  la  victime  se  sent  frappée; 
mais  à  l'heure  précise  où  le  magicien  noir  arrache  du 
sol  le  fer  qui  a  encloué  V ombre  :  un  jour,  —  un  mois,  — 
un  an  s'écoulent...  Puis  la  mort  subite  du  pauvre  diable 
marque  l'instant  où  l'enchanteur  a  repris  son  sabre  ou 
sa  lance  (I). 

L'ombre  physique,  antithèse  négative  du  corps  et  me- 
sure proportionnelle  d'Hereb  par  rapport  à  lui,  a  cons- 

(I)  Extrait  d'un  rapport  de  M.  C.  D...d,  vice-résident  de  France  a 
Donghoï,  à  M.  le  Résident  supérieur  en  Annam  (12  mars  1892, 
pièce  n<>  3);  document  transmis  par  M.  de  l'ouvourville. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTE 


455 


tamment  joué  en  Goëtie  (naturelle  Ou  diabolique)  un  rôle 
trouble  et  néfaste.  C'est  ainsi  qu'au  dire  d'Agrippa,  t  les 
sorciers  observent  que  leur  ombre  couvre  celui  qu'ils 
veulent  ensorceler  ;  c'est  ainsi  que  l'hyène,  par  l'attou- 
chement  de  son  ombre,  fait  taire  les  chiens  (1)  ». 

J.-A.  Vaillant,  quia  si  curieusement  étudié  les  mœurs 
des  Rômes  ou  Bohémiens  de  race  pure,  nous  décrit  un 
rite  d'envoûtement  en  faveur  parmi  ces  tribus  demi-sau- 
vages de  devins-nés,  pour  qui,  au  sentiment  du  popu- 
laire, le  monde  occulte  n'a  plus  de  secrets.  Avant  que  de 
relater  cette  bizarre  cérémonie,  notons  au  passage  une 
superstition  de  plus,  relative  à  l'ombre  corporelle  et  aux 
maléfices  dont  on  accuse  les  bohémiens  à  son  sujet  :  «  Si 
quelque  jeune  garçon  passe  assez  près  d'eux  pour  que 
son  ombre  se  dessine  sur  la  muraille  au  pied  de  laquelle 
ils  sont  assis,  où  toute  une  famille  mange  et  repose  au 
soleil  :  Au  large,  enfant,  lui  crie  son  pédagogue, ces  Stri- 
goï  (vampires)  vont  prendre  votre  ombre,  et  votre  âme 
ira  danser  avec  eux  le  sabbat  toute  V éternité  (2).  »  L'au- 
teur des  Contes  fantastiques  songeait  peut-être  à  cette 
singulière  tradition,  lorsqu'il  écrivit  la  légende  de  l'homme 
qui  a  perdu  son  ombre. 

Voici  maintenant  comme,  au  récit  de  Vaillant,  le  Rôme 
vindicatif  fait  travailler  la  Data  (sorcière),  pour  la  ruine 
de  l'impitoyable  dame  du  château,  qui  a  fait  périr  une 


(1)  Agrippa,  Philosophie  occulte,  édition  française  de  1727  (tome  I, 
page  125). 

(2)  Vaillant,  les  Rômes,  Histoire  des  vrais  bohémiens,  Paris,  1857, 
in-8°  (page  209). 


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4ofi 

< 


LA  CLKF  DK  LA  MAGIE  NOIRE 


jeune  bohémienne  qu'il  adorait.  C'est  la  nuit;  Purvo 
frappe  à  la  chaumière  de  la  vieille. 

Celle-ci  «  était  alors  occupée  à  distribuer  par  tas  de  trois, 
quatre  et  sept,  quarante-deux  grains  de  maïs,  qui  semblaient 
courir  et  sauter,  comme  malgré  elle,  sur  un  crible  renversé. 

—  Que  veux -tu?  demande-t-elle  à  Purvo,  en  le  voyant  entrer. 

—  Je  veux,  lui  répond  Purvo,  que  tu  enfonces  le  couteau  : 
et  si  le  sort  me  seconde,  je  te  donne  mes  gages  decetle  année. 
A  celte  promesse,  la  Data  se  sent  émue,  laisse  là  son  crible 
et  ses  grains,  et  le  regardant  :  —  Tu  le  veux  ;  eh  !  bien,  reste 
là,  je  reviens.  Ce  disant,  elle  éteint  la  chandelle  et  sort.  A 
minuit  précis,  elle  rentre,  tenant  en  main  un  pot  dans  lequel 
elle  a  fait  infuser  trois  simples  dont  elle  ne  dit  pas  le  nom, 
s'approche  du  foyer,  rapproche  trois  tisons,  les  allume,  et 
quand  la  flamme  s'en  échappe,  elle  délie  sa  ceinture,  dénoue 
ses  cheveux,  et,  le  couteau  à  la  main,  elle  appelle  Purvo. 
Purvo  se  lève  et  s'approche.  Alors  elle  enfonce  le  couteau 
dansla  terre  et,  posant  le  pied  dessus  :  —  Souffre-t-elle  assez? 
demande-t-elle  à  Purvo.  —  Non,  répond-il.  —  Et,  appuyant 
le  couteau  :  —  Souiïre-t-elle  assez?  lui  demande-t-elle  encore. 

—  Non  !  répond  encore  Purvo.  —  Et  maintenant?  s*écrie-t-elle 
en  appuyant  plus  fort,  es-tu  content?  —  Non,  daïa,  non  !  — 
Tu  veux  donc  qu'elle  meure  ?  —  Tu  Pas  dit,  elle  et  les  siens, 
et  si  elle  ne  meurt  pas,  je  la  tue.  En  ce  moment,  un  des  tisons 
se  détache,  renverse  le  pot  et  roule  hors  de  l'aire.  —  Malheur  î 
s'écrie  la  data;  cl  à  Purvo  :  —  Va  î  tu  rouleras  comme  ce 
tison  ;  le  feu  de  la  vengeance  s'éteindra  dans  le  sang,  et  le 
sang  de  la  vie  sera  renversé.  Ainsi  dit  le  Sort  (1)  î  » 

Un  mode  d'envoûtement  fort  usité  jadis,  est  le  scopé- 
listne.  Il  consistait  dans  l'acte  de  déposer  une  pierre 
dans  Fenclos  de  son  ennemi  ;  le  maléficiant  prenait  soin 


(1)  les  fiâmes,  etc.  (pages  408-409). 


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FORCE  DE  LA  VOLONTE 


«Ty  joindre  quelques  paroles  enchantées  (I),  afin  de  pré- 
ciser son  intention  et  d'inscrire  en  astral  le  verbe  de  sa 
haine,  tendant  soit  à  la  ruine,  soit  à  la  maladie,  soit  à  la 
mort  de  la  victime  désignée.  Pour  vouer  toute  une  famille 
h  la  ténèbre  occulte,  il  devait  déposer,  ou  mieux  planter 
en  terre  ennemie,  autant  de  moellons  rancuneux  que  la 
famille  comptait  de  membres.  —  Le  scopélisme  ne  se 
pratique  plus  guère  ;  à  peine  quelques  vieux  bergers  ont- 
ils  gardé  souvenance  de  ce  rite  imprécatoire,  dont  bien 
des  érudits  ignorent  jusqu'au  nom.  Et  pourtant  ce  sorti- 
lège parait  l'origine  d'un  dicton  bien  usuel.  Que  de  fois, 
lorsqu'un  causeur  enveloppe  dans  renonciation  d'une 
généralité,  ou  déguise,  sous  une  phrase  polie  et  souvent 
complimenteuse,  quelque  malice,  —  allusion  mordante 
ou  critique  acérée,  —  l'interlocuteur  témoigne  qu'il  n'est 
point  dupe,  en  s'écriant  :  Ah!  ceci  est  une  pierre  dans 
mon  jardin  ! 

Ce  cliché  peut  faire  le  pendant  de  l'adage  que  nous 
avons  signalé  déjà:  Qu'un  tel  se  garde  !  f  ai  une  dent 
contre  lui.  L'une  et  l'autre  locution,  n'en  déplaise  à 
MM.  de  l'Académie,  dérivent  du  grimoire  en  droite  ligne. 

Inutile  de  pousser  plus  loin  la  description  des  procé- 
dés d'envoûtement.  On  les  peut  varier  à  l'infini;  car, 
nous  ne  saurions  trop  le  redire,  les  rites  extérieurs  ne 
valent  que  comme  signes  d'expression  et  d'appui  pour  la 
Volonté  ;  et  toute  vertu  magique  (ainsi  qu'on  en  verra 


(1)  Toujours  la  volonté  exprimée  et  le  siffne  d'appui;  c'est-à-dire  la 
forme  et  la  matière  du  maléfice,  comme  nous  l'avons  expliqué  au  tome 
précédent  (le  Temple  de  Satan,  pages  172-174). 


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4o8  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

encore  une  preuve  tout  à  l'heure)  réside  au  Verbe  du  ma- 
gicien ou  du  sorcier,  c'est-à-dire  en  son  Vouloir,  que  le 
signe  traduit  et  manifeste. 

Les  expériences  de  M.  de  Rochas,  dont  les  conclusions 
paraissent  applicables,  à  titre  indirect,  à  toutes  les  formes 
du  maléfice,  ont  trait  plus  immédiatement  à  certains 
procédés  classiques  d*envoûteinent,que  nous  avons  décrits 
au  tome  premier  de  cet  ouvrage.  Cependant,  nous  avons 
promis  de  consigner  ici  les  détails  de  sa  mémorable  dé- 
couverte, tels  que  lui-même  les  a  rédigés.  Il  est  temps  de 
tenir  notre  parole  et  de  clore,  avec  cette  relation  d'un 
exceptionnel  intérêt,  le  présent  chapitre  iv,  allongé  outre 
mesure  par  des  digressions  d'ailleurs  indispensables  à 
l'intelligence  de  nos  doctrines. 

Nous  empruntons  les  extraits  qui  vont  suivre  à  17m/- 
tiation  (n°  de  novembre  1892). 

EXPÉRIENCES  DE  M.  LE  COLONEL  DE  ROCHAS 

«  La  plupart  des  sujets,  quand  on  hyperesthésie  leurs  yeux 
par  certaines  manœuvres,  voient  s'échapper,  des  animaux, 

des  végétaux,  des  cristaux  et  des  aimants,  —  des  lueurs  

(/est  ce  qu'a  constaté  pour  la  première  fois,  il  y  a  une  cin- 
quantaine d'années,  parde  nombreuses  expériences,  un  savant 
chimiste  autrichien,  le  Baron  de  Reichenbach. 

«  Chez  l'homme,  ces  effluves  sortent  des  yeux,  des  narines, 
des  oreilles  et  de  l'extrémité  des  doigts,  pendant  que  le  reste 
du  corps  est  simplement  recouvert  d'une  couche  analogue  à 
un  duvet  lumineux.  Quand  on  extériorise  la  sensibilité  d'un 
sujet,  le  sujet  voyant  voit  cette  couche  lumineuse  quitter  la 
peau  et  se  porter  précisément  dans  la  couche  d'air,  où  l'on 
peut  constater  directement  la  sensibilité  du  patient  par  des 
attouchements  ou  des  pincements. 

«  tën  continuant  les  manœuvres  propres  à  produire  l'exté- 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


riorisation,  j'ai  reconnu,  à  l'aide  de  divers  procédés,  qu'il  se 
produisait  successivement  une  série  de  couches  sensibles  très 
minces,  concentriques,  séparées  par  des  couches  insensibles, 
et  cela  jusqu'à  plusieurs  mètres  du  sujet.  Ces  couches  sont 
espacées  d'environ  cinq  à  six  centimètres,  et  la  première  n'est 
séparée  de  la  peau  insensible  que  de  la  moitié  de  cette  dis- 
tance  

«  ...  Ce  que  je  considère  comme  nettement  établi,  c'est  que 
les  liquides,  en  général,  non  seulement  arrêtent  VOd  (l),mais 
le  dissolvent  :  c'est-à-dire  qu'en  faisant  traverser,  par  exemple, 
un  verre  rempli  d'eau  par  une  des  couches  sensibles  les  plus 
rapprochées  du  corps,  il  se  produit  une  ombre  odiquc,  les 
couches  suivantes  disparaissant  derrière  le  verre  sur  une  cer- 
taine étendue;  de  plus,  l'eau  du  verre  devient  entièrement 
sensible  et  émet  même  au  boul  d'un  certain  temps  (probable- 
ment quand  elle  est  saturée)  des  vapeurs  sensibles  qui  s'élèvent 
verticalement  de  sa  surface  supérieure.  Enfin,  si  l'on  éloigne 
le  verre,  l'eau  qu'il  contient  reste  sensible  jusqu'à  une  certaine 
distance,  au  delà  de  laquelle  le  lien  qui  l'unit  au  corps  du 
sujet  semble  se  rompre,  après  s'être  graduellement  affaibli. 
Jusqu'à  ce  moment,  le  sujet  perçoit,  sur  la  partie  la  plus  rap- 
prochée de  l'endroit  où  était  l'eau  lorsqu'elle  s'est  chargée  de 
sa  sensibilité,  tous  les  attouchements  que  le  magnétiseur  fait 
subir  à  cette  eau,  bien  que  la  région  de  l'espace  où  l'on  a 
transporté  le  verre  ne  contienne  plus,  en  dehors  de  ce  verre, 
de  parties  sensibles. 

a  L'analogie  que  présente  ce  phénomène,  avec  les  histoires 
des  personnes  qu'on  a  fait  mourir  à  distance,  en  blessant  une 
figure  de  cire  modelée  à  leur  image,  était  évidente.  J'essayai 
si  la  cire  ne  jouirait  pas,  comme  l'eau,  de  la  propriété  d'em- 
magasiner la  sensibilité,  et  je  reconnus  qu'elle  la  possédait  à 


(1)  Aôd,  Od  (Tn),  lumière  astrale  positive  :  c'est  la  force  psychi- 
que de  Crookes.  —  Rochas  a  conservé  ce  nom,  que  M.  de  Reichcnbacli 
avait  attribué  aux  effluencos  lumineuses  dont  il  est  question  plus  haut. 

Vu  la  longueur  de  cette  relation,  nous  supprimons  tout  ce  qui  no 
tend  pas  directement  au  but.  Plusieurs  points,  chaque  fois,  signalent 
la  coupure. 


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■H$0 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRK 


un  haut  degré,  ainsi  que  d'autres  substances  grasses,  vis- 
queuses ou  veloutées,  comme  le  cold-cream  et  le  velours  de 
laine  Une  petite  slatuelte,  confectionnée  avec  de  la  cire  à  mo- 
deler et  sensibilisée  par  un  séjour  de  quelques  instants  en 
face  et  à  une  petite  distance  d'un  sujet,  reproduisit  les  sensa- 
tions des  piqûres  dont  je  la  perçais,  vers  le  haut  du  corps,  si 
je  piquais  la  slatuelte  à  la  tète,  vers  le  bas,  si  je  la  piquais 
aux  pieds...  Cependant  je  parvins  à  localiser  exactement  la 
sensation,  en  implantant,  comme  les  anciens  sorciers,  dans  la 
tétede  ma  figurine,  une  mèche  de  cheveux  coupée  à  la  nuque 
du  sujet  pendant  son  sommeil. C'est  là  l'expérience  dont  noire 
collaborateur  du  Cosmos  a  été  le  témoin  et  même  l'acteur;  il 
avait  emporté  la  slatuelte  ainsi  préparée  derrière  les  casiers 
d'un  bureau,  où  nous  ne  pouvions  pas  la  voir,  ni  le  sujet,  ni 
moi.  Je  réveillai  Madame  L#,\  qui,  sans  quitter  la  place,  se 
mit  à  causer  jusqu'au  moment  où,  se  retournant  brusquement 
et  portant  la  main  derrière  la  tête,  elle  demanda  en  riant  qui 
lui  tirait  les  cheveux  ;  c'était  l'instant  précis  où  M.  X***  avait, 
à  mon  insu,  tiré  les  cheveux  de  la  statuette. 

«  Les  effluves  paraissant  se  réfracter  d'une  façon  analogue 
à  la  lumière,  qui  peut-être  les  entraîne  avec  elle,  je  pensai 
que  si  l'on  projetait,  à  l'aide  d'une  lentille,  sur  une  couche 
visqueuse,  l'image  d'une  personne  suffisamment  extériorisée, 
on  parviendrait  à  localiser  exactement  les  sensations  trans- 
mises de  l'image  à  la  personne.  Une  plaquechargée  de  gélatino- 
bromure  et  un  appareil  photographique  m'ont  permis  de 
réaliser  facilement  l'expérience,  qui  ne  réussit  d'une  façon 
complète  que  lorsque  j'eus  soin  de  charger  la  plaque  de  la 
sensibilité  du  sujet  avant  de  la  placer  dans  l'appareil.  Mais 
en  opérant  ainsi,  j'obtins  un  portrait  tel,  que  si  le  magnétiseur 
touchait  un  point  quelconque  de  la  figure  ou  des  mains,  sur 
la  couche  de  gélatino-bromure,  le  sujet  en  ressentait  l'impres- 
sion au  point  exactement  correspondant  ;  et  cela,  non  seule- 
ment immédiatement  après  l'opération,  mais  encore  trois 
jours  après,  lorsque  le  portrait  eut  été  fixé  et  rapporté  près 
du  sujet.  Celui-ci  parait  n'avoir  rien  senti  pendant  l'opération 
du  fixage,  faite  loin  de  lui,  et  il  sentait  également  fort  peu 
quand  on  touchait,  au  lieu  du  gélatino-bromure,  la  plaqur 


FORCE  DE  IK  VOLONTÉ 


461 


de  verre  qui  lui  servait  de  support.  Voulant  pousser  l'expé- 
rience aussi  loin  que  possible,  et  profitant  de  ce  qu'un  méde- 
cin se  trouvait  présent,  je  piquai  violemment,  sans  prévenir 
*>t  par  deux  fois,  avec  une  épingle,  l'image  de  la  main  droite 
de  Madame  L**\  qui  poussa  un  cri  de  douleur  et  perdit  un 
instant  connaissance.  Quand  elle  revint  à  elle,  nous  remar- 
quâmes sur  le  dos  de  la  main  deux  raies  rouges  sous-cutanées 
qu'elle  n'avait  pas  auparavant,  et  qui  correspondaient  exacte- 
ment aux  deux  écorchures  que  mon  épingle  avait  faites  en 
glissant  sur  la  couche  gélatineuse. 

«  Voilà  les  faits  qui  se  sont  passés  le  2  août,  non  pas  en  pré- 
sence de  membres  de  l'Académie  des  Sciences  et  de  l'Académie 
<le  Médecine,  comme  on  l'a  raconté,  mais  devant  (rois  fonc- 
tionnaires de  l'École  (polytechnique)...  Je  partis  le  soir  même 
pour  Grenoble. 

«  ...  A  mon  retour  de  Grenoble,  j'ai  retrouvé  Madame  L***, 
et  j'ai  pu  recommencer  l'expérience  de  la  photographie,  qui  a 
réussi  sans  tâtonnements  en  suivant  le  mode  d'opération  re- 
connu bon  le  2  août. 

«  L'image  ayant  été  immédiatement  fixée,  je  fis  avec  une 
épingle  une  légère  déchirure  sur  la  couche  de  col  ludion,  à 
l'emplacement  des  mains  croisées  sur  la  poilrine  :  le  sujet 
s'évanouit  en  pleurant,  et,  deux  ou  trois  minutes  après,  le 
stigmate  apparut  et  se  développa  graduellement,  sous  non 
yeux,  sur  le  dos  d'une  de  ses  mains,  à  la  place  exactement 
correspondante  à  la  déchirure. 

«  Le  cliché  n'était,  du  reste,  sensible  qu'à  mes  attouche- 
ments ;  ceux  du  photographe  n'étaient  perçus  que  lorsque 
j'établissais  le  rapport,  en  touchant  sa  personne,  soit  avec  le 
pied,  soit  autrement. 

«  Le  9  octobre,  une  épreuve  sur  papier  ayant  été  tirée,  je 
constatai  que  cette  épreuve  n'avait  qu'une  sensibilité  confuse, 
c'est-à-dire  que  le  sujet  percevait  des  sensations  générales, 
agréables  ou  désagréables,  suivant  la  manière  dont  je  la  lou- 
chais, mais  sans  pouvoir  les  localiser.  Deux  jours  après,  toute 
sensibilité  avait  disparu,  aussi  bien  dans  le  cliché  que  dans 
l'épreuve. 

«  Le  IV  Lnvs  m'a  dit  que,  pendant  mon  absence,  il  avait 


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462  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


essayé  de  reproduire  le  phénomène  dont  on  lui  avait  parlé,  et 
qu'il  avait  pu  obtenir  la  transmission  de  sensibilité  à  35  mè- 
tres, quelques  instants  après  la  pose...  » 

^ 

(Paris,  le  15  octobre  1892). 

Cette  suite  d'expériences,  ordonnées  avec  autant  de 
sagacité  que  de  logique,  révèle  si  clairement  la  nature 
du  sortilège,  que  tout  commentaire  ne  ferait  qu'en  amoin- 
drir la  portée.  Mieux  vaut  laisser  l'éloquence  des  faits 
convaincre  le  Lecteur.  Aussi  nous  bornerons-nous  à 
quelques  brèves  remarques. 

Le  colonel  de  Rochas,  bien  que  familiarisé  avec  ren- 
seignement des  Écoles  mystiques,  et  très  au  courant 
des  traditions  populaires  de  la  Goëtie,  n'admet  toutes  ces 
données  qu'à  titre  de  simples  renseignements  à  vérifier. 
Bref,  il  est  et  veut  demeurer  un  pur  expérimentateur, 
un  simple  physicien.  Les  occultistes  ne  sauraient  trop 
s'en  réjouir,  car  c'est  ce  qui  décuple  auprès  du  public 
profane  l'autorité  de  ses  expériences.  Ainsi  M.  de  Rochas 
est  amené  par  la  force  des  choses  et  par  la  stricte  induc- 
tion scientifique,  au  contrôle  progressif  des  secrètes 
doctrines,  plus  de  cent  fois  séculaires,  de  l'universel  Èso- 
térisme,  toujours  invariable  sous  la  multiplicité  des  my- 
thes et  des  emblèmes. 

Il  vérifiera  de  la  sorte,  une  à  une,  les  notions  tradi- 
tionnelles qui  forment  la  base  de  la  physique  et  de  la 
physiologie  occulte. 

Mais  de  pareilles  expériences  ne  sauraient  être  sans 
danger. 

La  loi  de  répercussion  traumatique,  si  magistralement 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


démontrée  par  Rochas,  lui  réserve  peut-être  de  désagréa- 
bles surprises. 

Tant  que  ses  sujets  en  seront  quittes  pour  une  sensa- 
tion douloureuse,  des  égratignures  sous-cutanées  et  un 
évanouissement  de  quelques  secondes,  l'inconvénient  sera 
minime,  et  de  qualité  négligeable.  Mais  il  est  des  organes 
essentiels  à  la  vie,  auxquels  la  moindre  lésion  serait  fu- 
neste. Le  fait  de  la  stigmatisation  répercussive,  effectuée 
à  distance,  sous  certaines  conditions,  est  désormais  hors 
de  doute;  mais  le  secret  mécanisme  en  demeure  obscur. 
Quel  expérimentateur  oserait  répondre  qu'accidentelle- 
ment, un  jour,  par  suite  de  quelque  réfraction  imprévue 
ou  d'une  interférence  de  plans  dynamiques,  le  cœur  ou 
le  cerveau  du  sujet  ne  deviendront  pas  le  siège  du  phé- 
nomène encore  inexpliqué  ?... 

Il  parait  certain  que  la  plupart  des  cas  d'envoûtement 
criminel,  préparés  d'avance  par  des  menaces,  se  bor- 
naient à  un  système  de  piqûres  ou  de  brûlures  quotidien- 
nes et  superficielles.  Un  état  d'obsession  en  résultait 
pour  le  maléficié  ;  une  angoisse  de  chaque  instant  cen- 
tuplait chez  lui  les  maux  physiques  par  leur  répétition 
auto-suggestive.  Son  esprit  se  frappait;  il  perdait  l'appé- 
tit, le  sommeil...  La  mort  enfin  pouvait  s'ensuivreà  lon- 
gue échéance.  —  Mais  il  appert  de  pièces  authentiques, 
et  plusieurs  dossiers  de  procès  de  sorcellerie  en  font  foi, 
que  souvent  aussi  la  mort  occulte  frappait  la  victime,  à 
distance,  d'une  sorte  instantanée  et  foudrovante.  Lacer- 
titude  d'une  possibilité  semblable  doit  servir  d'avertisse- 
ment à  tous  les  investigateurs,  curieux  de  contrôler  au 


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464  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 

laboratoire  les  expériences  de  M.  de  Rochas.  Tout  Im- 
monde ne  peut  se  flatter  de  joindre, comme  lui,  à  des  con- 
naissances spéciales,  une  habitude  et  une  prudence  indis- 
pensables en  ces  recherches. 

Lui-même  nous  a  fait  part  d'un  accident  regrettable, 
arrivé  à  l'un  de  ses  sujets  ;  accident  qui,  grâce  au  Ciel, 
ne  comportait  pas  de  suites  bien  graves.  Un  soir  que  le 
physicien  avait  terminé  la  suite  de  ses  expériences,  i! 
jeta  par  la  fenêtre  le  contenu  d'un  verre  qui  avait  servi 
à  Tune  d'elles  :  c'était  de  l'eau,  chargée  de  la  sensibi- 
lité d'un  sujet.  On  était  alors  en  plein  hiver,  et  l'eau 
vivante  se  congela  dans  l'instant  qu'elle  fut  répandue. 
Rochas  referma  sa  fenêtre  et  n'y  songea  plus.  Aussi  ne 
fut-il  pas  médiocrement  stupéfait  d'apprendre,  le  lende- 
main, que  son  sujet  de  la  veille  avait  passé  une  nuit 
affreuse.  Transi  jusqu'aux  moelles,  rien  n'avait  pu  \e 
réchauffer  dans  son  lit,  où  il  s'était  tordu,  en  proie  à  de 
douloureuses  tranchées.  Par  bonheur,  l'indisposition  fut 
passagère,  et  l'accident  n'eut  pas  de  conséquences  plu? 
fâcheuses. 

Peut-être  l'expérience  des  plaques  sensibilisées  serait- 
elle  sujette  à  réserver  de  pires  surprises,  à  l'essai  de 
procédés  où  Ton  fait  usage  de  substances  extrême- 
ment vénéneuses.  Nul  doute  que  la  loi  de  réversibilité 
magique  ne  s'exerçât  identiquement,  de  l'objet  sensibi- 
lisé h  l'orgmisme  humain,  —  soit  que  le  fluide  vital  fût 
répandu  sur  une  plaque,  ou  qu'il  saturât  l'eau  d'une 
éprouvette.  On  fera  bien  d'y  prendre  garde. 

C'est  ce  même  principe  de  la  réversibilité  qui,  d'un 
être  vivant  à  l'autre,  préside  au  transfert  d'un  état  neu- 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


465 


rologique,  —  phénomène  étrange  et  positif,  dont  le  méde- 
cin en  chef  de  la  Charité,  M.  le  DrLuys,  fait  à  la  théra- 
peutique une  application  quotidienne.  Il  a  des  sujets 
sensibles,  auxquels  il  communique  en  apparence  la  mala- 
die des  valétudinaires  en  traitement.  Pour  effectuer  ce 
transfert,  il  fait  usage  d'aimants,  de  couronnes  magnéti- 
ques d'une  certaine  puissance.  Tous  les  symptômes  patho- 
logiques du  malade  se  manifestent  chez  le  sujet  influencé, 
et  c'est  sur  ce  dernier  que  le  Dr  Luys  opère,  au  lieu 
d'agir  sur  le  malade  :  ce  qui  fait  songer  au  grand  Para- 
celse,  réalisant  des  cures  merveilleuses,  non  point,  il  est 
vrai,  sur  une  tierce  personne,  mais  sur  une  statuette  de 
bois  ou  de  cire,  en  rapport  sympathique  avec  son  client 
malade  ou  blessé(l).  Contre-envoûtement,  sortilège  pour 
le  bien,  et  Ton  serait  tenté  d'écrire  «  bénéfice  »,  n'était  le 
mot  consacré  dans  un  autre  sens. 

Pour  en  revenir  à  l'envoûtement  par  l'image  photo- 
graphique, observons  qu'il  ne  serait  pas  impossible  d'ob- 
tenir, au  moyen  d'un  cliché  dont  on  redressât  l'image, 
un  véritable  spectre  de  pénombre,  un  pseudo-corps  astral 
de  la  personne  absente,  et  d'agir  directement  sur  ce  fan- 
tôme comme  sur  un  volt. 


(i)  Souvent,  lorsque  le  ma!  était  bien  localisé,  et  ne  ressortissait 
pas  à  un  état  pathologique  général,  Paracelse  moulait  en  cire  ou 
sculptait  en  bois  la  représentation  exacte  du  membre  malade,  qu'il 
traitait  par  les  caustiques,  ou  par  la  poudre  de  sympathie,  selon  les 
cas,  après  avoir  établi  le  rapport  entre  l'organe  malade  et  son 
image.  —  Cette  méthode  curative  était  décriée  comme  absurde,  et  les 
confrères  du  grand  Auréole  s'en  égayaient  fort.  Celui-ci  n'en  conti- 
nuait pas  moins,  avec  sérénité,  à  guérir  tel  genou  malade  en  appliquant 
•  des  cautères  sur  une  jambe  de  bois  ».  De  là  le  proverbe,  apparem- 
ment. 

30 


46(3 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  K01KK 


Les  Lecteurs  du  Temple  de  Satan  se  rappellent  sans 
doute  que  les  anciens  sorciers  faisaient  entrer  dans  la  com- 
position du  volt  des  débris  d'ongles,  une  dent,  des  che- 
veux, —  en  un  mot,  quelque  détritus  provenant  du  des- 
tinataire du  sortilège,  —  et  qu'ils  habillaient,  si  possible, 
la  figurine  avec  des  étoffes  qu'il  eût  beaucoup  portées. 
Cela  était  en  vue  d'établir  le  rapport,  à  défaut  de  quoi 
toutes  les  cérémonies  sont  en  pure  perte.  Il  est  présuma- 
ble  que  ces  brigands  soulignaient  de  paroles  ambiguës, 
ou  qu'ils  aggravaient  par  une  attitude  menaçante,  l'acte 
ostensible  de  soustraire  à  leur  future  victime  quelque 
objet  usager,  pour  la  composition  ou  le  costume  de  la 
«  manie  ».  La  terreur,  comme  nous  l'exposerons  au 
prochain  chapitre,  a  pour  conséquence  une  immédiate 
déperdition  de  fluide  vital,  effluve  que  peut-être  avaient- 
ils  l'artde  concentrer  sur  l'objet  de  leur  larcin  manifeste. 

Ce  qui  rendait  dangereuse  au  sorcier  même  la  prati- 
que de  l'envoûtement,  —  et  en  raison  directe  de  sa  pos- 
sible efficacité,  —  c'était  la  passion  féroce  qu'il  dévelop- 
pait en  lui  jusqu'au  délire,  dans  le  rite  de  l'exécration . 
Lui-même,  à  son  insu,  saturait  le  volt  de  sa  propre  vie 
extériorisée  ;  et,  pour  peu  que  le  destinataire  de  ses  haines 
ne  se  trouvât  pas  en  phase  de  passivité  réceptive,  c'était 
alors  Texécrateur  qui  devenait  victime  de  son  malengin. 
La  loi  du  choc  en  retour  le  surprenait  désarmé,  dans  la 
période  de  dépression  et  de  lassitude,  consécutive  à  celle 
de  fièvre  et  d'exacerbation  physiologique. 

Pareil  effet  répercussif  était  surtout  à  craindre,  dans 
les  cas  de  vénéfice,  ou  d'envoûtement  par  les  fluides 
empoisonnés.  Les  anciens  bergers,  à  qui  ces  pratiques 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


semblent  avoir  été  familières,  jetaient  la  contagion  ma- 
gique sur  tout  un  pays,  ou  seulement  sur  une  famille, 
ou  sur  les  bestiaux  d'une  seule  étable.  Nous  avons  résu- 
mé au  tome  précédent  la  curieuse  affaire  des  Sorciers  de 
la  Brie  (1),  à  la  fin  du  xvir  siècle,  et  nous  prions 
le  Lecteur  d'y  reporter  les  yeux.  La  charge  d'empoison- 
nement magique  (ou  «  gogue  »,  ou  o  gobbe  (2)  »)  usitée 
par  ces  bandits,  avait  nom  le  Beau-Ciel-Dieu;  ils  l'appe- 
laient encore  le  magistère  des  neuf  conjuremenls.  Nous 
n'insisterons  pas  sur  sa  composition,  qui,  selon  toute 
vraisemblance,  ne  se  bornait  point  au  mélange  des  in- 
grédients bizarres  dont  ils  ont  livré  le  détail  à  leur  pro- 
cès (3).  Ce  qui  est  hors  de  doute,  c'est  l'effroyable 
efficacité  de  ces  malengins  ;  les  pièces  authentiques  de 
l'enquête  ne  laissent  place  pour  aucune  incertitude  à  cet 
égard.  Les  gogues,  enterrées  dans  le  voisinage  desétables 
proscrites,  ne  dégageaient  leurs  effluves  mortifères  qu'à 
la  condition  d'être  arrosées  de  temps  en  temps  de  vinai- 
gre: les  laissait -on  se  dessécher,  le  mal  cessait  de  sévir; 
dès  qu'on  y  versait  à  nouveau  le  liquide  voulu  (4),  la  con- 
tagion reprenait  de  plus  belle. 

(1)  Le  Serpent  de  la  Genèse,  I.  Le  Temple  de  Satan,  pages  176- 
181  et  suiv. 

(2)  Cf.  Thiers,  curé  de  Vibraie,  Traité  des  superstitions  qui  regar- 
dent les  sacrements,  Paris,  1741,  4  vol.  in- 12  (tome  I,  page  132). 

(3)  Le  Serpent  de  la  Genèse,  I,  Le  Temple  de  Satan,  pages  180-181 . 

(4)  Peut-être  les  sorciers  ont-ils  parlé  de  vinaigre  pour  donner  le 
change  à  leurs  juges  :  nous  avons  tout  lieu  de  croire  que  le  liquide 
dont  on  humectait  les  gogues  renfermait  du  purin  ou  du  lait  des  bes- 
tiaux voués  à  mourir... 

Cette  hypothèse  nous  remet  en  mémoire  une  pratique  abominable, 
relatée  par  L.-A  Cahagnet.  dans  sa  Magie  magnétique.  lien  tient  l'indi- 
cation d'un  maitre-ouvrier  chez  qui  il  a  exercé  quelque  temps  son  état 


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4()S  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


L'aventure  sinistre  de  Bras-de-fer,  que  nous  avons 
produite  et  dont  on  aurait  mauvaise  grâce  à  suspecter 
l'authenticité  Jémoigncdes  foudroyantes  atteintes  du  choc 
en  retour.  A  la  moindre  étourderie,  cette  mort  affreuse 
menace  le  magicien  noir,  dans  la  pratique  de  l'envoûte- 
ment en  général,  du  vénétiee  en  particulier. 

C'est  pour  conjurer  ce  péril,  que  les  fauteurs  de  sorti- 
lège ont  imaginé  l'envoûtement  réversible  sur  un  tiers,  à 
titre  conditionnel.  Tel  est  le  tnalé/ke  de  dJvialhn.  Le 
ricochet  de  l'influx  mortel,  qu'un  obstacle  a  brusquement 
détourné  du  but,  peut  alors  rebondir  sur  une  victime 
subsidiairement  désignée  d'avance,  et  qui  sera  tantôt 
un  homme,  tantôt  un  animal  (I). 


do  tourneur.  Nous  allons  transcrire,  dans  son  réalisme  naïf,  le  récit 
du  patron  do  Cahagnet  :  «  Encore  très  jeune,  lorsque  je  faisais  mon 
tour  do  France,  je  trouvai  de  l'ouvrage  dans  une  boutique  dont  la 
maîtresse  devint  amoureuse  de  moi.  Je  ne  tardai  pas,  vu  mon  «âge  et 
mon  peu  d'eip irience,  à  obtenir  délie  ce  qu'elle  m'offrait  volontiers; 
mais  comme  elle  était  vieille  et  qu'elle  avait  une  lillc  de  mon  âge  en- 
viron, je  me  sentais  plus  amoureux  de  la  fille  que  de  la  mère,  aussi  le 
lui  laissais-je  apercevoir;  je  fis  même  une  condition  de  notre  liaison, 
de  les  connaître  toutes  les  deux.  La  mère  me  promit  tout;  mais  elle 
voulait  m'  ;pouser  elle -m 'me  avant  de  m  accorder  sa  fille.  Je  trouvai  la 
proposition  d'autant  plus  étonnante,  que  le  mari  de  cette  femme  exis- 
tait et  dirigeait  notre  atelier.  Je  lui  en  fis  l'observation.  Kilo  me  dit  : 
.<  Tu  vois  quelle  mine  il  a,  il  va  descendre  la  garde  au  premier  jour, 
e  travaille  à  nous  en  débarrasser.  Il  était  un  dur  à  cuire;  voilà  plus 
de  quinze  mois  que  je  fais  cetle  besogne;  mais  avant  trois  mois.il  sera 
parti!  —  Eh!  quelle  besogne  fais-tu  donc,  lui  demandai  je  ?  —  Pardié, 
me  répondit-elle,  tous  les  matins  il  va  faire  sou  cas  sur  le  fumier  : 
et  moi,  j'y  vais  jeter  une  pincée  de...  Tu  vois,  reprit  la  femme,  quelle 
courante  il  a,...  il  n'y  a  plus  qu'espoir.  »  (Magie  magnétique,  Paris. 
1858,  in  18,  pages  441-442.) 

(1)  N.  S.  Jésus-Christ,  délivrant  une  possédée,  envoie  les  démons 
dans  les  corps  d'une  troupe  de  pourceaux.  Cette  allégorie  évangélique 
a  certainement  trait  à  la  loi  occulte  de  substitution. 


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FORCE  DE  LA  VOLONTÉ  469 

.Quiconque  ne  craint  pas  les  envoûteurs  se  trouve  par 
le  fait  même  à  l'abri  de  leurs  atteintes.  Cette  règle  géné- 
rale comporte,  à  notre  connaissance,  une  exception,  — 
presque  négligeable,  en  raison  de  sa  rareté.  L'une  et 
l'autre  reposent  d'ailleurs  sur  des  données  qu'il  vaut 
mieux  taire. 

Quant  à  ceux  qui  ont  peur  des  sortilèges  el  qui  se  sa- 
vent des  ennemis  capables  de  recourir  à  ces  criminelles 
pratiques,  l'emploi  des  talismans,  des  pentacles  leur  sera 
utilement  conseillé,  ainsi  que  l'exact  accomplissement  de 
leurs  devoirs  religieux.  Les  personnes  pieuses  s'en  tien- 
dront même  avec  raison  à  ce  dernier  moyen  de  défense, 
qui  est  peut-être  le  meilleur,  car  il  renferme  aussi  les 
autres.  L'usage  des  sacrements  et  des  sacramentaux  ne 
fera-t-il  point  participer  ces  fidèles  à  la  chaine  sympathi- 
que de  leur  communion  religieuse,  tandis  que  chapelets, 
Agnus  dei,  médailles  miraculeuses,  etc.,  leur  devien- 
dront d'efficaces  amulettes?  Un  dernier  conseil,  d'une 
capitale  importance,  aux  timides  et  aux  passifs  :  qu'ils  se 
gardent,  sur  toute  chose,  d'aliéner  leur  ascendant,  par 
leur  complaisance  à  servir  de  sujets  au  premier  venu, 
qui  se  montrerait  désireux  de  reproduire  à  tâtons  quel- 
que expérience  de  magnétisme  ou  d'hypnose  !  Le  consen- 
tement, en  pareil  cas,  peut  équivaloir  à  une  abdication 
positive  de  la  volonté,  et  même  à  quelque  chose  de  pis. 
Un  pacte  tacite  peut  être  conclu  de  la  sorte.  Avec  qui  ? 
Avec  l'Inconnu... 

Les  faits  aussi  paradoxaux  qu'incontestables,  de  l'ordre 
de  ceux  que  Rochas  a  contrôlés  et  décrits,  sont  infini- 
ment plus  complexes  qu'on  ne  le  croit  ;  ils  restent  mys- 


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470  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


térieux  dans  leurs  causes  et  dans  leur  mécanisme  secret. 

Peut-être  un  lecteur  superficiel  de  la  relation  rédigée 
parce  savant,  en  conclurait-il  que  l'envoûtement  consiste 
en  un  phénomène  fort  analogue  à  ceux  qui  relèvent  de 
l'électricité  dynamique,  ou  des  autres  forces  occultes  de  la 
Nature.  Un  tout  petit  détail  lui  prouverait  sa  bévue,  pour 
peu  qu'il  y  réfléchit  un  moment. 

«  Le  cliché,  dit  Rochas,  n'était  sensible  qu'à  mes  at- 
touchements; ceux  du  photographe  n'étaient  perçus  que 
lorsque  j'établissais  le  rapport,  en  touchant  sa  personne, 
soit  avec  le  pied,  soit  autrement.  »  —  Ainsi,  lors  des 
expériences  de  Rochas,  la  sensibilité  du  sujet,  insépara- 
ble de  la  force  occulte  qui  lui  sert  desubstratum,  imbi- 
bait  en  réalité  la  pellicule  gélatineuse  où  l'image  était 
empreinte  :  et  néanmoins,  —  qu'on  nous  passe  l'expres- 
sion, —  cette  sensibilité  n'était  sensible  et  vulnérable  que 
pour  le  magnétiseur,  ou  pour  ceux  auxquels  un  acte  de 
sa  volonté,  traduite  par  un  signe  (le  contact),  concédait 
le  privilège  d'influer  sur  la  couche  sensible  ! 

Soutiendra-t-on  que  (le  courant  n'étant  transmis,  du 
sujet  à  l'objet,  et  vice-versâ,  que  par  l'intermédiaire  du 
magnétiseur  seul),  le  cliché  perde  toute  sensibilité  dès  la 
cessation  du  contact,  direct  ou  non? —  L'hypothèse  n'est 
point  recevable,  puisque  mainte  expérience  a  prouvé  qu'il 
s'agit  bien  d'une  saturation  de  fluide  statique,  perma-  i 
nente  plusieurs  jours  durant. 

Supposera-t-on  que,  —  lors  d'un  accident  relaté  plus 
haut,  quand  le  malheureux  sujet  grelotta  la  fièvre  toute 
une  nuit,  —  M.  de  Rochas  ait  sournoisement  passé  cette 
nuit  entière  à  la  belle  étoile,  par  on  ne  sait  combien  de 


FORCE  DE  LA  VOLONTÉ 


471 


degrés  de  froid,  pour  ne  pas  rompre  le  rapport  fluidique 
avec  l'eau  répandue  sur  le  sol  glacé  ? 

Non  !  Cet  ordre  de  phénomènes  composites,  où  les 
forces  de  la  Nature  et  de  la  Vie  ne  se  manifestent  que 
maîtrisées,  maniées,  ou  tout  au  moins  évertuées  par  le 
vouloir  humain,  relèvent  de  la  Magie  proprement  dite, 
non  point  seulement  de  la  physique  secrète. 

Paracelse  invoquerait  ici  les  spécialités  de  son  merveil- 
leux Aimant,  le  Magnes  intérieur  et  occulte,  qui  n'est  au- 
tre que  le  Verbe  adamique. 

«  La  Naturecst  en  somnambulisme  »,  pour  emprunter 
à  Saint-Martin  son  étonnante  métaphore,  qui  peut-être 
n'en  est  pas  une.  Elle  dort,  et  c'est  à  la  Volonté  de  l'homme, 
cette  divine  Essence  (c'est-à-dire  à  l'homme  même),  qu'est 
dévolue  la  mission  de  l'éveiller. 

L'homme  «  rendra  le  verbe  »  à  la  Nature  muette,  — 
à  la  Belle-en-l'Univers-Dormant,  —  entraînée  jadis  avec 
lui  dans  le  gouffre  de  déchéance.  Tel  se  formule  le 
Ministère  de  V Homme-Esprit. 

Que  la  volonté  soit  créatrice  et  la  spiritualité  malheu- 
reusement active  dans  le  mal  comme  dans  le  bien,  c'est 
une  conséquence  inévitable  du  libre-arbitre.  La  décou- 
verte de  Rochas  (révélatrice  de  criminelles  manœuvres, 
longtemps  reléguées  par  la  Science  dans  le  domaine  de 
l'absurde)  n'en  porte  pas  moins  témoignage,  par  les 
réflexions  qu'elle  suggère,  de  la  royauté  mystique  du 
Vouloir  humain 

L'époque  actuelle,  —  où  émergent  au  grand  jour  de 


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472 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRK 


la  publicité  ces  notions  mixtes  d'une  Science  qui  subju- 
gue les  Forces  naturelles  au  service  du  Vouloir,  —  mar- 
que l'ouverture  d'un  nouveau  cycle  : 

Magnus  ab  integro  sxclorum  nascitur  ordo  ! 

Le  point  tournant  est  doublé  ;  la  nuit  de  la  matière  tire 
à  sa  fin  :  une  pâle  blancheur  dénonce,  à  l'horizon  orien- 
tal, l'aube  future  de  réhabilitation  et  de  délivrance. 

L'Adam  kabbalistique  apparaît,  dans  l'exil  de  Malkouth, 
un  céleste  monarque  détrôné,  à  qui  la  souveraineté  d*en- 
bas  fut  offerte  en  dérisoire  compensation.  Mais  le  vérita- 
ble empire  de  l'Homme,  plus  tard  lui  sera  rendu... 
Déjà  certains  indices  font  pressentir,  selon  la  parole  de 
l'Écriture,  que  son  royaume  nest  pas  de  ce  monde.  Déjà 
Tàpre  diadème  d'acier  qui  déchirait  son  front  s'éclaire 
par  intermittences depiphaniques  reflets.  Un  jour  vien- 
dra, de  gloire  et  d'apothéose,  où  sur  sa  tête  la  couronne 
terrestre  étincellera,  transmuée  dans  un  nimbe  en  fleu- 
rons d'or  fluide  et  mélodieux. 

Ce  sera  le  Symbole  de  la  Volonté  triomphante  ;  et  le 
Monarque,  remis  en  jouissance  de  son  légitime  héritage, 
assumera,  dans  sa  transfiguration,  l'universelle  Nature 
régénérée. 


support, 
.euillet. 
ête  en  bas, 


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f 


s 

(Section  12). 

Le  Pendu  (douze)  =  Sacrifice  volontaire  = 
Interférences  de  plans.  (L'Esclavage  Magique). 

Chapitre  V 

L'ESCLAVAGE  MAGIQUE 


olrnons  un  feuillet  du  Livre  des  Arcanes. 

(l'est  une  déconcertante  et  bizarre  énigme 
iiue   nous  propose  sa  douzième  clef.  La 


légende,  au  bas  de  l'emblème,  naïve  et  brutale,  ne  nous 
apprendra  rien:  LE  PENDV. 
Mais  quel  étrange  pendu  ! 

Sur  un  tertre  s'élève  le  gibet  improvisé,  en  forme  de 
Thau  hébraïque.  Il  se  réduit  à  une  traverse  horizontale, 
que  maintiennent  a  hauteur  voulue  deux  supports  verti- 
caux, fichés  en  terre.  Ce  sont  de  jeunes  troncs  d'arbre, 
encore  munis  de  leur  écorce  et  grossièrement  ébranchés  : 
six  rameaux,  abattus  d'un  coup  de  hache  à  leur  naissance, 
forment  autant  de  nœuds  artificiels  sur  chaque  support. 
En  tout,  cela  fait  douze  nœuds,  le  nombre  du  feuillet. 

A  la  poutre  transversale,  un  homme,  la  tête  en  bas, 


LIA 


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'f"(> 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIIU. 


est  suspendu  par  le  pied  droit.  La  jambe  gauche  repliée 
forme  la  croix  avec  l'autre  jambe.  Deux  sacs  d'argent 
pendent  de  chaque  côté,  sous  l'aisselle  ;  il  s  en  échappe 
des  écus.  Les  bras  du  patient  semblent  liés  derrière  son 
dos,  en  sorte  que  les  coudes  dessinent,  avec  le  chef  ren- 
versé, un  triangle  la  pointe  en  bas,  triangle  que  la  croix 
des  jambes  surmonte...  Au  premier  coup  d'œil,  s'impose 
l'hiéroglyphe  bien  connu  des  alchimistes  y  (i).  Il  s'enca- 
dre ainsi  dans  le  carré  que  forme  le  gibet  avec  la  ligne 
du  sol  : 


La  douzième  clef  du  Tarot  nous  initie  aux  gloires  et 
aux  misères  de  l'Esclavage  magique. 

C'est  qu'il  y  a,  en  magie,  deux  sortes  d'esclavages,  le 
bon  et  le  mauvais,  celui  de  l'Esprit  et  celui  de  la  Matière  : 
—  l'esclavage  du  devoir,  de  l'altruisme  et  du  dévouement  ; 
l'esclavage  des  passions,  de  l'égoïsme  et  de  la  routine. 

L'adepte  de  la  haute  science  est  ce  supplicié  symbolique. 
Retenu  entre  ciel  et  terre  par  les  exigences  de  la  mission 
qu'il  s'est  choisie,  il  reste  exilé  du  Ciel  à  cause  du  corps 
périssable  qui  le  soumet  k  l'attraction  physique  ;  et  ses 
pieds  ne  fouleront  plus  les  avenues  de  l'Illusion  terres- 
tre, dont  les  doux  mirages  lui  sont  interdits  désormais: 


(i)  Nous  pourrions,  à  ce  propos,  dire  quelque  chose  du  Grand- 
OKuvre  ;  mais  le  chapitre  vu  du  présent  tome.  Magie  des  transmuta- 
tions, nous  a  paru  niîfiux  qualifié  pour  des  notes  de  ce  genre.  La  Clef 
de  la  Migie  noire  se  fermera  sur  quelques  données  très  précises  d'Al- 
chimie proprement  dite. 


l'esclavage  magique  477 

car  la  discipline  qu'il  pratique  a  dessillé  ses  yeux.  Il  ne 
peut  plus  de  bonne  foi  s'enivrer  aux  caresses  de  la  char- 
meuse Maïa,  si  éblouissante  dans  l'éclat  de  sa  parure  men- 
songère, et  si  désirable  aux  hommes  dans  l'imposture  de 
sa  souriante  beauté  ! 

C'est  l'adepte  parfait  que  nous  peignons  là,  l'être  sur- 
humain qui,  parvenu  au  sommet  du  triangle  de  sapience, 
n'a  plus  rien  à  recevoir  de  la  terre,  mais  peut  avoir  en- 
core beaucoup  à  lui  donner  :  ce  (pie  figurent  les  pièces 
d'argent,  tombant  en  pluie  sur  le  sol.  Ses  bras,  liés  pour 
le  mal,  sont  encore  libres  pour  la  bienfaisance  et  l'amour. 

Si  rare  est  le  mage  véritable,  surtout  à  notre  époque 
d'initiés  spéculatifs  ou  incomplets  et  de  médiums  dou- 
teux, que  cette  interprétation  marque  plutôt  un  idéal  à 
poursuivre,  qu'une  réalité  fréquente  à  inscrire  au  livre 
d'or  des  fils  de  la  Science  et  de  la  Volonté. 

L'esclave  de  la  matière  pullule,  en  revanche. 

Pour  ce  qui  le  touche,  les  détails  du  pentacle  XII  se 
commentent  d'eux-mêmes.  Si  nos  Lecteurs  sont  curieux 
néanmoins  d'un  déchiffrement  analytique,  nous  laisse- 
rons cette  fois  leur  ingéniosité  satisfaire  à  cet  exercice, 
en  appliquant  la  loi  bien  connue  de  l'analogie  des  con- 
traires. Et  puis,  le  chapitre  entier  va  paraphraser  copieu- 
sement l'interprétation  désastreuse,  bien  plutôt  que  le 
sens  faste  et  glorieux  de  l'emblème. 

Deux  remarques  semblent  pourtant  essentielles  à  met- 
tre en  valeur. 

On  sait  que  le  Thau  n,  dernière  lettre  de  l'alphabet 
sacré,  signale  toute  période  consommée,  toute  opération 


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478  LA  CLKF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


accomplie,  et  aussi  chaque  tour  successivement  révolu 
dun'e  spirale  sans  fin.  Le  Thau  s'inscrit  ici  dans  la  forme 
de  la  potence  qui  signifie  la  mort  et  la  régénération  mys- 
tiques ;  il  marque  la  clôture  du  cycle  duodénaire,  pre- 
mier que  de  reparaître  pour  symboliser,  dix  lames  plus 
loin,  la  révolution  intégrale  des  XX.II  hiéroglyphes  cla- 
viculaires  du  Tarot.  Notez  que  cette  figure  du  Thau  se 
retrouve,  invariablement,  au  chiffre  de  clôture  de  tous  les 
cycles  mineurs  :  elle  s  esquisse  dans  la  forme  du  chariot, 
à  l'arcane  septénaire  ;  dans  le  support  de  la  Roue  de  For- 
tune,  à  l'arcane  dénaire.  Cela  est  caractéristique. 

Notez  enfin  qu'à  l'examen  de  la  carte  qui  nous  occupe, 
si  nous  complétons  le  carré,  en  supposant  droite  (et  non 
sinueuse)  la  ligne  du  sol  qui  ferme  le  thau  par  la  base, 
nous  obtiendrons  le  symbole  des  quatre  éléments,  enca- 
drant la  figure  humaine,  circonscrite  dans  la  geôle  de 
l'existence  élémentaire. 

Sans  revenir  sur  ce  que  nous  avons  notifié  au  seuil  du 
Mystère  (I),  il  semble  à  propos  de  souligner,  en  consé- 
quence, que  l'arcane  XII  concerne  exclusivement  l'homme 
descendu  dans  la  déchéance  de  la  chair. 

En  effet,  lorsqu'on  songe  aux  destinées  de  l'homme 
universel  avant  sa  chute,  ou  même  au  sort  de  l'homme 
individuel  dans  les  libres  espaces  de  la  vie  éthérée,  l'in- 
carnation terrestre  apparaît  la  mise  en  captivité  préludant 
au  plus  dur  esclavage. 

Du  haut  du  Ciel  profond,  vers  le  monde  agité 
S'abaissent  les  regards  des  âmes  éternelles  : 

(l  \  Pages  137  et  suiv.  de  In  3#  édition. 


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L  ESCLAVAGE  MAGIQUE 


47!) 


Elles  sentent  monter  de  la  terre  vers  elles 
L'ivresse  de  la  vie  et  de  la  volupté  ; 

Les  effluves  d'en  bas  leur  dessèchent  les  ailes, 

Et,  tombant  de  l'éther  et  du  cercle  lacté, 

Elles  boivent,  avec  l'oubli  du  Ciel  quitté, 

Le  poison  du  désir,  dans  des  coupes  mortelles  (I).  .  » 

La  flamme  vivante,  descendue  en  voltigeant  vers  un 
mirage  embaumé  de  fleurs  merveilleuses,  a  roulé,  brus- 
quement captive,  dans  la  boue  :  sa  lumière  parait  s'y 
éteindre  et  sa  conscience  s'y  noyer  :  c'est  un  engloutis- 
sement morne.  Les  fleurs  séductrices  masquaient  la  glu 
fangeuse....  Et  voici  !  Un  ange  est  mort  au  Ciel,  un  en- 
fant naîtra  sur  la  terre. 

Étrange  mystère,  en  vérité,  que  celui  qui  préside  à  la 
descente  des  âmes  au  cloaque  de  l'existence  matérielle, 
où  elles  doivent  subir  l'infamante  incarnation.  Étrange 
mystère,  —  et  lugubre.  L'Amour  en  tient  les  clefs  (2). 

A  n'envisager  l'Amour  qu'au  point  de  vue  du  Désir 
qui  le  manifeste,  est-il  rien  de  plus  insondable  quel'essence 
de  cet  obscur  attract,  dont  le  magnétisme  se  fait  égale- 
ment sentir  sur  les  deux  rives  de  la  Vie?  C'est  la  force 
d'Iônah,  terrible  et  douce  ;  elle  gouverne  le  flux  torren- 
tiel des  générations... 


(1)  Louis  Ménard,  Rêveries  d'un  païen  mystique,  Paris,  Lemerre, 
1890.  3-  édition,  page  30. 

Qui  donc  a  dit  que  le  verbe  poétique  répugnait  à  renonciation  de 
l'austère  Doctrine  ?  Il  parait  impossible  d'en  mieux  formuler  l'enseigne- 
ment sur  ce  point,  en  moins  de  mots,  et  plus  sobrement  expressifs. 

(2)  Cf.  Au  Seuil  du  Mystère,  pages  143-144. 


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480  LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Vlônah  de  Moïse  équivaut  à  VAphroditè  d'Homère,  à 
Val  ma  Venus  (1)  de  Lucrèce. 

Évocatrice  des  âmes  sur  le  rivage  de  l'illusion  physi- 
que, la  Charmeuse  couvre  d'une  parure  mensongère  les 
tristes  réalités  de  la  chair  et  du  sang.  Sur  tous  les  plans 
de  l'existence,  son  rôle  est  de  séduire. 

Sa  fantasmagorie  fait  scintiller  l'illusion  d'un  paradis 
au  fond  du  gouffre  de  l'enfer  physique,  et  les  âmes  se 
laissent  prendre  à  son  piège  d'incarnation,  comme,  une 
fois  incarnées,  elles  se  laisseront  prendre  à  son  piège  d'u- 
nion sexuelle.  Vénus  a  besoin  d'exercer  parallèlement 
cette  double  et  complémentaire  fonction  séductrice,  afin 
de  garantir,  par  les  flots  successifs  de  la  génération,  la 
perpétuité  du  transitoire  objectif.  Que  la  déesse  veuille 
capter  les  âmes  ou  accoupler  les  corps,  ses  moyens  ne 
varient  guère  :  le  Désir  est  sa  voix  solliciteuse,  et  son 
divin  piège,  c'est  la  Volupté. 

Car  il  faut  bien  formuler  enfin  ce  que  notre  Public  a 
déjà  pressenti,  peut-être;  c'est  qu'à  l'appel  de  Vénus,  un 
trouble  sensuel  très  intense,  une  irrésistible  soif  de  jouir 
envahit  les  âmes  au  déclin  de  leur  vie  arômale.  Exceptons 
celles  de  qui  la  nature,  entièrement  spiritualisée,  n'offre 
plus  de  prise  au  flux  rétrograde  des  générations.  Toutes 
les  autres,  quand  l'heure  a  sonné  d'une  nouvelle  épreuve, 
se  laissent  charrier  au  torrent  :  le  monde  physique  où  il 
aboutit  leur  apparait  un  éden  de  lascive  béatitude;  bien- 
tôt la  passion  succède  au  désir  et  le  centre  animique  est 
envahi.  L'incurable  amour  dont  ces  âmes  brûlent  alors 


(1)  Notez  que  Vénus  est  l'épouse  de  Vulcain,  principe  du  feu  terrestre. 


l'esclavage  magique 


pour  la  matière  marque  l'agonie  de  leur  existence  supé- 
rieure. Dès  qu'elles  ont  consenti  à  leur  déchéance,  le 
courantles  entraine  etles  roule  en  ses  remous  :  leur  men- 
talité se  trouble,  leur  conscience  s'affole,  leur  substance 
s'épaissit.  Ravies  par  l'attraction  fluidique  de  la  planète 
prédestinée,  un  vertige  indescriptible  leur  voile  l'horreur 
d'une  dégradation  imminente,  et  lorsqu'enfin  la  matière 
les  engloutit,  elles  perdent  connaissance  dans  l'ivresse 
des  voluptés. 

Il  s'en  faut  d'ailleurs  qu'en  tous  les  cas  l'incorporation 
suive  immédiatement  la  chute  Les  Psychés  demeurent 
parfois  un  temps  très  prolongé  en  instance  d'incarnation  ; 
elles  errent  alors,  dans  une  demi-inconscience,  aux  régions 
inférieures  de  l'Astral  planétaire.  Elles  peuvent  influencer 
les  médiums,  posséder  les  faibles,  et  môme,  en  des  cas 
heureusement  assez  rares,  s'incarner  par  surprise,  comme 
nous  l'avons  dit.  Ordinairement,  tout  étourdies  et  dépay- 
sées, le  serpent  fluidique  d'Ashiah  (qui  s'enroule  autour 
du  globe)  les  emporte  en  cercle  ;  —  jusqu'à  ce  que,  les 
exigences  physiologiques  étant  satisfaites,  elles  trouve- 
ront à  s'incorporer,  selon  des  lois  inconnues  d'appropria- 
tion et  de  sympathie  sélective.  Ces  lois  gouvernent  les 
rapports  entre  ces  âmes  errantes  et  les  couples  humains 
qui  leur  livreront  l'accès  du  monde  matériel. 

La  même  ardeur  que  les  âmes  éprouvent  à  descendre 
dans  la  chair,  elles  l'inspirent  aux  terrestres  géniteurs 
désignés  pour  leur  en  ouvrir  la  porte. 

a  On  ne  peut  expliquer  la  sélection  naturelle  par  le  hasard, 
car  un  mot  n'explique  pas  un  fait.  S'il  y  a  choix,  il  y  a  dis- 
cernement; toute  énergie  suppose  une  volonté.  Mais  est-ce  la 

31 


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482 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


nôtre?  Non,  c'est  une  volonté  étrangère  (l)  ;  l'amour  n'est  pa> 
une  action,  c'est  une  passion.  Les  Puissances  cosmiques  nous 
l'envoient  pour  nous  employer  à  leur  œuvre  créatrice,  en  fai- 
sant descendre  des  âmes  dans  la  naissance.  L'Amour.c'esl  un 
enfant  qui  veut  naître  ;  les  anciens  l'appelaient  de  son  vrai 
nom,  le  Désir  (Erôs,  Cupido),  parce  qu'en  effet  c'est  le  Désir 
qui  appelle  les  germes  à  l'existence.  Il  y  a  autour  de  nous  des 
âmes  qui  veulent  s'incarner  :  pour  cela,  elles  se  changent  en 
désirs  et  sollicitent  les  vivants  de  leur  donnerun  corps.  L'Art 
grec  les  représente  par  des  enfants  ailés  :  ce  sont  les  désirs  qui 
voltigent  autour  des  amants. 

a  La  Beauté  est  mère  du  Désir,  d'après  la  mythologie. 
Qu'est-ce  que  la  heauté  ?  C'est  une  harmonie  de  lignes,  une 
pondération  de  formes  qui  annonce  l'aptitude  à  l'éclosion  des 
germes  et  au  perfectionnement  de  la  race.  L'ampleur  des  han- 
ches, la  fermeté  de  la  gorge  sont  des  garanties  pour  l'enfant 
qui  naîtra.  Les  Âmes  errantes  nous  poussent  vers  nos  com- 
plémentaires ;  elles  choisissent  pour  entrer  dans  la  vie  les 
conditions  organiques  dont  elles  ont  besoin,  et  elles  nous  im- 
posent leur  choix  sans  nous  consulter.  Ce  choix  est  rarement 
d'accord  avec  nos  convenances  sociales  ;  ce  n'est  pas  leur 
faute,  elles  ne  connaissent  que  les  convenances  physiologi- 
ques (2).  » 

Peut-être  ne  faut-il  pas  interpréter  trop  à  la  lettre  la 
prose  délicieuse  et  poétique  de  Louis  Ménard  (3),  plus 
précis  tantôt,  quand  il  chantait.  Nous  n'avons  pu  nous 
défendre  de  transcrire  ces  lignes  pour  la  satisfaction  de 


(1)  Étrangère  à  l'homme  individuel  qui  la  subit.  —  Cf.  Chap.  iv. 
pages  345  et  suiv. 

(2)  Rêveries  d'un  païen  mystique,  p.  80-81. 

(3)  Les  àines  qui  «  se  changent  en  désirs  et  ■  choisissent  les  condi- 
tions organiques  dont  elles  ont  besoin  »  ;  la  Beauté  réduite  à  une  pro- 
messe de  fécondité,  etc.,  constituent  des  à-peu-près  d'expression  ;  mais 
les  théories  n'en  semblent  pas  moins  belles  et  profondes. 


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l'esclavage  magique 


nos  Lecteurs  ;  car  elles  sont  suggestives  et  révélatrices  à 
qui  sait  lire  et  comprendre. 

• 

La  préexistence  de  FAme,  sa  défaillance  et  son  nau- 
frage au  gouffre  de  la  matière  étaient  bien  connus,  dans 
l'Antiquité,  des  adeptes  de  toute  école.  L'Art  auguste 
s'empara  de  ces  notions.  Pour  traduire  en  une  langue 
accessible  aux  profanes  la  doctrine  universellement  reçue 
dans  les  temples,  les  rhapsodes-initiés  la  transposèrent 
en  emblèmes  :  leur  verve  prodigua  toutes  les  parures  de 
la  poésie  et  du  rhythme,  aux  cent  fables,  gracieuses  ou 
terribles,  f  dont  les  scribes  du  sanctuaire,  ces  maitres 
gardiens  du  Symbole,  avaient  formulé  le  Ihème  initial. 
Ainsi  partout  se  trouvèrent  brodées,  sur  un  canevas 
théosophique  invariable,  les  multiples  images  de  tant 
d'éclatantes  Mythologies. 

Dans  la  légende  édénale,  que  Moïse  inscrivit  en  fron- 
ton à  son  édifice  du  Berœshith,  il  ne  semble  point  témé- 
raire de  voir  le  prototype  de  toutes  celles  analogues,  et 
relatives  au  même  arcane.  La  déchéance  d'Adam-Ève  est 
une  tradition  mystique,  vraisemblablement  empruntée 
aux  Égyptiens,  qui  la  tenaient  des  Hindous.  Peut-être 
Moïse  en  recueillit-il  même  la  notion  originaire  dans  la 
crypte  madianite,  où  Iélhro  conservait  pieusement  le  tré- 
sor doctrinal  des  premiers  âges.  Elle  remonterait  ainsi  jus- 
qu'à la  synthèse  scientifique  issue  du  génie  de  la  race  noire, 
et  se  rattacherait  par  elle  à  la  symbolique  antédiluv  ienne 
des  Atlantes,  au  cycle  primitif  de  la  race  cuivrée  (l). 

(1)  Cf.  Fabre  d'Olivet,  Histoire  philos,  du  genre  humain,  tome  1, 
pages  326-327  ;  —  et  Saint- Yves,  Mission  des  Juifs,  pages  414  etsuiv. 


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484 


LA  CLEF  DE  LA  MAGIE  NOIRE 


Quoi  qu'il  en  soit,  cette  fable  a  des  correspondances 
dans  tous  les  symbolismes.  La  désobéissance  de  Pandore, 
celle  de  Proserpine,  sont  en  stricte  analogie  avec  la  dé- 
sobéissance d'Ève.  Ici,  c'est  un  fruit  dont  il  ne  faut  pa> 
goûter,  là  c'est  une  boîte  qu'il  est  défendu  d'ouvrir,  ou 
encore  une  fleur  dont  il  faut  respecter  la  tige.  Mais  la 
curiosité  féminine  remporte,  et  la  pomme  est  mangée,  et 
la  boite  est  ouverte,  et  le  narcisse  cueilli.  La  prévarica- 
tion d'Ève  exile  du  paradis  terrestre  le  premier  couple 
humain;  celle  de  Pandore  fait  pleuvoir  sur  le  monde  des 
maux  qu'il  n'aurait  dû  jamais  connaître;  celle  de  Pro- 
serpine aboutit  à  son  enlèvement  par  Pluton,  qui  Ten- 
traine  aux  gouffres  infernaux. 

La  fable  de  Psyché  recèle  un  sens  identique,  sous  un 
symbolisme  qui  diffère  peu,  et  l'analogie  s'impose... 

Que  d'autres  mythes  on  pourrait  invoquer,  expressifs 
de  la  même  doctrine,  quoique  d'une  similitude  entre  eux 
moins  rigoureuse,  quant  à  la  forme?  Partout,  c'est  le  ré- 
cit  d'une  catastrophe  humiliante,  joint  à  la  promesse  d'une 
réhabilitation  de  l'être  déchu  ou  dépossédé.  L'ésotérisme 
des  anciens  mystères,  toujours  immuable  dans  son  dogme, 
comportait  invariablement  pour  support  symbolique  une 
fable  de  ce  genre  (1). 


(J  )  «  Partout  c'est  un  Dieu  tué,  déchiré,  démembré  par  lesgéans  ;  c'est 
une  dée*se  qui  le  cherche;  qui.  en  le  cherchant,  parcourt  le  monde; 
qui,  en  le  pircourant,  Aonne  les  mœurs,  les  lois,  fonde  les  cités,  donne 
la  nourriture,  donne  les  art?,  le  culte,  les  rites  :  c'est  un  Dieu  tué. 
démembré  par  les  gëans.  qui,  après  bien  des  combats  et  des  douleurs, 
ressuscite  et  demeure  enOn  triomphant  et  victorieux.